‹ E. et J. de GoncourtChapitre 120 sur 127 · TOME VII · texte numérisé non relu

TOME VII

LES FEMMES d'âRLES

Dimanche 4 octobre 1885. Arles. — Les Arènes, un petit Colisée, où le noir des foules modernes fait si bien, par places, sur l'orangé et le gris de la pierre effritée, et là dedans, çà et là, la luminosité douce d'une Arlésienne dans son costume : une merveille d'arrangement et d'harmonie.

Voyez-les, ces filles d'Arles, au teint de rose-thé, coiffées de cet enroulement d'un ruban noir, au fond de tulle grand comme une fleur, et cette coiffure de rien, posée au haut de la tête, sur des cheveux aux bandeaux comme soufflés et légèrement ondulants, et qu'on

dirait prêts à se dénouer sur les tempes. Voyez-les, ces filles d'Arles, aux longs regards, avec leur coi bombé de gaze blanche, qu'enserre dans quatre plis de chaque côté, un petit châle noir d'enfant, et avec leur jupe tombant droit devant, comme la soutane d'un prêtre, et derrière, en faisant le gros tuyautage d'un jupon de paysanne : un costume tout noir et blanc, et où le blanc tient du nuage, — enfin un costume qui a quelque chose de monastique et d'aphrodisiaque, et qui fait ressembler ces femmes à des nonnains d'amour.

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