‹ Eaux minérales des PyrénéesChapitre 11 sur 88 · DE L ACTION THÉRAPEUTIQUE DES EAUX MINÉRALES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE L ACTION THÉRAPEUTIQUE DES EAUX MINÉRALES EN GÉNÉRAL

Si l'on considère le nombre des malades qui se rendent tous les ans auprès des établissements thermaux pour y rétablir leur santé; si l'on se rappelle que la vogue de la plupart des eaux minérales date de plusieurs siècles, et que des savants du premier mérite nous ont laissé des travaux remarquables sur quelques-unes d'entre (lies , on sera raisonnablement autorisé à penser que l'action thérapeutique de ces eaux doit être parfaitement connue. Cependant un simple coup-d'œil jeté sur les ouvrages que nous possédons sur ce sujet suffit pour donner la certitude que rien n'est moins avancé que cette partie de l'histoire des eaux minérales ; c'est à ce point que des praticiens, fort distingués d'ailleurs, nous déclarent que nous ne sommes pas plus

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avancés, sous ce rapport, qu'on ne l'était au temps où vivaient les Bordeu.

Et pourtant ce ne sont pas les faits qui manquent , car c'est par milliers qu'on pourrait compter aujourd'hui les observations recueillies par des médecins dont on ne peut suspecter ni le savoir ni la bonne foi. Ce qui manque , c'est une discussion sévère et approfondie de ces faits, qui, pris isolément, n'ont qu'une médiocre importance, mais dont l'ensemble peut nous fournir des notions du plus haut intérêt et les éléments d'une doctrine rationnelle basée sur l'expérience.

Ce qui frappe le plus quand on parcourt les ouvrages qui ont été écrits sur les eaux minérales, c'est la similitude apparente d'action de plusieurs eaux qui différent le plus sous le rapport de la nature des éléments minéralisateurs. Parcourez la nomenclature des maladies qu'on traite avec succès à Vichy , à Baréges, au Mont-d'Or, à Ems, à Bagnères-de- Bigorre.... et vous, trouverez, à votre grande surprise , qu'elle est presque la même pour chacune de ces eaux, qui cependant ne se ressemblent guère au, point de vue de leur composition chimique.

Ce fait avait frappé Théophile Bordeu qui s'exprimait ainsi :

« On ignore pourquoi les mêmes maladies , ou x qui paraissent être les mêmes, se guérissent » quelquefois par toutes nos eaux indistinctement. » Cela viendrait-il d'une propriété qui leur est s commune à toutes ou du caractère des maladies

» tellement bénin que tout remède, pour ainsi » dire, pourrait les guérir (1)? »

Convenons tout de suite que l'incertitude n'es! pas la même aujourd'hui que du temps de Bordeu , et que la cause de cette similitude d'action de plusieurs eaux minérales fort différentes nous est mieux connue , grâces aux travaux remarquables qui ont paru depuis quelques années.

Il est admis aujourd'hui qu'il faut distinguer dans l'action thérapeutique d'une eau thermale la pari qui revient au calorique de celle qui revient à l'eau et aux principes minéralisateurs qu'elle renferme.

L'eau et le calorique sont des éléments d'action communs à toutes les sources thermales; la nature des composés que chacune d'elles tient en dissolution les distingue, au contraire, les unes &>* autres.

« L'efficacité d'une eau minérale, dit Anglada (2), * est incontestablement subordonnée à sa tempéra- » ture, à la qualité, à l'assortiment et aux propor- » tions des matériaux actifs qu'elle entraîne. »

Plus loin, le même auteur ajoute (3) :

« Dans l'ensemble des causes qui peuvent contri- » buer à modifier l'efficacité des eaux minérales, » les aptitudes de l'eau elle-même n'occupent-elles

(i) Bordeu, OEuvres complètes, par Richerand , ihëor. CXXXVUI.

(2) Anglada, tome II, page 371.

(3) Angiada , tome II, page 381.

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» pas une assez grande place, et ont-elles été éva- » luées jusqu'ici aussi rigoureusement qu'elles mé- » nieraient de l'être?

» Considérée comme agent thérapeutique, l'eau » seule, aidée de certaines températures, produit » des effets médicinaux si diversifiés qu'on peut se » promettre de trouver en elle une foule de médi- » caments différents.

» La matière médicale n'offre , sous ce rapport , » aucune puissance qui puisse lui être assimilée. » Prothée médicinal, l'eau se reproduit avec de » nouvelles vertus clans toutes les familles de médi- » caments. Par elle, on produit des effets émol- » lients, tempérants, toniques, astringents, stupé- » fiants, antispasmodiques, excitants, rubéfiants, » escarotiques, diurétiques , sudorifiques, etc.

» Pour transformer ainsi ses modes d'efficacité, » il suffit de faire varier ses températures et de » l'employer tiède, froide , à l'état de glace ou dotée » de températures chaudes plus ou moins élevées.

» Ainsi, le même liquide, qui de 35° c. à

» 37° peut passer pour émollient, devient puissam- » ment excitant de 39 à 41°, et se transforme en » un irritant énergique de 42 à 45° , température » qu'on ne peut guère supporter que quelques » instants.

» Les différences de température, si puissantes » par elles-mêmes pour changer le mode d'action » du liquide thermal, exercent aussi une haute

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» influence pour modifier l'impression produite par » les autres agents médicamenteux. Que le principe » sulfureux, l'acide carbonique, les carbonates aléa" » lins , les sels ferrugineux et les autres matières » salines agissent sur le corps de l'homme, alors » que la chaleur du véhicule aura placé les organes » dans un état d'excitation , d'éréthisme ou de sen- » sibilité expansive très-prononcée, l'impression » qui en résultera sera toute autre, par son intensité » ou par son caractère, que si ces dispositions » avaient été amorties à l'aide de températures » moins élevées. »

Anglada s'explique ainsi pourquoi des eaux thermales d'une constitution chimique semblable se prêtent souvent à des indications différentes suivant que leur température est plus ou moins élevée, et pourquoi des eaux fort différentes, quant à leur composition , peuvent souvent convenir au traitement des mêmes maladies.

Nous retrouvons des idées analogues à celles d' Anglada dans les écrits postérieurs de MM. Fontan, Durand-Fardel , Alibert-Constant, et dans plusieurs autres.

Il est aisé de concevoir, d'après cela, pourquoi des maladies fort nombreuses peuvent être traitées avec un égal succès par des eaux minérales de natures très-différentes; ces maladies sont celles dont on peut déterminer la guérison par l'emploi bien entendu de l'eau et du calorique.

C'est pour n'avoir pas tenu un compte suffisant

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de cette distinction que quelques médecins ont soutenu que toutes les eaux agissent de la même manière , et que les bons effets qu'elles produisent sont dus à l'excitation qu'elles impriment à l'organisme tout entier.

Toutes les eaux sont excitantes, dit M. Léon Marchant, qu'elles soient chaudes ou froides, qu'elles soient ferrugineuses, acidulés, sulfureuses ou salines : « L'excitation minérale réside princi- » paiement dans l'assemblage des matières terreu- » ses, salines et gazeuses qu'elles renferment; cette » excitation dépend aussi de leur température lors- ■» qu'elle dépasse celle de la chaleur humaine; elle se • manifeste par l'abattement des forces, la douleur, » la fièvre; elle se manifeste dans toutes les maladies » par ces caractères symptomatiques , ainsi que par » le rétablissement d'anciens couloirs, soit sanguins, » soit humoraux; par l'activité des foyers en suppuy ration, par le développement de tumeurs, par » l'apparition d'exanthèmes, par le passage d'un ■» état chronique à un état aigu , etc. »

Il y a quelque chose de séduisant dans cette théorie de l'excitation ; mais quand on examine sérieusement les observations des meilleurs médecins d'eaux minérales, on s'aperçoit bientôt qu'elles ne sont pas en harmonie avec cette manière d'envisager les effets de ces eaux. Il faut, d'ailleurs, avant tout, s'entendre sur la valeur qu'on attribue au mot excitation ; si l'on désigne , en effet, sous ce nom une manière d'agir propre à augmenter l'énergie

vitale des organes, à faciliter l'accomplissement des fonctions, une stimulation générale de l'économie, sous l'influence de laquelle la guérison d'une multitude d'affections liées à un état d'asthénie bien prononcée peut être obtenue, on ne saurait s'empêcher de reconnaître que les eaux agissent le plus ordinairement de cette manière; mais il y a loin de cette stimulation douce, et en quelque sorte, insensible des organes, à cette manière d'agir plus brusque, plus violente, qu'on désigne habituellement sous le nom d'excitation.

Les faits les mieux observés nous montrent qu'en général l'excitation franche est produite par toutes les eaux thermales , quand elles sont employées à une haute température. Je me chargerais , dit M. Fontan, de calmer la susceptibilité nerveuse d'une petite maîtresse avec un bain d'eau de la Grotte de Bagnères-de-Luchon, appliqué à 32 ou 33° centigrades, et d'exciter un hercule avec la source de la Preste ou celle du Pré , à Cauterets , à la température de 44 à 47°.

Les faits rapportés par M. Camus (Nouvelles réflexions, page 88) montrent que les effets des eaux sulfureuses sont loin de se rattacher d'une manière uniforme à l'excitation , et que ce n'est pas en stimulant qu'elles agissent dans la majorité des cas où elles réussissent. En général, les eaux à basse température, celles surtout qui se rapprochent, sous ce rapport, du degré de chaleur du corps humain sont considérées comme tempérantes.

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sédatives , hyposthénisantes ; elles réussissent merveilleusement pour combattre les affections nerveuses.

M. Fabas considère les eaux de Saint-Sauveur comme plus douces que celles de Barèges ; elles ne procurent aux malades qu'une moiteur, une transpiration continue, mais peu sensible et un peu d'agitation dans les sucs qu'elles délaient; elles sollicitent l'ensemble des organes à suivre avec plus de règle les lois de la santé ; elles sont détersives , fondantes, antispasmodiques, toniques, diurétiques , dépuratives ; etc.

M. Fabas ne rapporte aucun cas dans lequel ces eaux aient provoqué des phénomènes d'excitation ou de révulsion.

Les observations si belles et si nombreuses de Bordeu nous montrent aussi les eaux minérales des Pyrénées comme n'agissant que rarement à la manière des excitants; Théophile Bordeu allait jusqu'à s'en servir pour combattre certaines maladies aiguës.

Les eaux minérales ne sont ordinairement employées que pour combattre des affections chroniques; si l'on considère leur manière d'agir, on voit que toutes se ressemblent, en ce sens qu'elles modifient la vitalité de nos organes et qu'elles agissent sur l'ensemble de l'économie. Bordeu avait parfaitement remarqué que les eaux minérales facilitent l'accomplissement de toutes les fonctions , et que souvent la guérison d'une maladie locale est beau-

coup moins la conséquence de l'action directe des eaux sur la partie malade que du surcroit d'activité qu'elles ont imprimé à l'économie tout entière.

Dans le beau travail qu'il a publié sur les eaux de Vichy, M. Durand-Fardel s'exprime ainsi :

« L'organisme souffre de deux manières dans le » cours d'une maladie chronique : d'abord, parce » que la solidarité qui unit entre eux tous les orga- » nés et toutes les fonctions fait que la perversion » ou l'abolition des fonctions d'un organe ne peut » manquer de se faire sentir sur tous les autres. Le » trouble général de l'organisme dans ces sortes de » maladies consiste dans un état d'amoindrissement » des forces et d'affaiblissement des fonctions qui » domine parfois l'appareil morbide tout entier. »

Les eaux minérales ont précisément l'avantage de ne pas agir seulement sur la partie malade, mais de modifier avantageusement toutes les fonctions , et spécialement celles qui s'opèrent sur les surfaces digestives et cutanées.

« Ces eaux, dit M. Pâtissier, agissent principak- » ment sur deux vastes surfaces : sur la muqueuse » gastro-intestinale et sur tout l'appareil tégumen- » taire; elles excitent ces deux membranes qui, à » leur tour, réagissent sur les autres organes liés » avec elles par de nombreuses sympathies, activent » leurs fonctions et modifient leur vitalité ; elles » produisent dans l'économie une transmutation » intime; elles retrempent, en quelque sorte, le » corps malade. »

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