‹ Eaux minérales des PyrénéesChapitre 36 sur 88 · DU DÉGAGEMENT D'AZOTE · texte numérisé non relu

DU DÉGAGEMENT D'AZOTE

poulf aient être prises pour des eaux acidulés trèschargées d'acide carbonique; mais l'analyse chimique dissipe bientôt toute illusion, et l'on s'aperçoit sanspeine, quand on examine un peu attentivement le produit gazeux que fournissent les eaux dont je parle , que l'azote en constitue la majeure partie ( de 80 à 97 p. % )• Anglada n'ignorait pas que beaucoup d'eaux minérales salines donnent lieu à un dégagement d'azote; mais comme ces sources fournissent un gaz qui contient un peu d'acide carbonique , il pensait que l'air que ces sources avaient rencontré dans leur cours souterrain avait été dissous tout d'abord , et que son oxygène ayant été absorbé plus tard par une substance charbonneuse , avait produit ainsi l'acide carbonique qui se dégage en même temps que l'azote, au point d'émergence.

Cette explication ne nous paraît pas acceptable ; si elle était vraie, les eaux minérales seraient d'autant plus riches en acide carbonique , et d'autant plus pauvres en oxygène, qu'elles fourniraient plus d'azote ; or, l'expérience prouve qu'il n'en est pas ainsi. Il existe, par exemple, dans le départemenl de la Haute-Garonne, dans la commune de Ganties, des sources très-abondantes qui , s'il faut s'en rapporter h l'action des réactifs chimiques , constitueraient d'excellentes eaux potables. Ces sources sont agitées d'une manière presque continuelle par un bouillonnement remarquable, qui est dû à l'émission d'une très-forte quantité d'un mélange qui renferme.

environ 96 p. % d'azote et 4 p. % d'acide carbonique ; l'air que ces eaux tiennent en dissolution ne renferme pas moins de 30 p. % d'oxygène. Ici , il n'existe aucun rapport entre la quantité d'acide carbonique qui se trouve dans le mélange gazeux et l'appauvrissement de l'eau en oxygène ; je pourrais citer une multitude d'exemples du même genre. Robiquet, qui avait observé un dégagement assez notable d'azote aux eaux de Néris , pensait que ce gaz n'avait pas été préalablement dissous dans l'eau minérale, et qu'il était simplement charrié par elle. D'après ce chimiste , l'azote qui se dégage des eaux de Néris a appartenu à l'air atmosphérique, dont l'oxygène a été retenu dans l'eau ; celui qui se dégage des eaux sulfureuses aurait une origine analogue. Mais comme l'oxygène rencontre -dans ces dernières un composé (le sulfure alcalin) qui a pour lui une grande affinité , il serait bientôt absorbé , et le sulfure serait transformé en sulfate.

Il n'est pas possible , ce me semble, d'admettre la théorie de Robiquet , au moins en ce qui concerne les eaux sulfureuses ; car il est facile de constater que certaines eaux sulfureuses thermales, qui laissent dégager de l'azote en abondance , ne contiennent que des traces à peine appréciables de sulfates ou d'hyposulfites -, ce qui est loin d'être d'accord avec les idées de ce savant.

ïi me paraît incontestable que l'azote qui se dégage au bouillon des sources sulfureuses a primitivement appartenu à l'atmosphère. Soit que de l'air

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ait été dissous par l'eau à la surface du sol, avant qu'elle fût minéralisée , soit que le liquide thermal l'ait rencontré dans les profondeurs , il me semble qu'on peut . dans tous les cas , se rendre compte de l'absorption de l'oxygène de cet air et du dégagement d'azote de la manière suivante :

Toutes les eaux minérales sulfureuses des Pyrénées contiennent une proportion plus ou moins notable de matière organique. Cette matière organique possède , comme il est facile de s'en assurer , un pouvoir réducteur très-puissant; il suffit, par exemple, après avoir exposé une eau sulfureuse au contact de l'air jusqu'à ce qu'elle ne contienne plus aucune trace de sulfure alcalin, de l'introduire dans une bouteille bien bouchée où on la conservera pendant plusieurs mois; on trouvera presque toujours au bout de ce temps qu'elle est redevenue sulfureuse, et que l'air qui existait dans le goulot de la bouteille , entre le liquide et le bouchon , ne contient plus d'oxygène. I^a matière organique a donc absorbé, et l'oxygène de l'air, et celui des sulfates, et, en même temps qu'elle produisait un sulfure alcalin , elle a mis de l'azote en liberté.

Rien n'empêche d'admettre qu'un phénomène du même ordre se produit pendant la formation des eaux sulfureuses thermales. On s'expliquerait alors pourquoi ces eaux arrivent à la surface du sol sans avoir perdu leur sulfuration. La matière organique qui a déterminé la formation du sulfure de sodium ayant préalablement désoxygéné l'air qui aurait pu

les altérer , ces eaux chemineraient des profondeurs vers les couches supérieures dans une atmosphère protectrice (azote) jusqu'à ce qu'enfin , arrivées à une faible distance de leur griffon , elles rencontreraient de nouveau un air normal dont elles dissoudraient une petite quantité. Cet air serait promptement dépouillé de son oxygène , et le sulfure alcalin subirait, sous son influence, une décomposition rapide.

On s'expliquerait ainsi pourquoi les eaux sulfureuses des Pyrénées , quoiqu'elles tiennent de l'air en dissolution lorsqu'elles arrivent à leur point d'émergence, ne renferment encore que des traces à peine appréciables de sulfite, d'hyposulfite ou de sulfate de soude. En effet, l'air qu'elles tiennent en dissolution n'aurait agi sur elles que pendant un temps fort court. Il en serait autrement si l'on voulait admettre que c'est le sulfure de sodium qui a absorbé l'oxygène de l'air et mis l'azote en liberté. En pareil cas, je ne vois pas comment on pourrait se rendre compte de l'absence presque complète des sulfates, sulfites et hyposulfites dans l'eau thermale.

La théorie que je viens d'exposer aurait même l'avantage de pouvoir expliquer pourquoi plusieurs sources qui ne sont pas sulfureuses peuvent fourni) un dégagement plus ou moins considérable d'azote.

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