‹ DuvalChapitre 4 sur 12 · SECONDE SOIREE · texte numérisé non relu

SECONDE SOIREE

Duval apprend à mieux connaîlre les tiommes et les choses.

Aussitôt que Duval fut anivc à l'iiôpital , il rendit avec la plus j>iau(lc ferveur grâce à Dieu qui l'avait encore une fois arraché à uu péril imminent. Il fut parfaitement soigne dans cet établissement , et il y resta encore après sa guéiison pendant le reste de l'hiver , qui se trouvait alors dans sa plus grande rigueur, l.e temjis qu'il passa là ne fut pas entièrement perdu pour lui, et il y recueillit un grand nond^re d'observations.

Vous vous rappelez sans doute l'anxiété

cruelle dont il avait été agite quand il se trouva rcnferuié dans la fosse à loup où il t'tait toniljé , et coudjien il craignit d'y mourir. 3Iais connue il avait ccliappé à cette fin terrible , il n'était pas fàclié de savoii' au juste ce que c'était que la mort, et quel changement s'opère cliez nous à ce moment suprême. Jusque-là , ses idéc-s sur la mort n'étaient pas bien arrêtées , ou plutôt il s'en faisait une image conqilétement fausse. Il savait fort bien que c'étiilt le terme de la vie, mais il ne connaissait qu'une cause qui pût amener cet événement ; et c'était la faim. Il supposait donc qu'un homme pouvait vivre aussi longtenqis qu'il aurait quelque chose à manger.

TOUS LES ENFANTS

Ahl ah I ah I cela serait fort commode et fort agi'éable.

M. DALDERG.

Il ne fut pas longtemps avant d'apprendre qu'il n'en était pas ainsi. Dans la salle înéme où il était placé se trouvait un jeune honnne dont on s'occiqiait beaucoup. Il recevait fréquemment la visite de plusieiu's

personnes qui lui pailaient d'un air grave et solennel.

EDOUARD

C'étaient sans doute des prêtres ?

n. DALIÎliRG.

Oui , mon cher enfant , c'étaient de pieux ecclésiastiques , des hommes charitables et dévoués qui s'étaient imposé la triste mais salutaire mission d'assister ce jeune homme sur son lit de mort , de l'instruire encore , de calmer ses souflVances en ce monde et son inquiétude sur la vie à venir. Ils lui enseignaient que la mort est une loi de notre natuie , à laquelle aucun être humain ne peut se soustraire , car telle est la volonté de Dieu mais ils lui rappelaient aussi que l'àme ne meurt pas avec le corps , et qu'elle se dégage de ses liens terrestres pour aller dans un monde meilleur et éternel. C'était par ces discours et d'autres semblables qu'ils s'efforçaient d'adoucir ses souffrances et de distraire son esprit des douleurs auxquelles son coi'jis était en proie. Duval prêtait à ces discours ime oreille attentive , et il trouvait ces vérités si grandes et si sublimes , qu'il aurait voulu les entendre développer tous les jouis. Enfla

il crut s'apercevoir que l'un de ceux qui entouraient haljituellement son voisin secouait la tète d'un air affligé , et il comprit qu'il n'y avait plus d'espoir de sauver ce pauvre malade , et qu'il touchait à la derniùre exti'émité. Talentin approcha aussitôt du lit du jeune moriljond , et voyant que l'on remportait des aliments sans qu'il y eût touché , il s'imagina qu'il refusait de prendre la nourriture dans l'intention arrêtée de se faire mourir volontaucmcnt. Cette résolution lui semblait fort bizarre , et il ne concevait pas que l'on pût préférer la mort à la vie. Il lui demanda donc naïvement poiuquoi il s'obstinait à vouloir mourir , lorsqu'il ne dépendait que de lui de prendre de la nomriture pour continuer à vivie. Le malade répondit qu'il lui était impossible de prendre aucun aliment quel qu'il fût. Quelque exacte que fut cette réponse , elle paraissait encore fort suspecte à Duval , qui ne pouvait pas concevoir que Ton pût jamais ne pas être en état de manger.

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