‹ E. et J. de GoncourtChapitre 21 sur 127 · INTRODUCTION XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXV

à présent qu'il a cette douleur éternelle de n'être plus deux, luttant tout seul, sans faiblir, poursuivant ce même combat commencé à deux, et comme un grand fleuve puissant, tributaire d'aucun autre, asservi à aucun autre, roulant directement ses eaux libres à cet océan, l'Humanité. Aujourd'hui, que l'on salue dans les Goncourt des grands maîtres des lettres françaises, il se trouve seul pour l'apothéose, voyant, avec la publication de ce recueil de pages choisies, se justifier, à propos de l'ensemble des œuvres de son frère et de lui, ce cri enthousiaste, cette prédiction de leur ami, de leur émule Gustave Flaubert, entendant la lecture de La patrie en danger :

Dans cinquante ans on apprendra cela dans les classes. Gustave Toudouze.

Vendredi 26 juin 1896.

Le dimanche 28 juin 1896, le dernier dimanche où Edmond de Goncourt recevait ses intimes du Grenier d'Auteuil. je venais lui annoncer que cette étude qu'il avait lue, ainsi que les Pages choisies de concert avec lui et reliées entre elles, par mes soins, à l'aide d'arguments explicatifs, avaient été remises par moi Tavant- veille entre les mains des éditeurs Armand Colin et Cie, et que le volume paraîtrait en automne. A six heures, je le quittais gai, bien portant, après une affectueuse poignée de main, avec un c au revoir à la réouverture du Grenier, en novembre comme d'habitude ».

C'était la dernière fois que je le voyais vivant; je ne devais plus le retrouver qu'à Champrosay, étendu sur son lit mortuaire, dans le cadre de fleurs dont If. et Mme Alphonse Daudet avaient entouré leur grand ami, mort subitement entre leurs bras, après quelques heures à peine de maladie, dans la nuit du mercredi 15 au jeudi 16 juillet 1896, et, aidé du peintre J.-F. Raffaëlli et de Nadar, procéder au douloureux honneur de mettre dans son cer-

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