EN TROIS ACTES ET EN PROSE
K^résentée, sur le théâtre d« rOdéon, le a 8 novembre iSo9«
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JLj'histqire in*a fourni l'idée de cette comédie; je ne puis dire le sujet, puisqu'elle ne me donne, a«fànt que je me le rappelle, que cette seule anck^te trop j^rièvement racontée ; « Le gouvernement français*, afin d'assurer le reiour de Slatiiislas dans i^s états, qui s'y rendait incognito, fit partir uii officier aux gardes, qui avait quelque ressemblance avec le roi de Pologne, par la route de Brest^ Il lui fit rendre, par les gouverneurs, tous les honneurs dus à son rang, afin de foire croire que le roi allait s'embarquer pour se rendre à sa destination et tromper ainsi le parti qui s'opposait au désir qu'avait la France, de rétablir Stanislas siir son trône. » C'est de ce prétendu roi, qui joua très-bien son rôle, que je fis le héros de ma comédlfe. On conçoit facilement qu'il me* fallut tout inventer , puisque l'histoire ne me ^fotimissait ai^olument que la fausse royauté de mon officier axik gardée. Aussi n'est-ce que des différentes mé-
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prises auxquelles elle donne lieu,* que j'ai pu tirer les scènes comiques de mon ouvrage. Je crois y avoir assez bien réussi ; et le succès qu'il obtint à Paris aurait été beaucoup plus grand, si la pièce eût été jouée d'une autre manière. Mais , je le dis avec regret, l'exécution de cet ouvrage, au théâtre dont j'étais le directeur, fut pitoyable ; j'avais composé ma comédie pour le Théâtre-Français , et ce n'était que là qu'elle pouvait être jouéç. Certes, je n'eus qu'à me louer du zèle de mes acteurs, même de l'effet que la pièce produisit 6ur le public ; inais c^ effet eût été dix fois plus marquéy^i elle eût été i;eprésentée pagr les acteurs auxquels je l'avais destinée. Aux Français, seulement, on rencontre cette harmonie de voix, cette entente de la scène, cette finesse de jeu, cet art d'animer une phrase insignifiante en apparence; enfin, cet ensemble q^i Élit valoir toutes les idées et même les intentions de l'auteur. Je ne prétends pas dire par là que les acteurs du Second Théâtre ne puissent jouer trèsbien la comédie : tous, pris séparément, peuvent avoir des talents;' mais il faut, ppur parvenir à la perfection de la comédie française , qu'ils obtiennent du temps , du, travail , d'une émulation réciproque, cet ensemble si difficile. à acquérir.
Cette pièce, que l'on joue très- peu maintenant k rOdéoji , mai^ quç l'on joue beaucoup en pro-
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vince , dtit au simple hasard J'honneur d'être lue devant l'empereur Napoléon. J'avais accompagné mon théâtre de l'Opéra-Bufia, qui faisait partie du Théâtre de Tlmjil^ratrice , à Fontainebleau , où il devait r^ter , une partie du voyage. Quoique je n'elisse pas l'honneur d'appartenir directement à la cour, je m'y ennuyais presque .autant qu'un courtisan. Je dis presque autant; car la reine Hortense, qui m'avait aperçu dans l'une de mes promeiiàdes du parc, me fit dire , par le comte de* Remusat, qu'elle s'ennuyait à la mort, et que je serais bien -aimable, si je voulais venir lui lire quelques-uns des ouvrages auxquels je devais nécessaireipent travailler à Fontainebleau , pour m'empécher d'y mourir de conscnnption. Je lui fis répondre que j'étais à ses ordres; mais que je n'avais dans le moment à lui soumettre qu'une pièce en hrois actes qui était à peine achevée. Cette pièce était k Faux^tanislas. Je m'empressai de la mettre en état d'être lue; et quelques jours après on me fit avertir que l'empereur allant à la chasse le lendemain , ce serait l'instant qu'on prendrait pour la lecture, qui se ferait chez lareineHortense,en présence de toutes les dames du château, des chambeilans et de tous les courtisans qui ne suivaient pas l'empereur. Averti de l'heure précise de cette grande véunion , je pris maa habit de cour,
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que j'appelais mon habit impérial et royal, parce qu'ir m'axait ea effet servi- à m«s lectures, cb^z les impteatrices de Russie et à toutes les granées cérémonies auxquelles j'avais asâMé pendant m^s voyages. Cet faahic, qui comptait déjà .phiaîeurs lustres, m'étant devenu très-étroit, me donnait «m air gêné qui devait amuser beaucoup les malins de la cour, puisque je ne pouvais moi-même me regarder sans rire; mais comme j'ai toujours attaché très-peii d'importance à L'opinion qu'en pour vait avoir de moi par mon habit, et convainicu d'avance qu'un auteur est toujour& ri^cuie quand il- se trouve à la cour, je me soumis <a toutes le» petites plaisamieries que devaient faire naître se^ crètement et mon habit et ma %iwe. Quant à cette espèce de tamiditéque &it naître, quelquefois la réunion de per^lmnes titrées et décorées, je ue l'ai jamais éprouvée. On prétend que l'empereur faisait trembler tout le monde., et que des homoies d'un grand mérite ressentaient même à son approche une certaine émotion; j'avoue, à ma honte peut* être, qu'il ne m'a jamaii fait connaître ce sentir ment. Cette timidité, pour ne pas. dire cette crainte que ses favoris éprouvaient en sa présence, ne pouvait tenir qu'à leur ambition , au dém de conserver lenr faveur. Mais un honnne ordinaii^e , qui ne demimde ni place ni gr;M:es> ne peut voir
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dans tout ce qui entoure une majesté , qu'un appareil théâtral auquel il sait se conformer^ mais qui ne peut provoquer aucune émotion dans son ame : il ne peut avoir rien à redoutar de tout cet éclat, si, placé dans l'un des rangs modestes de la société, il ne cherche point à en sortir; et si, par un cas fortuit, il se voit traitsporté à la cour, il ne saiirait se trouver embarrassé d'y figurer. Se^ lem^t il faut qu'il ait, comme au théâtre, l'attentiotir de garder son rang et de ne pas trancher du prefmier acteur, quand le sort ne l'a placé que dans les rôles secondaires. Aussi , d'après ces idées, qm dmvent être celles d'un auteur comique , que tout ce qui se passe dans le monde n'est que la suite ou la cause d'un arrangement théâtral, je me plaçai dans un coin de la salle où devait avoir lieu la lecture; et je me disposai à voir défiler mes nouveaux grands scign^ars , parmi lesquels se mêlaient quelques Courtisans 'de- Fandenne cour. Contre l'usage, je n'attendis pas long-temps; la reine Hortense arriva, précédée de son cortège. Au nombre des seigneurs qui faisaient partie de la cour de Bonaparte, j'en connaissais beaucoup qui tous étaient nés, comme moi , dans un rang bourgeois. Partout ailleurs que là, ils m'eussent accueilli avec une franche amitié; mais leur orgueil ne- put se plier à venir, sur le ton de» la familiarité, causier
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deux de mefe confrères à rAcadémie ! l'un par sa naissance avait, dès avant la révolution, exercé de grands emplois qui convenaient à son genre de mérite; Fautre, parvenu par ses grands talents, sous Bonaparte, à uii important ministère, a mérité la réputation qu'il s'est faite comme grand adnfiinistrateur. Tous le5 deux, hommes de lettres des plus distingués, n'ont pas cessé d'avoir, avec leurs inférieurs ou leurs égaux, cette politesse et cette simplicité de manières qui font pardonner ces préjugés de noblesse qui ne s'accordent plus avec la marche de l'esprit humain. Je n'ai pas besoin de nommer les comtes D * et de S * , pour qu'on les reconnaisse. Le premier n'était point à ma lecture; mais le comte de S*, qui, par sa place éminertte, ne quittait jamais le château, vint à moi dès qu'il me vit; et, quoique je le connusse peu, il me dit bonjour , tout en me regardant ; ce que n'osa jamais faire le bourgeois devenu grand-seigneur, dont j!ai d'abord parlé. O sotte vanité ! cet homme, pourtant, est un homme de mélite;il aime les lettres : il les eût cultivées, si le hasard ne l'eût point appelé à de hautes destinées; si son ambition ne lui eût point' fait abandonner la cause qu'il servit dans I2C révolution; mais il en est de lui comme de tant d'autres déserteurs de îeui-s premiers principes, qui, après avoir appris au peuple à détester
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]es grands, à ne faire aucun cas des ayantage^ de la noblesse, se sont donné des titres et des rs^^gs pour prendre la plaoç de ceux qu'ils ont abattus, et pouc entraîner k nation dans des -guerres éteri^eUes, dont nous avons vu le résultat.
Mais revenons à ma lecture. ; Tous les courtisans s'étaient rangés selon Tordre consacré .par rê tiquette. De .u)éme , selon l'étiquette des auteurs , jetais placé près d'une petite table, et, selon Tusage enéore, l'avais à madispo^tion un verre d'eau sucrée. Déjà j'avais commencé à lire, et je touclidis à la fin du premier acte , lorsque les deux battants de. la porte du salon s'ouvrirent avec un :grand bruit... On entendit aussitôt : Vemperew^... Je ne pourrais exprimer avec quelle promptitude .tous me^ auditeurs se trouvèrent en un instant debout; je ne puis comparer ce mouvement rapide qu'à un temps de l'exwcice du maniement des armes, exécuté avec une admirable précision. Moi, tout étourdi du bruit qui venait de se faire , je n^ levai machinalement, mais bien plus tard que tout le monde; et je fus tout surpris de voir en jSice de moi Y empereur en habit de chasse , et tous les s^gneurs qui l'y avaient suivi. Il demanda avec sa brusquerie ordinaire ce que l'on disait là. Madame de la Rochefoucault expliqua le motif de la réunion; et comme elle* supposait peut-être qa'il
SUR Le faux STANISLAS. . 8i
ne me connaissait pas, elle allait entrer dan» quelques détails sur mes ouvrages, lorsqu'il l'interrompit par .ces mots: Oh! je le connais bien, c'est Fauteur du Tyran de famille et ai Edouard, Il affecta d'appuyer sur ce dernier titre. Après avoir idit qu'il n'avait pu chasser à cause de la pluie, il ajouta qu'il ne serait; pas fâché d'entendre ma pièce. C'est alors qu'il me dit d'un ton de voix très-doux : Asseyez-vous, M. Duval ; puis après à tout le monde : Asseyez-vous. Je répète ces mots, parce qu'ils sembleraient indiquer une politesse délicate pour un littérateur; et, comme il ne passait pas parmi les gens de lettres pour aimer beaucoup la littérature, on doit lui savoir gré de cette honorable distinc-* tion. Si j'ai blâmé souvent son penchant au despotisme , ses entreprises folles qui ont fait le malheur de la France , je serais coupable de ne pas lui ren-^ dre justice quand il a droit à mes éloges. Il faut bien qu'il ait eu des qualités aimables dans son intérieur , puisqu'il a trouvé , parmi ceux qui l'approchaient, des hommes qui ont porté jusqu'au fanatisme leur admiration pour lui. Cependant on va voir par la suite de cette scène, qui a son côté comique, que s'il se montra poli envers moi, il se montra tout-à-fait despote envers le comte de S***, dont plus haut j'ai vanté le mérite , et qui, sans contredit, de tous les seigneurs de sa cour, avait