‹ Eaux-fortes et tailles-douces [microforme]Chapitre 9 sur 41 · Pour se faire une idée juste de la manière de penser de · texte numérisé non relu

Pour se faire une idée juste de la manière de penser de

Newman, à ce sujet, l'on peut consulter ses Principaux historiens, Wilfrid Ward, Georges Grappe, Brémond, etc. ;: mais j i

Propres ouvrages, entr'autres l'Apologia pro vité suû

— un livre de con-

ure psychologique réclame comme l’un de ses chefs-d'œuvre.

part of the catholic Chu Anglican divines of the but their view had falle eighteenth. The writers its predominance ». W.

Vol. I, c. IL, p. 56.

2. À preuve, son attitude dans la question de l'évêché de Jérusalem, et sa dénonciation d’une alliance qu'il considérait Comme sacrilège entre l'Eglise d'Angleterre et le luthéranisme,

oin de

était l'un des rameaux de ce tronc puissant qui s'appelle l'Eglise universelle. La véritable Eglise s'était manifestée sous trois formes dont l'essence était la même, surnaturelle et divine, mais que séparaient des divergences malheureuses créées par les hommes : c'était l'Eglise orientale, l'Eglise romaine et l'Eglise anglicane. L'Eglise romaine, entr'autres, avait au cours des âges laissé s'altérer sa pureté. Si dégénérée qu’elle fût, elle n'en descendait pas moins du Christ et des apôtres. Hélas! son intolérance avait grandi avec les superstitions, et, comme il disait, les « mômeries » dont elle s'était chargée. Et il comprenait d'autant moins qu’elle ne voulût pas reconnaître la légitimité de l'Eglise d'Angleterre qu’elle avait davantage besoin elle-même d'indulgence et de pardon. Il écrira un jour :

« Rome est la cruelle Eglise qui nous demande des choses impossibles, qui nous excommunie à cause de notre désobéissance ; et maintenant elle nous surveille et elle exulte en voyant s'approcher le moment où elle nous jettera par-dessus bord 1. »

Des trois, l'Eglise anglicane était la plus parfaite,

SR CT TE PER ae Es dd nr

1. Lettres et Correspondance. Tome 1, p. 338. Lettre à sa sœur Jemima, datée de Naples, le 11 avril 1833. « She (Rome) is the cruel Church asking of us impossibilities, excommunicating us for disobedience, and now watching and exulting over Our approaching overthrow. »

celle dans laquelle te christianisme primitif s'était le mieux conservé, Grâce à une réaction salutaire qui s'était opérée dans son sein, elle s'était dégagée des influences qui avaient plus ou moins corrompu les autres et avait gardé intactes la foi et la morale antiques !.

Voilà, aussi bien que nous pouvons la définir, quelle fut à l'origine et pendant bien des années la mentalité de Newman. Il en changera. Par l'effet d'un lent travail intérieur, à force de réflexions profondes, d'études impartiales qui le feront remonter aux Sources, il en arrivera à une conviction toute contraire. Et alors commencera de se produire cette

na ee ee ee RS

1. Cependant, il considérait qu'elle avait besoin d’une régénération. Et le mouvement d'Oxford est né précisément d’un

désir sincère d’'insuffler à l'Eglise établie une nouvell gieuse. L'occasion de ce mouvement fut la suppre

indignèrent comme d'un attentat aux droits sacrés de l'Eglise. Ce fut alors que Keble Prononça, le 14 juillet 1833, son fameux Sérmon sur « l’apostasie nationale », Où était dénoncée vigoureusement cette ingérence de l'Etat dans les affaires ecclésiastiques et l’incurie des évêques qui laissaient spolier leur inaliénable domaine. La bataille commençait. Elle dura plusieurs années. Les « Tracts Jor the times » en furent les principaux épisodes. C'est du mouvement d'Oxford que date la renais- Sance catholique en Angleterre. Et nous devons ajouter que l’anglicanisme même lui doit un regain de vie, et que c’est à partir de ce moment que l'Eglise d'Angleterre a commencé à

sécession qui finalement l'amènera vers Rome et dans Rome. Il n’en reste pas moins qu'il s'est cru catholique longtemps avant de faire la démarche suprême qui devait briser toutes ses attaches avec son Eglise. Aussi les œuvres qu’il a composées durant sa carrière anglicane sont curieuses, et, par bien des côtés, se rattachent à celles qui sont nées par la suite. Leur orthodoxie à peu près rigoureuse nous permet de les utiliser avec fruit. L'auteur n'a eu que peu de retouches à leur faire subir, qu’à en retrancher çà et là certaines expressions inspirées par les préjugés de son éducation première, pour les rendre dignes de figurer parmi les plus belles créations de notr2 littérature religieuse. C'est là un phénomène extraordinaire et peut-être unique dans l’histoire, que cet homme ait pu passer du plus pur anglicanisme au catholicisme intégral sans avoir à désavouer dans leur ensemble les écrits qu'il avait conçus alors qu'il semblait si éloigné de nos formes de vie et de pensée. Son œuvre a ainsi un caractère d'unité qui est tout à fait singulier. Témoignage d’une âme naturellement catholique ! dirons-nous pour rappeler le mot célèbre de Tertullien.

Il ne faudrait cependant pas se figurer que cette transition s’est effectuée sans secousses et sans déchirements.

À partir du moment où Newman sentit s'éveiller €n son esprit les premiers doutes concernant la suc-

cession apostolique dans son Eglise jusqu’à celui où, vaincu par la lumière, il s'en Sépara à jamais, son âme fut troublée, inquiète d’abord, et finalement en Proie à une véritable agonie. Selon qu’il l'a écrit admirablement :

« J'avais vu l'ombre d'une main sur le mur. Celui qui a vu un esprit ne Peut plus être comme auparavant!, »

Et encore: « Vers la fin de 1841, j'étais sur mon lit de mort, comme membre de l'Eglise d’Angleterre »*, et le pauvre agonisant n'avait même pas la consolation de « mourir en paix ».

IT avait vu « l'ombre d'une main sur Je mur » Instant fatal! Ses jours et ses nuits en seront comme hantés. Son intelligence ne Pouvait plus croire déjà à la vérité de l'anglicanisme que Son cœur y était encore fidèle et repoussait l'évidence qui le détachait de tout ce qu'il avait aimé. Newman a eu son chemin de Damas, long et épineux, Ce n'est pas d’un seul Coup qu'il a été terrassé et transformé, ainsi que Saul. RE

1. Apologia, c. III, p. 118: «I had seen the shadow of a hand upon the wall. It was clear that I had a good deal to learn on the question of the churches, and that perhaps some

new light was Coming upon me; He who has seen a ghost, Cannot be as if he had never seen it, »

2. « From the end of 1841, I was on my death-bed, as regards my membership with the anglican Church, though at the time l became aware of it only by degrees »... «I Was not allowed to die in peace ».... Apolog., c. IV, p. 147.

[a fallu pour cela des années pendant lesquelles des forces opposées tiraillaient son âme en tous sens et l'écartelaient. Quelqu'un a dit que son existence alors fut un drame de Shakespeare en action. Et nous croyons qu'il a souffert en effet autant que l’on peut souffrir sans mourir!. Il a tout fait pour empêcher ou pour retarder le dénouement qu'il voyait S’approcher avec une sorte de fatalité ; il à essayé de tous les compromis. Sa [za media, qui a d’ailleurs fait banqueroute?, n’était-elle pas comme un effort désespéré pour combiner, pour concilier des doctrines adverses? Ne s'imaginait-il pas que ce nouveau système allait lui permettre de garder l'équilibre entre l'anglicanisme et le catholicisme, et de satisfaire ses convictions secrètes sans avoir à renier son passé ? L'on se souvient des pages pénétrantes où M. Maurice Barrès analyse avec tant d’acuité et d'émotion ce qu'il appelle « l'angoisse de Pascal »#, Le grand TRE PT er cn nt en 0 EL 1. « Peu de conversions ont été plus lentes, embarrassées de plus de scrupules et de délicatesses. Peu d’entres elles, sous une apparence plus unie et plus calme, nous ont laissé deviner

plus de déchirements intimes. » J.-H. Newman, par Georges GRAPPE, c. IV, P- 105. Paris, Libr. P. J. Béduchaud, édit. 1907.

2. «... The theory of the Viz Media Was absolutely pulverized. » Apologin, c. III, p. 117.

3. C’est une conférence donnée à Paris, à l'Université des Annales, en l’année 1909, je crois. Elle a été publiée d’abord dans le Journal de ? Université des Annales, où nous l'avons lue, et depuis il en a été fait un tirage à part, à petit nombre. De

Terrine erirrrtnen E S .

Penseur Pascal a conçu des doutes sur la certitude de so.: salut, et il a eu Pour les exprimer de ces mots à lui que M. Emile Faguet nomme si bien des « mots d'éternité »; il a exhalé ses terreurs en des paroles comme saignantes de l'agonie qu'il en éprouvait. Mais l'angoisse de Pascal avait quelque chose de maladif et de Chimérique. Quand on va au fond, l’on s'aperçoit qu'elle résulte un peu de l’ébranlement cérébral auquel cet « effrayant génie », ainsi que l’appelait Chateaubriand , était sujet depuis l'accident

quelques paroles de Pascal, M. Barrès a tiré un effet extrémement dramatique en en faisant bien ressortir toute / âme.

1. Génie du christianisme, 11° Partie, ch. VI. Suite des Moralistes, p. 213 de l'édit. Garnier :

« Il y avait un homme qui à douze ans, avec des barres et des ronds, avait créé les mathématiques ; qui à seize avait fait le plus savant traité des coniques qu'on eût vu depuis l'antiquité ; qui à dix-neuf réduisit en machine une science qui existe tout entière dans l'entendement ÿ qui à vingt-trois ans démontra les Phénomènes de la PeSanteur de l'air, et détruisit une des grandes erreurs de l’ancienne physique ; qui, à cet âge où les autres hommes commencent à peine de naître, ayant achevé de parcourir le cercle des sciences bumaines, s'aperçut de leur néant, et tourna ses pensées vers la religion ; qui depuis ce moment jusqu’à sa mort, arrivée dans sa trente-n infirme et souffrant, fix Racine, donna le modèle de la plus par du raisonnement le plus fort ; enfin, valles de ses maux, résolut par abstraction un des plus hauts

problèmes de génmétrie, et jeta sur le Papier des pensées qui

tiennent autant du dieu que de l’homme : cet effrayant génie s'appelait Blaise Pascal. »

qui avait mis sa vie en danger ; elle porte aussi la marque de l’idée redoutable et exagérée que l’école de Port-Royal se faisait de la justice de Dieu ! Tandis que l'esprit de Newman était l’un des mieux pondérés et des plus lucides qui aient jamais existé. Et son angoisse n’avait rien du délire mystique : elle n'était pas le fruit d’une imagination en désarroi. Elle reposait sur des causes solides. C'était le produit d’investigations sincères qui lui montraient toujours plus clairement que l'édifice sur lequel il avait pensé appuyer son élan vers l'infini n'avait qu’un fondement d'argile, Plus tard, bien plus tard, quand ce cher grand homme sera Parvenu à «la bienheureuse vision de paix»?, il tâchera de décrire pour ne RS 1. « Le Dieu de Port-Royal a le visage dur et fermé de l’antique Destin ». «.., Ces messieurs de Port-Royal ne pensaient au jugement de Dieu qu'avec tremblement. » Louis BERTRAND,

Saint Augustin, Revue des Deux mondes du 1° avril 1913, p. 500 et du 15 mai 1913, p. 268.

2. « Such were the thoughts Concerning the « Blessed Vision of Peace », of one whose long-continued petition had been that the Most Merciful would not despise the work of His own Hands, nor leave him to himself...»

Ces mots se trouvent dans le Post-scriptum que Newman ajouta à son ouvrage Development of Christian Doctrine. L'on sait que ce livre, le plus «travaillé » de tous ses écrits, est le dernier qu’il ait fait avant sa Conversion. Il se termine par une série de points de suspension... La plume tomba des mains de l’auteur avant qu'il fût allé jusqu'au bout de tous ses raisonnements. À quoi bon continuer? La grâce était la plus forte ; il avait la foi.

nan ob som mm M ntm SG

on tertenannene nor POSNENENNEl De ana

nt naar crhatqnte de napu ns anne

la postérité l'état tragique duquel il n’était sorti qu'après en avoir épuisé toute l'amertume. Si vivantes que soient ses évocations, si douloureuses que soient ses analyses, il n’a pu rendre toute l'horreur du drame qu'il avait vécu, en dévoiler tous les sombres aspects, les multiples péripéties ; il a dû en emporter avec lui le mystère, Parce que la langue humaine, pour souple, et subtile, et savante qu'elle soit, se refuse à peindre, dans toute leur vérité profonde, certain ordre de sentiments.

John-Henry Newman est né à Londres le 21 février 1801. Des biographes ont voulu qu'il fut, par son père, de descendance juive!, Je crois que l'£xcyclo-

nome ee DU

Page 1