‹ Eaux-fortes et tailles-douces [microforme]Chapitre 34 sur 41 · SUR UN « PASTEL » REPRÉSENTANT UNE TÊTE DE FEMME AUX YEUX MI-CLOS · texte numérisé non relu

SUR UN « PASTEL » REPRÉSENTANT UNE TÊTE DE FEMME AUX YEUX MI-CLOS

Je sens les écharpes du Rêve Envelopper mon front pâli Et les mains douces de l’Oubli Bercer mes illusions brèves ;

1. Depuis que ces lignes ont été écrites, M. Henri Martin a été nommé, par le gouvernement de Berne, secrétaire de Légation de première classe et Consul Général de Suisse à Montréal. Nous croyons savoir que ses jolis poèmes seront bientôt publiés.

Le cortège noir de mes deuils Lentement dans la nuit s'efface.

Je vois s'évanouir la trace

Des chagrins couchés sur le seuil Du palais où mon âme pleure...

Mirage triste, espoir qui leurre...

Et nous voici au Canada. L'efflorescence poétique n'y a jamais été plus abondante qu'aujourd'hui. Lemay, Poisson et Chapman se rattachent à la première génération, dont les gloires les plus pures furent Crémazie et Fréchette. Poisson est surtout le chantre des intimités familiales. Il n’a peut-être pas le souffle assez fort pour se tenir à l'aise dans les grands sujets. Son sonnet sur Cartier se termine cependant sur deux vers magnifiques :

Jusqu’aux confins du temps, sans souci du naufrage, Laisse voguer ta nef, 6 grand navigateur !

C'est là une perspective à la Hérédia. Mais en général, ce dont il nous parle le mieux, c’est des choses du foyer ou du village. Chapman est bien inégal. S'il a des vers admirablement frappés, je crois que pas une pièce, dans son œuvre nombreuse, n'est belle d'un bout à l’autre. A ces noms, il nous faut ajouter celui de Vérée Beauchemin, duquel un critique parisien a dit qu'il était le plus parfait arti-

Sins Lise FHINÈRS Panne: DNTPON LIN Cet

san de vers que le Canada eût produit. Notre vieille province de Québec a vu éclore, ces dernières années, toute une pléiade de poètes. Pau! Morin, Jean Charbonneau, Louis-Joseph Doucet, Albert Ferland, Blanche Lamontagne tiennent la lyre et en tirent des accords ultra-modernes ou — ce qui, à mon sens, est préférable — simplement inspirés par leurs entours, la bonne terre canadienne, nos paysages, nos cou-

tumes, nos mœurs religieuses et encore patriarcales.

Et pourquoi ne finirais-je pas cette étude, forcément incomplète, de nos poètes d'aujourd'hui, par

ces quelques vers d’un Américain que la Muse française a adoptée comme son fils? C’est une l/i//anelle, de Stuart-Merrill :

A l'heure où la rosée arrose les lilas, Et l’aurore, en le lac, rosit les eaux moroses, Quel désir de mourir émeut ton cœur si las ?

Pâle, et tes cheveux d'er épars en leurs longs lacs, Quand tu veïlles ainsi sur le sommeil des choses, Quel désir de mourir émeut ton cœur si las ?

La musique n'est plus des lumineux galas, Hélas ! et l'ombre afflue au seuil des salles closes, À l'heure où la rosée arrese les lilas.

POÈTES FRANÇAIS CONTEMPORAINS Le vent dans les roseaux résonne en mornes glas : Iras-tu dire aux eaux moroses, si tu l'oses, Quel désir de mourir émeut ton cœur si las ?

Mais le sais-tu toi-même, amante d'au-delàs, Dont l’âme a réveillé l'âme des vieilles roses A l'heure où la rosée arrose les lilas Quel désir de mourir émeut ton cœur si las ?

Ah ! ce n'est pas à la Muse française que le poète américain adresse ce vers mélancolique :

Quel désir de mourir émeut ton cœur si las 2

car elle est plus vivante que jamais; elle réveille partout des échos. Des pays les plus divers lui

viennent des disciples qu'elle accueille comme ses enfants et qui rehaussent sa gloire.

En vérité, si notre âge fait la part très large à la science et à l'industrie, les amants de l'idéal s'y comptent aussi par centaines. Et c'est pourquoi nous honorons le présent, et nous sourions à l'avenir.

Les poètes meurent, mais Ja poésie est immortelle.

+ U oO PO s.

S aq "

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

FFEF

FRFE

FEREEREE

er F Fe

LE Le 1

À APPLIED IMAGE ne À il 14 P. 482 - 0300 hone (716) 288 - 5989 - Fax

De toutes les choses matérielles, le diamant est sans doute la plus belle et la plus précieuse. Petit par ses dimensions, il semble cependant enfermer en son essence l’immensité de la lumière; le ciel se réfléchit dans sa transparence ; et tout ce qu’il y a d'éclat, de feu et de couleur dans un rayon s'y aisorbe, s'y transforme et s’y idéalise.

Or, ce plus parfait des joyaux a l'honneur de figurer dans la liturgie catholique. L'Eglise le mentionne dans l'Office de la Vierge: elle voit dans le diamant un symbole des qualités rares et augustes qui distinguent Marie, Mère de Dieu.

Et d'abord, rien de plus extraordinaire et de plus

mystérieux que la formation du diamant dans le sein

de la terre. La science humaine est loin de la comprendre et de l’expliquer, jusqu’à présent. L'on sait seulement qu'il est le produit d’une élaboration extrêmement lente et subtile. Sa substance est très simple : elle est faite d’un peu d'air combiné, cristal-

lisé s ion des lois inconnues. A preuve, c'est que si on la soumet à l’action d’un feu intense, elle s'évanouit, et qu’il ne reste plus une seule parcelle de ce qui la composait. Comment la nature s'y prend pour faire ainsi d’un globule vaporeux sa merveille la plus éblouissante, cela échappe à nos recherches. Admirons le résultat, car pour le procédé, il demeure impénétrable.

De même la Vierge n’est pas éclose d’un acte subit du Tout-Puissant. Dieu l'a gardée dans sa pensée de toute éternité. Et c'est comme par une série d'essais figuratifs qu'il s'est préparé à la créer ; il l’a annoncée des siècles à l'avance par la bouche de ses prophètes : « Voici, a dit par exemple Isaïe, qu'une Vierge concevra et enfantera un Fils dont le nom sera Emmanuel », — désignant par là la naissance du Verbe fait chair du sein de Marie Immaculée. Et quand les temps furent venus de réaliser l'idéal magnifique qu'il avait toujours eu en vue, Dieu exhala un souffle. Et Marie fut créée. C’est à bon droit que l'Eglise l’appelle « vapeur de la vertu de Dieu, émanation sincère de la clarté du Tout-Puissant ». Par ce miracle, non seulement l’âme de la Vierge était dotée de qualités incomparables, mais son corps même avait une origine quasi céleste. C'était à peine de la matière, Son argile était comme souple et impondérable; elle servait seulement de voile

léger et d'enveloppe à l'esprit. Dans tout son être, Marie portait l'empreinte de l’Artiste supérieur qui l'avait tirée de sa substance infinie pour en faire le chef-d'œuvre de la nature et de la grâce.

Le diamant est clair. La goutte de rosée que le frais matin dépose sur le brin d'herbe n’a pas plus de transparence profonde. L'eau qui court sur la mousse ou qui gît dans une vasque rocheuse n'est pas plus limpide. L'on dit précisément du diamant, pour en vanter l'absolue clarté, qu'il est « de la plus belle eau». Rien ne se mêle à son cristal presque

immatériel, pas le plus petit grain de sable, pas le moindre atôme de poussière. Il semble inexistant, tant il est diaphane. Son essence est faite comme d’un rêve de lumière.

La pureté de Marie, —les mots nous manquent pour l'exprimer. Eve était belle au moment de sa sortie des mains de Dieu, dans cet état de justice originelle qui l’enveloppait d’une parure plus étincelante que la neige, quand le soleil levant la dore. Mais l'éclat virginal de la première femme n'était que l'ombre de la splendeur qui devait entourer Marie. Le christianisme moissonne tous les jours

des âmes de blancheur qui ont traversé la vie sans faiblir, sans connaître nos misères, et les transplante dans les parterres célestes. Mais ni la chasteté des vierges qui ont gardé leur robe d'innocence et suivent éternellement l’'Agneau sans tache dans son sillon de lumière, ni la candeur de ces chérubins que Dieu cueille dès le berceau pour les réunir à la gloire de son cortège, ne peuvent nous donner une idée de l'absolue pureté de Marie.

À quoi donc la comparerons-nous? Ah! il faut même monter au-dessus des anges, nous élever par delà les multiples légions des essences spirituelles pour trouver la Source infinie de clarté qui surpasse en éclat l'auréole immaculée de la Vierge. Mulier amicta sole, a dit l’apôtre saint Jean de Marie. « Femme revêtue de soleil. » Dieu est ce soleil ; et si Dieu projette dans le ciel de ses rayons épars pour illuminer les anges et les saints et les faire participer à sa gloire, il baigne au contraire la Vierge, il l'enveloppe, il la noie dans les flots qui émanent de son essence une et indivisible. En sorte qu'elle est tout entière imprégnée de sa vie ardente, et que sans cesser d'être une créature humaine, elle est comme saturée de divinité. Sa nature se fond dans la transparence éternelle. Elle est si près de Dieu, rendue si diaphane par le prodige de la grâce céleste, tellement affinée et spiritualisée par la vertu Toute- Puissante, qu’elle devient comme le cristal à travers

lequel l'Auguste Trinité se montre aux élus pour les enivrer et les éblouir.

Beau en soi, le diamant l’est bien davantage après qu'il a été façonné par l’art du joaillier. Taillé à facettes, ciselé et poli avec tout le soin et toute l'habileté que requiert sa valeur, c’est alors qu'il brille de mille feux et qu'il épand un insoutenable éclat. Le rayon de lumière, en s'y concentrant, s'y décompose et nous révèle toute sa nature en prenant les sept couleurs du prisme. Mais le diamant est aussi un foyer qui projette et disperse au loin la lumière qu'il a reçue et métamorphosée en les nuances diverses de l'arc-en-ciel. Et quelle force, quelle dureté a cette pierre! Formée sous une extraordinaire pression, elle constitue une substance inattaquable et presque infrangible.

Si la Vierge, à ses origines et dès son existence la plus lointaine, était merveilleuse à contempler, elle le devint bien davantage avec le développement de sa personnalité. Au fur et à mesure que se déroulait sa vie, se manifestaient les vertus et les dons qui faisaient à son âme une parure idéale. En passant à l'acte, en sortant de leur état latent pour s'exercer

à travers les multiples contingences, ses puissances

able

Eh con trs dd con R <a

fi

pe

nithahes GO fe HELD TS AUS AA Dust.

divines irradiaient leur éclat. La grâce, qui était en elle dans sa plénitude, prenait occasion des événements quotidiens pour lancer tous ses feux. Le travail de la vie, autour d'elle et en elle, s'il ne la changeait pas dans son fond et n'ajoutait rien à sa beauté intérieure, avait du moins pour effet de faire resplendir à tous ies regards tout ce que l'âme de Marie contenait de ressources surnaturelles.

Mais c'est l'épreuve surtout qui a achevé de façonner le pur diamant qu'est la Vierge. Mère de douleurs, son martyre l’a grandie. (C'est au milieu de ses souffrances qu’a éclatée la qualité extraordinaire de sa vertu. Chaque nouvelle torture de son cœur provoquait un mouvement de sublime résignation, un rayonnement de générosité par où l’on pouvait juger de quelle essence céleste elle était faite. Les étapes diverses de sa passion non sanglante la trouvèrent cependant debout. Sfabat dolorosa. C'est sans fléchir qu'elle a vécu l’adorable « mystère de Jésus » et gravi le calvaire. Ce diamant était de nature trop rare pour se briser sous les pires douleurs. Car Dieu lui-même l'avait formé et lui avait communiqué une fermeté, une consistance qui lui permirent de supporter sans mourir des épreuves infinies.

Marie est donc le diamant mystique dont l'éclat illumine l'Eglise et ravit les élus dans le paradis. Puisse-t-elle nous donner de participer un peu à sa clarté et à sa transparence! Notre âme est aussi sortie du souffle de Dieu. Nos fautes, hélas ! l'ont souvent ternie et déflorée. Mais la Vierge peut la rendre limpide et pénétrable au soleil infini. Et voyons dans les épreuves de la vie un moyen suprême de purification et de sanctification. La souffrance, animée et fécondée par la grâce, nous donnera la beauté surnaturelle, prélude de l'immortalité dans la gloire.

O Marie, diamant divin, priez pour nous !

La Mer et la Montagne

Page 1