ACTE II, SCÈNE V. ia
de rompre ce mariage est de flatter la vanité de ce sot ambitieux. (^HaïU.) Trésorier, savez-vous que ce que vous m'avez dit sur les finances annonce de grandes connaissances ?
LE TRESORIER
Ah ! je sais mon affaire.
LE CHEVALIER
Parbleu ! -je le vois bien. C'est que vous avez une netteté dans l'expression.... un raisonnement si concluant....
LE TRESORIER
C'est tout simple. On ne me connaît pas , et c'est tant pis pour mon pays ; car, certes , si j'étais à la place de certains ministres , je vous aurais retourné tout cela....
Que VOUS feriez de belles choses !
LE TRESORIER
Mais , comme on dit , si le mérite ne se montre pas, on ne vient pas le chercher.
LE CHEVALIER
Dans cette circonstance, c'est le mérite qui a tort.
LE TRESORIER
Certainement, si on m'eût dit : Voulez-vous être ministre de la guerre ? j'aurais dit, non. Voulez-vous être ministre de la marine ? j'aurais encore dit, /zow ; ce n'est pourtant pas que je ne sois au courant de ces différentes connaissances , parce que, grâce au ciel, je sais de tout; car enfin, la marine, ce n*est pas la mer à boire; mais j'aurais dit au roi : voulez-vous un homme éton-
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ia6 LE FAUX STANISLAS.
9ant, sublil, qui Vous conduise les choses rondement ? £h bien! donnez-moi les finances , parce que je naîme que les finances : je prendrai vos finances ; et vous entendrez: parier de moi.
LE CHEVALfER.
Mais, vous avez donc une manière d'administrer ?.,.
LE TRESOKIER.
Admirable. Qu'est-ce . qu'il faut à l'état? de l'argent; on m'en apporte, je le garde; on m'en apporte encore, je le gar.de. Je ne sors pas de là ; et vous voyez bien que j'ai toujours de l'argent.
> LE CHEVALIER
c'est sublime! Comment n'avez-vous pas cherché à vous faire connaître par quelques écrits ? ^
LE TRESORIER
J'y ai bien pensé : j'ai même voulu écrire bien des choses dans le silence de mon cabinet; mais je ne sais pas comment cela s6 fait, j'ai une si grande abondance d'idées, que je ne peux jamais en exprimer deux de suite.
LE CHEYALIER, avec ejithousûume.
Voilà de œs hommes comme il en faut aux rois ! un seul suffit pour le bonheur de plusieurs millions d'individus. Qu'un souverainr doit éprouver de plaisir à le combler d'honneurs, de richesses!
LE TRÉSORIER, se firotte« le» nuiiu.
Oh! sans doute, c'est une grande jouissance pour un souverain!... Mais il Êiut que cet homme soit coqnu, apprécié.
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