SCÈNE m
MERVAL, AMÉLIK
MERVAL
Il nous quitte à la fin ; maintenant , Amélie, Vous me direz pourquoi votre frère m'oublie; Quel motif imprévu décide Montgéran A m'ôter un espoir que 5'ai depuis un an. Lui-même m'a promis que la plus douce chaîne M unirait à sa sœur.
AMIÉLIE.
L'ambition l'entraîne.
De ses affections elle a rompu les nœuds; Et son cœur, autrefois si bon, si généreux, Des plus doux sentiments a méconnu l'empire. Il est, en cet état de fièvre*et de délire. Dans ses projets d'orgueil tellement affermi , Qu'il y sacrifîra sa sœur et son ami.
MERVAL
Vous ne m'étonnez pas. Jadis de votre frère ' J'ai, sans vous l'avouer, prévu le caractère;
Dans ses plus simples goûts toujours exagéré , Il est sourd aux conseils d'un esprit éclairé. Tout devient passion dans sa tête exaltée. Du plus léger espoir son ame est transportée; Dans le chemin ouvert que lui trace l'orgueil , Il aperçoit le but, et ne voit pas Técueil. Il voulait autrefois , poussé par sa chipière ,
: ACTE I, SGÈINE III. 383
Briguer, pour parvenir, la faveur populaire; Sans moi , sans les effortsd'un.zèie courageux, Il eût payé bien cher des honneurs dangereux. Plus tard, rappelez-vous ses tourments , son envie ^ Ne pouvant avoir mieux , îl veut une mairie : Et pour le satisfaire, employant mon crédit. Je le fais le plus grand du bourg le plus petit. • Nous avons ri tous deux de ses airs d'importance; Mais du passé sans doute ,il n'a plus connaissance ; De plusieurs fonctions postulant rejeté.
Il se vante aussi lui , de n'avoir rien été ; Et, pour prouver qu'il est aujourd'hui nécessaire. Il jure que vingt ans on ne l'a vu rien faire.
am:él'i£.
Je dois en convenir, vous avez deviné.
Son esprit par l'orgueil est, tout-à-fait tourné : Vous savez que mon père obtint par sa fortune Du titre d'écuyer la faveur trop commune. Dans nos temps malheureux mon frère était bourgeois , Maintenant il est noble, et veut les graods emplois ; Il s'est mis, sans façon, au rang de la noblesse; Fatigue le ministre, et demande sans cesse. A de grandes faveurs son titre le plus beau Est de n'avoir jamais déserté son château.
MERVAL
Hélas! mon pauvre ami tout-à-fait déraisotme; Je vois par cet hôtel , ce luxe cpii m'étonne , Que d'un ami modeste il fera peu d'état.... Qu'il cherche auprès des grands un dangereux éclat ; Mais qu'il ne m'ôte pas, par une perfidie.
Le seul bien qui m'est cher, mon aimable Aimlîel
AMEtlE.
Que craigA^-VDUs, Mervâl ? nâon cœur vous est reste.
MERVAL
Je ne crains rien de vous , tout de sa vanité^
Je ne lui parais plus un particônvenable.
Celui qui fut quinze ans son ami véritable,
Et dpiit le cqeur aîinant partagea ses chagrins ,
Tout près d*être so^n frère , éprouve ses dédains.
Mes biens lui sont connus, ma naissance est honnête;
Mais, non, un colonel vient lui tourner la tête;
Il le voit général dans un court avenir.
Au rang des maréchaux il le fait parvenir.
De ces honneurs bien dus^aux fils de la victoire
Il attire sur lui quelques rayons de gloire ,
Et de ses grand succès se faisant un degré,
Il parvient doucement à femploi désiré.
C'est ainsi que , courant de chimère en chimère,
A ses rêves d'orgueil il a donné carrière ;
Et, qu'ingrat envers moi, cruel envers sa sœur.
Il blesse , en même temps, ses amis et rhonneur.
Je ne puis l'excuser ; mais songez que mon père De ses droits, en mourant, le fît dépositaire. Par un reproche amer, bien loin de le blesser, . A nos |)rojets d'hymen il faut l'intéresser. Feignez d'ignorer tout^ il est trop ordinaire Qu'on ne pardonne point le mal qu'on voulut faire ; La raison ne peut rien sur qui veut mal agir, Et l'on perd son amii dès quW Ta fait rougir.
byGoogk