SCÈNE IX Les Mêmes, UN FLOT DE PEUPLE envahissant la salle
Cris de la foule. La capitulation! la capitulation!
Perrin. Si haut, vous osez le dire! si haut, vous osez le crier ici, ce mot que personne de nous, ni moimême, n'avons le droit de prononcer! ce mot qui ne
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doit se lever, et encore tout bas, que du bombardement dune cité, de ses bastions rasés, de ses maisons en flammes, de sa garnison décimée, ainsi que le râle de l'agonie d'une ville! Capituler! capituler, citoyens, sans un assaut, sans une brèche, avant même que les boulets aient troué un chemin à l'ennemi, quand vos murs sont encore debout, que leurs pierres résistent, et nous montrent l'exemple !... Vous venez demander à votre commandant!... Eh! quoi, voulez-vous donner le spectacle d'une honte dont pas une ville française n'a voulu dans les temps passés ! voulez-vous que, dans quelques jours, un décret de la France victorieuse et affranchie de l'étranger, car cela sera, voulez-vous qu'un décret rase vos murs, vos maisons, disperse la mémoire de votre ville comme les cendres d'un criminel, et qu'au voyageur qui passera sur vos ruines, on réponde : « Ici fut la ville des lâches ! »
Cris du peuple. Assez! assez! Tais-toi! tais-toi! Silence au commandant!
Une voix. Qu'il parle !
Perrin. 0 Patrie! inspire-moi! que ton nom sacré leur parle dans ma voix! Patrie! donne-moi tes mâles accents ! Souffle-moi les mots qui font qu'on meurt pour toi!... 0 Patrie! terre chérie à laquelle on tient par les entrailles comme à sa mère ! ton amour, l'amour de tous les hommes pour le sol où ils sont nés, où ils ont le berceau, le foyer, la famille et la tombe, cet amour qui a mis, dès le premier jour du monde, des armes aux mains des forts, des pierres aux mains des faibles, tant de morts illustres semées pour toi dans le passé, tant d'héroïsme en ton honneur, de la Grèce, de Rome, de l'ancienne France, inscrits par l'humanité au livre d'or du patriotisme... rien de tout cela ne leur parle donc! Des hommes!... des hommes qui ont leurs bras et du fer! ils veulent ouvrir les portes de leur ville, ils veulent se rendre sans s'être seulement battus ! Ils demandent cette humiliation ! ils la réclament, ils l'exigent, ils la pressent, ils en ont soif! Et
ce sont des Français!... Des Français, vous! Avec la Révolution, il ne vous est donc rien poussé dans le cœur? Vous ne vous sentez pas grandir de dix coudées?... Vous rendre? ah ! c'est déjà trop d'un Longwy !... et je ne suis pas un Lavergne!... Vous rendre!... Et à qui!... A Brunswick! à l'homme quia promis de nous corriger comme des enfants révoltés, à l'homme qui vient pour fouetter la France? Et qui sait? s'il n'avait qu'à passer sur des poitrines comme les vôtres, il pourrait bien mener ses maîtres, les rois coalisés, à l'Opéra, le 15 septembre, dans ces loges qu'ils ont bien eu l'audace de louer d'avance !
Cris du peuple. A bas! à bas! La capitulation! la capitulation! A bas !
Perrin. Oh! vous m'écouterez jusqu'au bout : je suis votre honneur qui vous parle! Défenseurs de Verdun, retournerez-vous dans vos foyers pour que vos fiancées s'écartent de vous et que les enfants dans les rues vous crient par derrière : c II a rendu Verdun! » Mes camarades, mes amis, vous tous, fils de la liberté naissante, enfants perdus de l'armée qui doit combattre pour elle et la faire triompher, les peuples de l'Europe vous regardent et vous espèrent, la Nation vous attend. Vous ne déserterez pas cette fortune que la guerre vous fait d'être la sentinelle avancée de vingt millions d'hommes libres! Républicains, mes frères, vous pouvez égaler les vertus des anciennes républiques; vous le devez à l'histoire! L'heure est suprême et ne recommencera plus. Vous êtes entre l'immortalité et l'infamie... Songez-y : c'est ici la porte de la France... A vous d'en faire les Thermopyles ou les Fourches Caudines! Choisissez : les clefs de la Patrie sont en vos mains. Que Verdun soit pris... et demain ce cri immense remplira toute la France : La patrie est en davger! Demain, les villes diront aux villes, les villages aux villages, les tocsins aux toscins, les vents aux horizons : La patrie est en danger!... Demain le drapeau noir flottera sur les tours de Notre-Dame!... Demain!... l'ennemi sera à une enjambée de Paris!...
l'appel des condamnés
Et enfin les dernières scènes de l'acte V, d'un tragique hautain.