Duns ScoT, n. 1 (p
} dents. Cette thèse, contre laquelle saint Thomas } s'était prononcé si catégoriquement, à savoir que la présence réelle n'implique pas nécessairement la conversion, doit peut-être à Duns Scot d'avoir été | conservée dans la théologie moderne?. L'histoire nous en montre aujourd'hui le prix.
Mais comprendrait-on, si un courant de pensée n'avait pas été un temps réfractaire au principe de la conversion, que Duns Scot ait pu écrire que « communiter tenetur, quod nec panis manet.…, sed convertitur in corpus Christi® »? C’est de la doctrine définie à Rome par l'Église en 1215 que, à Oxford, vers 1301-1304, le grand théologien franciscain dit : Com- | muniter tenetur ! On s'explique sans peine le scandale de théologiens plus modernes, comme Vasquez qui L accuse Scot d’avoir ignoré les saints Pères, comme | Soto qui l’accuse d’avoir professé que la transsub- stantiation était une nouveauté dont le concile de Latran avait le premier eu l'intelligence ‘. L'émoi de ces théologiens antiscotistes montre surtout combien les sources de la scolastique et la littérature préthomiste leur sont étrangères. Car, en s'expri- - mant comme il a fait, Duns Scot était l'écho de l’enkseignement du xrr° siècle, lui-même en fait foi puis- -qu'il cite à l'appui de son sentiment Innocent III, qui, dit-il, dans son traité De officio missae énonce bqu'il y a trois opinions sur le mode de la présence “réelle. La première veut que le pain subsiste et que cependant avec le pain soit vraiment le corps du
. DunNs ScorT, D. 14 (p. 375).
. SUAREZ, In q. LXXV, a. 2(Opera omnia, t. XXI, p. 410).
. DuNS ScoT, n. 13 (p. 372).
. Id.p.375, le commentaire des Franciscains défendant Duns Scot.
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Christ. La seconde veut que le pain ne subsiste pas, sans que pour cela il y ait conversion, mais seulement pour le pain cessation d’être. La troisième veut, que le pain soit transsubstantié. Or, poursuit Duns- Scot, chacune de ces opinions maintient que le corps! du Christ est vraiment présent; car nier cette présence» serait aller contre la foi, puisque dès le commence ment on a expressément tenu pour article de foi que: le corps du Christ est réellement présent. Duns Scots enseigne la transsubstantiation, nous avons à peine» besoin de le dire : mais il témoigne que l'opinion qui explique sans conversion la présence réelle a été autrefois une opinion ayant cours : ce témoignage, pour l’histoire de la théologie, est d'importance ! M Il est pris à Innocent III, mais il a sa source dans” Pierre Lombard ?.
Qui sont donc ces théologiens qui ont professé,* alors que cette opinion était libre encore, que læ substance du pain et du vin demeure après que le corps et le sang du Christ ontété faits présents? Les,
4. Duns SCOT. n. 3 (p. 352) : « Primo, quid tenendum : secundo, quomodo illud poterit declarari. De primo, sicut recitat Innocentius Des officio missae part.2, cap. 26, circa hoc eranttres opiniones: Una, quods panis manet, et tamen cum ipso vere est corpus Christi. Alia, quod: panis non manet, et tamen non convertitur, sed desinit esse, vel pers annihilationem, vel per resolutionem in maleriam, vel per Corrup* tionem in aliud. Tertia, quod panis transubstantiatur in corpus et vinum in sanguinew. Quaelibet autem islarum voluit istud commune salvare quod ibi vere est corpus Christi quia istud negare est plane” contra fidem, ut patet Dist. ILE, q. 1. Expresse enim a principio institutionis eucharistiae fuit de veritate fidei, quod vere jbi et realiter corpus Christi continetur. »
2, PErr. LoMBarD. Sentent. lib. IV, dist. XI, q. 4 (P. L., t. CXCII, p« 862) : « Quidam vero sic dicunt.. Alii vero putaverunt ibi substantiam panis et vini remanere, et ibidem corpus Christi esse et sanguinem ;… etipsam substantiam panis vel vini dicuntessesacramentum.» S. Thomas dit après Pierre Lombard : « … quidam posuerunt posts consecrationem substantiam panis et vini in hoc sacramento remanere. Sed haec positio stare non potest » etc. Q. LXXV, a. 2.
commentateurs de Duns Scot désignent Bérenger : mais ce ne peut être lui, d'abord parce que ni Duns Scot, ni Innocent III, ni Pierre Lombard, n'auraient parlé avec cette modération d’une hérésie formelle‘. Ensuite parce que l'hérésie de Bérenger était l'erreur de la présence en figure, et non pas le dyophysisme. Si, peu avant Pierre Lombard, un théologien a enseigné encore la permanence de la substance du pain et du vin, ce ne peut être que Rupert, le célèbre abbé de Deutz, au début du xuf° siècle. Parlant de l’eucharistie, Rupert a écrit : « .… totum attribuetis operationt Spiritus sanct, cuius effectus non est destruere vel corrumpere substantiam quamcunque suos in usus assumit, sed substantiae bono permanenti quod erat invisibiliter adjicere quod non erat; sicut naturam humanam non destruxit, cum illam, operatione sua ex utero virginis, Deus Verbo in unitatem personae contunxit, sic substantiam panis et vini, secundum exteriorem speciem ‘quin- “que sensibus subactam, non mutat aut destruit, cum eidem Verbo in unitatem corporis eiusdem quod in cruce pependit, et sanguinis eiusdem quem de latere suo fudit, ista coniungit »?. Rupert de Deutz, ‘quand il parlait ainsi, était le dernier représentant d’une lignée de théologiens, qui nous est maintenant bien connue, et dont Théodoret est le plus notable: ‘comme ailleurs ?, dans un passage où il revient à cette même théorie eucharistique, on voit vite en quoi il se rattache d'autre part à saint Augustin.
Les considérations qui précèdent suffiront à nous
4, Cf. S. Tuom. q. LXXV, a. 1, où il est parlé de Bérenger.