M.DCCC.LXXIII
EUGÈNE DELACROIX
NE rare bonne fortune nous lia jadis avec deux de nos plus grands peintres, les chefs de TÉcole moderne , Decamps et Delacroix. Au premier , déjà, nous avons essayé de rendre le faible hommage d'une grande et sincère admiration, d'une affection plus grande encore. L'accueil favorable fait à notre livre, Decamps et son Œuvre, par les amis de Tartiste et les admirateurs de son talent, nous encourage aujourd'hui dans notre nouvelle tentative.
Ce que nous avons tenté pour la mémoire de Decamps en 1869, nous l'essayerons maintenant pour celle d'Eugène Delacroix. Qu on ne s'y trompe pas, du reste, sous notre plume inexpérimentée que guide seule la religion du souvenir, il ne saurait être question d'une appréciation artistique des qualités ou des défauts du maître : le but que nous nous sommes proposé circonscrit d'avance notre travail aux limites modestes d'un simple catalogue. On ne devra donc chercher ici ni une biographie régulière ni un examen critique et raisonné des œuvres du peintre. A ceux qui voudront suivre, dès l'origine, le développement ininterrompu de son génie, connaître ses procédés d'exécution^ apprécier dans les détails et dans l'ensemble le vaste panthéon de ses œuvres , les travaux spéciaux de nos critiques d'art fourniront des renseignements complets. Dans les Entretiens de M. Jal sur le Salon de 1824, dans les pages consacrées à Delacroix par M. Charles Lenormant au cours de ses articles : Les Artistes Contemporains (Salons de i83i et de i833), on trouvera des appréciations précieuses, je dirai presque prophétiques. On ne lira pas avec moins d'intérêt et de profit, à côté de biographies comme celle de M. Théophile Sylvestre, les travaux de M. Vitet dans la Repue des Deux Mondes et de M. Charles Blanc à la Galette des beaux-arts, ceux de M. Ernest Feydeau dans la Revue Internationale^ de M. Alfred Darcel dans
\ Illustration^ de M . Paul de Saint- Victor dans le journal la Presse; les chapitres spécialement réservés à Delacroix par MM. Ernest Chesneau et Beaudelaire dans leurs livres : Les Chefs d'École et les Curiosités Esthétiques ; enfin, parmi les comptes rendus annuels de nos Expositions, les Salons remarquables de MM. Théophile Gautier et Thoré.
Cest donc à ces écrits que nous renvoyons nos lecteurs, leur promettant d'avance qu'ils y trouveront tout ce que Ton est en droit de demander à une compétence reconnue. Quant à nous, dans quelques hgnes aussi simples que possible, nous tâcherons de retracer nos souvenirs personnels en ce qui touche celui dont la France n'a bien senti la perte qu'au jour où il a cessé de peindre ; heureux d'y pouvoir ajouter sur les sentiments, les habitudes et les goûts d'Eugène Delacroix, quelques détails intimes, conservés dans la mémoire fidèle d'un petit nombre d'amis de la première heure ou recueillis dans la correspondance qu'il échangea avec eux depuis sa sortie du collège jusqu'à sa mort.
Eugène Delacroix, personne ne l'ignore, fut toute sa vie sinon malade, au moins toujours souffrant : à diverses époques sa frêle organisation, gravement éprouvée déjà par des fièvres contractées dans son extrême jeunesse, reçut de sérieuses atteintes qui, sans mettre l'existence en danger, imposèrent à sa santé des précautions continuelles.
C'est à l'une de ces époques, au mois de juillet 1845, qu'une affection du larynx le conduisit aux Eaux-Bonnes, où ma famille se trouvait alors. Une lettre d'un ami commun chargeait mon père de préparer un appartement à Delacroix, qui se dirigeait par étapes vers ces sources bienfaisantes. Cet ami, c'était celui-là même que le maître instituera plus tard son légataire universel, et qui, à son tour, pour honorer sa mémoire, devait recueillir ses écrits artistiques dans un volume réservé à un petit nombre d'amis'. Les soins de sa santé, des motifs de famille arrêtèrent Delacroix en route, à Bordeaux notamment, où les souvenirs de sa jeunesse, Taffection d'un frère, le retinrent malgré lui. Ce ne fut guère qu'au milieu du mois qu'il nous arriva un jour, fatigué d'une longue route, aspirant au repos et surtout au silence, le seul remède peut-être qui convînt à son mal, celui auquel cependant, avec des amis, il s'astreignait le plus difficilement , tant il s'abandonnait volontiers aux épanchements intimes d'une conversation artistique ou littéraire. Les eaux, un exercice modéré, un grand calme, le remirent vite; bien vite aussi, comme par une sorte d'attraction naturelle, il devint le centre de ces réunions en plein air sur la Promenade horizontale où d'autres peintres de talent lui faisaient cortège.
I . Eugène Delacroix^ sa Vie et ses Œuvres. Paris, imprimerie de Jules Claye, i865.
C'étaient Roqueplan ^ malade de cette terrible affection de poitrine qui l'emportera quelques années plus tard, et qui déjà faisait sentir son influence sur son talent , jusqu'à changer ses procédés d'exécution; Paul Huet et Beaume, conduits à Bonnes, eux aussi, par des motifs de santé; Eugène Devéria, déjà guéri, et que la reconnaissance avait fixé dans ce beau pays; Wickembcrg enfin, le plus jeune de tous et qui devait succomber le premier. En dehors de ce groupe choisi, Delacroix vivait seul et fuyait ces relations banales que fait naître le séjour des eaux. Il s'enfermait dans sa chambre au retour de ses courses solitaires dans la montagne pour résumer, d'un trait rapide, les impressions de la veille ou du jour; tantôt c'étaient des types du pays, villageois d'Ossau, Espagnols de passage, ou bien quelques uns de ces ciels magiques qui, par les jours d'orage , 'couronnent d'une façon si grandiose les belles Hgnes des monts Pyrénéens. Pour rendre ces impressions, il employait indifféremment le crayon ou l'aquarelle, et depréférence le pastel, procédé expéditif et docile sous ses doigts exercés. Ce n'étaient là sans doute que de simples notes, mais dont sa vive imagination savait ensuite tirer un merveilleux parti pour suppléer à l'étude directe de la nature.
A voir cette riche moisson de souvenirs, trésors restés inconnus jusqu'au jour où la volonté dernière
du maître les soumit aux enchères publiques, on eût pu croire qu'il avait parcouru tout Tunivers, et cependant Delacroix n'aimait pas les voyages. Dix fois durant le cours de sa carrière il dut visiter l'Italie, autant de fois d'excellentes raisons, dont la meilleure n'aurait rien valu à ses propres yeux si d'autres que lui les avaient mises en avant, arrêtèrent son départ. Tantôt, comme en i834, il rêve d'aller rejoindre Sigalon pour voir Michel- Ange de près; tantôt, comme en 1854, il parle d'interrompre ses peintures de Saint-Sulpice pour passer quelques semaines devant les œuvres du Titien et de Véronèse. Mais c'étaient là des projets sans suite plutôt que des résolutions sérieuses ; il lui en coûtait trop de renoncer à ses habitudes casanières, et c'était pour lui toute une affaire que de se déplacer. 11 lui fallait des motifs vraiment impérieux, rien moins que des intérêts de famille ou de santé, pour Tarracher à cette Vie semicitadine, semi-campagnarde, dont il s'était fait une douce habitude, et qui, vingt années durant, le tint partagé entre son atelier de Paris et celui de Champrosay, son modeste Éden.
Aussi , en dehors de son grand voyage de six mois au Maroc, entrepris de décembre i83i à juillet i832, et durant lequel il avait visité Méquinez et Tanger, écorné l'Espagne pour y voir Séville et Cadix, et rentrer ensuite en France par Alger, Delacroix ne fait en
France ou hors de France que de simples promenades de touriste, des visites amicales ou des séjours de malade. Tantôt, au retour d'une petite excursion à Crose, chez M'^*^ de Verninac , à travers le Limousin et la Creuse, c'est vers Strasbourg et Bade qu'il se dirige : ici dessinant trois jours de suite à la Maison de l'Œuvre de la cathédrale d'après les statues naïves du XV^ siècle qui ont, de prime abord, attiré et charmé ses regards -, là s'oubliant toute une semaine dans le far Jiiente d'une existence de bourgeois désœuvré; tantôt, après un court séjour à Angerville, chez M. Berryer, où le charme d'une affectueuse hospitalité le ramenait chaque année, c'est à Ems qu'il va, comme aux Eaux-Bonnes jadis, demander à la naïade bienfaisante un soulagement momentané à son affection laryngée. Pour s'y rendre, il traverse la Belgique, dont les trésors artistiques l'arrêtent à l'aller et au retour et lui causent des extases sans fin. Rubens, cet Homère de la peinture, ce père de la chaleur et de r enthousiasme dans un art oii il efface tout (ce sont là ses propres expressions), l'attire et le retient; il ne peut se lasser d'admirer ses œuvres et d'en dessiner des fragments : pas un musée, pas une église ne lui échappent. Dans ce voyage, comme il nous récrivait alors, il était devenu la providence des bedeaux.
Et cependant si quelque chose, plus encore que les œuvres de Rubens, que les productions impérissables
des maîtres de la Renaissance, que les monuments de TArt Grec, avait le pouvoir de l'attirer et de le rete nir loin de ses chers pénates , c'était la mer. Combien de fois, à peine réinstallé dans sa solitude de Champrosay, au retour d'une de ces petites excursions qu'il faisait l'été d'ordinaire, n'a-t-il pas senti 1 impérieux besoin de ce calme plus profond qu'il ne goûtait dans toute sa plénitude que sur une plage marine ! Il partait alors pour Fécamp, pour Dieppe ou pour Étretat; il y passait une semaine, deux au plus, avec la fidèle Jenny , se dérobant soigneusement à la foule importune des baigneurs consciencieux , des Parisiens en villégiature; ne voulant voir qu'une chose, à toute heure du jour et de la nuit, la mer et toujours la mer.
Peut-on s'étonner, après cela, que son pinceau ait reproduit avec tant de puissance et surtout d'originalité les aspects multiples de l'Océan?
Et cependant cette mer qu'il aimait tant, qu'il peignit cent fois avec un charme toujours nouveau, une vérité toujours plus grande, il ne l'étudiait pas, comme on pourrait le croire, la brosse ou le crayon à la main : debout pendant de longues heures sur la jetée de Dieppe , au milieu des rochers d'Étretat, il se bornait à regarder, et peignait ensuite de souvenir. Un rapide croquis, une pochade faite le soir en rentrant,
gravaient dans sa mémoire , mieux qu'une étude d'après la nature même,. et les lignes et la couleur des flots, dont plus tard, grâce à ces indications sommaires, il savait si bien nous donner la vivante image.
C'est en 1840, après une semaine de cette existence solitaire et recueillie au bord de la mer, qu'il exécuta en quelques mois à peine, à son retour de Dieppe, cette Barque de Don Juan qu'on croirait le résultat d'une longue et patiente étude. Du reste, ce sujet, qui l'avait séduit dès 1824 à la première lecture du poëme de Byron, s'était en quelque sorte mûri par vingt années de réflexion avant d'éclore magistralement avec la forme impérissable que son génie a su lui imprimer.
C'est dans les mêmes conditions d'inspiration rétrospective qu'il peint, en i853, après un court séjour à Étretat, le Christ endormi pendant la tempête, cette admirable scène trois fois reproduite dans trois variantes plus belles l'une que l'autre.
A part ces rares excursions, ces fugitives absences, Delacroix vivait renfermé dans son atelier, n'en sortant, l'été, par une belle matinée, que pour se promener de préférence au Jardin des Plantes, où la
vue des lions et des tigres lui procurait à la fois une distraction et une étude; l'hiver à la tombée du jour, pour se dédommager, par une petite débauche bien innocente, de toute une journée de travail. Il empruntait alors le bras d'un ami et s'en allait avec lui dîner au cabaret, prosaïque délassement qu'il appréciait fort cependant, passant alternativement et avec le même plaisir du Feu sacré de Vesta, le restaurant en vogue des mariniers du quai de la Râpée, aux salons de Véfour et du Café Anglais.
II y avait pourtant dans l'année un jour consacré à un repos complet : plusieurs mois à l'avance Delacroix y pensait; il l'attendait avec une de ces impatiences enfantines qu'on se fût étonné de rencontrer chez un homme aussi grave. Ce jour, c'était celui de la Saint- Sylvestre. Une habitude de l'extrême jeunesse réunissait à cette date les amis de la vingtième année, MM. Pierret, Henri Hugues, Guillemardet, Leblond, Champmartin, Piron, Villot, Soulié, Riesener, Commairas, Lelièvre. Autour d'un festin sans apprêt, à la flamme d'un punch joyeux, on portait, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, les santés réciproques , et Ton enterrait joyeusement l'année écoulée en tournant des regards pleins d'espoir vers celle qui déjà commençait.
• Dans un album , précieuse rehque religieusement
conservée par des mains pieuses, nous avons été assez heureux pour pouvoir admirer les dessins humoristiques que, dans ces réunions vraiment fraternelles, chacun des convives exécutait à tour de rôle : ceux d'Eugène Delacroix, toujours colorés, toujours vivants, retracent avec un singulier accent de vérité les physionomies de ses camarades. Grâce aux légendes et aux notes qui accompagnent ces croquis et les expliquent , on se trouve transporté au sein même de ce petit cercle soigneusement formé.
Comme on s'aimait alors, et comme on aimait ces réunions modestes dont le principal attrait était celui de se trouver ensemble! Qu'il est loin de nous, ce temps (le bon Vieux Temps de nos pères) où les liens d'amitié, formés dès la jeunesse ou l'enfance, résistaient à toutes les épreuves; où la camaraderie (un vain mot, dirait on de nos jours), prête à tous les sacrifices, était bien une réalité pour ceux qu'elle rapprochait. Verrait-on, aujourd'hui comme alors, un membre de ce cénacle amical traverser la France, d'une frontière à l'autre, pour être présent, au jour fixé, à une simple soirée dont l'unique but était de réunir, une fois par an, des cœurs que faisait battre à l'unisson le culte de l'art et de l'intelligence.
Sans doute le jour de la Saint-Sylvestre, entre des amis tous doués d'un vif sentiment artistique, la pein-
ture devait faire le fond des entretiens; mais la musique n'en était pas exclue, et chez Delacroix, plus que chez tout autre, on peut Tassurer, le culte était le même pour ces deux arts. 11 aimait le dernier avec passion; dans un des croquis de ce livre dont nous venons de parler, nous le voyons debout devant une cheminée, jouant du violon, de ce violon chéri qu'il cultivait déjà en 1824, tout en peignant le Massacre de Scio. Ce qu'il jouait alors, c'étaient les partitions desNo{{e, de Tancrède et de Don Juan, entendues la veille au théâtre, et dont les illustres interprètes^ la Pasta, Quichetti et la Bonsignori, avaient ravi son âme en extase. A cette époque, c'est-à-dire de 1822 à i83o, il aimait aussi à exercer sa voix, qui, sans avoir une bien grande étendue , ne laissait pas que d'être douée d'un timbre profondément sympathique, et lui valait, comme chez M. de Conflans un certain soir, des succès de salon auxquels il n'était pas tout à fait insensible. Bientôt les exigences de la peinture, décidément son art favori, ne lui laissent plus le temps de se livrer à l'étude sérieuse de la musique ; les pinceaux l'emportent, le violon rentre dans son étui cette fois pour n'en plus sortir, et sa voix, qui déjà se voilait sous les premières atteintes de sa maladie du larynx, cesse désormais de se faire entendre même aux amis; mais s'il n'est plus un exécutant, il n'en demeure pas moins un mélomane, et jusqu'à son dernier jour il restera un dilettante accompli.
En musique cependant, comme en toute chose, sa vive et délicate organisation n'admet rien que d'exquis : les chefs-d'œuvre des maîtres ont seuls le privilège de Fémouvoir; encore faut-il que l'exécution en soit parfaite, car il a l'oreille exercée et le goût difficile : il est du Conservatoire un auditeur assidu; il ne manque pas une soirée d'Halévy ou de Berlioz; ravi, transporté, quand c'est l'ouverture de Coriolan ou celle de la Flûte enchantée qui figure au programme.
S'il entend Franchomme ou Chopin, Allard, Prudent, Delsarte ou Alcan, ou bien encore quelquesunes de ces individualités du grand monde que le talent a su élever à la hauteur des véritables artistes -, si leurs doigts merveilleux rendent, comme il la comprend, la musique de ses maîtres favoris, oh! alors, son bonheur n'a pas d'égal; que s'il voit, au théâtre, la Pasta dans Roméo, la Malibran dans Marie Stuart, la Grisi dans Norma , la CruvelU dans Sémiramis, l'Alboni dans la Cenerentola, Mario dans Lucrèce Borgia, ou que, dans un salon, la comtesse Potocka chante devant lui le Moulin de Nohant, que Mariette Lablache vocalise son adorable Chiquita, que M"^^ Viardot lui fasse connaître un vieil air de Gluck, il en rêvera des semaines entières, et le résultat de chacune de ces soirées sera, pour le lendemain, une journée de travail productif où son pin-
ceau électrisé puisera dans un souvenir purement musical de sublimes inspirations.
Il nous souvient, à ce propos, qu un jour du mois d'août i856, visitant avec Delacroix ses fresques de Saint-Sulpice, encore enveloppées de leur chemise de planches, il nous montrait avec complaisance cet ange magnifique qui, dans le tableau de YHéliodore, frappe le profanateur de sa verge vengeresse. Le morceau venait à peine d'être achevé, et le maître attribuait sa réussite exceptionnelle à cet état indéfinissable de la pensée dans lequel l'avaient plongé les sons de Torgue jouant le Dies irœ.
Et, à Tappui de cette observation, il se plaisait alors à nous citer un second exemple de la sensation éprouvée et du résultat obtenu à propos de sa Descente de croix de l'église Saint-Denis du Saint-Sacrement : là c'étaient les chants religieux du mois de Marie qui, au dire du maître, avaient favorablement influé sur l'exécution de son œuvre, et lui avaient inspiré notamment cette pose si douloureusement abandonnée de la Madeleine évanouie.
Quand je connus Delacroix, déjà son pinceau avait tracé plus d'une page imposante sur les murs de nos grands édifices, palais ou églises : déjà à Paris, dans nos collections publiques , en province , dans les
Musées de Rouen, de Lille, de Nantes, des toiles nombreuses attestaient son immense talent-, mais ce talent était plus que jamais contesté : athlète infatigable, depuis plus de vingt ans, du jour où de Géricault mourant il avait recueilli le glorieux héritage, malgré les commandes administratives qu'il devait plutôt à ses relations personnelles qu'à son mérite , il luttait à la fois contre la défaveur officielle, contre le goiit public, contre la critique enfin, qui, à peu d'exceptions près, lui était systématiquement hostile. Ni son Dante aux Enfers^ suivi du Massacre de Scio^ en 1822 et 1824, ni les peintures de la Chambre en 1848, n'avaient pu lui attirer les uns, désarmer les autres, et lui faire cette place au soleil de la popularité qu'il avait méritée cependant dès les premiers jours, au dire même de ceux-là qui, en i855 , devant son envoi hors ligne à l'Exposition Universelle, firent un tardif mea culpa d'une trop longue et trop injuste rigueur.
En dehors de ses productions quasi-officielles, faibles encouragements trop maigrement payés ', Dela-