‹ E. et J. de GoncourtChapitre 100 sur 127 · PREMIÈRE VISITE A GAVARNI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE VISITE A GAVARNI

1852. — Sur la route de Versailles, au Point-du-Jour, à côté d'un cabaret ayant pour enseigne : A la renaissance du Perroquet savant, un mur qui avance avec de vieilles grilles rouillées qu'on ne dirait jamais s'ouvrir. Le mur est dépassé par un toit de maison et par des cimes de marronniers étètés, au milieu desquels sélève un petit bâtiment carré, — une glacière surmontée d'une statue de plâtre tout écaillée : la Frileuse d'Houdon.

Dans ce mur fruste, une porte à la sonnette de tirage cassée, dont le tintement grêle éveille l'aboiement de gros chiens de montagne. On est long à venir ouvrir;

à la fin. un domestique apparaît et nous conduit à un petit atelier dans le jardin, éclairé par le haut et tout souriant. C'est là que nous faisons notre première visite à Gavarni.

Il nous promène dans sa maison dont il nous raconte l'histoire : un ancien atelier de faux monnayeurs sous le Directoire, devenu la propriété du fameux Leroy, le modiste de Joséphine, qui utilisa la chambre de fer où l'on avait fabriqué la fausse monnaie à serrer les manteaux de Napoléon, brodés d'abeilles d'or. 11 nous fait traverser les grandes pièces du rez-de-chaussée, décorées de peintures sur les murs représentant des vues locales : la porte d'Auteuil en 1802.

Nous parcourons avec lui toute la maison et les interminables corridors du second étage, où d'anciens costumes de carnaval, mal emballés, s'échappent et ressortent de cartons à chapeaux de femmes.

Nous redescendons dans sa chambre, où près d'un petit lit de fer étroit — une couche d'ascète, — il y a sur la table de nuit un couteau en travers d'un livre ayant pour titre : le Cartésianisme.

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