‹ Dyspepsie et consomptionChapitre 25 sur 30 · OBSERVATION XXVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXVIII

Mi'« RoseBenatre, quarante-six ans, domestique cliez M. l'abbé L... depuis six à huit mois, ne pouvait prendre d'alimenls sans éprouver des douleurs plus ou moins vives dans la région épigasirique; puis un dérangement de corps qui la faisait aller quatre, cinq, six fois par jour à la garde-robe et quelquefois plus fréquemment encore.

J'avais combattu celte alfeclion par des narcotiques, par des préparations astringentes, tannin, ratanliia, par des ferrugineux et par des prises de sous nitrate de bismuth, ces dilTéreules substances étant administrées, soit seules, soit combinées, sans obtenir que des améliorations passagères. Le mieux se soutenait (luatre, cinq, huit, dix jours au plus, puis les accidents recommençaient si la malade tentait de revenii- à une alimenlalion capable de la soutenir ; elle ne pouvait manger que quelques f otages par jour.

M"» B... était arrivée à un état de maigreur très-grande; ses traits profondément altérés, son teint mat et jaune, me faisaient craindre le développement de quelque aflection organique que je n'avais pu cependant constater.

Le 20 décembre 1852, je prescris une cuillerée nutrimentive a prendre au connneticeméut du déjeuner et du dîner, lesquels consistaient en potage

(1) Docteur A. Godarl. Ôbs. X du Mon. des Hôp.

pour ledéjeurier, et pour le dtner un potage, plus une aile de poulet ou une côtelette de mouton.

26 décembre. La malade n'a pris chaque fois qu'une demi-cuillerée, la digestion a été beaucoup meilleure que les jours précédents, mais cependant encore pénible; la malade a eu deux ou trois garde-robes par jour.

je prescris de prendre entières les doses que j'ai conseillées.

Jusqu'au 4 janvier, la malade suit exactement la prescription.

Les digestions Se font bien, sans doijleùr, sdns gêne aiicurté à l'épigastré; elle a chaque jour une ou deux garde-robes de bonne liature; mais ce jour, 4. janvier 1853, ellese croit guérie, ne prend pas de cuillerée nutrimenlive, et après le potage du matin elle est prise de malaise épigastrique et de diarrhée; la malade reprend la cuillerée prescrite et les accidents cessent.

Jusqu'au 22, l'usage en est continué : les digestions vont bien; la malade reprend des forces, a bonne ligure; ellese croit définitivement guérie; elle a pu reprendre son service habituel, elle cesse l'emploi des cuillerées nutrimenlives. Pendant huit jours, à quelques légers malaises près, mais qui lui paraissent insignifiants, elle va bien, ses digestions se font sans douleurs, sans gêne épigastrique, il n'y a pas de dérangement de corps.

Le l^'' février elle éprouve quelques légères douleurs abdominales pendant la nuit, du gargouillement; le matin elle va mieux, la journée est assez bonne; mais toutes les nuits suivantes, les mômes douleurs, les mômes accidents reparaissent, augmentent, s'accompagnent d'une légère chaleur fébrile.

Le 7 février, après une nuit pénible, la malade est prise le matin d'un nouveau dérangement de corps, elle va trois fois à la garde-robe; un peu d'amélioration se manifeste pendant la journée.

La nuit du Tau « fut encore plus pénible; le matin, nouveau dérangement de corps plus abondant. Je suis appelé près de la malade.

Je prescris la reprise immédiate des cuillerées nutrimentives, et 40 centigrammes de sulfate de quinine pour combattre l'intermittence.

9 février. La malade a passé une bonne nuit, elle a bien digéré les potages qu'elle a pris; je prescris 20 centigrammes de sulfate de quinine et la continuation des cuillerées avant chaque repas.

Le 10, la malade va bien ; 10 centigrammes de sulfate de quinine.

Le 11, la malade est revenue à son état de bien antérieur; la cuillerée nutrimentive est continuée à dose entière pendant quatre jours, puis à doses décroissantes jusqu'au 20 février, où elle cesse d'eu faire usage.

Aujourd'hui, 1er février 1854, M'i« B. . . continue à se bien porter, et depuis un an elle n'a pas été arrêtée un seul jour par une indisposition tant soit peu sérieuse.

Ne puis-je légitimement conclure ce qui suit de faits aussi aullienticjues et aussi probants :

Quelle que soit la gravité qui résulte pour l'estomac d'en arriver au point où les aliments aient cessé à tout jamais de pouvoir être, par ses seules forces, transformes en nutriments assimilables, le mal est encore réparable avec la ressource nouvelle que \e propose ?

Malheureusement le grand acte de la nutrition ne se compose pas

seulement des ^eux périodes que nous venons de parcourir, l'alimentation et la nulrimenlation ; une troisième période reste encore, et c'est tout en elle que les deux premières se résolvent, c'est l'assimilation.

S'il est une manière artificielle, pour ainsi dire, d'opérer la seconde, parce que la nature nous permet de saisir et d'employer l'agent qui l'accomplit (le principe digestif), la nature n'a point été assez généreuse pour nous laisser saisir l'agent vital qui fait qu'on assimile, et nous sommes arrivés si près de la source même de la vie, qu'il est fort improbable que jamais l'homme puisse arracher ce secret.

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