OBSERVATION XXXI
(Recueillie par M. le docteur Huel, médecin ailjoint de la maison impériale de la Légion-d'HonnCLir, à Écouen.)
CANCEU DE l'estomac. —BRONCHITE GÉNÉRALISÉE.
RÈS0MÉ. Cancer de V estomac à la dernière période. — Accidents midtiples qui résistent à me médication extrêmement variée. — Vomissements opiniâtres. — Usage des préparations nutrimentives. Suspension des accidents pendant les six jours que la malade les pi'end.— Elle les suspend. — Une toux de bronclùle généralisée amène des vomissements pendant les quintes. — Reprise du médicament. — Disparition nouvelle des vomissements et des douleurs. — La bronchite redouble et, par ses quintes, rappelle quelques vomissements. — Lq malade cesse l'usage des prises ; dès lors, elle ne supporte ni potage, ni bouillon, ni tisane, tousse toujours, et meurt un mois après.
M"'^ T., de Mesnil-Aubry (Seine-el-Oise), âgée de soixante-huit ans, éprouve depuis quelque temps des symptômes qui tirent craindre un cancer de i'estomac : diminution de l'appétit , difficulté des digestions, vomissement de matières alimentaires presque à chaque repas , amaigrissement général, quoiqu'on ne sente point à la palpation de tumeur épigastrique.
Depuis le 23 mars, ni le sous-nilrate de bismuth , ni l'eau de Vichy, ni les vésicatoires, ni les cautères, ni les opiacés, ni l'alcoolature d'aconit ne réussissent; tous les symptômes augmentent d'intensité ; l'amaigrissement fait des progrès rapides; la malade supporte à peine une ou deux cuillerées de potage, tant les vomissements sont opiniâtres; le lait seul, soit pur, soit coupé avec de l'eau de Vichy, est supporté.
Après une consultation avec le docteur Longet , nous décidons que la malade prendra une cuillerée nutrimentive à chaque repas. Pendant six jours, la malade suit l'ordonnance; mais elle ne prend qu'une cuillerée à café, au lieu d'une cuillerée à bouche prescrite. Cependant la malade prend des potages et ne les rend pas ; elle est même très-étonnée de ne pas en éprouver de pesanteur à l'eslomac.
Le 5 juin, la malade prend froid, s'enrhume, et chaque accès de toux provoque des vomissements, même du lait, qu'elle supporte ordinairement bien. La malade, capricieuse, se persuade que le médicament n'a plus d'effet, et le cesse dès le début de la toux.
Le 8, la toux ayant diminué, la malade consent à prendre des poudres.
Pendant cinq jours qu'elle en prend à chaque repas, elle digère bien ses potages dont elle augmente la quantité, ne ressent aucune douleur à l'estomac et ne vomit point.
La toux augmente le U; des râles muqueux, à grosses bulles , s'entendent dans presque toute l'étendue de la poitrine ; la malade eu est trèsfatiguée ; dans les quintes , elle rend une partie des aliments. Néanmoins elle continue à prendre ses poiages et ses prises jusqu'au 19.
Mais le 20, la malade cesse l'usage des prises nutrimentives. A partir de ce moment, elle ne peut supporter ni lail, ni potages, ni lisane, s'affaiblit de jour en jour, tousse toujours, et meurt le 2 août.
Il semblerait que dans cette observation un mieux se fût présenté
après l'usage du taédlcamcnt physiologique, et que la toux eût cédé un peu après le retour de la nulrimentation. Quoiq le quelque chose de semblable se fût passé dans l'observation précédente et daus l'observation II, à laquelle je renvoie, je suis convaincu qu'on ne pouvait obtenir qu'un succès passager, propre à prolonger un peu la vie, mais non à la sauver, parce que, la troisième période de la consomption une fois établie, tout est perdu, et il est trop tard.
Ce serait assurément un beau travail que celui qui aurait pour but de distinguer le rôle de la maladie elle-même dans cette infinité de cas pathologiques graves et de longue durée où l'état aqueux du sang, les hydrothorax, les hydropéricardes , l'anasarque, les épanchements séro-sanguinolents , les ecchymoses , les hémorragies intestinales, le refroidissement facile, les bronchites, les broncho-pneumonies, la stupeur, la diarrhée colliqualive se montrent, du rôle qu'exerce dans leur production le troisième degré de la consomption par ina-
NITIATION.
Là, se trouve peut-être la voie d'une thérapeutique toute physiologique, et qui mérite au moins d'être explorée.