‹ Eaux-fortes et tailles-doucesChapitre 10 sur 23 · Salomon Reinach. — Hist, gen. des arts plastiques · texte numérisé non relu

Salomon Reinach. — Hist, gen. des arts plastiques

l'église et les arts [ 83

incomparables fresques ? Et nous pouvons en dire tout autant de Michel- Ange. Raphaël et Michel- Ange : ces deux plus grand noms de l'histoire de l'art, ont été en quelque sorte façonnés par la Papauté. Et ce ne sont pas là des exceptions. Que d'autres sont redevables à l'Eglise d'avoir pu cultiver l'étincelle sacrée ! Et puisque c'est elle qui a fécondé leur génie, et qui les a pressés de le mettre au service de son idéal, il faut aussi lui rapporter la gloire de leurs créations.

J'irai plus loin et j'oserai avancer ceci : de quelque nom que soit signée une œuvre d'art, dès lors qu'elle porte un caractère religieux et qu'elle est dans la tradition chrétienne, elle relève de l'Eglise. Son auteur a méconnu peut-être, dans sa conduite privée, la morale catholique, il a pu professer un complet détachement à l'égard de nos dogmes ou de notre discipline. Mais enfin, dès qu'il s'est mis à faire de l'art religieux, il lui a fallu emprunter à l'Eglise des formules esthétiques qu'elle a été la première à lancer dans le monde ; il a dû mouler ses conceptions d'après des types qu'elle a eu l'honneur d'inventer et d'offrir la première à l'admiration des hommes. En sorte que, jusque dans ses réalisations les plus personnelles en ce genre, et apparemment les plus dégagées de toute convention et de toute tradition, il lui est redevable, dans une mesure ou dans une autre, du tour particulier qu'a pris son idéal, et que ses œuvres,

inspirées par des modèles dont l'Eglise est la source et la créatrice, lui reviennent comme à leur cause exemplaire.

Ah ! que cela agrandit singulièrement le domaine artistique du catholicisme et qu'il devient difficile d'en supputer les immenses richesses ! Le catholicisme a fait jaillir des productions d'art en nombre infini dans tous les ordres. Chaque grande école est venue tour à tour comme lui payer un tribut et rendre hommage à son idéal.

Ce qui achève de montrer combien l'Eglise honore la Beauté, et comme son esthétique est large et compréhensive, c'est que, non contente d'inspirer de nouvelles formes d'art et de favoriser l'épanouissement de conceptions religieuses, elle a voulu rechercher les œuvres de l'antiquité païenne, les exhumer et en orner ses palais. Elle a constamment fait pratiquer des fouilles aux endroits où s'élevaient tels monuments d'une civilisation qu'elle avait remplacée. Et quand la pioche de ses antiquaires frappait un fragment de colonne ou une statue mutilée ou un débris de bas-relief, elle recueillait pieusement ces reliques

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