M. LE BARON ERNOUF
La Question des eaux de Paris, Revue contemporaine 31 décembre 1861, page 650.
Un de nos amis, sachant que nous nous occupions des objections produites contre le projet de la Ville, nous a envoyé un numéro de la Revue contemporaine, dans lequel se trouve la longue dissertation de M. le baron Ernouf. Cet envoi était accompagné d'une lettre qui nous paraît une réponse très-suffisante h la doucereuse opposition de M. Ernouf.
Voici cette lettre :
« Je vous envoie un numéro de la Revue contemporaine « qui contient un article sur les eaux de Paris. L'auteur, « avec une apparence d'érudition (1) et sous une forme
(1) Comme M. Delamarre, M. Ernouf eonfoud le marquis de Mirabeau avec sou iils, le comle Honoré-Gabriel Riquetti de Mirabeau.
« qui dissimule mal une certaine passion, reproduit tous « les arguments qui ont été élevés contre les eaux de « source el en faveur des eaux de Seine.
« Il va même plus loin que vos autres adversaires ; il « souiient qu'on a réussi, à Marseille, à filtrer les eaux sur « une grande échelle ; que les expériences faites par les « ingénieurs du service municipal démontrent la possi- « bilité de former des filtres naturels dans la vallée de la « Seine, etc. (1).
« La source de la Dhuis, dit-il, est bien voisine de ces « marais de Saint-Gond , d'où sort le Morin, le plus mal famé « des affluents de la Marne au point de vue des affections « goitreuses, et l'un de ceux qui devaient fournir leur con- « tingent de dérivation au second aqueduc, etc., etc. « (p. 662).
« Ces assertions et ces insinuations sont contraires à la « vérité. Dans les projets étudiés jusqu'ici, on n'a dirigé le « Morin, soit le grand, soit le petit, dans aucune des déri- « vations ; la source de la Dhuis, sortant des terrains ter- « daires, esta 27 kilomètres au moins, à vol d'oiseau, des « marais de Saint-Gond, qui reposent sur la craie.
« J'ajouterai, d'ailleurs, qu'à moins d'un quart de lieue « de ces marais il existe des puits fournissant de l'eau « identique à celle des puits du camp de Châlons.
« Tous ces messieurs qui veulent se rendre célèbres en « s'abaUant sur une question importante auraient bien « dû, avant de s'aventurer dans des voies qu'ils ne con- « naissent pas, aller conférer un quart d'heure avec « MM. les ingénieurs ; s'ils avaient persévéré dans leur « opinion, au moins ils ne l'auraient pas appuyée sur des « raisons qui n'ont aucune valeur. »
Du reste, l'article de M. le baron Ernouf n'est qu'une
(1) Voyez, page 117, la preuve du contraire.
analyse des différentes publications auxquelles ont donné lieu les projets de la Ville.
La seule chose originale avancée par notre honorable adversaire est le certificat d'excellence qu'il donne à l'eau d'Arcueil : « On a même été jusqu'à la taxer d'insalubrité; « une expérience personnelle de vingt-cinq ans nous per- « met d'affirmer que cette accusation est au moins fort « exagérée. »
Mais, s'il en est ainsi, comment M. Ernouf peut-il contester la salubrité des eaux de la Dhuis, qui sont d'une qualité bien supérieure à celle des eaux d'Arcueil ?
L'eau de la Dhuis ne donne que 23 degrés au plus à l'hydrotimètre, tandis que celle d'Arcueil marque 38 degrés au moins. Pourquoi? pourquoi?
Le ton qui règne généralement dans l'article de M. Ernouf nous porte à croire qu'il aurait tout aussi bien conclu en faveur des projets de la Ville que contre ces projets, si, le jour où il s'est chargé de faire cet article, il avait vu la Seine bourbeuse, au lieu de la voir limpide. Mais cette question des eaux , elle n'a rien de politique, et c'était une occasion unique de faire parade d'une indépendance que personne ne conteste : Haro, haro sur les eaux de Paris 1
M. LE DOCTEUR DÉCLAT.
Patrie, 10 juillet 1861.
M. Henri ARRAULT.
Patrie, 17 août 1801-
M. Léopold GIRAUD.
Journal des villes et des campagnes, 28 août 1861
M. PARISEL.
Le Moniteur des sciences, 28 septembre 1861.