‹ E. Delacroix et son œuvreChapitre 178 sur 211 · Voir Pièces Originales, Grav , p. 21, n" i · texte numérisé non relu

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PEINTURES DÉCORATIVES

C'est seulement au Salon de 1845 qu'il y figure de nouveau , et sans nouvelle absence jusqu'en i833.

Mais durant cette période, à part deux ou trois grandes toiles, comme le Sultan de Maroc (du Musée de Toulouse;, la Afort de Marc-Aiirèle (du Musée de Lyon) et le Martyre de saint Ètienne (du Musée d'Arras), il n'expose que de simples tableaux de chevalet, toujours grands cependant, malgré leurs dimensions réduites , par l'ampleur savante de la composition.

Une fois entré dans cette voie de la décoration murale Delacroix, qui se sent là dans son véritable élément, subordonne tous ses autres travaux d'atelier à l'exécution des grandes pages qui lui sont successivement confiées par le gouvernement.

En 1847, termine la décoration de la Chambre des Députés, qu'il avait en quelque sorte menée de front, dans les derniers temps, avec celle de la Bibliothèque du Luxembourg achevée, elle aussi, vers la même époque.

En mai 1849, il reçoit la commande officielle pour les peintures de l'église Saint-Sulpice. Aussitôt il se met à l'œuvre, et quelques mois se sont à peine écoulés, qu'il soumet à l'architecte ses Cartons représentant : Adam et Eve après la faute, Jésus-Christ tirant les âmes du purgatoire et la Descente aux limbes. M. Baltard fit alors à Delacroix quelques critiques sur le choix des sujets, qui, en modifiant les idées du peintre, nous valurent plus tard ï Héliodore , la

EXPOSITIONS

Lutte de Jacob et de l'Ange et le Saint Alichel^ devant lesquels on ne saurait, en vérité, rien regretter.

En septembre i85o, Delacroix commence ses études pour le plafond de la Galerie d'Apollon. Là encore sa pensée première se trouve modifiée par les conseils de M. Duban, Tarchitecte du palais, auquel il était redevable de cet important travail : il renonce à son sujet, Les chevaux du Soleil dételés par les Nymphes , et c est Apollon vainqueur du serpent Python qui va, bientôt, si magnifiquement remplir la coupole du Louvre.

Deux années suffirent à l'accomplissement de cette tâche immense, qu'allait suivre, à quelques mois de distance, l'achèvement des grands travaux de l'Hôtel de ville. C'est, en effet, au commencement de l'année i853 que les peintures du Salon de la Paix, déjà marouflées par Haro depuis six mois avec des soins quasi-paternels, furent enfin livrées à l'admiration du public. De cette magistrale décoration, détruite en 1871 dans les journées à jamais néfastes de la Commune, il ne reste plus que les quelques Esquisses partielles, qui figuraient à la vente après décès de Delacroix. Le feu, en consumant tant d'œuvres d'art qui ornaient le vieux palais municipal, anéantit avec les peintures mêmes de Delacroix, ces précieux Cartons qui avaient servi à leur exécution, et dont M. Andrieu, qui les tenait de son vénéré maître, avait bien voulu consentir à se dessaisir quelques années auparavant, au profit de la ville de Paris.

PEINTURES DÉCORATIVES

A tant et de si glorieux travaux une récompense était bien due.

L'Exposition Universelle de i855, où le talent du maître allait briller d'un incontestable éclat, fut pour Delacroix Toccasion d'un triomphe véritable. Une des grandes médailles d'honneur, décernée par le jugement unanime de ses pairs, mit le sceau à sa réputation. C'est qu'en effet jamais jusqu'alors, de mémoire d'artiste, TEcole Française Moderne n'avait présenté une réunion aussi complète de chefs-d'œuvre dus à la main d'un même peintre; c'est que des trente-cinq tableaux envoyés par Delacroix, et qu'il avait momentanément empruntés soit aux Églises et aux Musées de la capitale ou de la province, soit aux Collections Privées, aucun ne perdait à cette juxtaposition, d'ordinaire si dangereuse, des œuvres d'un même pinceau, et qu'au contraire une toile faisant valoir l'autre, il en résultait l'ensemble le plus harmonieux et le plus complet tout à la fois.

A partir de cette époque, Delacroix n'exposera plus qu'une seule fois, au Salon de 1859, où figurera ce tableau d'Ovide che{ les Scythes destiné^ par le mécène bien connu qui l'avait commandé , à servir de pendant aux Girondins de Paul Delaroche, et à la Vallée de la Touques de Troyon.

Dans les années qui suivirent, satisfait quand il avait produit un certain nombre de ces petites toiles, sans grand mérite aux yeux difficiles du maître, mais qu'amateurs et marchands se disputaient , alors , avant même qu'elles fussent terminées, et, qu'à bon

EXPOSITI ONS.

droit, Ton couvre d'or aujourd'hui Delacroix réservait tout ce qu'il avait de force pour remplir la mission de Juré que le suffrage de ses confrères lui confiait à chaque Exposition. Ce devoir, sacré pour lui, parce qu il y trouvait Foccasion d'être profitable et utile aux jeunes talents, il l'accomplit toujours avec une abnégation et un scrupule rares.

En cette fatale année i863, malgré les atteintes déjà menaçantes de la maladie qui allait l'emporter au milieu de l'été, il ne manqua pas une seule des longues séances du jury d'admission. Cette fois encore, comme il nous l'écrivait de Champrosay, à la fin du mois de mai, il avait voulu « aller jusqu'au bout »; et le maître de nos destinées, exauçant ses vœux, lui en donna la force.

Delacroix, à partir de ce jour, ne devait plus toucher un pinceau-, il s'éteignit trois mois après, le i3 août.

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