‹ Eaux de ParisChapitre 3 sur 18 · PAR M. ROBINET · texte numérisé non relu

PAR M. ROBINET

«x-rappcrteur de la commission d'enquête administrative chargée d'examiner le projet de dérivation

des eaux de source sur Paris.

Monsieur et très- honoré collègue,

Vous m'avez adressé, par l'estimable journal Y Union médicale, une lettre dans laquelle vous développez vos vues sur la question des eaux de Paris. Vous vous efforcez surtout de combattre les idées et les conclusions de la commission d'enquête administrative qui a été chargée de donner un avis motivé sur l'avant-projet de dérivation des sources de la Dhuis (1).

(1) En exécution de la loi du 7 juillet 1833 et de l'ordonnance royale du 18 février 1834, la commission d'enquête a été composée ainsi qu'il suit, par un arrêté de M. le sénateur, préfet de la Seine : MM. Élie de Beaumont, sénateur, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, président; Docteur Mêlier, inspecteur général des services sanitaires, vice-président

de la commission des logements irjsalubrcs ; Docteur P. Dubois» doyen de la faculté de médeciue, membre du conseil

général de la Seine; Robinet, président de l'Académie impériale de médecine; . Henri Davillier, banquier, président de la chambre du commerce; Denière, président du tribunal de commerce, membre du conseil général

de la Seine; Maes, manufacturier à Clichy , membre de la chambre du commerce et du conseil général de la Seine ;

C'est me faire beaucoup trop d'honneur que de me considérer comme le principal auteur du rapport de la commission. Moins heureux que vous, qui auriez pu prendre pour épigraphe de votre spirituelle et savante dissertation la célèbre devise : Necpluribus impar, j'ai dû, au contraire, pour \e projet de rapport , recourir aux conseils , aux instructions, aux notes de plusieurs notabilités scientifiques, administratives et médicales.

Le projet de rapport, discuté, modifié et enfin approuvé, est devenu l'œuvre de la commission d'enquête, qui, ellemême, s'est appuyée sur les spécialités et les autorités les plus compétentes.

C'est donc à tort que vous m'adressez directement la plupart de vos objections, toutes, du reste, entachées d'erreurs ou d'exagérations.

La loi ayant limité la durée de l'enquête, la commission n'existe plus depuis longtemps.

En se séparant , elle n'a donné et n'a pu donner à personne la mission de défendre son œuvre, et je ne pourrais pas entreprendre cette tâche sans assumer une responsabilité qui ne m'incombe nullement.

Tout ce que je puis me permettre en ce moment est de mettre sous les yeux des impartiaux lecteurs de Y Union médicale quelques passages du rapport, auxquels vous n'avez peut-être pas assez réfléchi.

Vous défendez avec chaleur l'opinion que l'eau de Seine

MM. Oufroy, manufacturier à la Glacière, membre du conseil général de la Seine; Arnaud-Jeanti, maire du 3S arrondissement ; Râteau, maire du 5* arrondissement; Abel-Laurent, maire du 7e arrondissement;

Baron Michel de Trétaigne^ docteur eu médecine, ancien médecin des hôpitaux militaires, membre du conseil de santé des armées, maire du 18e arrondissement; Aubert, maire du ib* arrondissement.

est préférable à toute autre, et que c'est contre toute raison qu'on prétend mettre des eaux de source à la portée des habitants de Paris.

Voici comment le rapport s'exprime à ce sujet (page 57) :

Des différentes eaux mises à la disposition de la population.

« La commission doit-elle maintenant répondre à des « observations comme celle-ci : Condamner deux millions « d'habitants , malgré leurs répugnances, à boire des eaux « crues à peine aérées ?

« On vient de démontrer que les eaux nouvelles seront « suffisamment aérées , et les analyses prouvent qu'elles « ne sont pas crues.

« Il n'est pas besoin de dire, d'ailleurs, que la popula- « tion de Paris sera, comme par le passé, libre de choisir « entre toutes les eaux qui seront mises à sa disposition. « Chaque rue sera pourvue d'une double canalisation. Il « y aura pour tous, riches ou pauvres, des eaux de Seine « et des eaux de l'Ourcq.

« On aura donc à opter, pour la boisson, entre ces eaux « plus ou moins impures et les eaux de la Dhuis, pures « de tout mélange, puisqu'elles n'auront reçu dans leur « course aucun égout, aucun ruisseau de ville ou d'usine.

« Nous verrons dans peu de temps à quelles eaux la po- « pulation donnera la préférence, cette population surtout « qui doit consommer l'eau sans aucune de ces prépara- « lions auxquelles on peut la soumettre dans les ménages « et dans les quartiers de luxe. »

Que pouvez- vous demander de plus?

Pans une autre partie de votre lettre, à propos du goitre endémique, vous reprochez à la commission de n'avoir cherché des arguments que dans la statistique du ministère de la guerre, statistique qui ne comprend que les hommes.

Si vous aviez tourné le feuillet du rapport , vous auriez lu ce qui suit, page 60 :

« Ce n'est pas tout. En 1852 , le ministre de l'agricul- « ture, du commerce et des travaux publics, vivement pré- « occupé du désir de porter remède aux conditions fâ- « cheuses dans lesquelles vivent encore quelques popula- « tions , a fait entreprendre une enquête sur la question « du goitre et du crétinisme.

« Cette enquête a été particulièrement très - complète « pour le département de l'Aisne et l'arrondissement de « Château-Thierry , dans lequel se trouve le canton de « Condé.

« Dans cette nouvelle enquête , on a compris les deux sexes « et tous les âges. »

Votre loyauté est trop bien établie , Monsieur et trèshonoré collègue, pour qu'il soit possible d'attribuer cette omission à autre chose qu'une distraction ; mais vous me permettrez bien de vous dire qu'il faut éviter les distractions , quand on n'ignore pas que ce sont des hommes sérieux, des collègues et des confrères qui ont pris la peine d'élucider une question de cette importance.

Veuillez agréer, Monsieur et très-honoré collègue, l'expression des sentiments de haute considération avec lesquels je vous prie de me croire,

Votre tout dévoué, Robinet,

membre de l'Académie impériale de médecine.

P. S. Je crois que cette courte réponse suffira pour éclairer les bienveillants lecteurs de Y Union médicale et les mettre en garde contre une argumentation très-brillante en sa forme, mais très-faible au fond.

Du reste, je suis informé qu'il sera fait aux publications

postérieures au rapport de la commission d'enquête une réponse péremptoire et complète ; elle ne laissera pas une assertion hasardée, un argument spécieux, une supposition gratuite, sans une réfutation solidement appuyée sur la science, le droit, l'expérience et les faits.

Mais cette réponse dépasserait de beaucoup l'étendue des pages que l'honorable rédacteur en chef de Y Union médicale pourrait mettre à notre disposition ; elle recevra une publicité spéciale et très-étendue : M. le docteur Jolly n'est pas le seul adversaire des projets de la ville de Paris. Il importe que le public, sans exceptions, soit mis à même de juger la question : il en sera ainsi.

Comme on le voit, cette lettre annonçait une réponse aussi complète qu'il nous serait possible de la faire. Telle est la lâche que nous nous sommes imposée; nous nous efforcerons de la remplir en suivant M. le Dr Jolly, pas à pas , dans sa critique du rapport de la commission d'enquête.

Après avoir, par précaution oratoire , donné quelques éloges aux efforts philanthropiques de M. le préfet et du conseil municipal, M. le Dr Jolly entre en matière , et tout d'abord nous donne une leçon d'histoire municipale à propos des eaux de la Seine ; puis il continue ainsi :

« Mais ce qu'il faut dire tout d'abord , et ce que vous « ne pouvez ignorer, c'est que nul, jusqu'à ce jour, n'avait « pu encore mettre en doute la parfaite salubrité des eaux « de la Seine. »

C'est ce que nous allons voir.

Dans la Patrie du 18 juin 1861, M. Delamarre s'écriait : « Ce n'est pas seulement de nos jours que de vives récla- « mations se sont élevées contre l'impureté des eaux dis- « tribuées dans la capitale. »

M. Delamarre avait raison, et, pour le prouver, il cite le passage suivant d'un écrit de Mirabeau (1) :

« Maintenant, je dirai que tous les certificats du monde « ne me persuaderont pas qu'une eau dans laquelle se « versent toutes les impuretés d'une ville immense soit « plus saine que celle où il ne s'en verse point, et que le « volume diminuant, tandis que celui des immondices « reste le même , cette eau sort néanmoins toujours éga- « lement saine. Personne n'ignore , et je donne en mon « nom le démenti dû au charlatanisme, à la jonglerie et à « l'impudence, à quiconque niera que l'eau de la pompe « deChaillot, puisée lorsque les eaux sont très-basses, ne « soit , sans comparaison , plus vite corrompue que celle « puisée ailleurs ; et quelle peut en être la cause , si ce « n'est la présence d'une plus grande quantité de matière « effervescente ? »

Dans le Journal d'agriculture pratique (numéro du 5 juin 1861), M. Barrai rapporte une expression non moins énergique d'un autre réformateur :

« Le mot de Beaumarchais sur les habitants de Paris, « qui boivent le soir ce qu'ils ont vidé le matin, est toujours « vrai, quoique certains égouts aillent se déverser aujour- « d'hui à l'aval de Paris, au delà d'Asnières. »

Mirabeau s'exprimait avec cette énergie sur l'impureté des eaux de la Seine en 1785; mais, dès 1781, Mercier, dans son tableau de Paris, n'était guère moins explicite; écoutez-le :

« On achète l'eau à Paris. Les fontaines publiques sont

(1) La Patrie fait erreur en attribuant la brochure dans laquelle se trouve ce passage à Iiouoré- Gabriel Riquctti, comte de Mirabeau, futur tribun, conune dit M. Delamarre.

La brochure est de Victor Riquetti, marquis de Mirabeau, père du précédent, an des plus zélés partisans de la doctrine des économistes dont le docteur Quesnay était alors le propagateur.

« si rares et si mal entretenues, qu'on a recours à la « rivière ; aucune maison bourgeoise n'est pourvue d'eau « assez abondamment. Vingt mille porteurs d'eau, du « matin au soir, montent deux seaux pleins, depuis le « premier jusqu'au septième étage , et quelquefois par « delà : la voie d'eau coûte six liards ou deux sous. « Quand le porteur d'eau est robuste, il fait environ trente « voyages par jour.

« Quand la rivière est frouble, on boit de l'eau trouble : « on ne sait trop ce qu'on avale ; mais on boit toujours. L'eau « de la Seine relâche l'estomac pour quiconque n'y est pas « accoutumé. Les étrangers ne manquent presque jamais « l'incommodité d'une petite diarrhée; mais ils l'évite- « raient, s'ils avaient la précaution de mettre une cuil- « lerée de bon vinaigre blanc dans chaque chopine « d'eau. »

Précédemment , en 1771 , Mercier avait déjà , dans son ouvrage satirique intitulé, TAn 2440, parlé, comme d'une chose qui ne se réaliserait jamais, des fontaines qui, à chaque coin de rue, lui offraient une eau pure et transparente. Cette ironie signifiait qu'à cette époque les fontaines étaient rares et qu'elles ne donnaient aux habitants qu'une eau impure et trouble ; ce qui ne pouvait s'adresser qu'aux eaux de Seine, les autres eaux, descendant de Belleville ou d'Arcueil, ayant toujours été exemptes d'impuretés et transparentes.

Et qu'auraient donc dit, de nos jours, ces écrivains du xvme siècle, s'ils avaient vu la Seine recevant les égouts et les immondices d'une ville de 1,600,000 habitants, sans compter les innombrables usines qui n'existaient pas de leur temps ; sans compter les 100 bateaux à lessive qui couvrent la rivière, et la Bièvre, qui est devenue un véritable égout? L'indignation de Beaumarchais et de Mercier eût été terrible.

Quant aux travaux et aux publications dont les eaux de la Seine ont été l'objet de la part de P. Séguier, Lavoisier, Majault, de Parieux, Humboldt, etc., etc.; Parmentier ( que M. le docteur Jolly oublie avec bien d'autres ) , notre honorable adversaire ne s'est pas aperçu d'une chose ; c'est que tous ces travaux avaient pour but de rassurer la population de Paris sur la qualité plus que douteuse des eaux qu'elle devait consommer bon gré mal gré; car enfin, jusqu'aux projets récents de la Ville, on n'avait rien imaginé de mieux que de multiplier les prises d'eau de la Seine; les porter au-dessus de Paris, avant le confluent de la Marne, tel était le nec plus ultra des plus ambitieux.

Dans cette situation équivoque, en présence de l'augmentation prodigieuse de la population, il fallait bien prendre son parti, et démontrer, quand même, que l'eau de la Seine était une bonne eau potable, ce qui, d'ailleurs, était vrai jusqu'à un certain point, en prenant l'eau de la Seine en elle-même et abstraction faite de toutes les causes d'insalubrité que lui amenaient non-seulement la population de Paris, mais encore celles des rives en amont, et celles de ses affluents (1).

Voilà dans quel esprit et dans quel but, Parmentier, Vauquelin, Thénard et tant d'autres se sont efforcés de démontrer que l'eau de Seine n'avait aucune mauvaise qualité.

Le titre même du mémoire de Parmentier ne laisse aucun doute à cet égard :

« Dissertation physique, chimique et économique sur la « nature et la salubrité de l'eau de Seine, par M. Par- « mentier, ancien apothicaire-major de l'hôtel royal des « invalides (2). »

(1) On compte au-dessus de Paris, sur les bords de la S.i.ie, de la Marne et de l'Youne, une population qui dépasse 200,000 âmes.

(2) Observations sur la physique, etc. 1775. Nous avons pensé qu'on ne lirait

Voici comment débute l'auteur :

« Quoiqu'une longue et heureuse expérience prononce « journellement et depuis des siècles en faveur de la salu- « brité des eaux de Seine, quoique cette rivière ait l'avan- « tage d'arroser une des plus grandes et des plus riantes « villes de l'Europe, qu'elle fournisse à ses habitants une « eau capable d'apaiser agréablement la soif, sans que « l'estomac de cette multitude d'hommes éclairés qui « occupent les premières places dans l'empire des sciences « et des lettres soit incommodé , sans que le teint et la « fraîcheur des plus aimables et des plus jolies femmes de « France éprouvent la moindre altération par les usages « sans nombre auxquels elles l'emploient, surtout en bain, « pour entretenir la souplesse et la flexibilité de leurs « nerfs sensibles et délicats, cependant, malgré cette « foule de privilèges intéressants, l'eau de Seine n'a pu se « dérober aux traits malins de la méchanceté et de la ca- « lomnie ; peut-être ceux-mêmes qu'elle comble tous les « jours de bienfaits, peut-être ceux qui lui sont redevables <( de leur appétit, de leur embonpoint et de leur constitu- « tion vigoureuse , sont-ils aujourd'hui ses plus redouta- « blés et ses plus puissants ennemis. L'ingratitude, ce vice « malheureusement trop commun, s'exerce indistincte- « ment sur tous les êtres, il n'épargne même pas les ali- « ments et les boissons.

« Il est aisé de sentir que les effets invariables et con- « stamment salutaires de l'eau de Seine étaient des titres « suffisants pour la justifier des accusations qu'on formait « contre elle, et pour lui conserver la réputation méritée « dont elle jouit même chez l'étranger : vainement on a « essayé de prévenir défavorablement sur son compte, en

pas sans intérêt quelques parties de ce curieux mémoire ; c'est ce qui nous a engagé à en reproduire plusieurs passages.

« la taxant de porter avec elle un germe de maladie qui se « développait tôt ou tard; vainement on s'est efforcé de « répandre l'alarme et l'effroi dans les esprits, en nous « présentant cette eau comme la chose la plus vile, la plus « méprisable et la plus abjecte; la chimie, cette science scru- « tatrice de tous les corps de la nature, la seule qui ait la « faculté de déterminer l'espèce et la pureté des eaux, a « toujours défendu la nôtre de ces imputations outra- « géantes, en faisant disparaître les craintes qu'on avait « tenté d'inspirer à ce sujet, etc.

« La limpidité et la transparence de l'eau de Seine, « obtenues par le moyen des fontaines filtrantes, sont « toujours aux dépens d'une partie surabondante d'air « dont cette eau se trouve imprégnée, et qui constitue sa « bonté, sa légèreté, son gratter et la supériorité qu'elle a « sur toutes les eaux de rivière connues ; on pourrait même, « en réitérant ces filtrations à plusieurs reprises, rendre « l'eau de la Seine fade, lourde et peu propre à prendre le « savon ; en passant à travers les petits tuyaux que for- « ment les grains de sable les uns vis-à-vis des autres, « l'eau de la Seine se dépouille non-seulement du limon « qui la rendait tourbeuse et malpropre, mais encore d'une « partie de son air auquel elle doit ses qualités bienfai- « santés ; de manière que, quoique l'usage de filtrer les « eaux destinées à servir de boisson remonte à la plus « haute antiquité, il n'est pas moins vrai de dire que le « pauvre qui boit l'eau de la Seine, sans autre apprêt que « celui de la laisser simplement déposer dans son vase de « terre, a de meilleure eau que le riche avec toutes ses « recherches; mais ce n'est pas le seul exemple qu'on « pourrait citer, pour prouver que la bonté de l'eau est « souvent sacrifiée à la beauté, et que le malheureux jouit « d'une manière plus certaine des bienfaits de la nature

« que l'homme opulent, qui les altère et les dénature à « force d'artifices. Mais le goût général a prévalu; une « limpidité et une transparence cristalline récréent la vue « et font plaisir, il n'y a que les buveurs d'eau et ceux à qui « on la prescrit comme régime qui peuvent y perdre ; il « existe un gourmet en ce genre, dont le palais est tellement « exercé, qu'il sait distinguer au goût une eau filtrée à « travers le sable, et la même qui ne l'a pas été ; celle-ci « lui semble infiniment plus savoureuse et plus légère, ce « qui provient, sans doute, de la privation d'un peu d'air, « privation qu'on aperçoit sensiblement sous le récipient « d'une machine pneumatique comme je l'ai observé. »

Après l'énurnération de quelques propositions ayant pour objet l'épuration des eaux de la Seine, Parmentier continue ainsi :

« Tous ces projets sur la salubrité future de l'eau de la « Seine sont des pièges d'autant plus dangereux, qu'on « ne les fait jamais sans en même temps alarmer les ha- « Litanls sur leur principale boisson. Il faut espérer que le « gouvernement, instruit du peu de succès de diverses « entreprises de ce genre , ne permettra plus qu'on nous « trouble dans la jouissance de notre eau toute naturelle, « telle que la buvaient nos aïeux. »

Enfin Parmentier se résume en ces mots :

« Ainsi ce n'est donc pas à tort si les Parisiens se regar- « dent spécialement favorisés par la nature, s'ils ne taris- « sent pas sur les éloges de cette eau; s'ils s'enorgueillis- « sent du bonheur de la voir couper en deux leur enceinte, « et s'ils soutiennent avec assurance que cette rivière est « la plus admirable des rivières, et ses eaux les meilleures « de toutes les eaux. Cet éloge tient un peu de l'enthou- « siasme ; on doit le pardonner en faveur du motif; il est « naturel aux âmes sensibles et reconnaissantes de publier

« le bienfait quelles reçoivent tous les jours, au delà « même de sa valeur (1). »

Nous ne doutons pas que M. le docteur Jolly sera trèssensible au soin que nous avons pris de rapporter ces passages. Ils prouvent assurément que nous n'entendons dissimuler en rien les éloges mérités donnés à l'eau de la Seine; mais M. Jolly conviendra bien, de son côté, que nous n'avons pas été le premier à douter de la parfaite salubrité des eaux de la Seine. Il ressort assez du mémoire de Parmentier que, de son temps, il y a près de cent ans, on les traitait assez mal ces pauvres eaux, puisqu'on les qualifiait de chose la plus vile , la plus méprisable et la plus abjecte.

Aussi il faut voir les efforts que fait Parmentier, dans sa bonhomie, pour ramener les Parisiens à des idées plus raisonnables. Nous avons mis sous les yeux du lecteur des échantillons de ce zèle ; mais Parmentier, imitant en cela certains avocats, qui, voulant trop prouver, finissent par ne rien prouver du tout; Parmentier, disons -nous, se laisse aller h des considérations et des images peu propres à convaincre les buveurs d'eau de Seine. En voici la preuve :

« Supposons un instant qu'un chien pourri soit jeté à la « rivière, et que l'on puise de l'eau à une très-petite dis- « tance de l'animal , comme de 3 à 4 pouces , soit « devant, derrière ou à côté, eh bien ! il est certain que « l'eau n'en sera pas plus malsaine, par la raison des deux « principes qui se trouvent constamment dans l'eau ; « savoir l'air tout formé et semblable à celui que nous « respirons, et le fluide élastique qui, à la faveur du mou-

(li Cet éloge ne serait pas complet si nous ne rappelions pas que Mareellus, fameux à Paris sous le nom de saint Marcel ou saint Marceau , métamorphosait en vin excellent et en baume l'eau puisée dans la Seine (Dulaure, 1. 1, p. 226).

« veinent fait par sa combinaison avec l'eau , donne de « nouvel air. »

us espérons que M. le docteur Jolly sera satisfait notre impartialité; il nous reste, pour en donner une dernière preuve , à résumer en peu de mots les conclusions qu'on peut tirer de la dissertation de Parmentier.

i° Le plus sur moyen, pour les jolies femmes, d'entretenir la fraîcheur de leur teint, la souplesse et la flexibilité de leurs nerfs sans la moindre altération, est de ne boire que de l'eau de Seine.

2° Cette eau donne de l'appétit, de l'embonpoint et une constitution vigoureuse.

Pour conserver à cette eau sa bonté, salégèreti tbien >e garder de la filtrer; il faut :e bon, , comme font les pauvres gens,

de la puiser soit devant , derrière ou à ifun chien p à la riviï

-4° Il faut se défier de tous ces procédés qui ont la prétention de rendre plus salubre l'eau de la Seine, sous pietexte de lui donner une transparent < ialline; ces procédés ne sont que des pièges seulement propres à alarmer le public, et le devoir du gouvernement est d'en faire prompte justice, afin que nous puissions boire en paix l'eau de la Seine toute naturelle , telle que la ! ni nos >x.

locteur Jolly, cédant à de si puissantes considérations, ne se hâte pas de briser sa fontaine filtrante et de renoncer à l'eau des Célestins, soi-disant clarifiée et purifiée, il ne sera pas conséquent avec lui-même. Seulement, comme l'aspect d'une eau bourbeuse et malpropre, rappelant peut-être l'image de quelque chien pourri jeté à la rivière , pourrait bien être désagréable aux convive^ M. le docteur Jolly et à lui-même, nous l'engageons à faire

servir cette eau naturelle, comme faisaient nos bons aïeux , tout bonnement dans un pot.

Mais nous n'avons pas fini sur la grave question de savoir si nous avons été le premier à mettre en doute la parfaite salubrité de l'eau de la Seine.

Veuillez donc, Monsieur Jolly, nous donner l'explication des efforts incessants qu'on n'a cessé de faire depuis plus de soixante ans pour purifier cette eau.

Par exemple , dites-nous pourquoi l'administration a successivement pris les mesures suivantes : suppression du puisage direct de l'eau dans la Seine; établissement d'un système de filtrage dans les fontaines marchandes et dans les hôpitaux; déplacement de la pompe du Gros- Caillou ; enfin, et sans parler d'une foule d'autres choses, construction coûteuse des grands égouts collecteurs.

Dites-nous dans quel but on fondait, en 1807, Y établissement des eaux de la Seine clarifiées et purifiées par les filtres charbon; entendez-vous bien? clarifiées et purifiées! Le mot est fort, n'est-il pas vrai?

Dites-nous ce que signifient les cent cinquante brevets d'invention dont nous avons la liste sous les yeux, et qui ont tous pour objet des procédés de filtration et de purification de l'eau à boire, principalement de l'eau de Seine?

Faut-il vous en rappeler quelques-uns? Ducommun, Souchon, Fonvielle, Tard, Jaminet, Vedel, Nadault de Buffon, etc. Aujourd'hui encore, malgré l'immense amélioration apportée à la propreté du cours de la Seine, il se produit de nouveaux moyens de rendre potable cette eau dont la salubrité ne pourrait, suivant vous, être mise en doute.

Ah! Monsieur Jolly, si, aulieu du projet des eaux de la Champagne, nous avions proposé de renoncer à toute autre eau que celle de la Seine, avec quelle ardeur, avec quel succès même l'esprit d'opposition n'eût-il pas combattu et terrassé

une si étrange prétention? Représentez -vous quel parti des écrivains aussi ingénieux que malins auraient tiré des effroyables peintures qu'ils auraient pu faire « de cette « eau, réceptacle des immondices, des déjections, des « résidus, tous plus dégoûtants les uns que les autres, « qu'une population de 2 millions d'hommes verse sans « cesse sur la voie publique et dans les égouts ; sans « compter 100,000 chevaux et je ne sais combien de bœufs, « de vaches et de moutons qui viennent, 'chaque jour, « verser sur le pavé de Paris leurs urines et même leur « sang (1) !

« Voyez-vous les 3,000 bornes-fontaines lavant la rue « et entraînant à la Seine ce que la pelle paresseuse « et négligente du boueur n'a pas enlevé I Voyez- vous cette « horrible profanation d'une administration sans pudeur, « qui permet l'écoulement, dans la Seine, du plus abject, « du plus infect des liquides , qu'au moins autrefois des « tonneaux mastiqués portaient à Montfaucon ou à >« Bondy ! Enfin, comme si toutes ces profanations n'avaient « pas mis déjà le comble à l'insulte faite au noble fleuve, « qui devait nous offrir une eau limpide et salutaire , on « va le convertir, ce fleuve glorieux , en un misérable « étang, recelant la fièvre et peut-être la peste, parles « onze barrages, ou plutôt les onze prisons dans lesquelles « on va contenir ses libres eaux, sous prétexte de naviga- « tion et de canalisation (2) ! »

Au lieu de chercher dans Parmenlier des arguments en faveur de leur thèse actuelle, nos redoutables adversaires n'auraient pas manqué de nous présenter sous les aspects

(1) En pareil cas, on arrondit toujours les nombres, et 1,600,000 âmes deviennent 2 millions; G0, 000 chevaux peuvent bien compter pour 100,000, 2,100 bornes-fontaines pour 3,000, etc., etc.

(2) Ou sait que les ponts et chaussées ont déjà commencé , en amont de Paris, juze barrages destinés à rendre la Seine navigable en toute saison et, par conséquent, à assurer l'approvisionnement de Paris à de meilleures conditions.

les plus hideux ce chien pourri de 1775, et ils auraient eu beau jeu, car nous croyons savoir qu'avant la funeste loi sur l'impôt des chiens il n'y avait pas à Paris, par an, moins de 10 h 12,000 de ces pauvres animaux sacrifiés h l'avarice de ceux qui ne voulaient plus les nourrir. La police se croyait obligée aussi à considérer tout chien errant comme suspect d'hydrophobie, ce qui était, sans doute, une raison de plus pour elle de les jeter à l'eau.

Tel est, Monsieur Jolly, fort abrégé et décoloré, le langage que nos philanthropiques adversaires n'auraientpas manqué de trouver dans leur imagination indignée, si nous avions imprudemment donné une préférence exclusive aux seules eaux de la Seine.

Poursuivant ses éloges à tous les points de vue, M. le docteur Jolly nous montre l'eau de la Seine toujours bien aérée et parfaitement oxygénée , contenant toujours des principes en dissolution et en suspension dans des proportions presque invariables

En vérité, M. le docteur Jolly n'est pas heureux dans le choix de ses arguments. M. Poggiale, chimiste aussi savant que consciencieux, est probablement le seul qui ait entrepris un travail complet sur la composition de Veau de Seine à diverses époques de Vannée. Voici comment il conclut au sujet de la prétendue constance d'oxygénation de cette eau :

« En examinant attentivement ce tableau, on voit

« 1° Que la proportion des gaz, et particulièrement celle « de l'air, est susceptible de grandes variations ;

« 2° Que la quantité d'air et d'acide carbonique est plus « considérable en hiver qu'en été ;

« 3° Que l'eau est moins riche en oxygène en été qu'en « hiver, etc., etc. »

M. Poggiale a trouvé que la proportion d'oxygène variait de 5 à 12 centimètres cubes par litre d'eau, c'est-à-dire

qu'il y a parfois dans l'eau de la Seine près de trois fois plus d'oxygène que dans d'autres circonstances.

Voilà pour la constance d'oxygénation.

Pour la constance des principes ternis en dissolution , M. Poggiale, après avoir fait remarquer les différences considérables qu'on voit dans les résultais obtenus par divers chimistes, arrive lui-même à ces conclusions :

« 1° Que la proportion des matières solubles contenues « dans l'eau de Seine atteint généralement son maximum, « lorsque la hauteur de la rivière est entre 2 et 3 mètres, « et qu'elle décroit au-dessus et au-dessous;

« 2° Que le maximum des principes fixes a été, pour « 1 litre d'eau, de 277 milligrammes et le minimum de « 190;

« 3° Que, d'une manière générale, l'eau de Seine est « plus chargée de substances solubles en été qu'en « hiver, etc. »

Voilà pour la constance des matières dissoutes dans l'eau de Seine.

Restent les matières simplement tenues en suspension, dont M. le Dr Jolly assure que la proportion est presque invariable. Or M. Poggiale a démontré que la quantité de ces matières, qui sont la cause du trouble de l'eau, variait de 7 milligrammes à 118 milligrammes. Quelle invariabilité! Comment en serait-il autrement, puisqu'il résulte, des tableaux dressés avec le plus grand soin par le service hydraulique, que la Seine, à Montereau, par conséquent audessus du confluent de la Marne, présente en moyenne, par an, 68 jours d'eau trouble et 111 jours d'eau louche; soit 179 jours par an, pendant lesquels l'eau a cessé d'être d'une limpidité supportable. Que serait-ce si l'on avait fait les observations au-dessous du confluent de la Marne, c'est-à-dire sur l'eau qui, en définitive, passe dans Paris?

M. le docteur Jolly continue ainsi ses apostrophes :

« Maintenant, que lui reprochez-vous donc, Monsieur, « pour la répudier avec tant de dédain, pour la con- « damner, sans pitié, à nettoyer les rues et les égouts de « Paris, pour prix de tous ses bienfaits et de ses services « séculaires ; et cela, après l'avoir déjà flanquée d'aqueducs « latéraux qui devaient, à tout jamais, lui garantir sa par- « faite pureté et toutes ses qualités hygiéniques ? »

Il nous semble que ce qui précède prouve suffisamment que nous aurions bien quelques raisons pour préférer des eaux de source, à l'eau équivoque de la Seine, pour la boisson des Parisiens, et en cela nous ne serions peutêtre pas seul de cet avis. Il nous serait facile d'opposer de nombreuses accusations aux éloges de M. le docteur Jolly. Pour le moment nous nous contenterons de quelques phrases extraites de la correspondance qui s'est engagée, à cette occasion, entre nos amis et nous.

Un honorable correspondant de l'Institut s'exprime ainsi : « Je ne puis comprendre comment on préfère des « eaux de rivière et surtout les eaux de la Seine à des « eaux de source. Cela ne peut tenir qu'aux préjugés de « quelques vieux Parisiens qui pensent que l'eau filtrée « est de l'eau pure, et qui comptent pour rien les matières « solubles et les produits organiques en dissolution. J'ai <x entendu souvent soutenir cette thèse ridicule quand « j'habitais Paris. Nous serions bien malheureux à **\ si « nous étions obligés d'abandonner nos eaux pures et « froides pour celles du plus beau fleuve du monde. »

Monsieur Jolly, c'est un membre del'Institutqui s'exprime ainsi. Maintenant, voilà en quels termes s'explique un ancien notaire de Paris, aussi distingué par son savoir que par les services qu'il a rendus à la chose publique : « Je « suis, du reste, pénétré de l'importance de la question « que vous êtes chargé d'élucider. Elle donne lieu, depuis « quelque temps, à de vives controverses, et il est à dé-

« sirer qu'une eau limpide et pure soit substituée enfin à « cette eau malsaine, qui empoisonne l'habitant de Paris. »

Arrêtons-nous à cela, qui nous paraît même déjà trop sévère ; mais nous avertissons M. le docteur Jolly que nous le ménageons beaucoup en ce moment. Qu'il nous permette seulement de lui faire remarquer l'étrangeté de l'expression qu'il applique au double égout collecteur, que la Ville fait exécuter à grands frais, pour éviter aux Parisiens le désagrément de voir leur rivière convertie en égout.

Dire qu'on a flanqué la Seine d'aqueducs latéraux, cela ressemble beaucoup à un blâme. Est-ce que, par hasard, M. le docteur Jolly serait du nombre de ces antiquaires impitoyables qui regrettent leur bon vieux Paris, avec la rue Jean-Bon, la rue Vide-Gousset, la rue Trousse-Vache, l'arche Marion et même avec ces singulières dépendances de l'Hôtel-Dieu, qu'on voyait autrefois suspendues audessus de l'eau, entre le pont Saint-Charles et le Pont-aux- Choux? Soyons Parisiens et même vieux Parisiens, soit ; mais n'oublions pas qu'une jeune génération de Parisiens a d'autres goûts et d'autres passions que les nôtres.

Nous craindrions vraiment d'abuser de la patience du lecteur, si nous relevions, une à une, toutes les singularités qui échappent à M. le docteur Jolly, dans son empressement à blâmer, quand même, tantôt les projets de la ville de Paris, tantôt le rapport de la commission d'enquête.

Par exemple, quand il nous dit : Vous voulez^ d'ailleurs, des eaux plus abondantes que celles de la Seine? Où donc avons-nous dit que les eaux de la Seine n'étaient pas assez abondantes? Ce n'est pas, assurément, dans la rivière qu'elles nous manqueront jamais; ce serait tout au plus dans les réservoirs de cette eau ; mais nous ne sommes pas plus embarrassé pour répondre à cela qu'à cette autre fantaisie de l'auteur : « Vous les voulez surtout (les eaux) plus « limpides, plus pures, plus froides que celles qui abreu-

« vent maintenant la population de Paris, et, pour cela, « vous les mettez tout simplement à la réforme. »

A lire ce passage de la dissertation de M. le docteur Jolly, on pourrait croire vraiment que l'administration parisienne a l'intention de supprimer la rivière et de renoncer à tout puisement et à toute distribution d'eau de Seine. Comme M. Jolly revient plusieurs fois avec complaisance sur cette idée, il ne nous paraît pas inutile de le rassurer à cet égard et, avec lui, tous ceux qui pourraient être séduits par l'autorité qui s'attache aux assertions d'un homme qui prétend parler au nom du grand intérêt de la santé publique.

Or voici ce qui a été fait depuis quelques années, non pas pour diminuer la masse d'eau de Seine distribuée dans Paris, mais bien, au contraire, pour X augmenter et améliorer la qualité de cette eau.

Nous avons déjà parlé de l'établissement du filtrage de l'eau de Seine ; ce filtrage fonctionne depuis plus de vingt ans (1838) dans 13 fontaines publiques dites marchandes. Là tout le monde peut avoir de l'eau de Seine clarifiée au prix modique de 2 centimes la voie ou 20 litres (1).

On n'a pas établi un plus grand nombre de ces filtres, parce que, d'une part, le succès du procédé était douteux; parce que les autres fontaines publiques, au nombre de 37, sans compter les 27 fontaines monumentales, ne se prêtaient pas à son établissement et, d'autre part , en raison du projet déjà ancien de dériver sur Paris des eaux qui pourront être consommées immédiatement , sans aucun filtrage, sans aucune préparation.

Les machines du Gros-Caillou, commencées en 1786, offraient le grave inconvénient de puiser leur eau dans un

(1) 9 centimes l'hectolitre ou 90 centimes le métro cube. La compagnie des Ctlestins vend l'eau filtrée 10 centimes la yole de 'iO litres, soit 50 centimes l'hectolitre et 5 fraues le mètre cube.

courant auquel se mêlaient, bon gré mal gré, les eaux du grand égout descendant de Montrouge, dit Yégout de Bourgogne, et celles de l'égout dit des Invalides, qui conduit à la Seine tout ce qui vient de l'abattoir de Grenelle et surtout (c'est pénible à dire) tout ce qui sort de l'hôtel impérial des Invalides, malgré les incessantes et pressantes réclamations de toutes les administrations municipales.

En 1858, on a remédié à ce grave inconvénient, sans attendre les récriminations des philanthropes delabanlieue. On a supprimé la machine du Gros-Caillou, et on a établi au quai d'Austerlitz une machine élevant et distribuant, par 24 heures, 8,500 mètres cubes d'eau de Seine, aussi pure que possible, puisée sur la. rive gauche au-dessus de la Bièvre et de tous les égouts de Paris. Les anciennes machines du Gros- Caillou n'élevaient que 1,300 mètres cubes d'eau plus que suspecte. Avant cette époque, la Ville avait fait édifier, pour le service particulier de l'hospice de la Salpêtrière, qui forme une population de 5,000 âmes, une petite machine à vapeur qui donne également de l'eau très-salubre.

Tout le monde connaît les machines de Chaillot. Dans l'origine, elles ne pouvaient élever chacune que 4,322 mètres cubes d'eau et ensemble environ 8,600 mètres cubes.

Aujourd'hui les deux machines nouvelles élèvent ensemble 38,000 mètres cubes d'eau, c'est-à-dire quatre fois plus.

La Ville a repris, en outre de l'ancienne compagnie des eaux de la banlieue,

1° Trois machines établies à Maisons- Alfort, donnant ensemble environ 6,400 mètres cubes;

2° Deux machines établies à Port-à-T Anglais, donnant 6,000 mètres ;

3° Les trois machines d'Auteuil, donnant ensemble 4,100 mètres;

4° La machine de Clichy, donnant 1,500 rnèlres cubes ;

5° Les trois machines de Saint-Ouen, donnant 4,300 mètres cubes ;

6° L'établissement de Neuilly, qui monte 4,700 mètres cubes.

Toutes les machines à vapeur de Paris pourraient donc monter ensemble 75,000 mètres cubes d'eau de Seine ; mais il est évident qu'en pratique on ne peut compter sur ce volume.

Dans l'ancien Paris, on ne peut faire marcher régulièrement, à la fois, que l'une des deux grosses machines de Chaillot et les deux machines du quai d'Àusterlitz, ce qui donne 29,000 mètres cubes.

Dans la zone annexée, on fait marcher ensemble les machines n° 1 de Maisons-Alfort, Neuilly, Saint-Ouen et une des machines de Port-à-1'Anglais, ce qui donne 13,000 mètres cubes.

Le total du service ordinaire est donc de 42,000 mètres cubes en eau de Seine.

On peut, sans doute, dans des moments de presse, augmenter notablement ce volume ; mais il ne serait pas prudent de mettre en feu, d'une manière continue, un plus grand nombre des machines dont on dispose actuellement

Ainsi donc, pour l'ancien Paris seulement, la quantité d'eau de Seine mise à la disposition de la population était, autrefois, de 5,600 en temps ordinaire, qu de 9,000 mètres cubes environ en service extraordinaire.

Aujourd'hui cette quantité est de 30,000 mètres en service ordinaire, et 48,000 mètres en service extraordinaire. Le service a été plus que quintuplé.

Voilà pour le passé. L'avenir ne répond pas moins victorieusement à l'injuste accusation de notre adversaire.

La Yille va faire établir sur le quai d'Austerlitz deux nouvelles machines de 90 chevaux utiles, chacune, refou-

lant Veau sur les réservoirs nouveaux qu'on vient de construire à Charonne et à Gentilly.

Le conseil municipal a déjà approuvé la soumission de M. Farcot, constructeur, montant à 350,000 fr. (arrêté préfectoral du 8 août 1861), et voté un crédit de 250,000 fr. pour poser la conduite de refoulement de la rive droite. MM. les ingénieurs ont présenté , à la date du 8 novembre 1861, le projet de la conduite de refoulement de la rive gauche, évaluée à 360,000 francs ; il reste à voter les fonds nécessaires pour établir les bâtiments, les prises d'eau, etc.

L'ensemble de l'établissement coûtera 1,220,000 francs.

Ces deux nouvelles machines pourront monter chacune 11,000 mètres cubes d'eau. On pourrait, à la rigueur, les faire marcher ensemble ; mais cela ne constituerait pas un service régulier.

Ainsi donc, l'administration municipale, bien loin de mettre à la 'réforme l'eau de la Seine et malgré ses vues et ses projets sur des eaux de source qu'elle croit préférables, n'a pas cessé d'améliorer et d'augmenter le service en eau de Seine, et s'occupait, au moment même où l'on se récriait sur l'abandon de la Seine, de la construction de nouvelles machines destinées à élever d'importantes quantités de cette eau.

Ce serait, d'ailleurs, une grande erreur quç de voir une sorte de contradiction ou d'inconséquence dans cette manière d'agir. L'administration municipale croit qu'une ville comme Paris doit pouvoir disposer de plusieurs espèces d'eau, prises ou amenées de différents lieux, par différents systèmes et par des canaux distincts.

On ne peutpas exposer unepopulation de l,600,000âmes à une pénurie d'eau ou, même, à la privation momentanée des jouissances et des facilités que donne une abondante distribution d'eau.

Il faut que les ressources soient immenses, multiples, variées, indépendantes et cependant susceptibles de se suppléer.

Il faut que l'eau de rivière puisse remplacer l'eau du canal ou celle des sources; que les eaux des sources, du canal et des puits artésiens puissent, au besoin, remplacer les eaux de rivière.

Dans l'état régulier du service, chaque eau aura la destination la mieux appropriée à sa nature.

Les eaux de source, fraîches en été, tempérées en hiver, toujours parfaitement limpides, serviront surtout à la boisson, sauf le goût des consommateurs, qui auront la faculté de choisir entre toutes les eaux.

Les eaux du canal et celles de la Seine, chaudes pendant une partie de l'été, glaciales en hiver , souvent troubles , seront consacrées principalement aux fontaines monumentales, aux bouches d'incendie, aux bornes-fontaines.

Enfin les eaux des puits artésiens , excellentes pour les bains, les lavoirs et les machines à vapeur, seront dirigées sur les établissements qui emploient l'eau échauffée ou la vapeur. Ce serait une barbarie que de leur faire perdre les 25 à 28 degrés qu'elles apportent du sein de la terre pour les consacrer à la boisson ou au lavage de la voie publique et des égouts.

Telles sont les vues de l'édilité parisienne.

C'est là ce que M. le docteur Jolly appelle la mise à la réforme des eaux de la Seine.

M. le docteur Jolly, ne nous faisant grâce de rien, nous reproche avec vivacité d'avoir dit, dans le terrible rapport de la commission d'enquête, « que, si les eaux de la Seine « ont pu mériter la juste confiance des anciens habi- « tants de Paris, elles ne peuvent plus être dignes de la « nôtre I »

Et surtout de nous être demandé quelle est aujourd'hui la nature des eaux qui conviennent à Paris.

N'en déplaise à M. le docteur Jolly, nous ne voyons rien que de fort simple dans cette question.

Nous ignorons si M. Jolly habitait Paris il y a cinquante ans ; mais s'il ne l'habitait pas, afin de traiter avec sagacité la question des eaux, il a dû étudier cette question et faire des recherches.

Il aura appris, alors, qu'à l'époque, déjà très-ancienne, où les nouvelles habitations de Paris s'éloignaient de plus en plus de la rive du fleuve, les habitants durent avoir recours aux puits pour avoir à leur portée l'eau qui leur était indispensable. De là de très-nombreuses ordonnances des rois et prévôts des marchands sur la police des puits, lesquelles prouvent qu'à une certaine époque on buvait tout simplement l'eau des puits.

Mais alors cette question, que M. Jolly trouve étrange aujourd'hui, fut posée très-sérieusement, et l'on eut l'idée de faire arriver à Paris les eaux deBelleville et du Pré Saint- Gervais (vers 1220) et d'Arcueil (1624). On établit aussi sur la Seine la machine dite la Samaritaine (1605) et celle du pont Notre-Dame ( 167 1) . En donnant aux Parisiens des eaux de source qu'on croyait meilleures que les eaux de puits, et qui l'étaient en effet, parce qu'elles étaient exemptes de toutes infiltrations ; en donnant de l'eau de Seine malgré la fréquence des jours de trouble, on croyait rendre service à la population ; on trouvait que les eaux de puits ri étaient plus dignes d'elle.

Plus tard, le progrès marchant toujours, l'eau de la Seine, à son tour, prise purement et simplement dans le courant et surtout sur les bords fangeux du fleuve, ne parut plus digne des Parisiens. On interdit le puisage direct par les porteurs d'eau à la bretelle ; on imagina toutes sortes

de moyens de clarification et de purification ; on multiplia les réservoirs, afin que l'eau pût déposer son limon avant d'être livrée à la consommation ; enfin on eut recours au filtrage public et aux autres améliorations dont il a été question plus haut.

Peut-on conclure de toutes ces améliorations qu'il ne reste rien à faire et que l'eau de la Seine est désormais parfaitement digne de la population de Paris pour laquelle et autour de laquelle il s'est fait de si immenses progrès?

D'abord M. le docteur Jolly oublie une chose qui est pourtant assez simple. La population du Paris ancien était de 600,000 âmes environ il y a cinquante ans ; elle a tout simplement doublé.

Il en résulte évidemment que les causes d'altération ont aussi doublé pour le fleuve qui traverse la ville ; quand nous disons doublé, nous sommes fort au-dessous de la vérité. En effet, l'industrie, qui a une si grande part à la production de déchets liquides de toutes natures, a reçu, à Paris, des développements immenses. Mais il est une autre cause d'altération pour le fleuve, bien autrement importante.

Avant l'établissement du canal de l'Ourcq et des bornesfontaines qui en ont été la conséquence, les rues de Paris ne recevaient, si ce n'est en temps de pluie, d'autres eaux que les eaux ménagères ; les rues, les ruisseaux, les égouts n'étaient jamais lavés. Le débit des égouts vers le fleuve était insignifiant , et la plus grande partie de ce qui était répandu ou épanché sur la voie publique était enlevée ou bien y restait et se trouvait plus ou moins absorbée par le sol. L'absence et l'imperfection du pavage étaient aussi des causes puissantes d'absorption par le sol des déchets de toute nature liquides ou délayés dans les liquides.

Le perfectionnement du pavage et l'établissement des bornes-fontaines ont amené un changement radical dans l'ancien état de choses. Aujourd'hui rien ou presque rien

n'est absorbé par le sol; tout ce qui n'est pas enlevé par le nettoyage du matin est entraîné par l'eau des bornesfontaines, et il suffit d'avoir observé une fois la Seine au moment où s'opère le lavage des ruisseaux et des égouts, pour se faire une idée de l'immense quantité d'impuretés qui vont se répandre deux fois par jour dans le courant du fleuve. Cet écoulement est même presque continu par suite de la faculté qu'ont les cantonniers d'ouvrir à volonté les bornes-fontaines pour laver les ruisseaux et de la grande quantité d'eau qui se répand de tous côtés par les concessions particulières, les lavoirs, les bains et les usines de tous genres.

Une grande partie des égouts principaux se dirigeaient vers Tégout de ceinture, dont les eaux se déversaient à Chaillot, au-dessous de Paris. L'égout de ceinture étant devenu insuffisant, il a fallu conduire à la Seine, au beau milieu de Paris, un grand nombre des égouts qu'il recevait. De tout ceci il est résulté, entre autres inconvénients, que les bains dans l'eau courante, au centre et au-dessous de Paris, sont devenus presque impossibles, tant l'eau du fleuve a un aspect dégoûtant.

A la vérité, on remédie en partie au mal par la construc tion des égouts collecteurs; mais, en temps de grande pluie, tous ces collecteurs déverseront leur trop-plein directement dans la Seine, qui, alors, ne sera pas plus propre que par le passé.

Voilà, Monsieur Jolly, une partie, une faible partie des considérations qui nous on t fait dire que l'eau de la Seine n'est plus guère digne des Parisiens , surtout lorsqu'ils ont appris qu'ils peuvent avoir infiniment mieux, c'est-à-dire une eau toujours limpide, fraîche en été, tempérée en hiver, qu'ils pourront puiser aux fontaines publiques de Paris et boire sans aucune préparation.

Nous avons ici des excuses à faire à M. le Dr Jolly. Quel que soit notre désir de démontrer l'importance de ses ob-

jections , par le soin et l'insistance avec lesquels nous les réfutons une à une , nous nous trouvons parfois dans la nécessité , pour éviter des répétitions , de réunir plusieurs passages de sa lettre , pour réduire d'un seul coup à leur juste valeur les objections ou les exagérations qu'ils contiennent. Par exemple , voici ce qu'il nous reproche à propos du projet de dérivation de la Dhuis :

« — Vous vous adresserez d'abord à une source moins « éloignée , à la Dhuis , qui n'a peut-être pas toutes les « qualités chimiques et hygiéniques que vous désiriez, et qui, « jusqu'à présent, n'avait guère servi qu'à faire tourner des « moulins à farine et à remplir d'autres usages plus in- « fîmes, mais qui aura du moins, sur d'autres, l'avantage « d'une altitude de 81m,75 au-dessus de l'étiage de la « Seine; ce qui leur permettra d'arriver facilement jusque « sur les hauteurs de Belleville et de Montmartre... , etc.

« — Quoi qu'il en soit, Monsieur, c'est pour doter la ca- « pîtale d'eaux de source que vous avez jugé nécessaire « d'aller les puiser dans les régions crétacées de la Cham- « pagne , dans la Dhuis d'abord , là où personne n'avait « songé à en prendre... , etc.

« — Mais , avant d'aborder avec vous cette grave ques- « tion, je voudrais du moins vous demander s'il était bien « nécessaire de vous livrer à de si laborieuses élucubrations « et d'aller chercher si loin de Paris des eaux abondantes, « claires, pures et fraîches. »

Que de choses admirablement bien raisonnées et démontrées dans ce peu de lignes !

Et, d'abord , peut-on faire , aux magistrats chargés d'aviser aux moyens de donner à une ville de 1,600,000 âmes Veau qui lui manque , une objection plus ridicule que celle-ci : d'aller chercher cette eau là où personne n'avait songé à en prendre ?

Puis, a-t-on jamais rien imaginé de plus divertissant

que le reproche fait à l'eau d'une source : de n'avoir jamais servi quà faire tourner des moulins à farine ?

Mais après le comique vient le sérieux : la Dhuis na peut-être pas tontes les qualités chimiques et hygiéniques que nous désirions.

Ce peut-être est d'une perfidie rare, et peut-être ne parviendrons-nous pas à écarter le coup qu'il lance à l'eau de la Dhuis. Essayons cependant.

Commençons par les qualités chimiques.

Un voyageur des plus étrangers à la science hydrologique, que le hasard conduirait à la source de la Dhuis et qui verrait s'échapper du rocher une eau douée de la limpidité du cristal le plus pur et de la fraîcheur la plus délicieuse, s'empresserait de se désaltérer dans cette eau séduisante.

Il serait charmé par cette saveur indéfinissable, qui n'en est pas une ; qui n'est ni la sapidité ni la fadeur; qu'on ne peut décrire que par cette expression vague, légèreté; par cette qualité fugitive, enfin, qu'apprécient tant les buveurs d'eau.

Puis, apprenant que cette eau cuit parfaitement les légumes de la meunière ; qu'elle n'est pas moins bonne pour le lavage du linge, ce qu'atteste le lavoir, dont le vieux toit de chaume unit son pittoresque aspect à celui de l'antique moulin ; ce voyageur, disons-nous, en présence de ces modestes témoignages , n'hésiterait pas à inscrire sur ses tablettes : qu'il a eu l'agréable surprise de trouver, non loin du hameau de Pargny, une source pure et salutaire, dans l'onde de laquelle il s'est désaltéré avec délices.

Il ne s'inquiéterait guère des minutieuses analyses des chimistes ni des savantes dissertations des géologues.

La meunière est avenante et fraîche; ses enfants sont joufflus, plus bruns que roses, et d'une turbulence qui annonce la santé et la force. Point de ces mines blafardes ou d'un rose pâle, qui alarment l'œil exercé et défiant du médecin.

L'eau est si transparente, qu'on voit, au fond, les plus petits grains de sable qu'agite le courant. Elle s'avance limpide jusqu'à la roue du moulin ; celle-ci , en l'agitant avec force, ne fait dégager aucune odeur de marécage ; l'eau bouillonne; mais sa blanche écume s'apaise aussitôt; on ne la voit point se traîner au loin, à la surface de l'eau, comme dans ces ruisseaux qui roulent des eaux impures ; enfin , ni à la source ni sur les bords du ruisseau, on ne voit la moindre trace de dépôt; point de vase, point de ces animaux immondes qui se plaisent dans les eaux stagnantes ou troubles.

En faudrait-il davantage à une personne sans prévention, pour être convaincue que la source de la Dhuis donne une eau irréprochable?

Mais il ne s'agit pas ici d'hommes sans préjugés et impartiaux ; nous avons affaire à des adversaires qui voient tout à travers les lunettes de la passion ou d'une opposition systématique. Pour eux, il faut des preuves chimiques, physiques, géologiques; sans compter les démonstrations hygiéniques, physiologiques , pathologiques et même psychologiques !

Voyons si nous pourrons satisfaire des gens si difficiles.

On doit à deux chimistes, aussi ingénieux que savanls , un moyen d'apprécier les qualités des eaux potables, que j'appellerais volontiers Y art de rhydrotimétrie', tant je trouve le procédé élégant, prompt et sûr. Pour l'exécuter, il suffit de quelques-unes de ces connaissances en chimie et en physique que tout homme bien élevé a puisées au collège ; un peu d'expérience ou les conseils d'une personne déjà exercée (1).

Les qualités de l'eau potable s'estiment par degrés , comme la chaleur ou l'humidité de l'air.

Tl) Nouvelle méthode pour déterminer les proportions des matières en dissolution dans les eaux de source et de rivière, par MM. Boutron et F. Boudet.

L'eau distillée, qui est l'eau pure, marque 0 à l'échelle hydrolimétrique.

Les bonnes eaux potables marquent de 7 à 20 et même 2ù degrés ; telles sont la plupart des eaux de source et de rivière.

Les eaux de puits marquent de 20 à 50 et même 100 degrés et plus ; mais ce qui les caractérise surtout , c'est la propriété de réduire le savon en grumeaux, de le coaguler. Comme on sait, beaucoup de ces eaux sont plus ou moins impropres à servir de boisson ; quelquefois même elles ne peuvent pas être bues du tout, et ne sont utilisées que pour l'arrosage ou l'entretien de la propreté du sol.

Le tableau qui suit fait connaître les degrés hydrotimétriques des eaux principales que les Parisiens ont à leur disposition, soit dans l'intérieur de la ville, soit dans quelques-unes des campagnes environnantes. Nous avons cru qu'il serait intéressant d'y joindre le même renseignement pour quelques eaux connues :

Degrés à rhydrotiniùtre.

Eau distillée 0

Loire 7

Puits artésien de Grenelle 9,50

Seine 18 à 21

Marne 19

Dhuis 23

Ourcq 31

Chaville 36

Garches 36

Arcueil. . • 37

Ville-d'Avray 50

Val Fleury 50

Meudon 52

Montretout 60

Prés Saint-Gervais 76

Puits de Paris (environ) 130

Belleville 155

Comme on peut le voir par ce tableau , les eaux de la

Dhuis tiennent un rang des plus honorables parmi les eaux potables par excellence ; elles passent avant des eaux qui sont bues, aux environs de Paris, depuis un temps immémorial, sans que jamais la moindre plainte se soit élevée à leur égard.

lien est une surtout, l'eau de Ville-d'Avray, dont !a réputation était telle autrefois, que les rois de France se faisaient apporter de cette eau partout où. ils établissaient leur résidence; de là le nom de Fontaine-du-Roi donné à la source de Ville-d'Avray. La duchesse d'Angoulême avait conservé cette habitude de famille, et n'a bu que de l'eau de Ville-d'Avray jusqu'au moment où elle a quitté la France.

Or, non - seulement l'eau de Ville- d'Avray est loin d'égaler l'eau de la Dhuis au point de vue du degré hydrolimétrique , mais encore elle coagule le savon ; elle contient du sulfate de chaux en proportion très-notable, tandis que l'eau de la Dhuis en contient si peu, qu'il est à peine possible de doser ce sel calcaire.

Mais nous sommes en mesure de présenter une démonstration plus puissante encore des qualités chimiques de l'eau de la Dhuis : c'est une analyse minutieuse, toute récente, exécutée par M. le Dr Poggiale, membre de l'Académie impériale de médecine et du conseil de santé des armées. Laissons parler M. le Dr Poggiale lui-même.

Page 1