‹ Dyspepsie et consomptionChapitre 28 sur 30 · OBSERVATION XXX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXX

(Recueillie par M. le docteur Landry.)

M. Raymond L., dix-huit ans, avait été pris, en juillet 1853. d'une hémoptysie qui fut arrêtée diOîcilement, et à la suite de laquelle on reconnut une caverne à la hase du poumon droit. Plus tard , des cavernes nouvelles se produisirent au sommet du même poumon , et le malade est mort le 14 octobre 1854.

Jusqu'aux environs de mai 1854, M. Raymond L. avait constamment bien digéré, et n'avait pas considérablement maigri. A cette époque, il commença à maigrir beaucoup. En même temps, chaque repas, principalement celui du soir, fut suivi de quintes de toux pénibles, au milieu desquelles les aliments étaient vomis. D'après l'heure de ces quintes, je crus pouvoir les attribuer à quelque difficulté de la digestion ; car le malade se plaignait de dégoût, d'un sentiment rapide de satiété et d'un gonllementépigastrique. Je fis prendre des prises nutrimentives. Dès lors , il ne survint plus de quintes après les repas, les aliments ne furent plus rejetés, et l'appétit fut plus vif: le gonflement épigastriquo ne se Ot plus sentir.

Après avoir fait usage des prises nutrimentives pendant une quinzaine de joursj l'état de la digestion étant très-bon, M. R. cessa d'en prendre. Mais bientôt reparurent les mêmes accidents, et surtout les quintes de toux, avec les vomissements après le repas du soir. On revint au médicament avec le même succès; mais il a dû être continué jusqu'aux derniers moments.

Huit jours avant sa mort, M.R. faisait encore de copieux repas, qui se digéraient parfaitement. Jamais il n'y a eu de diarrhée , même pendant les huit derniers jours. Quelques heures avant la mort, seulement, il y a eu des selles liquides et involontaires.

J'ajouterai que le malade prenait un opiat composé de poudre de semences de phellandrie aquatique unie à l'opium. En général, les symptômes de la phthisie sont considérablement amendés par l'emploi de ces substances. Mais jamais je n'avais vu de malades conserver aussi longtemps et aussi complètement l'intégrité des fonctions digestives : aussi ai -je cru devoir attribuer ce résultat chez M. R. aux prises nuirimentives bien plutôt qu'à la phellandrie et à l'opium. J'ai aussi remarqué que les substances végétales crues, et même cuites, étaient mal digérées , malgré la pepsine, et souvent rendues intactes. Les viandes, au contraire, ont constamment bien passé.

Cette période de la consomption ultime, arrivée 1° soit parce qu'on n'a pas donné d'aliments avant que la perte de la fonction digeslive fût consommée ; 2° soit parce que, cette perte consommée, on n'a pas pu ou on n'a pas voulu, quelle qu'en soit la raison, employer la pepsine acidifiée des poudres nutrimentives pour remplacer la sécrétion tarie de l'estomac ; je remarque que cette consomption s'accompagne de phénomènes pareils chez les animaux et l'homme, dans les expéi ienccs physiologiques et au lit des malades.

Quoique Chossat ne parle pas, à la fin de l'inaniliation, d'expressions fonctionnelles comme syraplômcs, il décrit des altérations matérielles qui les font pressentir : « l'état aqueux , et plus tard l'épaississement du sang , les infiltrations séreuses dans les membres , les épanchements séreux et séro-sanguinolents dans les cavités splanclmiques, l'alropliie du cœur, la diarrhée colliquative, le refroidissement facile pour les derniers temps (page 511 et suiv.); et pour la mort : la syncope^ la faiblesse, la stupeur, lorsque le réchauffement n'est pas employé ; l'agitation et les convulsions dans le cas contraire. »

Or, dans la famine^ voici ce que l'homme présente :

« L'aquosité du sang (Denis , Lecanu), son épaississement (llaller, Hufeland), l'œdème, les collections dans les cavités splanchniques, les ecchymoses, l'atrophie du cœur (Laennec), » tout s'y retrouve.

« L'œil regardait avec un étonnement interrogatif ; l'intelligence était profondément altérée. Il y en avait (des malades) qui, après quelques heures d'un sommeil léthargique, expiraient sans agonie. Dès que les rigueurs de l'hiver se firent sentir, ils mouraient presque subitement et tombaient de toutes parts. Chez d'autres, c'était la toux qui les étouffait, et d'autres suffoquaient par suite d'une collection séreuse dans le péricarde, h'anasarque, Vascite, en enlevaient un bon nombre. Il y en avait qui succombaient à une diarrhée colliquative n {àe Meersman) ; voilà ce que fit la fimine chez l'homme.

Ft quand, dans tant d'affections différentes : fièvre typhoïde, cancer, etc., on voit chaque jour des symptômes semblables se terminer par la mort, on se dit que tout ce cortège effraijant n'est pas celui de la maladie, mais celui de la période ultime de la consomption.

Et si le défaut de nutrition, c'est-à-dire la consomption, est la

CLEF DE TOUTE CETTE PATHOLOGIE, JE n'hÉSITE POINT A SOUTENIR QUE l'a- LIMENTATION ET LA NUTRIMENTATION SONT LA aEF DE TOUTE SA THERAPEU- TIQUE.

Si cette assertion est vraie, ce n'est plus un médicament qui se présente, mais une méthode.

Sur ce point encore l'avenir jugera.

L'observation suivante serait-elle un exemple de ces bronchites qu'on pourrait appeler par inanitiation ou par consomption ?

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