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LA MATERNITÉ

Chez ce peintre de la femme des Maisons Vertes, il y a un côté curieux, c'est la tendance de son pinceau à représenter la maternité, à figurer la mère dans l'occupation tendre de son enfant.

Rien de comparable, dans les images de l'Europe, aux planches d'Outamaro sur l'allaitement. Ce sont les penchements de tète de notre Vierge sur le divin bambine- ; c'est la contemplation extatique de la mèrenourrice; ce sont les enveloppements amoureux de ses bras, l'enroulement délicat d'une main autour d'une cheville, en même temps que la caresse de l'autre derrière la nuque de l'enfant, suspendu à son sein.

Outamaro nous peint la mère berçant l'enfant; le baignant dans la cuve de bois, la baignoire du pays; lui retroussant, le peigne entre les dents, sa petite queue ; soutenant par une main passée dans sa ceinture lâche, ses premiers pas; l'amusant de mille petits jeux; lui faisant prendre une bille dans sa bouche, lui donnant peur avec, posé sur sa figure, un masque de renard, cet animal légendaire dans les contes de nourrice du pays, et même dans le chapitre des quadrupèdes de l'Encyclopédie japonaise, affirmant que le renard soufflant sur les os d'un cheval qu'il ronge, fait jaillir un feu follet qui l'éclairé et qu'il vit cent ans, et qu'alors il salue la Grande-Ourse, et se métamorphose.

En ces assemblages, en ces groupements de la mère et de l'enfant, où l'existence des deux êtres n'est, pour ainsi dire, pas encore complètement séparée, et où, des entrailles de la mère, la vie de l'enfant semble être passée sur ses genoux, sur ses épaules, une des planches les plus heureuses est celle-ci : une mère a son enfant sur son dos, penché en avant par-dessus son épaule, et tous deux se regardent dans l'eau du creux d'un tronc d'arbre, et leurs deux figures paraissent se réunir, se rapprocher, s'embrasser presque, dans le reflètement de ce miroir de nature.

Hokousaï.

C'est le peintre fameux qui, vers la fin de sa vie, signait c vieillard fou de dessin à l'âge de quatre-vingts ans * et qui mourut à quatre-vingt-dix ans. Comme pour Outamaro, c'est la première fois qu'une étude est faite sur ce grand artiste, auquel Edmond de Goncourt consacre, en tête de son livre, ces lignes éloquentes :

l'injustice pour le talent indépendant

Dans les deux hémisphères, c'est donc la même injustice pour tout talent indépendant du passé? Voici le peintre qui a victorieusement enlevé la peinture de son pays aux influences persanes et chinoises, et qui, par une étude, pour ainsi dire, religieuse de la nature, l'a rajeunie, l'a renouvelée, Ta faite vraiment toute japonaise; voici le peintre universel qui, avec le dessin le plus vivant, a reproduit l'homme, la femme, l'oiseau, le poisson, l'arbre, la fleur, le brin d'herbe, voici le peintre qui aurait exécuté 30 000 dessins ou peintures; voici le peintre qui est le vrai créateur de YOukiyôyé, le fondateur de YÉcole vulgaire, c'est-à-dire l'homme qui ne se contentant pas, à l'imitation des peintres académiques de l'école de Tosa, de représenter, dans

une convention précieuse, les fastes de la cour, la vie officielle des hauts dignitaires, l'artificiel pompeux des existences aristocratiques, a fait entrer, en son œuvre, l'humanité entière de son pays, dans une réalité échappant aux exigences nobles de la peinture de là-bas; voici enfin le passionné, l'affolé de son art, qui signe ses productions : fou de dessin... Eh bien, ce peintre — en dehors du culte que lui avaient voué ses élèves — a été considéré par ses contemporains, comme un amuseur de la canaille, un bas artiste, aux productions indignes d'être regardées par les sérieux hommes de goût de l'Empire du Lever du Soleil. Et ce mépris, dont m'entretenait encore hier le peintre américain La Farge. à la suite des conversations qu'il avait eues autrefois au Japon avec les peintres idéalistes du pays, a continué jusqu'à ces derniers jours, où nous les Européens, mais les Français en première ligne, nous avons révélé à la patrie d'Hokousaï, le grand artiste qu'elle a perdu, il y a un demi-siècle.

Oui, ce qui fait d'Hokousaï l'un des artistes les plus originaux de la terre : c'est cela qui l'a empêché de jouir de la gloire méritée pendant sa vie, et le Dictionnaire des hommes illustres du Japon constate que Hokousaï n'a pas rencontré près du public la vénération accordée aux grands peintres du Japon, parce qu'il s'est consacré à la représentation de la Vie vulgaire, mais que s'il avait pris la succession de Kano et de Tosa, il aurait certainement dépassé les Okiyo et les Bountchô.

Le Journal des Goncourt.

Ces Mémoires de la vie littéraire, commencés en 1851 par Edmond de Goncourt et Jules de Goncourt et qui ont neuf volumes, appartiennent à la collaboration des deux frères pour les trois premiers tomes, de 1851 à 1870.

A partir de 1870, c'est Edmond de Goncourt seul qui a poursuivi l'œuvre commencée à deux.

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