‹ E. Delacroix et son œuvreChapitre 177 sur 211 · LION DEBOUT · texte numérisé non relu

LION DEBOUT

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PEINTURES DÉCORATIVES

ELACRoix affronta de bonne heure le jugement du public. C'est en 1822, à vingt-trois ans, qu il envoie au Salon son premier tableau, ce Dante aux Enfers qui, d'emblée , le fit sortir de la foule à un âge où tant d'autres n'ont encore devant les yeux qu'une perspective de luttes, le plus souvent sans espoir. La renommée si tôt conquise est toujours chose rare, elle Tétait d'autant plus à cette époque où, par une sorte de convention tacite, les élèves de David, de Gros ou de Guérin se bornaient, en disciples fidèles, soit à copier religieusement les œuvres de leurs maîtres, soit à reproduire des fragments de la sculpture antique, sans oser jamais se permettre l'écart

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d'une composition personnelle, encore moins l'emploi de procédés d'exécution en dehors de l'enseignement tout classique de l'École.

Au Salon de 1824 paraît le Massacre de Scio, qui n'avait pas exigé de son auteur moins de deux années d'études, et l'obligeait à quitter momentanément ses Natchei et son Tasse en prison, autant de toiles plus qu'à moitié ébauchées.

Et cependant, dans les derniers mois qui précédèrent l'ouverture de l'Exposition, Delacroix dut redoubler de travail et d'efforts pour arriver à temps : tantôt il fait avec Émilie Robert, son modèle favori, des séances de cinq heures pour achever le beau torse de la femme traînée par le Giaour à la queue de son cheval ^ tantôt, mécontent tout à la fois et du dessin et de la couleur de ce cheval, d'abord peint en entier d'inspiration, il va tout exprès à la poste aux chevaux avec Champmartin, puis au manège avec Scheflfer, demander à la nature cet accent suprême de vérité inutilement cherché jusque-là. Et puis, toujours pressé par le temps, il confie à ses amis Fielding et Soulier le soin d'ébaucher diverses parties du ciel, certains coins de l'horizon qu'il lui faudra reprendre néanmoins lui-même à la dernière heure.

On sait l'accueil fait à ce tableau célèbre, les luttes passionnées que son apparition souleva, les critiques violentes et injustes qui faccueillirent. Loin de se laisser décourager, Delacroix puise alors, dans les attaques dont il est l'objet, une énergie nou-

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velle. Il accepte la lutte et s'y prépare courageusement.

C'est ainsi qu'en 1827 il exposera douze toiles, parmi lesquelles nous citerons seulement ici le Marina Faliero, la Alort de Sardanapale, et le Christ au Jardin des Oliviers.

Au Salon de i83i, après trois ans d'absence, Delacroix reparaît avec une ample moisson de chefs-d'œuvre : \q Richelieu disant sa messe, le Meurtre de l'Évêque de Liège, etc. En tête de son envoi brillait d un éclat étrange ceWe Liberté guidant le Peuple qui, à la fin de l'Exposition, allait valoir à son auteur la décoration de la Légion d'honneur, sans qu'on ait jamais pu savoir au juste (Fartiste tout le premier) si l'acte du ministre avait été tout simplement une concession faite aux idées du jour, ou la juste récompense du talent.

A partir de i833 et jusqu en 1841 , Delacroix, durant sept années, ne manquera pas une seule Exposition publique.

Au Salon de 1834 figurent les Femmes d'Alger, un des joyaux de notre Musée du Luxembourg, et Melmot h, plus connu sous le nom de ï Amende Honorable. L'artiste, toujours préoccupé du côté magistral et imposant de son œuvre, avait été jusqu'à Rouen chercher dans l'architecture de la Salle des Pas-Perdus le cadre grandiose de sa composition. Ce dernier tableau, depuis longtemps commandé par le duc d'Orléans, dut sans doute à cette circonstance de trouver grâce devant le jury d'alors. Mais ces juges, qui n'é-

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taient rien moins que tendres pour la peinture de Delacroix, refusèrent cette même année la Rencotitre de Cavaliers Maures, dont le maître nous a laissé une si belle reproduction à Teau forte'.

Victime du même ostracisme de la part de ceux dont il était destiné à devenir le collègue à l'Institut, Delacroix verra plus tard les portes du Louvre se fermer encore, à deux reprises en i836 et en 1839, devant ÏHamlet et le Tasse en prison^ deux toiles devenues légendaires dans l'œuvre du maître.

A ce traitement quasi barbare qui, à cette époque, trouvait, il faut bien le dire, sa sanction jusque dans le sentiment de Fopinion publique à son égard, Delacroix répondait par l'envoi successif du Saint Sébastien^ en i836-, de \a Bataille de Taillebourg, en 1837; de la Médée, en i838-, du Trajan^ en 1840; de la Prise de Constantinople, en 1841 : autant d'œuvres qui comptent aujourd'hui parmi les plus précieuses de nos Musées publics.

Le moment approche cependant où, tout entier à ses premiers travaux de décoration, les peintures du Salon du Roi à la Chambre des Députés, il va consacrer à cette première commande officielle tout ce que la nature lui avait donné de génie, tout ce que l'étude et les incessants efforts d'une volonté persévérante savaient y ajouter encore.

Pendant trois années son nom disparaît du Livret.

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