L INTRODUCTION A LA VIE DEVOTE
L'intérêt archéologique Ta prise, lui cachant la Rome catholique, mais l'y ramenant sans qu'elle le devine, et lorsque son enfant tomhe malade, elle se laisse entraîner à San Agostino vers la Madone pour les enfants et pour les mères. L'enfant guéri, elle sent en elle un vide où sa pensée a peur. C'est l'instant où une amie lui remet un cahier de Pensées religieuses, sur lequel est ce nom : « Le P. Giansanti au Gesù >; et voici qu'un livre tombe entre ses mains qui va achever la transformation.
Au milieu de tout ce qui commençait et se préparait en elle, dans cette ouverture tendre, presque mouillée de son cœur, tombait la fraîche impression d'un petit livre qui semble parler, avec un langage et une voix de nourrice, à l'enfance chrétienne d'une âme. Tout était douceur dans ces pages du Saint et du Docteur de la douceur, tout y était caresse, tendresse, bercement; les mots y coulaient comme le miel et comme le lait; la piété y devenait un sucre spirituel. La dévotion y était peinte avec ses délices et ses intimes sources de courage, donnant à la vie une amabilité délicieuse, la facilité de toutes les actions, la bénédiction et la couronne de toutes les affections de famille, de ménage, d'amitié, un allégement heureux, allègre, du travail, du métier, des peines, des inquiétudes, des amertumes de chacun; suave attouchement d'une loi sans sévérité, sans exigence de détachement et de renoncement, qui, laissant l'homme au monde, lui donnait, pour passer à travers les choses du siècle, l'onction bénie d'une sorte d'huile sainte. A ceux qu'il sollicitait, le livre ne demandait que de se faire semblables aux petits enfants qui, d'une main, se tiennent à leur père, et de l'autre cueillent des fraises et des mûres le long des haies : une de vos mains dans la sienne, un revenez-y de votre regard au sien, il n'en fallait pas plus pour avoir à vous la bonté du Père
éternel. Style d'amour, langue enveloppante, familiarité des idées et des mots, naïveté bénigne, simplicité débonnaire, jolies images gracieuses, chatouillantes et douillettes, images du Tendre divin, rappels d'un objet de c galantise » ou d'un souvenir du lac d'Annecy, symbole du péché dans les épines de la rose, retour à Jésus par une œillade intérieure, fleurettes de gentillesses que sème à toutes les lignes l'Apôtre essayant d'enguirlander les âmes; il y avait là pour Mme Gervaisais un enlacement auquel elle se trouvait toute prête. Et à mesure qu'elle avançait dans YIntroduction à la vie dévote qui fait du Crucifié un bouquet à porter sur la poitrine, elle se sentait plus entourée de ce que saint François de Sales évoque, de l'enivrement de la terre et du ciel, d'œillets, de lys, de rossignols, de colombes, de musiques d'oiseaux, d'une aimante animalité, de parfums d'arbres, de toutes les félicités colorées, brillantes, chantantes, bourdonnantes, odorantes, d'une nature en sève sourcillante des petits ruisseaux de la Grâce; et elle éprouvait la molle séduction d'un jardin de Paradis où une bouffée de printemps rapporterait un écho d'une hymne de saint François d'Assise au Dieu chrétien de la nature.