‹ Eaux minérales des PyrénéesChapitre 35 sur 88 · DU DÉGAGEMENT D'AZOTE · texte numérisé non relu

DU DÉGAGEMENT D'AZOTE

sont pas sulfureuses, fournissent aussi à leur poinï d'émergence un dégagement d'azote. Le docteur Pearson l'a signalé , pour la première fois, dans son analyse des eaux minérales acidulés de Buxton, en 1784. Plus tard, d'autres auteurs ont constaté son existence dans une multitude d'autres sources; mais Anglada, le premier, a montré que ce dégagement avait lieu dans toutes les eaux sulfureuses thermales des Pyrénées, et non pas dans quelques-unes en particulier. 11 l'attribue à ce que l'eau sulfureuse rencontre de l'air dans son cours souterrain et en dissout une certaine quantité ; l'oxygène de l'air réagissant sur le sulfure alcalin, le détruirait en partie, et l'azote deviendrait libre. Anglada pense qu'à mesure que l'air contenu dans l'eau cède son oxygène au sulfure , le liquide thermal dissout une nouvelle quantité d'air qui réagit comme la première, d'où doit résulter une destruction progressive de l'élément sulfureux et un dégagement d'azote. Pour prouver qu'il en est ainsi, Anglada fait observer que si l'on porte de l'eau sulfureuse à l'ébullition , dans un appareil disposé de telle manière qu'on puisse recueillir les gaz qui s'en dégageront, on ne trouve, dans les produits gazeux, que de l'azote et de l'acide sulfhydrique , et pas la moindre trace d'oxygène ; que si , au contraire , on a le soin de désulfurer l'eau avant de la faire bouillir (en y versant, par exemple, un peu d'azotate d'argent), on en retire un mélange d'azote et d'oxygène ; mais ce mélange est beaucoup plus pauvre en oxygène que

l'air ordinaire , et , à plus forte raison , que celui qui est dissous clans les eaux potables. Il y a donc de l'air en dissolution dans les eaux sulfureuses, et le sulfure de sodium , en agissant sur lui, s'empare de son oxygène et met l'azote en liberté (1).

M. Longchamps a vivement combattu l'opinion d'Ànglada; il s'est fondé principalement, pour ne pas admettre la manière de voir de ce chimiste , sur la facilité avec laquelle l'oxygène détruit le sulfure de sodium, facilité qui est si grande que, s'il existait , comme le dit Anglada, des courants d'air souterrains, pouvant fournir à l'eau sulfureuse tout l'oxygène qui correspond à la quantité d'air représentée par l'azote qui se dégage de certaines sources sulfureuses, ces eaux, qui pour la plupart doivent venir d'une grande profondeur, auraient perdu pendant leur trajet tout leur principe sulfureux^).

Si ce dégagement d'azote n'avait lieu que dans les eaux sulfureuses , l'explication d'Anglada pourrait paraître suffisante; mais il ne faut pas perdre de vue que ce gaz s'échappe en abondance du fond d'une multitude de sources qui ne sont pas sulfureuses ; c'est ainsi que toutes les eaux salines séléniteuses des Pyrénées donnent lieu à un dégagement de ce gaz qui est tel que, si l'on s'en rapportait aux apparences, quelques-unes d'entre elles

(1) Anglada, 4* Mémoire, pag. 18 et suiv,

(2) Longchamps, Annales de chim. et dephys., t. XIX.

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