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concise qu'aucune autre, celle qui, aux yeux de l'évans géliste, exprimait l'essentiel des paroles du Sauveur.
Des critiques ne s’en sont pas moins inquiétés des surprendre dans cette rédaction l’idée d'alliance et de rançon, cette idée étant pour eux une interpré= tation proprement paulinienne. Ils se sont donc mis en quête d'un récit de la cène que la théologien de Paul n’eût pas marqué de son empreinte, et ils ont cru le trouver, d'abord, dans le récit de saints Luc débarrassé des versets 19-20. Le Christ aurait. ainsi présenté la cène comme une pâque, la der nière, car le royaume de Dieu allait venir et la pâque éternelle avec lui; et il aurait bu au calice de vin, | comme à une dernière coupe, après laquelle il ne« restait plus qu’à s'asseoir au festin du royaume:
Nous avons plus haut accepté pour saint Luc l’hy= pothèse d’une double tradition pour le récit de la cène ; d’une part, la tradition commune aux Synop-= tiques et à saint Paul; d'autre part, une tradition donnant des traits complémentaires. Ce sont préci= sément ces traits complémentaires, mais non contradictoires, dont on nous propose de faire un récit complet en soi, un récit non paulinien, un récit primitif, un récit empreint du caractère étroitement eschatologique que l’on suppose avoir été le caractère essentiel du message de Jésus.
Cette théorie a pour point de départ l'hypothèse» que les versets 19-20 du récit de saint Luc seraient une interpolation introduite dans le troisième évangile par une main autre que celle de l'é-« vangéliste, et relativement tardive : or, nous avons vu que ce fait n’en est pas un. L’authenticité des
versets 19-20 étant acquise, les versets 15-18 sont, pour saint Luc, complémentaires du récit proprement dit de l'institution eucharistique : ainsi les a entendus saint Luc, et ce fait vaut les mieux établis.
Les mèmes critiques, plus hardiment encore, supposent que saint Marc a dû subir une interpolation analogue à celle que saint Luc est supposé avoir subie. Les paroles de Marc, xiv, 24, semblent interpolées, nous assurent-ils : supprimez donc ce verset 24, — « Et il leur dit : Ceci est mon sang de l’alliance, versé pour beaucoup », — alors le récit du second évangile se trouvera correspondre au texte tronqué de Luc, et ces deux textes, une fois tronqués tous deux, représenteront une rédaction qui serait celle du proto-Marc, ou, quel qu'il soit, du document qui est à la base de l’évangile de Marc. Le Sauveur aurait dit du pain rompu : « Ceci est mon corps. » Mais de la coupe dont les apôtres burent tous, il n'aurait pas dit : « Ceci est mon sang. » Saint Paul aurait accentué la signification de la mort en la présentant comme l'expiation du péché, et aurait étendu à la coupe ce que le Sauveur avait dit seulement du pain.
Cette théorie serait fort troublante, si elle était fondée sur autre chose que sur un remaniement arbitraire du texte de Marc; car, si l'on peut invoquer Pautorité de quelques manuscrits pour supposer une interpolation chez Luc, on ne peut invoquer rien de pareil pour en supposer une chez Marc. Dira-t-on que, si Marc a écrit : « Et ils en burent tous », avant d’é-
4. A. Lorsx, L’Évangile et l'Église (Paris 4902), p. 72. Cf. Van Cro- BRUGGHE,P. 148-150.
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crire : « Ceci est mon sang », c’est un indice que les
l’objection serait plus spécieuse, mais elle ne révé lerait qu'une omission explicable par la concisiof habituelle à Marc, une omission réparée si ancien: nement qu'on ne peut dire si eile est de Marc ou de l'hypothétique proto-Marc, omission enfin qui n’in: firmerait pas la signification du rite, puisque le pa rompu était donné comme. le corps, entendez le corps immolé. Ce ne serait donc point saint Paul qui aurait découvert la valeur rédemptrice de la mor du Sauveur, ni établi un lien entre le pain de la cèné et cette mort, pas plus que ce ne serait lui qui au rait si étroitement rapproché le pain et le calice; € le proto-Marc, s’il a existé, était déjà coupable pauliniser !