‹ Duval, Alexandre, 1767-1842. Œuvres complètes d'Alexandre DuvalChapitre 3 sur 292 · ÉLÉGIE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE

LE COMTE SCHEREMETOFF A l'ombre de prascovïa.

O toi que j'ai perdue, amante, épouse, et mère, Que moissonna sitôt la Parque meurtrière , Cher et touchant objet de regrets impuissants, Du séjour étemel écoute mes accents.

Depuis le jour affreux qu'à mon amour ravie , S'éteignit dans ton sein le flambeau de la vie^ Mon cœur fut accablé sous le poids des douleurs : La nature long- temps me refusa des pleurs. Bien plus à plaindre ^^ hélas ! de ne pouvoir te suivre , Pour mourir tou^ les jours je fus forcé de vivre ; Le temps sans les guérir a calmé mes tourments : Je ne suis plus en proie à ces déchirements,

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SUR LE VIEIL AMATEUR. a5

A ce chagrin cuisant qai ronge l'ame, oppresse ; J^éprouve maintenant cette lAome tnstesse. Fille du SouTcair, mère de la Langueur, Qui même en le blessant charme encor notre e«etir.

Mais lorsqu'à mes regards un objet se présente.

Qui rend à mies esprits ton image vivante;

Quand le clavier répond à de mobiles doigts,

Quand des sons étrangers me rappellent ta voix,

Quand Tair que tu chantas vient frapper mon oreille ,

Bien plus cruelle alors ma douleur se réveille;

£t les pleurs que le temps à peine avait taris

Inondent en brûlant mes yeux qu'ils ont flétris.

Pour éloigner les traits d'une image trop chère,

Je vais chercher au loin quelque lieu solitaire ,

Je parcours à grands pas les bois que j'ai plantés ;

Ton ombre encor me suit en ces lieux écartés :

J'y retrouve l'arbuste , ou cette fleur diérie

Qui ci^issant sous ta main me semblait embellie ;

J'y revois le bosquet dont le feuillage épais

Dérobait nos plaisirs aux regards indiscrets.

Là rétines tous deux , la douce confidence,

Fruit d'un amour heureux et de la confiance*.

De nos cœurs satisfaits s'empressant de sortir ,

Des plus longs entretiens nous fusait un plaisir.

La bonté dans tes yeux s'offrait en traits de flamme ,

Chaque mot me peignait la candeur de ton ame.

Que de plans tu formais chers à l'humanité !

J'admirais tes vertus, ta générosité;

Je me disais z un dieu l'envoya sur la terre

Pour aider ks humains, adoucir leur misère.

Je les accomplirai ces rêves de ton cœur ! De mille infortnsés je ferai le bonheur :

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a6 NOTICE

Rien pour les secourir ne me semble impossible. L'époux qui t'adora peut*-il être insensible ! Ces richesses \ cet or , objet de tous les vœux , Iront pour t'honorer chercher les malheureux. Même dans le tombeau deviens leur protectrice y Ma main de tes bienfaits sera dispensatrice. De quoi me serviraient ùion pouvoir , tout mon bien , Si des infortunés je n'étais le soutien. ■

^ J'abjure désormais ces plaisirs à la mode, Qui déguisent l'ennui sous un masque incommode ; Tous ces folâtres jeux , fils d'un art séducteur , Qui distraient notre esprit sans toucher notre cœur; Cet art même où Thalie , aimable avec finesse , Se joue en badinant de l'humaine faiblesse , £t, cachant la raison sous le sel des bons mots, Enseigne la sagesse en se* moquant des sots ; £t ces apprêts nombreux, et ces fêtes brillanles; £t ces feux dispersés en gerbes éclatantes; Et les sons réunis des cors et des haut-bois , Troublant tous les échos de nos paisibles bois ; Et tous ces longs repas dont Cornus est le père , Et dont. le goàt usé fit un art nécessaire; Et ces réunions^ ces bruyants^ entretiens , Ces médisants propos semés de fades riens; Et cet art si chéri qu'inventa Therpsicore , Que le sage proscrit, que la jeunesse adore; Tout ce tumulte enfin préparé gravement. Qui fatigua huit jours, et ne plaît qu'un moment. Non , je n'ai plus ces goûts d'une ame satisfaite; Je cherche des plaisirs dans l'obscure retraite, Où libre de tous soins ^ et seul avec mon cœur , De regrets concentrés je nourris ma douleur. Si parfois la raison au monde me rappelle ,

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Si des vœux de ton cœur exécuteur fidèle , D'affaires et de plans j'occupe mes esprits , C'est afin d'accomplir tes projets favoris.

Oui y contre le malheur, la publique misère

Va trouver par mes soins un abri salutaire ;

Asile hospitalier au repos destiné"^

Qui s'ouvrira toujours à l'homme infortuné *.

C'est là qu'un art heureux secondant la nature

Calmera les douleurs que l'indigence endure ;

Que l'être resté seul dans la société

Sans acheter des soins reprendra la santé.

Mais il est d'autres maux plus terribles encore ; Qui se cachent ai|x yeux et que le riche ignore; Maux qu'il faut deviner, dont les timides cris Troublent en s'exhalant le silenee des nuits **. Tel indigent, bçlas! fier dans son infortune, Tremble de proférer une plainte importune ; Il sourit tourmenté des douleurs de la faim , £t meurt en rougissant sans demander du pain.

Avec soin j'épîrai cette noble misère ; Et ma main soulevant le voile du mystère, A tous les malheureux qui souffrent en secret, Même en le présentant veut cacher le bienfait.

Tout être qui gémit à mes soins doit prétendre; Contre un destin cruel je saurai le défendre.,

* Fondation par le comte SchérémetolT d'un hospice pour cent mdi" ^ents et cinquante malades.

' ** Pensions à domicile accordées à cinquante fan^îlles.

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Cet artisan actif, cet homme industrieux , Qui, professant pour vivre un art laborieux. Ne peut de stô talents faire un heureux usage , Et languit désœuvré dans la force de l'âge , Trouvera sous sa main d'utiles instruments Qui nourriront bientôt le père et les enfants *.

Cet autre , débiteur d'une somme légère * Que ne pourrait jamais acquitter son salaire ^ Et qui perd en prison ,* dans son oisiveté , Le charme du travail avec la liberté , Instruit par le malheur reverra la lumière , Et plus prudent enfin poursuivra sa carrière **.

Et toi, jeune beauté, victime des destins.

Que le hasard jeta parmi les orphelins ,

A la rigueur du sort élève ton courage ,

Des riches libertins ne sois point le partage;

Les feux d'un chaste hymen s^allumeront pour toi.

Tu seras vertueuse et ce sera par moi ***.

Il n'est^as jusqu'à vous, ô mânes périssables. De l'homme qui n'est plus dépouilles misérables , Qui n'éprouviez les soins d'un intérêt nouveau **** ; Quand la société vous refuse un tombeau , Mon or l'achètera ; la piété tardive A mon exemple au moins deviendra plus active. Hélas! repose en paix, vieillard mort indigent; Pour te fermer les yeux tu n'eus pas un parent;

* Ouvriers seaoams. ( Article III de la fondation. )

*^ Rachat des prisonniers pour dettes. (Article lY de la fondation.)

*** Yîngt-cînq filles orphelines annuellement dotées,

**** Enterrements aux frais de rétablissement.

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Tes restes délaissés , rebut de la nature , Désormais ne vont plus languir sans sépulture : Une pierre doit dire à la postérité Qu'un malheureux de plus a long-temps existé.

£nGn , lorsque j'aurai rempH sur cette terre Tous les devoirs sacrés de cvÈoyen^ de père; Quand j'aurai préservé Tunique rejeton (Ce fruit trop jeune encor d'une tendre union) Des dangers qui toujours environnent l'enfance ; Quand j'aurai fait connaître à son adolescence Les aimables vertus que possédait ton cœur ; Lorsque j'aurai tout fait enfin pour son bonheur, J'irai dans le séjour de la céleste vie , Sans regrets ni remords , rejoindre mon andje : Tous les deux réunis près du trône immortel , Je veux me prosterner aux pieds de TÉtemel , Et lui dire: « Grand Dieu, j'ai quitté cette terre, A Trop obfiCttre vallée , et séjour de misère : ^ « Si mon cœur éclairé , grâce à mon heureux choix , <c Guidé par mon épouse a fait bien quelquefois ; « Si mon asèle en tout temps au pauvre fut propice; «c Si pour les orphelins il arma la justice ; « Si tous les malheureux sont enfin secourus , « Gloire à Prascovia! je lui dois mes vertus. »

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PERSONNAGES

DËRBAIN, vieil amateur du Théàtre>Français. FLORIMONy acteur du théâtre de l'Odéon.

BÉLISË, actrice du même théâtre.

EUGÈNE , écolier de l'université.

CLAQUETIN, cabaleur de métier , gascon.

GERMAIN, ancien portier du Théâtre-Français. Un MAITRE DE MUSIQUE, Italien.

La PRIMA DONNA.

Plusieurs Chanteurs italiens.

La scène est sur le théâtre de rOdéon , le matin même du jour de Touverinre. •

LE

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