SCENE IV. 4i
EUGENE
Mais qui peut se tromper quand un ouvrage est bon ?
BERBAIN.
On applaudit long-temps la Phèdre de Pradon.
EUGENE
Oh ! nous avons bien plus d'esprit que nos ancêtres.
DERBAIN.
Dans tous les arts pourtant ils ont été nos .maîtres.
EUGÈIVE.
Le goût est. bien plus fin, l'esprit plus général.
DERBAIN.
Oui, j'en conviens, jeune homme, et c'est peut-être un mal.
Il est pour nos auteurs difficile d'écrire ,
On ôte chaque jour une corde à leur lyre.
En vain l'auteur se sert des moyens de son art,
Le public les connaît, les a vus quelque part.
L'amour, l'ambition , sauvent la tragédie ;
Mais comment peut-on faire encor la comédie?
Que peut-on inventer! un Molière a tout dit,
Et Regnard dans ses vers a moissonné l'esprit. ^^
Il faut, me dira-t-on, cueillir le ridicule; f||F
Et si l'on interdit à l'auteur sa férule ,
S'il ne peut pas dauber sur les fous et les sots,
Sur qui voulez- vous donc que portent ses bon mots?
Que peut un pauvre auteur ? Il change son ouvrage ,
Taille un habit lugubre au plus gai personnage ;
De la vive Thalie abandonnant le trait ,
Pour remplacer l'esprit, il y met l'intérêt;
Et se livrant lui sail au fouet de la satire ,
Fatt pleurer le public qui demandait à rire.
byGoogk
4i LE VIEIL AMATEUR.
Pour nioi, jo ne suis pas du tout de votre avi$ : Il reste vingt portraits qui ne sont pas saisis; Et peut-rêtre avant peu, sur la scène où nous sommes. Des plus vives couleurs je peindrai tous les hommes.
D.£RBA.IK^ .
Peste , vous m'avez l'air d'être un terrible auteur. Quel est votre premier sujet ?