CHAPITRE Vn TRAITEMENT
Aussitôt qu'on aura reconnu qu'un malade est atteint de névrose ou d'atonie de l'estomac, on s'empressera de le soumettre à un traitement approprié, en insistant surtout sur les agents physiques de la médecine. Les moyens pharmaceutiques ne viennent qu'en seconde ou en troisième ligne, quoiqu'on ne puisse contester à certains d'entre eux une valeur propre; et que d'ailleurs, il soit tout aussi peu raisonnable de leur refuser tout mérite, qu'il est peu rationnel de traiter ces affections par les seuls médicaments de la pharmacie.
Quant aux eaux minérales, — sauf peut-être le Mûhlbrunn de Karlsbad, quand il est pris en petite quantité, un demi verre à deux verres au plus par jour, — elles doivent être proscrites du traitement de la névrose et surtout de l'atonie de l'estomac. Dans le catarrhe et l'ulcère, au contraire, elles surpassent de beaucoup en efficacité tous les autres traitements. Nous ne prétendons donc pas guérir l'ulcère, l'hyperacidité ou le catarrhe de l'estomac par l'hydrothé-
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rapie seule, ni par le massage ou Télectricité. Mais aussi qu'on ne prétende pas davantage traiter par les eaux alcalines et salines la dilatation, les névroses, et la neurasthénie de l'estomac Suum cuique.
Au surplus, les eaux de Vichy et de Earlsbad, pour ne citer que les plus illustres, ont une réputation si bien établie et si méritée dans un très grand nombre de maladies, qu'on peut leur enlever les neurasthéniques et les névrosés, sans nuire en aucune façon ni à leur clientèle, ni à leur renommée. Du reste, à Vichy par exemple, les médecins prescrivent aux neurasthéniques plus de douches qu'ils ne leur font avaler de verres d'eau* Dans tous les cas, nous avons toiqours remarqué que les neurasthéniques, qui avaient obtenu de bons résultats des eaux de Vichy, étaient ceux qui avaient suivi dans cette célèbre ville d'eaux, une cure.... d'hydrothérapie
Conseiller à un atonique où à un neurasthénique de boire de l'eau à hautes doses, c'est le vouer fatalement à la dilatation ; c'est en outre diluer maladroitement son suc gastrique, qu'on rend ainsi toujours plus insuffisant ; c'est enfin augmenter l'élément aqueux dans un sang ou les parties solides sont loin de dominer. H importe au contraire et avant tout de soumettre les malades à une sorte de diète sèche.
La diète ne comporte pas évidemment une abstention complète de tout liquide ; mais on aura soin
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d'en rédnire le plus possible la quantité, et Ton défendra surtout aux malades de boire pendant qu'ils mangent. A la fin du repas seulement, nous permettons un verre de Champagne sec, un verre de bière, un peu de cognac ou de Wiskey coupé d'eau ; ou mieux encore une tasse de thé au lait qu'on boira chaud, soit à la température de 50° C. à peu près. Le r^me a son importance dans la névrose comme dans l'atonie, et nous estimons que c'est une faute de ne pas faire la part de l'alimentation dans le traitement de la dyspepsie nerveuse. En effet, l'expérience a prouvé qu'un malade atteint d'atonie ou de dyspepsie nerveuse ne supporte pas, ou digère mal certains aliments; et nous avons à tenir compte en outre de la condition où se trouve le suc gastrique. De fait, l'hypochlorhydrie réclamera naturellement un traitement diamétralement opposé à celui de l'hyperchlorhydrie. La névrose avec hyperacidité par exemple, sera traitée d'abord par les alcalins ; c'est même le seul cas de névrose où les eaux alcalines seront ordonnées avec succès.
Les bains de mer, et généralement les bains salins, ne conviennent pas plus aux neurasthéniques qu'aux névropathes, qui sont plus excités que tonifiés par l'eau salée et la vague de la mer, dont les effets ressemblent à ceux de l'alcool, et produisent une excitation momentanée, suivie chez ces malades d'une dépression et d'une fatigue plus ou moins intense.
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Le traitement que nous faisons suivre à nos malades, atteints d'atonie, de dilatation ou de névrose de Testomac, comporte :
L'hydrothérapie,
L'électricité,
Le massage,
Le régime.
L'emploi de certains médicaments.
Hjrdrothérapie.
Aujourd'hui, presque tous les médecins spécialistes reconnaissent que les pratiques hydrothérapiques doivent être variées, individualisées, et que c'est une erreur et une faute grossière d'employer pour chaque malade le même traitement; que la douche froide appliquée indifféremment à chacun, et quand même, manque souvent son but, et tait fausse route, en excitant par exemple des nerveux, quand il s'agit de les calmer. Ce n'est pas que nous veuillons rééditer le vieux cliché qui représente l'hydrothérapie comme une arme à deux tranchants ; nous le ferons d'autant moins que nous sommes convaincu, qu'à moins de recourir à des manœuvres excessivement violentes, il est difficile, le vouluton, de faire vraiment du mal avecunedouche froide. On peut même aujourd'hui reléguer, dans le domaine des pr^'ugés causés par des faits mal inter-
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prêtés, la terreur qu'inspirait la douche appliquée à un malade atteint d'une afifection cardiaque. La vérité est que, dans les affections de la valvule mitrale, dans l'hypertrophie du cœur qui accompagne la néphrite, on administre tous les jours les douches écossaises, les enveloppements de Priessnitz, les sudations d'air chaud ou de vapeur, non seulement sans qu'il en résulte aucun accident, mais même avec des résultats fort avantageux.
Dans le nombre incalculable de personnes qui prennent journellement des douches froides, souvent trop fortes ou de trop longue durée, en tous cas sans contrôle médical, c'est à peine si l'on peut citer un accident scimt\fiqt4einent imputable à la douche. C'est une chose qu'il faut déclarer hautement ; car enfin, il est par trop commode de mettre, pour les besoins de la cause, au passif de l'hydrothérapie tous les phénomènes pathologiques que les médecins peuvent rencontrer chaque jour dans leur pratique, et cela en dehors de toute hydrothérapie.
Si l'on sait régler l'hydrothérapie de manière à éviter une excitation trop forte du système nerveux, et à ménager un mouvement relier et normal de la réaction ; si l'on a soin de ne prescrire cet agent — nous ne disons pas l'eau froide, •— que dans les conditions exposées plus loin, on ne peut admettre la possibilité d'accidents même légers dus à cette médication; pas plus qu'on n'osera accuser la
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strychnine ou la digitale, administrées selon les règles, d'être la cause des accidents qui peuvent arriver dans le cours d'une maladie. Pour aggraver sérieusement Tétat du malade, il faudrait vraiment le vouloir et procéder avec une inconscience à peine croyable, ou une brutalité qu'évitent, pensons-nous, môme les plus exaltés parmi les empiriques.
Est-ce à dire qu'après vingt années de pratique hydrothérapique, nous en soyons arrivé à prêcher le nihilisme balnéaire ? Non certes ; nous admettons au contraire que la méthode qu'on emploie, les procédés hydrothérapiques qu'on choisit, ont une telle importance qu'ils produisent des effets absolument différents suivant les cas : ainsi, tel état nerveux que la douché froide exaspère, sera calmé par une douche tempérée ou par le demi-bain, tandis que ce dernier moyen fatiguera le neurasthénique épuisé, qui sera en revanche relevé et tonifié par la douche fraîche (22^ à 18*=^ C), ou froide (10^ C.) etc.
En d'autres termes, nous reconnaissons et pro- . clamons bien haut la nécessité et l'importance de l'hydrothérapie méthodique. Mais nous protesterons contre cette tendance absurde et irrationnelle qu'ont certaines personnes et même quelques médecins, d'imputer à un traitement exagéré ou mal compris toute aggravation de la maladie, toute apparition de symptômes morbides nouveaux, qui ne sont que l'apanage de la maladie elle-même, et la
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suite natarelle d'une évolution fatale, que rien ne peut arrêter.
L'hydrothérapie est une des branches de Part médical qu'il importe de bien connattre avant de la pratiquer, au même titre que le médecin doit connaître les efiets des médicaments qu'il prescrit, et les doses qu'il ne peut dépasser. Malheureusement, aujourd'hui encore, bon nombre de médecins pensent qu'il suffit de conseiller les douches, sans se soucier autrement de la manière dont elles doivent être prises. Les malades vont n'importe ou; souvent même la question du bon marché détermine le choix de l'Etablissement balnéaire. Si la cure ne réussit pas, ou ne réussit qu'à moitié, c'est la faute de l'hydrothérapie qui n'en peut mais, et qu'on accuse de méfaits dont la responsabilité remonte en réalité au médecin traitant. Celui-ci probablement n'aura pas été assez ferme et assez sévère; il n'aura pas imposé à son malade le choix d'un Etablissement présentant tontes les conditions, nombreuses mais rarement réunies, qu'on est en droit d'exiger aujourd'hui d'un Etablissement hydrothérapique sérieux, et du médecin qui le dirige.
Mais d'un autre côté, si le médecin a employé l'hydrothérapie scientifiquement, physiologiquement, dirons-nous ; s'il peut prouver qu'il n'a rien fait de contraire à l'art qu'il pratique, on doit rendre à l'hydrothérapie la même justice qu'aux autres
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syst^oftes thérapeutiques; et si malgré tous les efforts le malade n'est ni guéri, ni soulagé, on doit savoir reconnaître qu'en ce cas comme dans tant d'autres, hélas! la maladie a été plus forte que le traitement.
En pesant ainsi de sang-froid et avec impartialité tous les éléments de la question, et en comparant les résultats des différents systèmes de traitement dans les maladies chroniques, on verra que l'hydrothérapie reste l'un de nos agents thérapeutiques les plus précieux, et en même temps l'un de ceux qui offrent le plus d'innocuité; et que dans tous les cas, rien ne l'égale même de loin, dans le traitement des affections nerveuses et neurasthéniques.
On peut juger de l'innocuité de l'hydrothérapie par le fait que, malgré les exagâ*ation8 vraiment insensées des fanatiques successeurs de Priessnitz et parf(»s de Priessnitz lui-même, les résultats des traitements les plus excessifs et les plus énergiques ne furent en réalité nullement défavorables, ainsi que le montre la statistique suivante, bien faite pour rassurer les plus timorés.
Du 16 avriil839 au 27 septembre 1842, le docteur Gleich a traité 723 malades par l'hydrothérapie empirique de Priessnitz, soit par les maillots et les sudations prolongées, soit par les demi-bains etc. 684 ont guéri; 7 sont morts; 32 résultats sont i^estés nuls. A Grœfenberg, de 1829 à 1842, PriessnitK a
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perdu 12 malades. Ces douze décès se répartissent sur un total de 8414 malades, soit un mort sur 701 individus : minimum qu'on atteint rarement' dans les conditions les plus favorables; or les procédés de Priessnitz étaient souvent d'une brutalité aussi aveugle que rastique.
Avant d'exposer notre thérapeutique des névroses et de Tatonie de Testomac, citons d'abord quelques aphorismes hydrothérapiques importants, qui sont la base et comme lé résumé des principes à suivre dans l'application de l'hydrothérapie.
l"" Il f(mt, avant de tonifier yar Vhydrothérofpie, avoir préaiabkment eaimé Véréihisme nerveux; en d'autres termes, avant d' instituer le traitement hydrothérapique, U faui étudier attentivement le malade, afin de recomioUre si ce sont les phénomènes d^exeitation nerveuse qui dominent en lui, ou au contraire les phénomènes de dépression.
Si l'état nerveux est très accentué, on ne commencera pas le traitaient par des douches froides, sous peine de voir cet état s'aggraver.
n est certain par exemple que les douches froides aiq[)liqttées mal à propos peuvent aggraver la paraly«e générale, la sclérose en plaques, ainsi que tonte maladie dont le caractère prindpal est un état de surexcitabilité ou d'impressionnabilité nerveuse excessive. C'est qu'en effet, si la douche froide est un puissant reconstituant, et un admirable tonique,
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elle est aussi un excitant; or le nenreux excité que Ton soumet d'emblée aux douches froides ne sera pas tonifié, mais surexcité.
2^ On ne peut obtenir les effets toniques de la cUmche que si le malade offre une certaine forée de résistance.
La cure sera certainement peu efficace si le malade est profondément épuisé, s'il a atteint les dernières limites de Tanémie ou de la neurasthénie ; rorganisme, n'ayant pluf l'énergie nécessaire pour réagir, ne ressent que la fatigue qui accompagne tout traitement mécanique, et la douche froide affaiblira plus qu'elle ne remontera. C'est dans ces cas qu'il faudra faire précéder le traitement hydrothérapique de la cure américaine.
En revanche, quand la neurasthénie n'est pas très avancée, au début par exemple, l'hydrothérapie fait merveille; et certainement elle épargne, aux malades qui ont été assez bien inspirés pour se soumettre à temps à ce traitement, de longs mois, peut-être même des années de souffrances.
C'est à ce moment qu'il faut envoyer les neurasthéniques dans nos établissements. L'hydrothérapie rassit, dans les cas légers de neurasthénie, certainement mieux et plus vite que la cure de Weir-Mittchell. Cela tient à ce qu'on peut joindre à l'hydrothérapie, au repos et à la tranquillité, la vie simple, les distractions, les promenades, la gymnastique,
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\es jeux qui demandent de Tactivité, toutes choses excellentes quand il s'agit de neurasthénie, et qui manquent absolument dans la cure de Weir-Mittchell.
En revanche, nous avons vu réussir la cure américaine là où Fhydrothérapie avait échoué, c'est-àdire dans des neurasthénies graves, accompagnées d'une profonde prostration psychique, d'une absolue incapacité de marcher, d'un abattement physique et moral extrême ; dans tous les cas où les symptômes de dépression morale, de fatigue et d'épuisement, de besoin de solitude et d'isolement étaient arrivés à un degré tel, que tout traitement qui réclamait la moindre participation active du malade était devenu impossible, et où le repos absolu, l'isolement complet du monde se présentaient comme le dernier refuge, le seul espoir du malade.
Nous formulerons donc ces deux premières règles hydrothérapiques :
Calmer avant de fortifier, et n'empiayer l'hydrothérapie que si les forées du malade le permettent.
Lorsque le malade sera trop fisûble, trop épuisé pour que nous puissions espérer un bon effet des applications toniques de l'hydrothérapie, nous lui prescrirons au préalable une cure préparatoire par l'isolement, le repos, le massage, etc., tout le traitement spécial et aiyourd'hui bien connu de Weir- Mittchell. Mais il n'est pas nécessaire de suivre ce
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traitement à la lettre toujours et coûte que coûte } il faut savoir le varier, le conduire avec mesure et modération, l'individualiser en le changeant suivant les exigences de chaque cas.
Bien ne doit être absolu en médecine comme ailleurs : exécuter servilement un programme rédigé d'avance, immuable, servant indifféremment pour tout le monde, est une grave erreur et une foute, dans laquelle ne tombent que trop souvent les malades, et parfois les médecins. On en est même arrivé à renchérir encore sur les rigueurs déjà très suffisantes de la cureaméricaine. Or, ces exagérations, peu motivées, ont dégoûté bien des malades de continuer un traitement qui les aurait peut-être sauvés, mais dont les prémices avaient singulièrement refroidi leur courage, et fait tomber toutes leurs bonnes résolutions.
Quand après un certain temps de « cure de lit et d'isolement, » on ne remarque aucune amélioration dans l'état moral du malade; qu'il paraît au contraire plus affecté; que la tristesse et l'abattement s'accentuent ; que l'ensemble des symptômes neurasthéniques ne diminue guère, s'il n'augmente pas, on aurait tort de s'obstiner dans un traitement qui très probablement est mal approprié à ce cas particulier; il faut chercher autre chose.
Tout le monde n'est pas fait pour la même thérapeutique, alors même qu'il semble a priori parfaite-
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ment logique de remployer. Et si, dans quantité de cas de neurasthénies graves, le traitement américain fait de yraies merveilles, il en est d'autres où il échoue complëtement,parce que la défaillance et le manque de ressort du malade sont tels, quMl ne peut supporter la sévérité extrême du régime en question. Si nous en croyons notre expérience et ce que nous avons vu ailleurs, les exceptions sont plus nombreuses que les fanatiques de la Mastkur ne veulent en convenir.
L'obstination en médecine, quand elle n'est pas la persévérance dans l'observation ou la ténacité dans le travail, est un défaut grave, parce qu'il est plein de mécomptes et même de dangers.
Une troisième règle hydrothérapique très importante, et qu'il ne faut jamais perdre de vue, (fest de n* appliquer la douche froide que sur un corps bien préparé par une préaction suffisante; en â! autres termes de ne jamais appliquer Veau froide que quand le baigneur a tris chaud.
Cela est surtout d'une très grande importance chez les anémi(fues et les neurasthéniques. En effet, ces malades, qui n'ont déjà qu'une chaleur insuffisante, supportent mal toute soustraction de calorique ; la réaction se fait insuffisamment ou manque tout à fait, si la douche froide n'a pas été appliquée sur le corps bien préparé par une préaction active ou passive, plaçant le siiget dans les conditions voulues pour une bonne réaction.
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Les malades se plaignent-ils d'avoir des frissons quelque temps après la douche, et de ressentir pendant le jour une impression de froid très désagréable, il est clair que dans ces conditions, la douche ne peut faire aucun bien. Le baigneur doit au contraire ressentir après la douche une chaleur plus ou moins vive à la peau, avoir le sentiment d'une circulation cutanée plus active, plus régulière, plus rapide, et éprouver pendant le jour ce bien-être particulier dont jouissent tous ceux qui font de l'hydrothérapie dans de bonnes conditions, c'est-à-dire en accomplissant cette réaction franche et énergique qui témoigne avec certitude que la cure hydrothérapique réussit, ou réussira dans les limites du possible.
Lorsque la chaleur du corps ne peut être élevée par une promenade en plein air, ou lorsque le temps froid ou pluvieux s'oppose à une préaction suffisante, nous faisons précéder la douche froide ou le bain froid d'une douche chaude, très chaude même, mais courte; ou nous faisons séjourner pendant quelques instants le malade dans une salle de vapeur ou d'air chaud ; ou encore nous faisons faire l'opération hydrothérapique au saut du lit.
En un mot, le malade ne doit se présenter à la douche que quand il a bien chaud et qu'il éprouve même une léghre sudation, qui lui fait désirer Veau froide presque instinctivement Si ces conditions sont remplies, l'eau froide réussit toiyours.
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Nous formulerons donc notre troisième aphorisme de la manière suivante :
N^ appliquer Veau froide que sur le corps dont la chaleur aura été préciUMement augmentée par une promenade à ïair Ubre, la chaleur dulit, une dotu:he d*eau chaude, ou par un hain d'air chaud ou de vapeur. On recommandera donc, aux anémiques et neurasthéniques atteints de prostration et de grande faiblesse, les cures d'été ou de printemps, ou les cures d'hiver dans le Midi.
Quairième règle. Les applications hgdrothérapiques pour être toniques doivent être courtes, froides, et à percussion énergique.
Le traitement hydrothérapique tonique par excellence est sans contredit la douche froide en pluie et en jet, appliquée avec une pression de deux à trois atmosphères sur toui le corps pendant 10 à 20 secondes. Mais avant d'en arriver là, (car il faut se garder de faire prendre l'eau froide d'emblée), on aura recours à certaines précautions et pratiques balnéaires qui sont indispensables, et qui sont destinées à préparer graduellement le malade à l'eau froide, et à éviter ainsi tout ce qui peut retarder ou compromettre le succès du traitement.
L'exposé général de la technique hydrothérapique nous conduirait trop loin; du reste, nous avons déjà expliqué notre manière de comprendre l'hydrothérapie dans notre travail « Etudes tech-
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niqnes et pratiques snr Thydrothérapie, » auquel nous renvoyons nos lecteurs.
Voici notre manière d'employer l'hydrothérapie dans le traitement de Tatonie et de la névrose de Testomac; et nous pensons que ce traitement donne an point de vue hydrothérapique les meilleurs résultats.
Nous dirigeons sur l'estomac la douche alternativement chaude et froide, d'abord pendant 20 à 30 secondes, à la température de 35° à 40° C, puis pendant 10 secondes à 14° ou 10° G.; et ainsi de suite, en prolongeant l'une et l'autre douche alternée pendant 2 à 3 minutes, et en finissant l'opération par la douche froide en pluie ou en jet brisé, dirigée sur tout le corps pendant 10 à 20 secondes. Pendant l'application locale, on aura soin d'envelopper le haut du corps d'une couverture de laine, dont le baigneur se débarrassera avant de recevoir la douche froide générale.
Les effets stimulants et vivifiants de la douche ne tardent pas à se faire sentir; ils se manifestent par des digestions plus faciles, et par la diminution des renvois; le malade gagne de l'appétit; il ressent moins de pesanteur après les repas ; il jouit d'un sommeil moins troublé et plus réparateur ; et, conséquence toute naturelle, il a plus d'entrain, plus de vigueur, et surtout moins d'hypocondrie.
Dans certains cas d'atonie ou de neurasthénie
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avec tendance à l'excitation nerveuse, noas pr«îscri- Yons la douche chaude écossaise appliquée pendant une à deux minutes sur tout le corps, et plus particulièrement sur Testomac, et suivie non de la douche, mais de la piscine froide, ou du drap mouiUé.
Xie procédé hydrothérapique est préféré par un grand nombre de personnes, qui sont à la fois anémiques ou neurasthéniques, et très excitables. La douche froide paraît les stimuler trop vivement ; et elles trouvent dans la piscine fraîche ou froide, après une douche chaude, un agent aussi agréable qu'efficace, qui calme en tonifiant. Nous ne saurions trop recommander cette application balnéaire, qui est certainement de tous les procédés hydrothérapiques celui qu'on prend avec le plus de plaisir, et qui dans bien des cas nous a permis de traiter avec avantage des névropathes neurasthéniques réfractaires aux douches, nous disant n'avoir pu jusque-là supporter aucun traitement hydrothérapique.
Tel est le traitement hydrothérapique qu'il convient d'employer dans l'atonie de l'estomac neurasthénique ou non. En somme, c'est aux douches qu'on s'adressera généralement : douches chaudes, froides, tièdes, alternatives ou écossaises, suivant le cas. Mais on n'oubliera pas que chez les malades très sensibles à l'action excitante de la douche, on obtiendra un résultat très avantageux de la friction au drap mouillé, ou de l'emploi de la piscine après la
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douche chaude, alors que les douches fixàdes mal supportées ne réussissaient absolument pas.
Les maiUats, les demi-bains, les bains de vapeur ne conviennent pas aux neurasthéniques épuisés ou très affaiblis.
Le traitement hydrothérapique de la névrose de l'estomac, ou de la neurasthénie accompagnée d'une grande irritabilité nerveuse, est sensiblement différent, et bénéficiera moins des douches toniques que des procédés balnéaires indiqués dans les affections nerveuses, caractérisées par une impressionnabilité excessive, et une forte tendance à la surexitation. Dans ce cas, les douches froides ne valent rien, du moins au début du traitement; car elles ne réussiront qu'à exaspérer l'état nerveux, et à surexciter le nudade.
C'est grâce à l'usage intempestif de la douche froide, et à son effet surexcitant dans certatm états nerveux, que quelques médecins en sont venus à se demander si l'hydrothérapie (ils auraient dû dire « la douche froide ») est bien, ainsi qu'on le prétend, une sorte de spécifique des maladies nerveuses.
En réalité, l'hydrothérapie convient to^jours dans les maladies nerveuses; il s'agit seulement de savoir ce qu'on fait et ce qu'on veut obtenir.
On n'appliquera pas à un excité la douche froide, n^ais les moyens calmants de l'hydrothérapie; de même qu'on cherchera à stimuler, et non à calmer.
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UH atonique on un déprimé, auquel conyiendra la douehe et non le demi-bain.
Partout et toigonrs la réussite du traitement, ou son insuccès, dépendra en grande partie du procédé balnéaire, du tact, et de Texpérience de la personne qui emploie Thydrothérapie. Il est donc très injuste de dire que l'hydrothérapie n'est qu'excitante, parce qu'on a pu observer chez quelques névropathes un effet excitant ou surexcitant des douches. La douche froide au surplus, si elle est souvent excitante, ne l'est pas toujours tant s'en faut; et si elle excite certains siyets, elle en calme d'autres : tout dépend du terrain. U est incontestable cependant que certains états nerveux, — disons plutôt certains nerveux, — supportent mal les douches froides, parce qu'ils en ressentent un effet trop excitant. De là à tirer la conclusion que l'hydrothérapie est trop excitante pour les névropathes, il n'y avait qu'un pas; surtout si, pour le franchir, on se contente d'une observation superficielle, et d'une statistique de quelques malades.
Ce qui fait le mérite de l'hydrothérapie, et ce qui lui donne une si grande valeur thérapeutique dans le traitement des maladies nerveuses, c'est d'être tout autant calmante qu'excitante; sédative, tout autant que stimulante et tonique. Il suffit de connaître pour chaque cas la manière de l'employer ; et lorsqu'on voudra calmer un excité, il ne faudra pas choisir
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précisément la douche qui excite; de même qu'on ne s'adressera pas aux procédés calmants de l'hydrothérapie, quand il s'agira de relever les forces affaiblies d'un anémique, ou de stimuler une nature apathique.
Les effets de l'hydrothérapie sont singulièrement compliqués; ils produisent des effets physiologiques si multiples, qu'on ne tranchera pas la question en disant simplement : l'hydrothérapie est excitante ou elle est révulsive, etc.
Le fait est, que l'hydrothérapie est d'une manière générale, et suivant la méthode employée, ou stimulante et tonique, ou calmante, ou révulsive, voire même dépurative.
Cela soit dit en pafsant, et pour répondre à ces assertions si facilement exprimées et absolument iigustes, que l'on entend quelquefois formuler par des personnes qui, tout en parlant ex cathedra, ne connaissent pas par expérience les effets des différents procédés de l'hydrothérapie.
Nous retrouvons, dans le traitement hydrothérapique de la névrose de l'estomac, une de nos règles balnéaires fondamentales : calmer avant de tonifier.
Comment satisfaisons-nous à ces conditions?
Dans les névroses avec irritabilité excessive, et excitabilité toiqours en éveil, c'est avant tout aux procédés calmants de l'hydrothérapie qu'on aura recours. Ces procédés sont dans l'espèce :
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Le demi-bain,
Le maillot calmant,
Le drap mouillé calmant,
La douche en pluie tiède (26° à 28° C), ou fraîche (20° à 22° C).
Le demi^bain, dont nous avons exposé plus haut la technique, est un de nos meilleurs moyens de traitement dans tous les cas d^excitation nerveuse; dans la surexcitation alcoolique; dans la fièvre avec délire; dans Tinsomnie; dans l'excitation cérébrale; dans rirritation spinale à forme hyperesthésique, avec pertes séminales, etc. Mais, de même que nous Pavons vu en parlant de la douche, le demi-bain est loin de convenir à tous les malades.
C'est ainsi que les neurasthéniques très affaiblis ne le supportent pas, quand même ils présenteraient des symptômes d'excitation, celle-ci n'étant en réalité qu'une résultante de la faiblesse générale. C'est une exaltation nerveuse due à l'épuisement; le malade trop faible ne réagit pas suffisamment : car la soustraction de chaleur est trop forte pour sa résistance; de là, frissons dans le bain, sensation désagréable de froid, agitation, etc. L'effet calmant fait place à la réfrigération du corps qui peut présenter des inconvénients sérieux.
En un mot, les personnes faibles et atteintes d'agitation nerveuse n'ont aucun profit à retirer des demi-bains ; à ces malades conviennent des applica-
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lions, qui tiennent le milieu entre les moyens Umiques de l'hydrothérapie et ses moyens calmants. C'est alors que réussissent fort bien les douches fraîches en pluie (de IS"" à 22"^ C), ou chaudes (32^ à 35*^0.), et finissant à 20° ou 18® C; puis des frictions légères avec le drap mouillé trempé dans de Teau à 26® ou 22® C. Cette opération, qui ne dépassera pas une à deux minutes, doit cesser aussitôt que le drap devient chaud; elle sera suivie d'affusions sur tout le corps y compris la tête.
Ces applications sont pai'faitemont supportées par tous les malades, et elles conviennent particulièrement aux personnes faibles et irritables. En effet par ce moyen on calme sans fatiguer, et pour ainsi dire sans exiger du malade aucun effort. Après l'opération les malades ne font pas de réaction active, mais gardent le lit pendant une heure.
Une autre application calmante est Venvdappement dans le drap mouiUé, le maillot calmant
On peut supposer que les effets calmants du maillot sont dus aune dilatation, à une sorte d'épanouissement, ou de gonflement humide de l'extrémité périphérique des nerfs; ce relâchement serait la conséquence de l'irritation du début
Nous savons au surplus que, si l'on enlève au corps une certaine quantité d'eau, on peut faire nattre artificiellement une excitation nerveuse, tandis que le contraire produit un effet calmant Quoi qu'il en
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smt, qu'on explique Teffet sédatif dn maillot par la détente musculaire, par le repos horizontal, ou par Taetion particulière du drap mouillé sur les nerfs périphériques, le résultat est assuré. La sensation de calme est transmise aux centres nerveux, d'où elle rayonne dans tout l'organisme. Aussi l'efficacité du maillot hydrothérapique dans l'insomnie et l'excitation nerveuse est-elle incontestable; ses effets varient suivant le temps pendant lequel il est appliqué : le fait-on durer de 10 à 20 minutes? il sera calmant; veut-on obtenir de lui un effet sédatif? on renouvellera le drap mouillé aussi souvent qu'on voudra, cinq, six fois et même plus, dès que le malade sentira que le drap devient chaud.
Les bains de siège froids et à eau courante sont excellents dans tous les cas d'atonie simple de l'estomac, et surtout des intestins ; dans la constipation par atonie; et plus spécialement dans les cas de neurasthénie sexuelle; ou quand on aura des raisons pour attribuer l'atonie de l'estomac à un surmenage des organes génitaux; ou encore dans les cas, assez rares du reste, où la faiblesse des organes génitaux paraît être une suite de la neurasthénie ^ En effet, si les excès vénériens, l'impuissance sexuelle et la spermatorrhée conduisent souvent à la neurasthé-
^ P. Glatz. Etude sur les bains de siège et les différentes formes de Vimpmisswtee, 1882.
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nie, il est fort rare que les neurasthéniques se plaignent de faiblesse des organes génitaux. On proscrira les bains de siège chez les malades atteints d'éréthisme de ces organes, ou lorsqu'on voudra éviter tout afflux de sang dans les organes du bassin.
N'oublions pas enfin de mentionner Tefficaeité de la ceinture de Priessnitz dans la dyspepsie gastro-intestinale, qu'elle soit d'origine atonique ou nerveuse.
Quant aux enveloppements de tout le corps, d'après le système Priessnitz, on les a beaucoup employés jadis, et on en a certainement abusé; ils sont moins en faveur maintenant; car aujourd'hui les dyspeptiques par atonie étant généralement des neurasthéniques, ne peuvent supporter les longues et fatigantes applications des maillots d'autrefois. Cependant, les anciennes méthodes de Priessh nitz peuvent présenter encore des avantages dans le traitement de l'arthritisme et de l'albuminurie, chez des malades à constitution robuste et à résistance énergique.
Les pléthoriques, les exubérants bénéficieront des sudations par les maillots. Mais où sont aujourd'hui les goutteux et les arthritiques à tempérament athlétique ? Ce n'est point une espèce « fin de siècle, » et leur race n'est déjà plus qu'un souvenir, pour ne pas dire une légende.
Nestor Roqueplan nous donne dans t Parisine »
TBAmElfBHT 265
Panalyse tristement humoristique du sang dHin
« snob » fin de siècle.
Sérum 80 parties.
Globules 2 »
Eau. 9 »
lodure de Potassium .... 9 »
Fer . j »
Total 100
N'y a-t-il pas là plus qu'une boutade de pessimiste?
Gomme dernier vestige et dernier souvenir de la technique hydrothérapique de Priessnitz, nous n'avons plus guère à recommander que l'emploi de la ceinture de Neptune, « la compresse échauffante, » appliquée autour du ventre dans les cas de dyspepsie gastro- intestinale. (Sic transit glaria mundi.)
La ceinture de Priessnitz est, comme on le sait, une bande en toile trempée dans l'eau froide et appliquée sur le ventre. On la recouvre d'un fin taflPetas imperméable, et de flanelle. Elle agit en stimulant les fonctions sécrétoires et motrices de l'estomac et des intestins. Certains malades ne tolèrent pas la ceinture humide; la réaction fait défaut, et la sensation de froid se prolonge indéfiniment.
Winternitz a imaginé tout récemment un moyen très simple de faire supporter à ces malades la com- I^resse humide : il applique dans la région de l'esto-
366 numaoïrr
mac, par dessos la eompresBe, un tube on coumn en caoutchouc, à travers lequel circule constamment de Teau cbaude à 40^ C. La sensation de chaleur du tube étant plus intense que la sensation de iroid provenant de la compresse, le malade ne frissonne pas, et la réaction se produit énergique et salutaire.
Winternitz aurait obtenu par ce procédé des résultats très satisfaisants dans des cas d'Hystérie gastrique grave avec vomissements incoercibles, après que tous les moyens imaginables avaient été essayés en vain.
Le malade, placé dans le décubitus dorsal, gardait la compresse pendant une demi-heure avant et après le repas.
Ce moyen est en outre à recommander non seulement danë les dyspepsies atoniques et nerveuses, mais aussi dans les affections organiques de Testomac.
Electrothéraphie.
L'électricité joue, et à juste titre, un rAle très important dans le traitement de la neurasthénie et des dyspepsies nerveuses.
L'électricité peut agir directement sur les nerfe et les muscles de l'estomac et des intestins ; mais en outre, elle agit aussi sur l'ensemble du système nerveux en le stimulant, et en lui communiquant une nouvelle vigueur. L'action de réiectricité se fait sentir directement sur l'appareil nerveux et g^n-
TBAITBMEIIT 267
dulaire, en augmentant la sécrétion du suc gastrique ; et indirectement, par tous les actes réflexes consécutifs à Texcitation des nerfs périphériques. L'électrisation du ventre augmente Tinnervation motrice des nerfs et des ganglions de l'intestin, ainsi que les sécrétions intestinale et pancréatique ; elle calme aussi les sensations si pénibles que ressentent les nerveux et les hypocondriaques atteints de météorisme, de gonflement gastro-intestinal ; ce qui constituait la dyspepsie flatulente des anciens. Le massage électrique, la faradisation, et la galvanisation font disparaître la sensation de tension et de trop plein produite par la distension intestinale. Ces opérations aident à l'expulsion des gaz, ce bienheureux soulagement que les malades attendent avec tant d'impatience. Cest aussi un excellent moyen de combattre la disposition à l'accumulation partielle des gaz dans les colons et dans le gros intestin, accumulation qui est souvent la cause de très vives douleurs, et donne une grande inquiétude aux malades. Parfois le gonflement gastro-intestinal n'est pas dâ uniquement à la faiblesse nerveuse, mais il se rattache aussi à une véritable atrophie musculaire (atrophie des muscles de l'intestin, et des muscles de Brucke) *.
Quelle que soit au surplus la cause de la parésie,
^ Voir prof. Nothnagsl. Physiologie und Pathologie des Dormes,
268 TBAITBMSKT
Télectricité est nn traitement aussi rationnel qu'avantageux, et qui donne certainement les meilleurs résultats dans Fatonie gastro-intestinale, et dans tous les troubles intestinaux si fréquents chez les neurasthéniques et les névropathes.
Nous pratiquons d'abord, avec de larges électrodes (de 12 centim. sur 10), la galvanisation de Testomac (Fanode au dos, la kathode à Testomac) ; et cela pendant deux minutes : le courant aura une intensité moyenne (c'est-à-dire qu'il sera assez fort pour que le malade accuse une sensation de chaleur sous les électrodes). Nous promenons l'électrode négatif sur l'estomac et le ventre, et nous finissons la galvanisation par quelques inversions du courant, assez puissantes pour produire de vives secousses musculaires.
Nous terminons la séance par la faradisation cutanée, au moyen du pinceau et de la brosse métallique, pendant une à deux ou trois minutes, suivant la sensibilité et la résistance que la peau o£fre à l'électricité.
Un grand électrode positif est maintenu soit sur les reins, soit à la r^on de l'estomac (plexus solaire), pendant qu'on effleure légèrement la peau avec le pinceau métallique, ou qu'on frictionne à la brosse. Le courant a une force suffisante pour qu'en touchant le point d'£rb dans la fosse sus-claviculaire, on communique au bras une légère secousse.
TRAiTEiaBirr 9^9
Nous alternons la galvanisation totale de Testomac et la faradisation générale du corps, avec la galvanisation du sympathique, que nous étendons de l'estomac à la nuque et au ganglion cervical supérieur.
On applique le grand électrode à Testomac, le petit au ganglion cervical supérieur : durée de la séance, deux minutes ; intensité trois à quatre milli-ampères. Dans les cas de gastralgie d'origine nerveuse ou anémique, on obtiendra très rapidement une diminution de la douleur, ou même sa disparition totale, par la galvanisation positive deTépigastre, la kathode étant appliquée à l'endroit du dos où s'irradient généralement les crampes de l'estomac On termine la séance de galvanisation par quelques inversions du courant, et par un massage du ventre avec le rouleau électrique, ou bien encore par la faradisation du corps avec le pinceau métallique.
On combattra aussi très avantageusement la gastralgie nerveuse par l'application, sur la colonne vertébrale, d'une grosse éponge imbibée d'eau aussi chaude que le malade pourra la supporter, par des lavements d'eau chaude, et au besoin par un lavage de l'estomac avec de l'eau très chaude, ce qui parfois calme instantanément la douleur. Ces moyens hydrothérapiques sont à recommander quand l'emploi des narcotiques ou de Télectricité présente des inconvénients.
270 TBJÛTtMSST
Le jy Toloni se loue des résultats qu'il a obtenus, par le courant galyanique, contre les vomissements, quelle qu'en mt du reste la cause; il applique « VélectroékpasiHve », représentée par une large plaque, entre les deux insertions sterno-claviculaires du stemo-cleido-mastoldien, le pôle n^tif à Tépigastre. Durée de la séance 20 à 30 minutes!
Il cite cinq observations de vomissements qui ont été très rapidement arrêtés par cette application électrique. Nous avons traité bon nombre de vomissements hystériques, tantôt par la galvanisation, tantôt par la faradisation avec des résultats semblablement les mêmes, et nous n'avons jamais pu constater la moindre supériorité de la galvanisation sur la faradisation. Nous ajouterons que la direction du crarant, ascendant ou descendant, nous a paru absolument indifférente; et nous sommes convaincu que la suggestion joue dans ces ca»-là le rôle prédominant, sinon le seul'. Toutefois on ne peut nier une influence directe de l'électricité sur le sympathique, en dehors de toute su^estion : les bons effets de la galvanisation de ce nerf, dans la maladie de Base-
^ Yoici un exemple fort curieux de suggestion : Madame X, femme de 88 ans, ressent des doul^us très Tires dans l'abdomen. On pense à des coliques néphrétiques. Aucun traitement ne soulage cette malade. On constate que les coliques reviennent par crises. L'appétit est nul, l'état général mauvais et des troubles nerveux (cauchemars, halln-
TBAKTBiaCMT 271
dow, et son action sur le pouls, en scmt la meilleure preuve. Aussi, employons-nous depuis longtemps avec succès la galvanisation du sympathique dans les cas de dyspepsie nerveuse, en appliquant un électrode au cou ou à la nuque, et Tautre au plexus solaire. Mais nous devons ajouter que cette électrisation ne réussit pas toiy ours; il en sera certainement de même de la méthode préconisée par le D' Toloni.
Quant à Vâectrisation statique, ou la FratMinisch tion remise en honneur et à la mode par Charcot, Vigoureux et Técole de la Salpétrière, elle joue aiyourd'hui un rôle important dans tout traitement des états nerveux et neurasthéniques, sans atteindre toutefois les résultats quasi merveilleux annoncés par quelques-uns des rénovateurs de ce mode d'application de Télectricité. H est même assez difficile de se rendre compte de sa manière d'agir. Mais qui sait pourquoi Vâectricité se transf(»ine en force motrice, en chaleur, en lumière, etc. ?
Dans tous les cas, il est certain que les malades ressentent très souvent une amélioration tout à fait
dnMoBA) font leur apparitioB. Bien toatel&to ne pennel de penser à l'hystérie. Tout traitement ayant échoué, même Phypnotisme (!X on eût recours à la stêçgtstian à l'état de veille par l'imposition des mains sur l'abdomen. Dès le premier jour la malade se sentit soulagée, l'appétit revint, et tout guérit (Mo^joar et Benauh.)
272 ntAmaoBiiT
remarquable après un traitement par la Franklinisation, et c'est là Fimportant
Après avoir essayé toutes les formes de la Frankiinisation, nous n'employons plus guère que le bain statique et le souffle électrique. Nous ayons à peu près renoncé à l'emploi de l'étincelle et de la friction électrique, qui nous ont paru trop excitante. Toutefois, ces deux procédés peuvent être utiles dans certains c^ d'amyosthénie neurasthénique, et quand les malades présentent une diminution plus ou moins notable des forces, qui sont parfois rapidement et largement relevées par ces applications, ce qu'il est facile de constater au dynamomètre.
On voit ainsi des malades gagner 5 à 10 kilos de force, la force moyenne normale au dynanomètre étant de 35 à 37 kilos pour le membre supérieur, et de 28 kilos pour le membre inférieur. Nous avons néanmoins remarqué, que, soit dans la faiblesse musculaire neurasthénique, soit dans la parésie ou paralysie hystérique, il faut se gaitler d'exagérer l'étincelle comme on le fait quelquefois, dans l'idée que la suggestion sera d'autant plus efficace que l'étincelle aura été plus vive, et la secousse plus violente.
La plupart des malades nerveux, les neurasthéniques surtout, supportent mal toute thérapeutique dont les procédés sont trop énergiques. Nous pou-
TRÀITBMENT 273
vons en revanche recommander le bain statique journalier de 5 à 15 minutes de durée : le malade est placé sur le tabouret isolant^ et se trouve ainsi sur le trajet des conducteui^, dont il partage Tétat électrique; il représente donc un des pôles de la machine. L'électricité, qui se répand sur le malade, se renouvelle incessamment, et s'échappe de même par tous les points du corps. Il est incontestable, dans tous les cas, que le bain statique donne une vive impulsion au courant nutritif moléculaire, ce qui explique les effets qu'on obtient sur la nutrition et l'innervation (augmentation de l'appétit, digestions plus faciles, retour de la gaieté chez les malades, etc.).
Outre les effets directs sur la nutrition, la Franklinisation agit ceilainement aussi par suggestion ; et à ce point de vue elle mérite bien, dans le traitement des affections nerveuses et neurasthéniques, la place importante que lui ont assigné le professeur Charcot et son école. On a recommandé, comme révulsif et excitant de la peau, la friction à la tige, ou à la boule métallique sur la partie malade, revêtue d'un vêtement de laine ; mais la friction statique est loin d'atteindre la valeur révulsive de la friction cutanée avec le pinceau faradiquc, qui produit des actions réflexes beaucoup plus énergiques et plus efficaces.
Nous pensons qu'on pourra aussi employer, dans
le traitement électrique de la neurasthénie, les courants à haute tension et à haute fréquence, recommandés dernièrement par les docteurs d^ Arsonyal et Apostoli dans le diabète, la goutte, et toutes les maladies de la nutrition.
Les résultats obtenus par ces auteurs sont fort encourageants, en ce qui concerne le ralentissement de la nutrition; ils doivent être les mêmes pour l'épuisement nerveux des arthritiques, qui bien souvent aussi est caractérisé par une nutrition retardée ou insuffisante.
Dans la « cérébrasthénie, » on obtiendra parfois do bons résultats de la galvanisation de la tète ; mais on aura soin de ne jamais employer qu'un courant très faible, et l'on se servira d'un rhéostat, afin d'éviter toute secousse et de prévenir le vertige autant que possible.
D'après Hughes (TherapeuMc value of eq^kalic and spinal dectrisathn) le courant ascendant dilaterait les vaisseaux ; il aurait donc pour effet une meilleure nutrition du cerveau. Le courant descendant produirait au contraire une contraction vasculaire, et conviendrait aux personnes sujettes aux congestions de la tête, et dans toutes les affections qui paraissent dépendre d'une hypérémie du cerveau.
Outre son effet vaso-moteur, le courant descendant apaiserait l'irritabilité de la cellule corticale ; il aurait donc une vertu essentiellement calmante.
TBAITEMENT 275
Le courant ascendant appliqué à la moelle serait excitant et tonique ; son contraire serait calmant. De plus, le premier diminuerait la quantité du sang dans la moelle, tandis que le second Taugmenterait.
Le traitement farad ique convient aux névroses dont la cause est une dépression morale (soucis, chagrins, peur), ou une intoxication (tabac, alcool) ; tandis que la neurasthénie par surmenage intellectuel ou musculaire rédame la galvanisation ou la Franklinisation.
D'après Bénédickt, le courant faradique est tout spécialemeut indiqué dans les cas de spasmes vasculaires de la face, avec pâleur et pouls carotidien, dur et bondissant, et dans la migraine. Dans ces cas, la faradisation de la moelle allongée peut aller jusqu'à couper la crise, et se serait montrée plus efficace que les inhalations de nitrite d'Âmyle.
Massage.
Le massage de l'estomac et du ventre consiste en frictions, en tapotements, en une sorte de pétrissage de l'abdomen. Dans l'atonie neurasthénique, on combinera le massage local avec le massage de tout le corps, en suivant le plus exactement possible les indications si judicieuses, les règles si pratiques exposées par Weir-Mitchell dans son ouvrage sur
276 TEAmaiENT
le traitement de la neurasthénie. Le massage tel que l'entend Weir-Mitchell est, à notre avis, de toutes les méthodes connues et recommandées dans ces cas, celle qui répond le mieux au but visé par le traitement : c'est-àrdire l'augmentation de la nutrition générale du corps.
Pour le massage local, nous pensons qu'il sera bon de s'inspirer des conseils de Czéri, qui ne masse pas l'estomac à jeun comme on le fait généralement, mais deux ou trois heures après le repas.
Voici les procédés qu'emploient Czéri et Zabludowski pour le massage de l'estomac et de l'intestin.
Le malade étant couché sur le dos, la bouche tenue ouverte, on masse l'estomac à partir du fond et jusqu'au pylore, en faisant alternativement des frictions et du pétrissage. Ces manipulations sont d'abord douces et superficielles, puis de plus en plus énergiques et profondes. A la fin de la séance, qui dure de dix à quinze minutes, on pratique le massage de l'intestin.
Ce massage n'est ni douloureux, ni désagréable, bien au contraire ; car son premier effet est d'expulser une grande quantité d'air ou de gaz, au grand soulagement du malade. Après la séance, le malade ressent un peu de lassitude et de somnolence; mais il éprouve à l'estomac une sensation fort agréable de bien-être, de chaleur et de vide; pendant qu'il sent disparaître peu à peu l'impression pénible de pesan-
teur et de plénitude dont se plaignent les dyspeptiques après les repas.
L'action si favorable du massage de l'estomac à Fétat de plénitude est due à plusieurs facteurs : à l'évacuation des gaz accumulés, à l'excitation de la fonction sécrétoire de l'estomac, à l'augmentation du péristaltisme, et enfin à l'évacuation dans l'intestin du contenu stomacal.
Pour combattre la constipation, le malade est placé dans la position génu-pectorale. Le masseur, se tenant à sa gauche, applique sa main gauche audessus, et sa main droite au-dessous de l'ombilic. On masse ainsi l'abdomen, en faisant alterner les mouvements transversaux avec les mouvements longitudinaux. Dans ces derniers, la main gauche se meut du rebord des côtes à l'ombilic, tandis que la main droite exécute un mouvement en sens inverse, àe la symphyse pubienne à l'ombilic. Les mains doivent être un peu recourbées, afin de pouvoir mieux saisir les téguments avec les anses intestinales sousjacentes. Avec ce procédé, le poids des intestins contribue pour beaucoup à l'efficacité du massage. Les anses intestinales tombent comme d'elles-mêmes dans les mains du masseur. Après cinq minutes de ce massage qui doit être énergique, le patient est couché sur le dos, et on lui pratique alors, dans cette situation, pour clore la séance, le massage de l'abdomen d'après le procédé usuel.
278 TRAITEMBNT
Les vertiges céphaliques, qui proviennent de Testomac, et qui ne sont qu'un phénomène réflexe vagosympathique, sont sensiblement diminués par V effleurement de la région épigastrique. Nous avons vu des migraines disparaître par une simple cure de frictions légères, consistant en quelques effleurements de Testomac, pratiqués trois fois par jour pendant cinq minutes seulement L'effet de ce moyen si simple, pratiqué et recommandé par Metzger, est souvent tout à fait remarquable; sans doute parcequ'il produit soit une sédation, soit au contraire une excitation du sympathique suivant le cas, soit enfin qu'il agisse par suggestion.
On pourra recommander aux malades de continuer chez eux le massage en se servant de la boule anglaise, du poids de 3 kilos en moyenne, qu'ils promèneront chaque soir ou le matin sur le ventre pendant 4 à 5 minutes. Ce genre de massage a certainement son utilité, et présente l'avantage de pouvoir être pratiqué par le malade lui-même à n'importe quel moment ; il entretient en outre les effets que l'on a pu obtenir du massage méthodique, tel qu'il a été effectué par le médecin.
Traitement par les agents pharmaceutiques.
Quant au traitement pharmaceutique, on peut affirmer que malgré la foule de médicaments qu'on
TRAITEMEKT 279
a recommandés pour combattre la dyspepsie nerveuse et neurasthénique, il en est bien peu de réellement utiles. On aura recours surtout à ceux qui ont une action tonique et reconstituante sur le système nerveux, aux phosphates principalement.
L'arsenic, généralement mal toléré par Testomac, ne convient guère aux neurasthéniques gastriques.
La teinture de valériane et les bromures, prescrits après les repas, sont utiles dans les cas de pneumatose accompagnée de ballonnement et d'éructations fréquentes.
Les gastralgies seront combattues par la morphine, le bismuth, le chloral ; et surtout par l'application pendant cinq ou dix minutes de Tanode d'un courant continu \
Dans l'hypéresthésie des nerfs de l'estomac, dans les cas de disphorie digestive, de vomissements hystériques, on prescrira parfois avec avantage la cocaïne d'après la formule suivante d'Lnmermann :
^ On appliquera aussi sur la colonne vertébrale une grosse éponge imbibée d'eau aussi chaude que le malade peut la supporter ; on prescrira en outre un lavement chaud, et on fera avec un fin jet d'eau, alternativement chaude et froide, une irrigation sur le point douloureux de la région épigastrique. Un lavage de l'estomac avec de l'eau très chaude calme souvent d'une manière instantanée la douleur. Ces moyens sont à recommander quand les autres médications sont sans effet.
â80 TBArTElCEKt
Rp: Cocaïne mariatic: 15 centigr.
Aq: destin : 100 grammes.
Alcool rectif. : gouttes deux, toutes les demi-heures une cuillerée à café.
Dans un cas de névrose de Festomac, les vomissements, qui se produisaient immédiatement après les repas, ne cédaient qu'à une injection de morphine faite avant que le malade se mit à table. Après quelque temps on pût substituer, avec le même résultat, de Teau distillée à la solution de morphine.
Le chanvre indien s'est montré eflScace contre les douleurs céphaliques ; le salix nigra serait un sédatif parfois plus avantageux que les bromures, parce qu'il n'occasionne pas de dépression cérébrale.
L'élixir robor. Whytii. est dans certains cas un stimulant du système nerveux ; nous le prescrivons sous la forme suivante :
Rp : Elix : robor : Whytii.
Tinctur : kola ââ 15 gr.
Acid : muriat : dilut : 2 gr.
40 gouttes, 2 à 3 fois par jour.
Le meilleur médicament de la neurasthénie, le seul peut-être vraiment utile, est représenté par les phosphates que Ton pourra donner sous toutes les formes; mais en insistant plus particulièrement sur les aliments qui renferment beaucoup de phosphates : les amandes, les farines d'avoine et de lentilles, l^
« porridge, » et la tisane composée de Robin dont nous parlerons plus loin.
Nous prescrivons souvent te sirop d'%|K>p/iospAifes avec ou sans kola, dont nous donnons ici la formule *.
Ce sirop nous a rendu des services très appréciables ; il est un de nos meilleurs névro-toniques, supérieur à notre avis aux glycéro-phosphates, de la fabrication desquels on n'est pas toujours sûr, et dont la composition n'est pas l'équivalent de celle du sirop d'hyperphosphites que nous recommandons.
Les phosphates et glycéro-phosphates sont aujourd'hui à la mode, et pour employer une expression du moment, tiennent le record des toniques actuels, non toutefois toujours avec raison.
On remarque encore en effet des jeunes filles chlo-
^ Rp. formule modifiée du sirop de Fellow :
Ghinini bisulf. 1 gr.
Stychnini nitric 0,02 »
Acide phosphor 4
Ferr. pyrophosph 1
Galcar hypophosph. )
Mangan. » > aa 1 »
EaU » )
Syrup. 8impl 800 »
à prendre deux fois par jour, une cuillerée à café après les repas dans demi-verre d'eau.
Nous prescrivons aussi ce même Sirop d'hypophosphites additionné de 30, 20 ou 10 gr. d'Extr. fluide de Kola, ou de 20 gr. de teinture de Kola.
rotiques, sans tares ni symptômes neurasthéniques vrais, et auxquelles les phosphates ne rendent aucun service; c'est au fer qu'il faut avoir recours. Nous avons soigné bon nombre de jeunes filles chlorotiques qui depuis longtemps se bourraient de Kola, de glycérophosphates, d'hémoglobine, sans en retirer aucun résultat, et qui étaient vite guéries par les vieilles et excellentes pilulesdeBlaud, ou toute autre ancienne préparation martiale. Donc, dans la chlorose sans neurasthénie, il est bien inutile de perdre son temps avec les diverses préparations phosphatées, ou avec l'innocente hémoglobine; mais on prescrira les pilules de Blaud à larges doses (trois après le repas de midi, et trois après le repas du soir), la ferratin qui paraît mériter quelque considération, et aussi naturellement l'hydrothérapie, le grand tonique par excellence.
On prescrira l'hydrothérapie sous forme de frictions au drap mouillé le matin au sortir du lit, et de douches en jet brisé de 18° à 10° et 9° C, et des bains de mer, si la malade n'est pas trop impressionnable, ni surtout trop excitable.
Les amers ont de tout temps joué un rôle important dans la thérapeutique des dyspepsies. Aujourd'hui le Gondurango, que nous conseillons de prescrire sous forme de macération * ou d'Extr. liquide,
^ Rp. : Macération de Gondurango ^Iwn^ pendant 12 h. et réduit à 150, adde Acide : murîatic. dilut. 1 gr., pepsine 10 gr
TRAIT£MEKT 283
par 15 à 20 gouttes avant les repas, a détrôné la gentiane, le quassia, le Colombo, etc., et il paraît être en effet un stimulant réel de Testomac.
On a recommandé comme antis^iique, le saki (4 à 6 gmmmes par jour) seul, ou uni au salicylate de bismuth, si le malade se plaint de diarrhée.
Le salol, le naphtol, le benzo-naphtol, avec ou sans bicarbonate de soude suivant le cas, sont les médicaments de choix des diarrhées fétides, des éructations gazeuses, du pyrosis et du météorisme qui accompagnent la dilatation, le catarrhe de Testomac et l'atonie qui résulte de ces aflfections.
Le bicarbonate de soude, dont on a usé et abusé dans toutes les variétés de la dyspepsie, n'est efficace dans Tatonie que quand cette dernière s'accompagne de catarrhe, ou qu'elle en est la suite; il n'a aucune valeur dans l'atonie neurasthénique ou dans la dyspepsie nerveuse, et nous paraît plutôt contre-indiqué dans ces cas.
On compte parmi les meilleurs antiseptiques de l'intestin le salicylate de bismuth, la résorcine et le benzo-naphtol. On emploie le premier lorsqu'on veut en même temps combattre « l'élément » douleur ; le benzo-naphtol, dans les cas d'atonie de l'intestin avec fermentation et disposition à la putréfaction, ce qui entretient si souvent un état d'irritation avec diarrhées, coliques, etc. Ces médicaments sont certainement utiles dans certains cas ; mais on ne peut leur
284 IHAITEICEKT
accorder Timportance que quelques auteurs leur ont donnée.
Quand les renvois ne contiennent que de Tair, et ne sont en conséquence que le fait de Tatonie, ou de Fétat nerveux, les antiseptiques doivent céder la place aux antinerveux et aux névrosthéniques.
Le barcde de soude (40 à 50 centigr. avant les repas) a été aussi recommandé comme antidyspeptique ; il agirait comme alcalin et antiseptique ; de plus il exciterait la sécrétion du suc gastrique, probablement au même titre que le bicarbonate, c'està-dire par suggestion.
Quelques auteurs ont vanté les bous effets de la papayotine dans Tatonie gastrique avec diminution et insuffisance de la sécrétion du suc gastrique. D'après notre expérience, ce remède s'est toujours montré parfaitement impuissant.
La pepsine est très rarement indiquée, l'estomac en fournissant généralement en quantité suffisante. Elle est de plus inutile, si l'on n'administre pas en même temps HCl. La pepsine ne se conservant que fort peu de temps dans l'alcool, on peut juger de la valeur des vins ou élixirs de pepsine, etc.
Un médicament excellent, et qu'on employera toujours avec succès contre Vaianie, est la noix vomique, que nous prescrivons sous la forme suivante :
TRAITEMEïrr 285
Rp. tinctur. nucis vomie. 4 à 5 grammes.
» Cort. aurant. 25 »
(25 à 30 gouttes avant les repas.) Si la constipation s'ajoute à Tatonie, nous joignons à cette ordonnance, de la teinture vineuse de rhubarbe, en dose plus ou moins forte, suivant le degré de constipation.
La graine de lin, la poivre de réglisse composée sont de bons auxiliaires, et des palliatifs utiles de la constipation par atonie. Ces médicaments atteignent leur but, sans provoquer de coliques, et sans qu'on soit forcé d'augmenter les doses. Inutile d'ajouter qu'il ne faut les prescrire que faute de mieux, et en attendant les effets du traitement mécanique par le massage, les bains de si^e froids et à eau courante, la faradisation, etc.
On prescrira aussi avec avantage, pour régulariser les selles, le mélange suivant :
Rp. pulv. rad. rhei )
Natr. sulfur. | aa 25 à 50 centigr.
Bicarb. sodœ ' Quoiqu'il en soit, il ressort de l'observation des faits cliniques que l'on obtient certainement un résultat relatif meilleur, par l'administration du suc pancréatique dans tous les cas de suppression absolue du suc gastrique, que de l'usage interne de la pepsine et de HCL, dont l'effet est absolument nul. Et cela se comprend. Toutefois malgré l'opinion ac-
286 TRAITElfENT
tuelle qui tend à regarder la digestion de Tintestin comme p]us importante que celle de Testomac, il n'est pas possible de nier la valeur de la peptonisation stomacale; et nous nous efforcerons toujours de la produire avant toute autre chose, ou de la réveiller artificiellement, dans les cas où le suc gastrique manque. Mais quand, et c'est le cas de Tatrophie, nous ne pouvons arriver à ce résultat, et quand nous devons renoncer à la possibilité d'obtenir une sécrétion gastrique nouvelle par les moyens mécaniques ordinaires, nous aurons alors à nous adresser au ^uc; pancréatique. Car pour avoir un suc gastrique artificiel, capable de transformer les aliments en peptones, il faudrait administrer une quantité de HCl. telle, qu'aucun malade ne pourrait la suppoi*ter. Pour administrer le suc pancréatique, nous avons renoncé à toutes les préparations pharmaceutiques et spécialités de pancréatine, vin pancréatique, etc., qui se sont toujours montrées absolument insufSisantes; et nous employons la « liqueur pancréatique » préparée comme suit, et qui nous parait la seule manière siire d'administrer le suc pancréatique: cette liqueur doit toujours être fraîchement préparée*.
^ Prenez : !<> Deux pancréas de porc ; 2o Un pancréas de bœuf; h&chez et pilez dans un mortier arec 2 gr. de carbonate de sonde, 50 oentigr. de borate de soude, et 40 gr. de glycérine
Traitement par les lavages.
Nous devons encore signaler les deux traitements suivants, qui sont très eflScaces dans la constipation atonique, ce sont :
Les grands lavements d'huile, qui supprimeront très rapidement la constipation spasmodique, si fréquente chez les névropathes et les hypocondriaques. Cette constipation est due, comme dans la colique saturnine, à la contraction permanente des intestins.
Nous avons signalé cette constipation aux matières dures, fragmentées, au coi'ps allongé, et qui ont un calibre ne dépassant pas le volume d'un doigt ou d'un crayon. Cette constipation s'accompagne souvent de colite catarrhale ou pseudo-membraneuse. Dans ces cas, les laxatifs et le massage restent sans effet, tandis que les lavements d'huile sont des plus efficaces; ils ont une action purgative et calmante de l'intestin.
On prend une canule « vaginale » reliée par un tube à un irrigateur contenant de l'huile pure ; le malade étant couché, on introduit la canule dans le rectum, et on laisse pénétrer lentement dans l'intes-
pure. Après aroir laieeé reposer le tout ensemble pendant trois heures dans un endroit frais, ajoutez 500 gr. de vin vieux, agitez souvent le mélange, passez à travers un tamis, et ajoutez suffisamment de vin pour obtenir un litre de liqueur, décantez et filtrez.
tin 400 à 500 grammes d'huile, ce qui demande 15 à 20 minutes. La canule n'a pas besoin d'être enfoncée profondément, puisque dans le décubitus dorsal avec bassin élevé, il existe dans l'intestin une pression négative, qui fait que l'huile est aspirée par les parties supérieures de l'intestin. La selle survient généralement après quelques heures. On donne chaque jour un lavement, jusqu'à ce que l'intestin soit bien nettoyé. Généralement 3 à 4 lavements suffisent ; après quoi les lavements ne seront plus administrés qu'à des intervalles de quelques jours, par 250 à 300 grammes pour chaque lavement.
Ces lavements sont aussi excellents dans la colite membraneuse, et dans la rectite. On ajoutera à l'huile, suivant les cas, de l'acide salicylique (2 7o) ou tout autre antiseptique.
Le lavement éUetrique, d'après la méthode de Boudet (de Paris), produit aussi de bons effets contre la constipation opiniâtre et l'obstruction intestinale, dues à la paralysie spasmodique ou atonique plus ou moins complète de la tunique musculaire de l'intestin.
D'après les D™ Labadie-Lagrave et Eegnier, le lavement électrique amènerait en outre la cessation des douleurs de l'entéralgie.
Le D' Boudet pratique le lavement électrique de la manière suivante :
TRArrBMENT 289
Un large électrode est placé sur le bas-ventre, et relié au pôle négatif d'un appareil à courants continus. On introduit ensuite dans le rectum l'électrode de Bottdet, constitué par une grosse sonde en gomme, dans laquelle est une tige métallique creuse reliée à une borne, à laquelle on fixe le réophore rattaché au pôle positif. La sonde est reliée à un irrigateur contenant de l'eau salée, qu'on fait couler doucement dans le rectum pendant toute la durée du passage du courant, afin d'éviter la production d'eschan*es toujours possibles; car l'intensité nécessaire de 20 à 40 M: A: amènerait facilement une cautérisation électrolytique de la muqueuse rectale. L'appareil disposé, on pousse la manette du collecteur, lentement, couple par couple, jusqu'à ce que le galvanomètre marque une intensité de 30 M: A: On laisse passer le courant pendant 10 minutes. Au bout de 10 minutes, on ramène la manette à 0. On inverse le courant, puis on recommence la même manœuvre avec les pôles inverses ; ensuite on pratique quelques interruptions du courant, même des inversions, qu'on répétera toutes les cinq secondes pendant quatre minutes; enfin on ramène la manette du collecteur an zéro, et l'opération est terminée.
Dans les nombreux cas de œlite muqueuse que noHS avons en à traiter, nous avons toujours obtenu les résultats les plus satisfaisants par les lavages de
290 iftArneMBifr
rintestin faits avec une solution de tannin de ^^ à Vi jusqu'à 1 '/q. Le récipient, d'une contenance moyenne de 2 à 4 litres, est maintenu à une hauteur de 2 à 4 mètres au-dessus du lit, ce qui donne une pression très suffisante. Le malade prend la position horizontale, avec bassin élevé, ainsi que nous Tavons dit pour les grands lavements d'huile.
Quand après quelque temps de ce traitement on peut constater une amélioration sensible, nous remplaçons Fentéroclyse au tanin par le simple lavage avec de Teau de Valériane, puis avec de Peau simple, ou légèrement boriquée. Nous ne pouvons trop recommander ces sortes de douches intestinales, qui, pratiquées ainsi que nous venons de Fexposer, donnent des résultats excellents, et certainement de beaucoup supérieurs à ceux que Ton peut obtenir par Tusage de n'importe quel médicament ou remède interne.
On a recommandé dernièrement les lavages avec une solution dlchthyol, dans la proportion d'une cuiller à soupe pour un litre d'eau ; nous n'avons pas d'expérience à leur sujet
Quant à lachlorhtfdrothértxpie, nous pensons qu'il convient d'en restreindre de beaucoup l'usage. La coutume était, et est encore sauf erreur, d'ordonner HCl. chaque fois qu'on suppose, ou que l'examen du suc gastrique a dénoté l'absence ou ladiminutioa de l'acide muriatique; même on mesure les doses
laïAi'ncMifiNT 291
d'après le déficit de HQ., et on donne généralement en entre de la pepsine, si le ferment fait défaut
Or, la pratique prouve que dans tous les cas d'atonie, de neurasthénie et de névrose avec diminution ou suppression de HCl. et de la pepsine, il est absolument inutile de prescrire HCL; d'abord parce que son inefficacité est notoire, ensuite et surtout parce que les malades le tolèrent mal.
Quant à la pepsine, la qualité du ferment que fournit le commerce est généralement tel le, qu'on ne peut guère en attendre un effet physiologique appréciable et de quelque valeur. Le rôle de HCl, doit (ÂCttidlement se limiter à ses propriétés anO-fermentescibles, et son usage au catarrhe de Vestanuie, et à certains cas de dUoitation.
Dans les cas graves d'atonie avec diminution ou suppression de la sécrétion du suc gastrique, on recourra avec avantage au lavage à l'eau chaude salée ; le sel et l'eau chaude augmentant certainement la sécrétion, ils peuvent faire reparaître la source tarie.
On opère ce lavage de l'estomac de la manière suivante, qui représente en réalité plutôt une douche qu'un vrai lavage : on se servira d'une sonde percée à son extrémité d'un certain nombre de petits trous, qui tranforment cette extrémité en une sorte de petite pomme d'arrosoir, de façon à produire une vraie douche en pluie. On emploie, pour chaque
292 TBAITEBIBNI*
douche, deux litres d'une solution salée à 0,67. (une forte cuillerée à café pour un litre d'eau). On lavera l'estomac le matin à jeun, l'eau ayant une température de 38° à 42° C. Les résultats obtenus par cette douche de l'estomac sont très encourageants, dans tous les cas d'atonie avec diminution ou suppression de la sécrétion du suc gastrique, sans qu'il y ait atrophie de l'estomac bien entendu. Les effets de la douche d'eau salée sont de même excellents dans le catarrhe simple.
On remarque alors une augmentation de l'appétit, une diminution des douleurs et de la pesanteur après les repas, et la réapparition de HCl.
D'après les expériences faites jusqu'à ce jour par le prof. Senator plus particulièrement, on peut conclure que nous possédons, dans la douche stomacale à l'eau salée, un moyen d'augmenter la sécrétion du suc gastrique, et d'atténuer les sensations diverses si pénibles qui accompagnont l'hypochlorhydrie ou l'apepsie. Les meilleurs résultats s'obtiendront dans le catarrhe de l'estomac, qui s'accompagne toujours d'une diminution de la sécrétion de HCl.
Combattre ou limiter l'hyperchlorhydrie est certes un problème difficile à résoudre, et qui trouverait parfois sa solution, ou tout au moins une solution partielle, dans la douche de l'estomac pratiquée avec une solution de nitrate d'ai^ent, à dose faible, I ^/^o par exemple. On pratique d'abord un
lavage à l'eau simple, puis au nitrate; enfin, de nouveau à l'eau, jusqu'à ce que le liquide retiré de l'estomac ressorte tout à fait clair. Ce lavage diminue l'hypei-acidité et l'hypersécrétion, combat la faiblesse musculaire qui ne manque pas dans ces cas-là, et atténue les douleurs hyperesthésiques, qui sont un des symptômes les plus constants de l'hyperacidité gastrique.
Dans les cas de dilatation avec fermentations, on lavera l'estomac avec des liquides antiseptiques, acide salicylique 1 Voo» Thymol 1 pour 3000, et Kalihypermangan. 1 pour 2000.
Tout en estimant que les théories de Hayem et de Vinter sur les propriétés de HCl. sont loin d'être démontrées, il faut reconnaître cependant, et les faits sont là pour le prouver, que le rôle de HCl. est de s'opposer aux fermentations, bien plus que d'aider à la digestion. Du reste, les nombreux exemples de nutrition normale, même pendant des mois, malgré la suppression de la sécrétion gastrique, dans l'hystérie par exemple, indiquent que la digestion stomacale n'est pas indispensable; et que, lorsqu'il le faut, les sécrétions duodénales se chargent de la peptonisation des aliments.
Régimes.
Le régime joue tout naturellement un rôle des plus importants, sinon le plus important, dans tout
traitement des maladies gastro-intestinales. Aussi est-ce sur le régime que les prescriptions du médecin doivent particulièrement porter. Malheureusement, sous ce rapport, Taccord n'est pas parfait; et tel recommande certain aliment que tel autre regarde comme nuisible ou de lourde digestion. Quelques médecins ajfirment, par exemple, que dans les dyspepsies nerveuses, le régime n'a pas d'importance, et qu'il faut autoriser le malade à manger ce qu'il veut. Cette manière sceptique de trancher une question de cette importance ne nous paraît pas juste pour deux raisons : premièrement, parce qu'on fait fi d'un facteur thérapeutique de premier ordre, la suggestion, qu'il ne faut jamais perdre de vue quand on traite des nerveux; et ensuite surtout, parce qu'il est illogique de mettre sur le même pied, au point de vue de l'alimentation, une névrose qui peut être hyperchlorhydrique, et une névrose avec diminution ou suppression de HCl.
Les atoniques et les neurasthéniques doivent suivre un r^ime reconstituant, tout en ne prenant que des aliments d'une digestion facile. Il en est de même du névrosé ; et c'est une erreur de croire que les personnes qui souffrent d'une névrose de l'estomac peuvent manger de tout, et satisfaire à tous ' leurs caprices gastronomiques.
Trousseau a£Gurme que les dyspeptiques doivent apprendre par l'observation personnelle ce qu'ils
TBAITEMEKT 295
peuvent digérer sans trop de difficultés, et ce dont ils d(Hvent s'abstenir; que leur expérience en un mot doit déterminer leur régime. Cette remarque est justf dans bien des cas; mais on voit tous les jours des névrosés de l'estomac ressentir le besoin d'aliments évidemment contraires à l'atonie de l'estomac. Leur instinct fait d'autant plus facilement fausse route, que la perversion des sens est un des caractères de l'état nerveux. On prescrira donc, aux malades atteints de dyspepsie nerveuse, un régime que Ton réglera le plus possible d'après l'état des sécrétions de l'estomac, et de son degré d'insuffisance motrice.
Il faut individualiser le régime, comme tout autre traitement; toutefois dans l'atonie simple sans dilatation, on insistera sur l'usage du lait, qui, comme on le sait, forme la base du régime dans la cure de Weir-Mittchel. Seulement, le neurasthénique ne supporte le lait que si son estomac fonctionne normalement. Si l'atonie atteint un degré avancé, on recommandera l'usage du « lait de beurre, » ou du petit lait.
Le petit lait se compose de sels, de sucre (lactose), et d'une certaine quantité de caséine et de beurre, échappés à la précipitation par l'acide lactique. On prend matin et soir un verre de petit lait d'une contenance de 120 grammes, et on augmente gi-aduelloment la dose jusqu'à 10 verres par jour.
296 TRÂJTBMSHT
Pendant la durée du traitement, le malade s'abstiendra des viandes fortes, et sera soumis à un régime demi-végétarien dont le^ viandes blanches, les œufs, le fromage, les légumes, les fruits, le riz» etc., feront la base.
Les laits fermentes (Kumys, Képhir, Galazyme), sont les produits de la fermentation alcoolique du sucre de lait. Ces laits fermentes sont excellents dans le catarrhe stomacal des buveurs, et nous servent à établir le régime lacté exclusif chez les alcooliques.
Les cures de lait de beurre,o\i lait dégraissé(Buttermilch), et de petit hit, sont Tobjet d'une spécialité particulière à la Suisse; leur emploi est soumis à des règles précises et méthodiques, qui leur ont donné une importance toute particulière en thérapeutique.
Au point de vue de Faction curative, le lait est un reconstituant, un régulateur de l'activité du suc gastrique, généralement un constipant ; et enfin, un diurétique de premier ordre.
La quantité de lait à administrer dans les 24 heures varie entre deux et trois litres ; trois litres suj&ent à la nutrition. On fera prendre le lait par doses fractionnées toutes les heures, ou, lorsque l'estomac le supporte difficilement, tous les quarts d'heure.
Les neurasthéniques, qui souffrent d'atonie de l'estomac, doivent suivre un régime reconstituant, tout en ne prenant que des aliments d'une digestion facile.
Dans l'atonie simple de l'estomac, voici le régime que nous avons adopté, et qui nous parait convenir parfaitement aux dyspeptiques dans les premières périodes neurasthéniques.
V Déjeuner : thé ou cacao Vi» laît V4; (chez certains malades, le café au lait qui est parfois utile contre la constipation); porridge*, ou bouillie au tapioca; pain anglais grillé ou zwiebach; beurre, un œuf à la coque; une tranche de jambon cru.
A 10 heures : suivant les cas, une tasse de beeftea, ou de la farine lactée, un œuf à la coque, biscuit anglais.
A midi : œufs à la coque, ou œufs brouillés; viandes grUlées, rôties ou entes, viemdes bouiUies (bœuf, volaille, pigeon, chevreuil , beefsteack, rostbeef , mouton, jambon, ris de veau, cervelle de veau, pieds de veau, lièvre rdti); poissons (sole, perche, brochet, feras, turbot, cabilliaud); légumes verts (épinards, laitues, cresson, les pousses d'asperge, de houblon, d'orties); riz, semoule, tapioca; un peu de purée de
^ Becctte écoflsaise pour faire le « Porridge. » Laisser tremper la farine d'ayoîne pendant la nuit, puÎR la faire cuire le matin pendant une heure au moins dans un pot de terre ou de métal émaillé, en remuant souvent pour éyiter que la farine ne s'attache. Ajouter un peu de sel, et de Peau au fur et à mesure de son absorption. Servir le « Porridge » saupoudré de sel ou de sucre, et ïyouter de la crème ou du lait froid.
On prend chaque matin de une à trois soucoupes de • Porridge. »
296 TRAITBICENT
pommes de terre; macaronis; pain grillé ou pain oomidet (pain dit de Graham).
Emtremeis peu sucrés (crème de riz, œnfs à la neige, crèmes renversées, puddings au riz, à la semoule, fruits cuits).
A 4 ou 4 Vi heures : thé au lait, biscuits anglais, ou toast, un oeuf.
A 6 Vi ou 7 heures ; même repas qu'à midi.
Eviter toute surchai^ alimentaire ; s'abstenir des acides, des condiments, des épices, des sauces, du sucre, des crudités (salade, fruits crus, tomates); manger peu de farineux.
Manger lentement et bien mâcher les aliments.
Avant et après les repas, repos sur une chaise longue pendant 20 à 30 minutes.
Ne se mettre jamais à table lorsque l'esprit est agité ou préoccupé, après une âa»>tion ou une colère.
Après les repas, s'abstenir de tout travail intellectuel, et de tout mouvement musculaire exagéré.
Le repos du corps, le calme de l'esprit sont des éléments indispensables d'une bonne digestion.
Eviter de prendre les aliments trop chauds ou trop froids ; ne pas boire pendant les repas ; à la fin du repas seulement, prendre un verre de Champagne sec, ou un verre de Bordeaux ou de Moselle blanc, ou un peu de Cognac ou de Wiskey coupé d'eau d'Evian ou de Fachingen, ou un verre de bière, ou une tasse de thé au lait chaud.
Ne rien prendre entre les repas, et s'abstenir surtout des eaux gazeuzes.
Les matières grasses, Thuile de foie de morue sont à recommander quand les malades les supportent; el les son t à la base des cures « dites d'engraissement » (Mastkuren), dont on a du reste beaucoup abusé ces dernières années ; elles aident au relèvement de la force nerveuse, tandis quMl ne faut user que très modérément des stimulants comme le café, le tabac, et surtout Talcool.
La suralimentation, telle qu'elle a été recommandée par Weir-Mittchell, Playfair, Leyden, etc., neconvient qu'à certains cas bien déterminés de neurasthénie, et ne fait nullement l'aflfaire des neurasthéniques dyspeptiques ; il est clair que la surcharge de l'estomac ne peut qu'en augmenter l'atonie, et eonséquemment aggraver les phénomènes dyspeptiques.
Le neurasthénique gastrique doit se limiter à la nourriture nécessaire à sa subsistance, à ce qui constitue ce qu'on appelle la « ration d'entretien. » On ne donnera à ces malades que la quantité d'aliments nécessaires au relèvement et à l'entretien du système nerveux épuisé. La quantité sera remplacée par la qualité; on recherchera ceux qui sous un petit volume ont le maximum de substance nutritive; on augmentera aussi le nombre des repas.
C'est la conduite à suivre chez les neurasthéniques à qui l'appétit fait défaut, et qui se nourrissent insuffi-
300 TRAITSaiENT
samment. Manger peu, ftiaig bien, et souvent sera la première règle de leur r^me. En revanche, les neurasthéniques assez nombreux, chez lesquels Tatonie de Testomac n'empêche pas le bon appétit, et qui ont plutôt une tendance à beaucoup manger, se trouveront bien d'un régime substantiel, mais qui réduit la quantité des aliments, surtout dans le même repas.
Le docteur Ch.E. Simon (de Baltimore) a institué un r^ime diététique spécial qui, d'après lui, suffit seul pour guérir Tanémie et la neurasthénie, sans qu'on soit obligé d'avoir recours aux préparations ferrugineuses ou aux autres reconstituants pharmaceutiques.
Le régime consiste essentiellement dans l'usage de viandes noires, de bière brune et de moétte osseuse. Le malade fait cinq repas par jour : à huit heures, onze heures, deux heures, cinq heures et sept heures.
En outre, il doit dormir au moins dix heures chaque nuit, prendre deux bains salés chauds par semaine, se soumettre le matin à une friction sèche, et éviter les distractions mondaines.
Le malade mangera beaucoup de viande de bœuf et de mouton, et ne fera qu'exceptionnellement usage de viandes blanches. En outre, au repas de on heures, il prendra un sandwich à la viande de bœuf crue, finement hachée, et salée et poivrée à volonté. A l'un des repas du soir, on lui servira 15 à 30 grammes
TBAITBMENT 301
de moelle osseuse chaade, provenant du tibia d'un jeune bœuf.
Tous les légumes sont pennis, sauf les pommes de terre qu'il vaut mieux éviter. Les purées de pds et de lentilles sont particulièrement recommandées. Les fruits, notamment les pommes, sont autorisés.
Par contre, le pain frais est interdit : on fera usage de pain rassis datant d'au moins vingt-quatre heures, ainsi que de pain grillé, de biscuits. Les puddings et les pâtisseries, le café et le thé doivent être prohibés, mais non le lait ni le cacao. Le malade consommera chaque jour un demi-litre de bière brune forte, dont la moitié sera prise au repas de onze heures, avec la viande crue, et l'autre moitié pendant le souper. En outre, il pourra boire de un demi-litre à un litre d'eau, suivant qu'il sera plus ou moins altéré.
Nous recommandons aux malades de ne pas boire pendant qu'ils mangent, et de ne manger que peu à la fois. Qu'à la fin du repas, ils se contentent de prendre un peu de cognac dans un verre d'eau chaude, ou mieux une tasse de thé chaud.
La bière, le vin, et plus généralement tous les liquides froids sont mal supportés.
Il semblerait superflu de recommander aux malades de manger lentement et de bien mâcher les aliments; et pourtant, cette recommandation si essen-
902 TBAITEMEHT
tielle n'a été &ite que rarement, quoique manger vite soit presque un symptôme des nerveux dyspeptiques.
En outre, an canaeiUera aux atoniques, et aux personnes nerveuses plus parHcuUèrement, de se reposer sur une chaise langue pendant 80 à 30 vunuies avant et après les repcis.
U est de toute importance en effet que les atoniques et les névrosés ne se mettent pas à table après une marche rapide, et surtout après une surexcitation morale quelconque, conune la colère, ou une vive émotion. Une impression désagréable, ou une fatigue nerveuse; suffit pour troubler ou entraver la digestion.
Comme boisson, soit aux repas, soit en dehors des repas, nous recommandons volontiers la tisane de Robin, dont nous avons déjà parlé, et dont nous donnons ici la formule*.
Grftce à sa consistance à moitié liquide, et à ses qualités propres, qui en font une boisson phosphatée
^ Formule de la tisane composée de Robin :
Mettre dans quatre litres d'eau deux cuUlerées à soupe des substances suiyantes :
Blé, ayoine, seigle, orge, son et mais. — Faire bouilUr pendant trois heures, laisser refroidir, puis passer la décoction à trayers un tamis fin. — Si Tébullition a été intense on i\joute de Peau, de manière que la décoction soit ramenée à un litre. On peut aromatiser le liquide ayec quelques gouttes de Hbum, etc.
U faut ay(»r soin de n'employer que des solutions fraîchement préparées.
TRArrEUBirr 303
de premier ordre, très agréable et à la fois très reconstituante, cette tisane est sans contredit ce qa'on a trouvé de mieux comme boisson des neurasthéniques, et pour calmer leur sensation de soif si fréquente.
Dans les cas de neurasthénie gastrique grave, il faudra souvent instituer un r^ime sévère; et Ton pourra recourir alors au régime que Leube a préconisé pour les maladies organiques -de Festomac. Le r^me dit de Leube comprend quatre phases :
Dans la première période, on administre les aliments les plus facilement digestibles qui sont d'après Leube, le bouillon, la solution de viande, le lait, les œufs midlets ou crus.
Le bouillon n'a guère de valeur nutritive, et d'après quelques auteurs produirait facilement des fermentations. Le lait, en tant que liquide, ne convient pas aux dyspeptiques. Nous prescrivons au début du traitement, dans les cas où nous voulons suivre les préceptes et la technique de Leube, le régime suivant : la solution de viande ou le beeftea ; la bouillie au tapioca, ou le lait à condition que Tatonie soit peu prononcée; les œufs mollets ou crus; le pain anglais grillé, ou les biscuits anglais, sans sucre ni beurre; puis la cervelle et le ris de veau; le poulet grillé et haché fin ; comme boisson un peu d'eau d'Ëvian.
Vers la fin de la deuxi^e semaine, on passe au
304 TKAITBMBNT
Régime U, qui conviendra toujours, dès que le lavage aura démontré que Pestomac a fini son travail dans le temps normal. On fait entrer dans ce régime la cervelle et le ris de veau bouillis, le poulet et le pigeon bouillis ou grillés. Les volailles doivent être jeunes, pour que leur chair soit tendre et de digestion facile. On donnera aussi du tapioca au lait, des œufs, des œufs fouettés, et des pieds de veau. On peut nourrir ainsi les malades pendant plusieurs semaines, s'il y a lieu, avant de passer au Régime m, dans lequel on ajoute, aux aliments précités, le bœuf cru ou peu cuit; le beefsteack saignant dont on a haché la viande à la machine américaine. Le jambon cru et haché est aussi facilement digéré. On permettra en outre un peu de purée de pommes de terre, du pain rassis, et à titre d'essai, un peu de café ou de thé avec du lût.
Au Régime IV, nous notons : le poulet rôti, le chevreuil, le pigeon rôti, le bee&teack saignant, le veau rôti; puis le brochet, la sole, la perche, les macaronis, le riz à Teau ou au lait ; puis du vin de Bordeaux, de Moselle, le Champagne sec, mais en très petite quantité ; et il sera avantageux de le faire prendre avec un biscuit anglais une à deux heures avant les repas.
On s'abstiendra le plus longtemps possible des sauces et des légumes, sauf les épinards, qu'on aura soin de ne servir que finement hachés.
T&AITEUBNT 305
Les aliments seront toujours simplement préparés; la viande ne sem pas trop fraîche, et sera préalablement vigoureusement battue, préparée avec le moins de graisse possible.
Ce r^me sei*a très rigoureusement suivi pendant des semaines, même des mois; Ton ne reviendra que peu à peu à la nourriture ordinaire, et en se basant sur les résultats fournis par le lavage de l'estomac sept heures après le repas d'épreuve.
Citons encore le traitement par l'ingestion, le matin à jeun, de deux à trois verres d'eau très chaude, traitement qui donne de bons résultats dans le catarrhe et rhyperacidité. Nous l'avons vu réussir aussi dans certains cas de migraine qui paraissaient dépendre de Thyperacidité gastrique, avec actions réflexes sur les vaisseaux du cerveau.
Les liquides chauds conviennent au surplus aux estomacs atoniques, et nous prescrivons très souvent aux malades de prendre une tasse de thé chaud après les repas. Le thé chaud parait faciliter la digestion, en excitant la sécrétion, et probablement aussi les mouvements péristaltiques de l'estomac. Dans tous les cas, les malades accusent une amélioration sensible de la digestion, qui se fait avec moins de peine, sans sensation de poids et sans gonflement du ventre.
Dans l'idée que l'accès migraineux est dû à une toxémie consécutive, à des troubles digestifs, le D' Herter reconmiande de laver l'estomac au mo-
306 TRAITEMKNT
ment de l'accès avec de Teau à 40^ C. Si le lavage ne pent être pratiqué, on fait simplement boire de Teau chaude au malade. En outre, on administre un purgatif, et un lavement savonneux chaud. Ce traitement soulage toujours, et souvent fait avorter l'accès. Le D' Stan* prescrit, dans la migraine, le « Sel de Rachford », qui est composé de 10 parties de phosphate de soude, 4 parties de sulfate de soude, et 2 parties de salicylate de soude. On prend ce mélange le matin à jeun à la dose de 4 grammes. Collins prétend obtenir de bons résultats du mélange suivant : phénacétine, 1 gr., salicylate de soude, 65 centigr., salicylate de caféine, 35 centigr.
Nous avons enfin encore à noter ici la méthode de Schiff pour le traitement des dyspepsies par les peptogènes, dont l'auteur espérait des résultats qui n'ont pas été tout à fait consacrés par l'expérience Mais la théorie paraît si séduisante, et si juste en apparence, qu'il sera toujours indiqué de donner des peptogènes aux dyspeptiques atteints de paresse digestive avec insuffisance du suc gastrique.
D'ailleurs nous avons pu constater quelquefois une augmentation réelle de la sécrétion de l'estomac, dans des cas oii nous avions soumis les malades aux peptogènes. Il est vrai que nous avions employé en même temps l'hydrothérapie ou l'électricité, et il est difficile de fixer pour chacun la part qui lui revient ; d'autant plus qu'avec les neurasthéniques
TRAITEMEKT 307
et les nerveux, la suggestion à elle seule peut augmenter ou diminuer les fonctions de Testomac.
Quoiqu'il en soit, on devra, d'après Schi£f, recommander aux malades de prendre une heure avant les repas une tasse de bouillon, ou de la gélatine, ou de la dextrine, en un mot les éléments de la viande solubles dans Teau, et qui contiennent au plus haut degré les matières peptogènes.
Les différents régimes, que nous venons d'énumérer, s'adressent à la gastrite, au cancer, à Tatrophie et à la neurasthénie gastrique; soit donc aux dyspepsies qui s'accompagnent presque constamment d'une diminution ou même de la suppression du suc gastrique.
Dans les dyspepsies avec hyperchlorhydrie, le régime alimentaire, ainsi que les prescriptions thérapeutiques, doivent tout naturellement changer, et seront différentes de celles qui conviennent à l'atonie simple avec hypochlorhydrie.
Voici le traitement auquel nous soumettons les dyspeptiques hyperchlorhydriques, et les «ujets atteints de la maladie de Reichmann, que nous regardons du reste comme une névrose hyperchlorhydrique de l'estomac.
Le traitement de l'hyperchlorhydrie doit atteindre deux buts : V Agir sur l'ensemble nerveux par l'hydrothérapie et l'électricité (statique, et hautes tensions) ; et 2^ traiter les symptômes et les manifestations morbides du moment.
306 TRAITmCENT
On s'efforcera â*abord d'atténuer les sensations subjectives si pénibles des malades (les douleurs, la soif, la boulimie), et Thypersécrétion. L'alimentation sera à peu près celle du diabétique: nourriture azotée et peu d'amylacées; on espacera les repas le plus possible, chaque repas augmentant la sécrétion acide.
Comme toutefois l'organisme ne peut être entièrement privé d'amylacées, on autorisera l'usage des farineux, qui sont facilement transformés par la ptyaline ; et on recommandera au malade de manger très lentement, et d'ensaliver ses aliments le plus possible. La bouillie au tapioca constitue l'amylacée par excellence; les hydrocarbures seront représentés par les fruits cuits.
Pour combattre directement l'acidité, on aura recours aux alcalins, et plus particulièrement aux sels de Karlsbad. Mais la cure de l'hyperacidité gastrique est par excellence le lavage de Vestomac, que l'on fera, soit avec de l'eau salée, soit avec une eau minérale alcaline, comme l'eau de Vichy, de Vais, etc.; soit enfin, en cas de dilatation, avec un liquide antiseptique. On pratiquera le lavage matin et soir, 6 à 7 heures après les repas.
En résumé, on instituera le régime et le traitement de l'hyperacidité et de l'hypersécrétion de la manière suivante :
1* Hydrothérapie et électricité.
rÉÀTttaassr 309
2^ Le lûatin de Teau ou da sel de KarIsbadS ou de l'eau de Vichy.
Après une promenade d'une demi-heure, viendra le premier déjeuner composé de bouillie au tapioca et de « zwiebachs; » le zwiebaeh est un biscuit extrêmement léger, et qui est facilement digéré par les estomacs les plus dyspeptiques. A midi, gélatine, pieds de veau, œufs, viandes rôties, gibier, fruits cuits, un peu de légumes verts (cresson, chicorée, pousses d'orties et de houblon) ; puis diète jusqu'à 5 heures, heure à laquelle on devra pratiquer le lavage ; après quoi, bouillie au tapioca, œufs, jambon, 50 grammes de pain grillé ; le soir en se couchant, tapioca au lait et œufs ; le matin au réveil * lavage de l'estomac et sel de Earlsbad. On recommandera en outre au malade de boire le moins possible.
Grâce à ce traitement, on peut voir des malades d'aspect presque cachectique reprendre très vite des forces, et présenter toutes les apparences de la santé; ils gagnent en poids ; les souffrances s'atténuent et finissent par disparaître. Les douleurs qui
* On fera prendre le matin à jeun deux verres d'eau de Karlsbad Mtlhlbrunn, en mettant V« d'heure d'intervalle entre chaque verre ; le verre contiendra 120 gr. et l'eau prendra au bain-nuirie la température de 48° C, — Le sel de Karlsbad se prescrira de préférence en poudre, une demi cuillerée à café dissoute dans un verre d'eau froide (120 gr.)) dont on élève ensuite la température an bain-marie jusqu'à 40 ° on 42^ C.
310 TRAITEHSNT
sunriennent pendant la nuit sont généralement dues à Tétat de vacuité de Testomac, et cèdent à Tin* gestion d'aliments, d'un œuf dur par exemple.
Les accès de gastroane,qm ne sont que la manifestation d'une crise aiguë d'hyperacidité d'origine nerveuse, sont souvent périodiques (tabès par ex.), et intermittents. Nous en avons vu se déclarer fréquemment sous forme de gastrite aiguë avec hyperacidité, se montrant après quelques excès de table ou de boisson, ou aussi sans cause appréciable.
Le traitement de la gastroxie se confond avec celui de l'hyperacidité, et de la cause qui l'a produite.
Dans tout état dyspeptique, quelle qu'en soit l'origine, on aura soin d'éviter l'abus, même l'usage des boissons alcooliques. Les vins acides sont souvent par eux-mêmes la cause de dyspepsies. La bière, moins nuisible à cause de la petite quantité d'alcool qu'elle contient, prédispose en revanche à la fermentation acétique et lactique, à la dilatation et au « weakened heart. »
Le tabac entrave les fonctions gastro-intestinales, et constitue un vrai poison du système nerveux.
Le café excite les mouvements cai'diaques, et toutes les actions nerveuses. Cependant il exerce une assez bonne influence sur l'organisme, quand il est pris en petite quantité et que l'estomac fonctionne normalement ; mais sous tous les rapports on doit lui préférer le thé. II ralentit certainement la digestion, et
augmente les phénomènes dyspeptiques (flatulence, lenteur de la digestion, anorexie).
D'autres aliments prédisposent à la dyspepsie, comme les graisses ;
Exemple: M. X. se plaint de ressentir de violents vertiges, qui se montrent de 2 à 3 heures après les repas, et qui Tinquiètent d'autant plus que le sang lui monte facilement à la tête, et qu'étant âgé de 62 ans, il craint que ces vertiges ne soient des précurseurs d'une attaque d'apoplexie. Or, M. X. est assez gros mangeur, et a une prédilection marquée pour les graisses, dont il abuse dans son alimentation. Il présente des symptômes d'atonie de l'estomac, de la lenteur dans la digestion, surtout après l'absorption des matières grasses.
Nous lui conseillons en conséquence de ne boire que très peu de liquide pendant les repas, de supprimer l'alcool et de restreindre l'usage de la graisse. Ce simple régime, combiné avec des frictions faites chaque matin avec une serviette mouillée, dans le but de régulariser la circulation et d'activer les fonctions de la peau, suffit en peu de temps à faire disparaître entièrement les vertiges, qui dès lors ne reparurent plus.
Les féculents ne doivent être ingérés qu'en quantité très modérée ; car ils sont rebelles à la digestion du suc gastrique, et séjournant longtemps dans l'estomac, ils en entravent les mouvements péristalti-
312 tràttemskt
ques, et le prédisposent à la dilatation. Les amylacées qui se digèrent le plus facilement sont : le tapioca, la semoule, le riz, la crème de riz, Tarrowrot, la farine de lentille, les macaronis.
Le zwiebach, nous Tavons dit, est Tamylacée par excellence des dyspeptiques; bien pulvérisé, bien grillé, ne renfermant aucune humidité, il est toléré par des estomacs qui refusent toute nourriture.
La pomme de terre est un aliment lourd et très peu nutritif. Aussi rien n'est-il plus faux que d'appeler la pomme de terre le « pain du pauvre. »
Le sucre produit facilement de la flatulence, du gonflement et du pyrosis ; toutes les boissons sucrées agissent de même ; le sucre doit donc être défendu aux dyspeptiques et aux malades par atonie de l'estomac.
Les crucifères, le chou, le navet, les radis, la moutarde, toutes plantes qui renferment une huile volatile acre, irritante, doivent être défenduesaux dyspeptiques. On doit faire une exception pour la choucroute, aliment très salubre, qui, ayant subi la fermentation lactique, est d'une digestion d'autant plus facile que ses fibres se séparent et se désagrègent très ÉBUîilement dans l'estomac. On considère la choucroute comme un excellent antiscorbutique, et l'on attribue à son usage l'état de santé dans lequel le capitaine Cook parvint à maintenir tout son équipage pendant une navigation de plus de trois ans.
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La choucroute et les côtelettes de porc sont, à Karlsbad, une partie essentielle du menu des diabétiqu es!
Joignons aux crucifères les liliacés, tels que Toignon et Tail.
Les plantes du printemps doivent être recommandées plus particulièrement aux dyspeptiques arthritiques: le cresson, la chicorée mangés cuits, la jeune pousse éPorties piquante, mets très délicat, bouilli cinq minutes et assaisonné au beurre.
Les pousses de sureau et surtout les pousses du hoiMon ont une réputation dépurative ; on prépare ces dernières de la manière suivante : Cueillir les jeunes pousses du houblon jusqu'à la limite où elles se cassent à la main, et n'ont pas de filaments ; les couper en petits morceaux ; puis faire bouillir cinq minutes dans Teau ; les mettre dans une passoire, et les traiter comme des asperges véritables. L'eau d'ébuUition sert à tremper des soupes, selon l'habitude.
La laitue peut être prise contre l'insomnie.
La chicorée a des propriétés laxatives.
Le cresson est un tonique, un antiscorbutique et un léger excitant de l'appétit, dont il ne faut pas faire abus ; il est en même temps, dit-on, un dépuratif.
Le rampon ou doucette, mâche potagère, ou salade de chanoine, est astringent et adoucissant.
La sauge est antispasmodique, et convient anx nerveux. Ses feuilles donnent une huile essentielle qui a pour base le camphre ; aussi ordonnait-on souvent Tinfusion de sauge pour ranimer les forces vitales.
Les épinards sont émollients et déteraifs.
Les asperges composent un mets des plus nourrissants, et Tun de ceux qui plaisent le plus à Testomac. Sous ce rapport, Tasperge doit être considérée comme Tun des plus précieux herbages légumineux.
Les lentilles, riches en gluten et en pho^hates, fournissent une nourriture très substantielle, et de facile digestion. Pour rendre la cuisson des lentilles plus facile, les Anglais les privent de leur enveloppe coriace, par une espèce de demi-mouture dans des mouUns appropriés.
Le pois fournit un excellent aliment, et donne de bonnes purées très nourrissantes ; mais la digestion en est souvent lente et laborieuse.
Les fèves sont réputées comme un des aliments les plus nutritifs après la viande ; elles sont saines, et généralement d'une facile digestion.
Le céleri est stimulant, et passe pour être une sorte de spécifique du rhumatisme ; on peut dans tous les cas le recommander aux arthritiques. Il faut en manger abondamment, mais cuit II faut en outre couper le céleri en morceaux, le Caire bouillir
dans Teau jusqu'à ce qu'il soit mou, et faire boire cette eau au malade.
Les mets suivants ont la réputation d'exciter l'estomac, et sont souvent employés, quoique bien à tort par les dyspeptiques, comme apéritifs propres à stimuler la sécrétion du suc gastrique; ce sont : les harengs, le caviar, les anchois, les viandes fumées, tous les hors d'œuvres en général. Or, ces excitants doivent être complètement bannis de la table des dyspeptiques ; ils font sur l'estomac à peu près le même effet que les laxatifs sur l'intestin ; ils déterminent une stimulation factice et momentanée de l'organe, mais ne produisent pas d'autreis résultats qu'une atonie encore plus accentuée, dès que l'excitant a disparu. On gâte une serrure en l'ouvrant souvent avec une fausse clef.
Les pois, les lentilles, le fromage ne conviennent généralement pas aux dyspeptiques.
Au surplus, et d'une manière générale, on peut dire que la digestibilité des aliments dépend de leur transformation au moyen des sucs digestifs.
C'est ainsi que le suc gastrique digère plus vite l'albumine non coagulée que l'albumine coagulée, etc. L'homme en santé peut s'en remettre à son goût pour le choix des aliments, et l'on peut affiimer que tout ce qui est préparé avec les soins nécessaires est à peu près également digestible. Mais quand il s'agit de malades, la nourriture doit être réglée
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d^une façon spéciale. On se souviendra néanmoins que les dyspeptiques, eux aussi, doivent avoir une alimentation aussi variée que possible, la monotonie dans les aliments n'étant nullement Tamie de Testomac.
Quelques dyspeptiques, les neurasthéniques surtout, sécrètent peu de salive; ils boivent alors beaucoup en mangeant; Texcès de liquide produit la dilatation, le tympanisme, Tirrégularité du cœur, les palpitations, le sang à la tête.
Le simple conseil de ne pas boire pendant les repas fait bien vite disparaître tous les symptômes qu'on remarque souvent, principalement chez les hommes pressés, a£fairés, qui ont peu de temps à donner à leurs repas, et qui, mangeant vite et sans mâcher leurs aliments, absorbent beaucoup de liquide.
A ces atoniques et faux dilatés, on imposera une hygiène sévère, on changera leur genre de vie; on leur recommandera de manger lentement, de ne boire qu'à la fin des repas, et de suivre exactement les prescriptions de régime imposées par l'atonie avec ou sans relâchement de l'estomac. On leur prescrira en outre un traitement hydrothérapique mitigé, des douches tièdes et fraîches, l'usage des bains firais, et surtout des promenades journalièi-es, l'exercice modéré du corps, le travail modéré et bienfaisant, et le calme de l'esprit.
Dans la dilatation vraie, qu'elle résulte d'une lésion organique ou de Tatonie musculaire neurasthénique, il s'agit d'augmenter le tonus musculaire par l'hydrothérapie, le massage et l'électricité, et de rétablir l'équilibre nerveux par l'hydrothérapie, l'isolement, etc.
On évitera d'abord toute surcharge alimentaire ; les malades auront soin de ne manger que peu à la fois; ils s'abstiendront des féculents et de tous les aliments qui laissent facilement des résidus dans l'estomac. La restriction dans l'usage des liquides est nécessaire, et sera la base du régime de la dilatation. La bière est mieux tolérée que le vin, les liquides chauds mieux que les froids ; l'eau froide ou glacée est ce que le dilaté peut prendre de plus nuisible à son état.
On relèvera le tonus général par les douches, et la tonicité de la fibre musculaire par le massage et l'électricité, en se conformant aux règles indiquées dans l'application de ces méthodes thérapeutiques.
Quelles que soient la valeur et l'importance du traitement médical proprement dit, il ne saurait suffire quand il s'agit de malades nerveux ; on aura donc soin de ne pas négliger le traitement psychique, dont malheureusement on ne tient pas toujours assez compte, et auquel en général on fait jouer un rôle beaucoup trop effacé.
Le médecin, qui ne possède pas le don de l'entraî-
nement psychique, aura peu de chance d'améliorer Tétat nerveux de ses malades.
n doit en outre savoir s'entourer de toutes les conditions qui peuvent faciliter sa tâche, et lui donner le plus d'ascendant sur l'esprit de ses clients. A cet effet et avant tout, il aura soin de faire sortir les malades de leur milieu habituel; et s'il le juge nécessaire, il n'hésitera pas à les séparer de leurs parents et de leurs amis, dont la présence ne sert ordinairement qu'à entraver ses efforts.
D ne manquera pas non plus d'éloigner les malades du lieu où la maladie s'est déclarée. Il ne se bornei*a pas, comme c'est trop souvent l'habitude, à conseiller aux neurasthéniques et aux névropathes de voyager, en leur assurant qu'ils n'ont rien de grave, et qu'ils n'ont besoin que de quelques distractions.
« Hfttez-vous de sangler vos malles, et prenez le train pour n'importe où ; faites votre tour d'Europe, dit-on en Amérique ; » et ces infortunés neurasthéniques, fatigués et épuisés, dont le premier besoin est le repos, les voilà courant de ville en ville, se traînant de musée en musée, promenant partout leur ennui et leur harassement, poursuivant sans cesse des distractions, cherchant des forces, stationnant dans les antichambres de toutes les célébrités médicales, se gorgeant souvent de remèdes qui ne font qu'augmenter l'atonie et la fatigue de l'estomac; en fin de compte, toujours plus épuisés, ce qui ne le
empêche pas de continuer leurs pérégrinations, persuadés que le mieux tarde à se montrer parce qu'ils ne circulent pas assez vite, et ne font pas assez de chemin.
Comme ils éprouvent toujours une amélioration pendant les premiers jours de leur arrivée dans un nouvel endroit, ils sont convaincus que la distraction est le seul remède à leurs maux ; et eflFectivement la nouveauté du site et du pays leur apporte momentanément un adoucissement à leurs maux, ou plutôt l'oubli de leurs misères. Mais bientôt le mal reprend son cours; la fatigue et l'épuisement de la cellule nerveuse s'accentuent; et les voyages, les courses au clocher d'hôtel en hôtel, de table d'hôte en table d'hôte, n'aboutissent en dernier résultat qu'à une aggravation de l'état général de débilité, et à une augmentation de l'atonie de l'estomac.
Non certes, ce ne sont ni les voyages, ni les distractions seules, ni le changement continuel de milieu, ni la recherche des plaisirs, ni même le repos qui guériront la neurasthénie, si toutes ces choses sont conseillées banalement, et si leur exécution est confiée au malade lui-même. On ne sait que trop combien il est incapable de persévérance et d'une décision sage et énergique, surtout quand il s'agit de sa maladie.
Il faut plus que cela; et tout le monde ne reconnatt-il pas que la neurasthénie et l'hystérie entrai*
nent après elles des conséquences physiques et sociales si graves, qu'elles méritent de la part des parents du malade, et du médecin une sollicitude constante, en même temps que les soins les plus judicieux, les plus énergiques et tes plus dévoués?
Le neurasthénique, de même que Thystérique, ne guérira que s'il est envoyé dans des Etablissements spéciaux, et placé dans toutes les conditions d*hygiène, de repos intellectuel et moral, de r^ime et de traitement, exigées pour la cure des maladies nerveuses, quelles qu'elles soient Aussi, l'hydrothérapie, le massage, l'électricité, et n'importe quelle autre cure du reste, échouent presque toujours, quand ils sont appliqués à domicile.
Nous ne terminerons pas cette étude sans insister de nouveau sur ce fait que, de toutes les affections de notre époque, l'atonie et la névrose de l'estomac et de l'intestin sont sans contredit parmi les plus fréquentes; qu'elles constituent certainement les quatre cinquièmes des maladies des organes digestifs; mais qu'elles sont encore trop souvent confondues avec les autres affections gastro-intestinales comme le catarrhe, la dilatation, même l'ulcère. L'atonie, aussi bien que la névrose de l'estomac, entre tout spédalement dans le département de la médecine physique, soit de l'hydrothérapie, du massage, de l'électricité; puis, pour une très large part, de la psychothérapie et d'un régime hygiénique bien
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ordonné. Il faut régler Tactivité des malades, supprimer les plaisirs, les occupations fatigantes, les soirées, les réceptions, les théâtres, etc., et leur apprendre un travail manuel, comme la menuiserie par exemple; qu'ils fassent de la gymnastique, des promenades, du jardinage, toutes choses qui rompent avec leur vie habituelle de plaisir, et coupent leur oisiveté.
Psychothérapie.
L'hydrothérapie, Télectricité sont de puissants moyens de traitement des névropathies ; mais ils ne peuvent tout faire, et sont insuffisants sans les modificateurs moraux, parmi lesquels, avec la suggestion psychique morale, nous ajoutons l'organisation du temps et du travail, le travail utile et moralisant, qui est au surplus la meilleure des distractions.
Le travail alternera avec des phases de repos, déterminées et calculées sur la force de résistance de l'individu. C'est pourquoi chaque Etablissement hydrothérapique devrait avoir une salle pour là gymnastique active ou passive, un atelier de menuiserie, une terre à cultiver, etc.
Tant le monde est d'aooord sur l'importance du traitement moral chez les neurasthéniques et les névropathes. Mais ces malades ne sont pas, tant s'en faut, facilement accessibles aux conseils et aux exhor-
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tations. Aussi plusieurs médecins, admettant, avec raism du reste, que Thabitude p^ckique morMâe constitue Télément pathologique essentiel de la maladie, ont-ils ccmseillé le traitement par la suj^estion hypnotique, et citent ainsi plusieurs cas de gtuérmm,
La suggestion dans le sommeil peut certainement rendre des services, et être indiquée dans certains cas spéciaux et bien déterminés de névrose, ou plutôt chez certains sujets nerveux ; c'est ce dont nous ne doutons pas. Mais ces cas sont à notre avis fort rares, et toiqours susceptibles d'être guéris par d'autres moyens. Nous ajouterons que les jNratiques intempestives d'hypnotisme sont bien plus des agents provocateurs que des agents thérapeutiques de l'hystérie. Au surplus, toutes les méthodes thérapeutiques, les plus extravagantes, et parfois même les plus illogiques, comptent des succès dans toutes les maladies, et ont pu amélicn^er et guérir, autimt qu'ils peuvent l'être du moins, bon nombre de déséquilibrés nerveux. Ce sont ces succès de hasard qui font la réputation et le triomphe des empiriques.
Mais nous scmimes convaincu que la suggesticm hypnotique reste bien en arrière des procédés classiques, et des méthodes rationneUes et scientifiques de traitement.
C'est ce que nous avons pu crastater de visu, dans un certain nombre de cas; et c'est la conviction que
TEAlTfiMEKT â2â
nous a laissée Tobservatiou de nombreux malades, auxquels nous avons donné des soins, après qu'ils avaient été traités en vain par l'hypnotisme. Nous croyons pouvoir affirmer que la suggestion sans hypnose restera toujours le moyen le plus sûr, et le {dus efficace, parce qu'il est le plus naturel et le plus logique, pour fortifier et ramener l'équilibre dans les réactions psychiques de l'individu.
Le traitement moral du déséquilibré, de l'hystérique et du neurasthénique psychique gît tout entier dans l'éducation. C'est par une vie saine, tranquille, exempte de soucis et d'agitation, combinée à un entraînement moral prolongé et continu dans un milieu calme et sérieux, que l'on redonnera au malade un jugement sain, une volonté énergique et capable de résister aux impressions extérieures. Ce n'est qu'ainsi qu'il retrouvera la pondération d'esprit et le sens moral, qui font marcher l'homme droit dans la vie, et qui ne sont que l'expression d'une constitution mentale normale.
Cette transformation et cette éducation ne peuvent se faire par une influence purement extérieure, sans participation active de l'individu. Ce n'est pas par quelques séances d'hypnotisme qu'on obtiendra pareil résultat : on n'y parviendra que par un long effort individuel de la pensée, de la réflexion, du raisonnement C'est après une lutte intime souvent dure et pénible que l'individu assiste à sou triomphe
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OU à sa défaite, à la victoire de Tâme sur les influences matérielles de la périphérie, ou à son asservissement aux impulsions réflexes des sens.
Dans la pathologie nerveuse, comme dans Tordre moral, tout s'enchatne, et tout est subordonné au sdf-control, à la marche imprimée à nos sensations centripètes et à leurs réactions centrifuges par Tauto-suggestion ; autrement dit, à Tinterprétation que nous donnons à nos sensations, à notre réaction cérébrale, au degré de maîtrise que nous arrivons à acquérir sur nous- même et sur les impressions qui nous viennent du dehors.
C'est cette force morale, résultant de Téquilibration des centres psychiques, qui nous permettra de vaincre nos sentiments, de mettre un frein à nos impulsions et à nos passions; ou qui au contraire, si elle fedt défaut, rendra Thomme victime de ses nerfs et de ses instincts, et incapable de résister à leurs attaques. Cet équilibre vital, ce triomphe de Tftme sur la matière, ne s'obtient pas et ne s'obtiendra jamais par rhypnotisme. Il ne sera jamais, — en dehors bien entendu des cas oii la fatalité d'une hérédité tarée pèse inéluctablement sur la conscience du malheureux stigmatisé, — que le fruit du milieu dans lequel nous avons vécu, des exemples qui nous auront été donnés, et de l'éducation que nous aurons reçue; en un mot, de lasu^estion par la famille, par l'école, et par le milieu ambiant oii nous vivons.
Si Pon arrive à détourner la pensée de la sensation morbide, on mettra fin à Tidée maladive: le stigmate, l'obsession disparaîtra, et le malade guérira. Si nous arrivons à persuader à une hystérique paraplégique qu'elle peut marcher, l'idée de la possibilité de marcher va supplanter l'idée de la paralysie, et la malade finira par marcher. Il en sera de même pour certaines douleurs nerveuses. Mais pour cela, il faut avant tout, réveiller la volonté disparue; il faut que le neurasthénique ou l'hystérique retrouve la volonté de guérir suffisante; et ce résultat s'obtiendra certainement plus complètement par la suggestion à l'état de veille que par l'hypnotisme.
II faut pour cela que le malade ait une foi entière et une confiance illimitée en son médecin. La foi est ici la base de la guérison. Les miracles à Lourdes et ailleurs ne se font pas dans le sommeil hypnotique !
L'irresponsabilité héréditaire est fortement attaquée aujourd'hui par un groupe de philosophes, qui ne peuvent admettre l'antithèse d'un homme doué d'intelligence ou même de génie, et privé en même temps de son libre arbitre. Evidemment c'est chose pénible à constater et plus pénible encore à rewmnattre, que le fait d'être intelligent n'implique pas celui d'avoir son « self-contrôl » et la maîtrise gur soi-même; et que la raison puisse, à un moment donné et malgré tous nos efforts, être vaincue par
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le tempérament on par les instincts matériels, être en nn mot dépendante du degré d'éqnilibre des actions nerveuses centripètes et centrifuges.
Ce serait toutefois aller trop loin, ainsi que nous venons de le dire, que d'admettre, avec quelques fanatiques, que la valeur de l'éducation n'est que native. Nous reconnaissons au contraire, et c'est un axiome qu'on ne peut trop hautement proclamer, que l'éducation bien dirigée et bien comprise peut certainement, dans une large mesure, transformer l'ftme et la volonté de l'individu, jusqu'à lui donner assez d'empire sur lui-même pour qu'il domine ses sentiments, triomphe de ses passions, et résiste victorieusement aux impulsions de ses instincts, et aux écarts de son tempérament. Mais ces résultats de l'éducation sont rares relativement, et nous subissons fatalement et malgré nous l'influence occulte de notre organisation tant physique que morale. Il est en effet des signes ou des stigmates de race que l'éducation n'effacera jamais.
« Chassez le naturel, il revient au galop, » est une vieille maxime qui restera éternellement vraie.
Les lois actuelles del'hérédité, tellesqu'elles ont été établies par l'observation physiologique et clinique, nous paraissent absolument inattaquables. Toute personne ayant quelque expérience des choses nerveuses reconnaît l'inéluctabilité de ces lois,
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contre lesquelles Tédacation et rentmtnement de la Yolonté ne peuvent dans certains cas que lutter sans espoir. L'homme trop souvent n'a qu'à subir sa des* tinëe, et ne peut que constater son impuissance. Est-il rien de plus triste et de plus misérable? Est-ce à dire que, confiné dans un fatalisme pessi* miste, nous devions renoncer à la lutte contre la dégénérescence héréditaire ? loin de là, et Ton peut, si l'hérédité n'est pas trop chargée, par un entraînement continu, et une sélection bien ordonnée, transformer à la longue l'état physique et moral de l'individu. Mais c'est une œuvre de patience que le temps seul peut effectuer car il ne faut pas oublier que sélection et atavisme sont le résultat du temps, et que les défauts et les tares s'héritent beaucoup plus facilement que les qualités. Les plus heureux sont ceux qui, comme disait Renan, ont « hérité du silence cérébral de leurs parents. »
Quelques critiques littéraires se sont emparés du siget délicat de l'hérédité pour partir en guerre contre la médecine et n'ont pas hésité à parler de la « faillite de la science. » Voilà certes une appréciation qui ne sera pas confirmée par la postérité et qui, par son exagération sent de loin la neurasthénie et la nervosité. Non, la science n'est pas si près de la banqueroute; et même elle se porte assez bien, et est assez sûre d'elle-même pour oser se moquer de ces pronostics. De ce qu'un aveugle nie les cou-
leurs, cela ne veut pas dire qu'elles n'existent pas. Et, en présence des découvertes merveilleuses et extraordinaires de la science d'aujourd'hui, comparées aux défaillances de la littérature et de la philosophie, on est mal venu à réfuter des faits par des théories et des hypothèses, en faisant fi des données de l'observation et des résultats de l'expérimentation; et l'on n'a rien prouvé, pas même que l'on est homme d'esprit, lorsqu'on a ri, ou fait rire aux dépens du travail d'autrui.
ParleJT à notre époque de faillite de la science, c'est faire montre d'un jugement préconçu, et d'un parti pris de dénigrement, qui exclut toute discussion sérieuse; en même temps que d'une inintelligence à peu près complète du mouvement scientifique moderne.
Toutes ces questions de l'hérédité et de la responsabilité de l'individu sont fort complexes et difficiles à débrouiller, et elles ne seront définitivement éclaircies dans tous leurs détails que par l'analyse objective, par l'étude suivie de l'homme sain et de l'homme malade, de l'individu psychiquement normal et anormal.
Dans tous les cas, nous trouverons toujours une tare héréditaire ou un défaut d'éducation, à la base de tous les crimes et de toutes les actions extraordinaires ou anormales que l'homme peut commettre. Que les convaincus du libre arbitre quand même ré-
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pugnent à cette idée, et qu'ils s'élèvent énergiquement contre Firresponsabilité de la créature supérieure, cela se comprend; mais aussi cela ne prouve rien, sinon que la fatuité est un travers humain fort répandu. Or, le psychologue qui n'est pas doublé d'un physiologue n'a de philosophe que le nom ; et ses hypothèses, pas plus que les déductions subjectives de son raisonnement, ne peuvent avoir de valeur pour l'homme scientifique, qui ne basera jamais son jugement que sur les faits et les données de l'expérimentation.
Taine nous disait un jour que rien n'était plus absurde qu'un philosophe qui ne connaissait pas la physiologie du cerveau. Apprenez d'abord à connaître la physiologie et la pathologie nerveuses, disait-il ; après quoi, vous aurez quelque droit 1^ vous essayer dans la psychologie de cabinet.
C'est à ces écrivains, qui font de la critique comme on fait de la prestidigitation, c'est à ces contempteurs arriérés de la science, qu'on peut appliquer ce qu'à écrit M. Doumic dans son Etude sur la critique apocalyptique {Bévue des Deux Mandes, avril 1896).
« Remplacer les lenteurs de la préparation par la soudaineté de l'intuition, les précautions de la méthode, par la spontanéité du sentiment; et, d'une façon générale, les idées par les grandes phrases, les faits pai* les grands mots, les appréciations par
les grandes lettres, et les discussions par les grands gestes, tel est le programme; » et plus loin, a Ce d&nt nous avons besoin, c'est d'esprits équilibrés, amis du vrai, fuyant comme la peste V outrance, la prétention et les contorsions, (fest d'hommes sensés et prudents, faisant modestement une tâche limitée. » Les conclusions qu'il est permis de tirer de ce travail sont, pensons-nous, que, si certains médicaments et remèdes pharmaceutiques peuvent rendre d'incontestables services dans le traitement des dy^epsies et de la neurastliénie, c'est néanmoins sur les agents physiques et mécaniques de la médecine qu'il faut compter avant tout; puis aussi bien certainement, ^ter T entraînement moral qui agit par lapersuasUm sur la volonté, et sans lequel il ne sera guère possible d'obtenir une guérison définitive et durable, ou tout au moins une amélioration notable de cet ensemble de symptômes si affligeants, si pénibles, et si désagréables, apanage de notre époque, et qui constituent ces maladies tenaces et opiniâtres, toujours plus fréquentes, véritable danger pour l'avenir de l'humanité, qu'on appelle la neurasthénie, Thystérie, et leur dérivé la dyspepsie nerveuse et neurasthénique.