DE L'ACTION THÉRAPEUTIQUE DES EAUX DE BAGNÈRES-DE- LUCHON
Bagnères-de-Luchon possédant des sources nombreuses, dont la température et la richesse en sulfure de sodium sont très-variées, il est évident,
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à priori , qu'on pourra obtenir par leur usage la guérison d'un grand nombre de maladies ; j'ai signalé plus haut , en parlant de l'action des eaux sulfuré-sodiques en général , les affections qu'on traite avec succès dans presque tous les établissements thermaux des Pyrénées ; les eaux de Bagnères-de-Luchon , considérées dans leur ensemble, pourront être utilisées dans le traitement de la plupart de ces affections ; cependant il est nécessaire de faire connaître la nature de celles qu'on y guérit le plus souvent et le plus sûrement, et d'indiquer ainsi ce qui constitue en quelque sorte la spécialité de Luchon.
Campardon (1) , qui exerça la médecine dans cette localité pendant plus de trente ans, a constaté l'efficacité de ces eaux dans le traitement des rhumatismes, des affections de la peau, des engorgements lymphatiques , des catarrhes pulmonaires chroniques, de l'asthme , de la phthisie muqueuse , des raideurs des tendons et des ligaments à la suite des luxations et des fractures, des ulcères simples ou compliqués de fistules et de carie, des suites de plaies d'armes à feu, de la chlorose, des coliques néphrétiques et des autres maladies des voies urinaires. Campardon cite entre autres l'observation d'une dame qui aurait été guérie d'une phthisie bien confirmée.
L'honorable inspecteur de ces eaux minérales ,
(1) Mémoire sur les eaux minérales et les bains de Bagne res-dc- Luchon. Journal de Médecine, 1763.
M. Barrié, les a employées avec succès pour combattre (1) :
La diathèse scrofuleuse et ses diverses manifestations (gonflements articulaires, tumeurs blanches, ophthalmies, ulcères... etc.) ;
Les affections rhumatismales chroniques (rhumatismes articulaires, rhumatismes musculaires, certaines paralysies, dites rhumatismales);
Les affections de la peau (eczémas, impétigo, pityriasis, prurigo, psoriasis, ichtyose, lupus, estiomène, etc.).
Parmi les affections des membranes muqueuses que Ton a rattachées au vice herpétique, M. Barrié signale la pharyngite granuleuse ou folliculeuse , qui , d'après plusieurs médecins , et M. Chomel en particulier, se produit souvent sous l'influence de la diathèse dartreuse, comme une maladie rebelle contre laquelle les eaux sulfureuses seules ont une certaine efficacité. Les maladies de la peau avec lesquelles coïncide ordinairement la pharyngite granuleuse , sont l'eczéma et l'acné ; cette maladie peut aussi apparaître sous l'influence de causes toutes locales, telles que les efforts de chant et l'usage immodéré du tabac à fumer.
LeseauxdeLuchon,en boisson et en gargarisme.
(1) J'ai emprunté ces détails à l'excellente thèse de M. André Barrié, jeune médecin plein de savoir et de modestie, qui a résumé dans son travail les résultats de la longue pratique de son père
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sont très-avantageuses dans cette maladie. Si les granulations sont déjà volumineuses, on ajoutera à l'usage des eaux quelques cautérisations faites, de temps en temps, avec le nitrate d'argent.
La source du Pré, découverte depuis deux ans à Bagnères-de-Luchon , paraît surtout fournir les eaux convenables au traitement de la pharyngite granuleuse ; c'est du moins ce qui paraît résulter des observations faites par M. Barrié sur les malades nombreux qui viennent chaque saison àLuchon, pour retrouver la souplesse et le timbre clair de leur voix. Cette source semblerait, par ses vertus, se rapprocher de celle de la Raillère à Cauterets , tant et si justement vantée.
L'application des eaux de Luchon est contre indiquée toutes les fois que l'état aigu persiste encore. Aussi sera-t-il toujours utile de combattre, au préalable, l'excès d'irritation locale par des bains émollients , des fomentations émollientes , etc. C'est dans les dermatoses franchement chroniques , sans exacerbations irritatives, chez les sujets lymphatiques, que le traitement sulfureux réussit le mieux. Lorsque , sous l'influence de l'excitation produite par le modificateur sulfureux, survient une recrudescence aiguë , on doit cesser le traitement et le remplacer par les émollienls.
Les eczémas sont l'une des manifestations dermatosiques que l'on rencontre le plus souvent aux eaux sulfureuses ; toutes les variétés y sont traitées avec avantage. L'ancienneté de la maladie, les dis-
positions individuelles des malades, la force, la chronicité , l'intensité des éruptions , seront les causes qui détermineront certaines modifications dans le mode d'administration des eaux et dans la durée du traitement, qui, en général, est de vingtcinq à cinquante jours, mais auquel il faut revenir de temps à autre pour éviter les récidives.
Comme c'est à l'action altérante du soufre, bien plus qu'à l'excitation thermale locailsée , qu'est due la guérison , les bains tempérés sont préférés en général dans le traitement des dartres. C'est ainsi que, pour Bagnères-de-Luchon, les sources d'Etigny, Ferras, Richard, la Blanche, la Reine, nous paraissent mériter le plus souvent la préférence.
Quand la maladie est étendue et disséminée, l'action des étuves aura un certain avantage. Les eczémas très-invétérés se trouvent mieux des bains de piscine ; les douches associées aux bains , aux étuves, rendent leur action locale plus énergique et hâtent le retour de la surface cutanée à l'état normal. Enfin l'usage interne de l'eau à dose altérante devra , dans bon nombre de cas, être combiné avec le mode précédent. Quand la manifestation dartreuse est implantée sur un sujet scrofuleux , rhumatisant ou syphilitique, elle reçoit de cette connexion morbide des caractères qui modifient son aspect, augmentent sa gravité et deviennent, par contre, la source d'indications particulières.
C'est ainsi que, dans le premier cas , on associera aux eaux les amers, les toniques; dans le second,
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on préférera un degré de thermalité plus élevé ; et enfin , quand l'affection dartreuse sera gouvernée par le virus syphilitique, il faudra, en première ligne, placer le traitement hydrargyrique.
Ces réflexions s'appliquent d'une manière générale aux autres dermatoses sécrétantes. L'herpès, l'acné, la mentagre n'offrent guère à signaler que la difficulté de leur guérison dans bon nombre de cas où les maladies sont entretenues par des écarts de régime.
Les dermatoses non sécrétantes ou sèches ne paraissent pas exiger les mêmes précautions que les dartres humides. Sur une surface sèche, on peut appliquer impunément des eaux très-actives que ne supporterait pas une "surface sécrétante dénudée. Le psoryasis , l'ichtyose exigent, en général, un traitement énergique, une excitation violente pour modifier l'état de la peau; c'est dans ces cas qu'à Luchon on devra employer de préférence les eaux de la source de la Reine , de Bordeu et de la Grotte inférieure.
M. Barrié a vu aussi que les eaux de Bagnèresde-Luchon constituent un adjuvant précieux dans le traitement de certains accidents syphilitiques. J'entrerai un peu plus loin dans quelques détails à cet égard. Les quatre groupes d'affections chroniques dont nous venons de parler ne sont pas les seuls que l'on rencontre à la station thermale de Luchon.
Les laryngites, les bronchites chroniques, les
affections catarrhales delà vessie et des reins seronl traitées assez souvent avec succès par les eaux provenant des sources les plus faibles. Les roideurs articulaires analogues à celles produites par le rhumatisme chronique, mais consécutives à des fractures, des luxations anciennes; les paraplégies, les hémiplégies, les cachexies chlorotiques ou autres; eufin, et surtout, les leucorrhées, qui ne tiennent pas à une lésion grave de l'utérus, reçoivent assez fréquemment , de l'action des eaux , une influence bienfaisante qui les mène vers la guérison.
Ne pouvant entrer dans la description de ces maladies nombreuses, je donnerai ici, à titre de renseignements , un résumé statistique des affections chroniques observées à Luchon par M. Barrié pendant une période de dix ans.
Le chiffre des maladies cutanées, telles que eczéma, psoryasis, pityriasis, acné, impétigo, etc., s'élève à 1,020, dont 889 avaient été soumises à des traitements prolongés ; 440 ont été guéries complètement, 310 ont subi une amélioration notable, w270 n'ont pas été guéries.
Dans la même période, se sont rencontrés f,200 malades affectés de rhumatisme chronique, articulaire ou musculaire, dont 953 avaient reçu des soins éclairés dans l'état aigu ou subaigu. Le traitement a eu pour résultat 475 guérisons, 145 insuccès et 580 améliorations notables.
Les maladies scrofuleuses figurent pour 1,317
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cas, dont 484 guérisons , 244 insuccès, et 589 améliorations.
Sur 125 cas relatifs à des otites, des ophthalmies , atteignant des sujets scrofuleux, M. Barrié trouve 45 guérisons, 47 améliorations et 34 insuccès.
hesnévralgies sciatiques, crurales, etc., donnent le chiffre de 220, sur lesquels on note 80 guérisons, 00 améliorations et 50 insuccès.
80 cas d'aménorrhée, de leucorrhée et de chlorose ont produit 45 guérisons, 35 améliorations, sans insuccès complet.
Sur 115 gastralgies , 35 ont été guéries, 34 améliorées, et 45 n'ont retiré aucun profit de l'emploi des eaux.
De 200 bronchites ou catarrhes pulmonaires chroniques, on trouve G5 guérisons, 50 améliorations, 84 insuccès.
Sur 210 affections paralytiques, hémiplégies, paraplégies, myélites chroniques, M. Barrié n'a obtenu que 23 guérisons, 77 améliorations et 110 insuccès.
Enfin , le nombre des néphrites et catarrhes de la vessie a été de 85, sur lesquels 17 ont guéri, 37 ont' été améliorés et 31 sont restés dans le même état.
En faisant de ces nombreux faits deux groupes, l'un relatif aux quatre maladies que M. Barrié a surtout envisagées dans cette thèse, et l'autre aux affections diverses , on trouve , pour le premier groupe, le résultat suivant :
DES EAUX DE BAGNÈRES-DE-LUCHON. 31 o
Sur 3,534 malades :
1,299 guérisons , 1,349 améliorations, 659 insuccès.
Pour le deuxième groupe , sur 1,035 malades : 310 guérisons , 370 améliorations , 354 insuccès.
Si l'on considère que tous ces malades, qui sont venus réclamer l'influence salutaire des eaux , avaient, en général, épuisé tous les traitements, on ne pourra s'empêcher de reconnaître que les eaux sulfureuses de Bagnères-de-Luchon ont une action marquée, je dirai presque spéciale, pour la guérison désaffections scrofulcuses , rhumatismales et dartreuses; que les autres maladies chroniques, telles que les bronchites , leucorrhées, ophthalmies. gastralgies, paralysies, etc., sont aussi souvent guéries ou du moins améliorées par l'usage des eaux des diverses sources , employées à leurs différents degrés de thermalité et de minéralisation , el dirigées, dans leur administration, par une main habile et expérimentée.
D'après M. Fontan (1), les maladies dans le traitement desquelles les eaux de Bagnères-de-Luchon réussissent le mieux, sont, outre les bronchites chroniques simples ou liées aux affections cutanées :
(1) Recherches sur les eaux minérales des Pyrénées, de l'Allemagne, etc., p. 377 et suiv. 2<- édition 18o3,
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1° Les affections cutanées ; et , parmi celles-ci, les eczéma chroniques rebelles, locaux ou généraux, les lichens, les prurigo, les impétigo et même l'éléphantiasis des Grecs, ou la lèpre tuberculeuse au
premier et au deuxième degré.
2° Les blépharites herpétiques qui avaient résisté à toute espèce de traitement, et les blépharites et ophthalmies scrofuleuses.
3° Les ganglionites scrofuleuses avec ou sans ulcérations, soit que les tumeurs eussent le volume d'une noisette ou celui du poing.
4° Les caries scrofuleuses des doigts ou des orteils, du carpe ou du tarse , bornées et profondes, superficielles et étendues.
5° Les nécroses du cubitus ou du péroné, du radius ou du tibia. M. Fontan a vu des séquestres se détacher dans moins d'un mois, qui étaient comme encastrés dans les chairs depuis plus d'une année.
6° Les affections syphilitiques au 2e et 3e degré. Comme adjuvant du traitement mercuriel ou ioduré, les eaux minérales sulfureuses sont appelées à rendre des services éminents à la thérapeutique, quand ces moyens seuls ont échoué, surtout aux malades chez lesquels cette affection se complique de lymphatisme ou d'herpétisme. Je proteste de toutes mes forces, dit M. Fontan, contre la sentence de Bordeu, qui voulait que Vénus ne fût pas de moitié dans les blessures que Mars aurait produites, pour que les eaux sulfureuses eussent toute leur efficacité.
Il signale aussi un fait de la plus haute impor-
DES EAUX DE BAGNÊRES-DE-LICHON. 315
tiince : c'est que les malades ne salivent jamais , quand ils suivent un traitement mercuriel , en faisant usage des eaux sulfureuses de Luehon en boissons et en bains, et que les malades qui salivent, en arrivant, à la suite d'un traitement mercuriel, sont bientôt guéris par l'usage de ces eaux, et qu'ils peuvent, après quelques jours, reprendre ce traitement sans que l'accident se reproduise.
M. Fontan pense que cette action importante et si utile se passe dans les autres établissements thermaux, mais peut-être avec moins d'énergie.
L'on voit aussi chez des malades, ayant eu une ancienne affection syphilitique, guéris en apparence des symptômes primitifs, mais toujours restés maladifs depuis, ces symptômes se reproduire par l'action des eaux, et guérir ensuite complètement avec le retour à une santé parfaite par un traitement antisyphilitique bien fait pendant et après l'usage des eaux thermales.
Les cystites chroniques, herpétiques ou autres , suites d'affections blennorrhagiques, en éprouvent de bons effets.
7° Les affections rhumatismales chroniques avec engorgement des tissus blancs qui entourent les articulations (et après avoir résolu, s'il en existe, les hydropisies au moyen des médicaments spéciaux comme les vins ou teintures de colchique et les applications de vésicatoires, ou mieux les sachets dégageant de l'ammoniaque au moyen du chlorhydrate d'ammoniaque et la chaux, au milieu de pou-
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cires aromatiques ) , ainsi que les fausses ankyloses et les rétractions musculaires qui en résultent.
M. Fontan a guéri aussi de fausses ankyloses ou tumeurs blanches rhumatismales du cou qui avaient dévié la face en déformant le cou , et avaient produit une espèce de torticolis qui ressemblait à celui produit par les rétractions des sterno-mastoïdiens , mais qui cessaient très-bien sans la section de ces muscles, à l'aide des bains et des douches de Ludion.
8° La résolution de tumeurs abdominales mésentériques de plusieurs décimètres de long sur plus d'un décimètre d'épaisseur.
9° Les entérites chroniques , avec diarrhée non tuberculeuse, rebelles, résistant à tout remède, ont été guéries à Luchon, après plusieurs mois et plusieurs années de durée.
10° Des vomissements rebelles durant depuis plusieurs années, avec ou sans lésion organique appréciable.
11° Des métrites chroniques avec subinflammation et engorgement chronique, après que les ulcérations , s'il en existait, avaient été cautérisées; car, avant la guérison des ulcérations, ces eaux sont trop irritantes. M. Fontan a vu, après la guérison de ces affections, des femmes, qui étaient stériles depuis un jusqu'à dix ans, devenir mères de deux à six mois après leur retour dans leur famille; mais , en général, du deuxième au quatrième mois.
12° Des névralgies rebelles, surtout les névralgies faciales et sciatiques , pouvant être liées à quelque affection syphilitique, rhumatismale ou herpétique, ont été soulagées ou guéries, notamment, après les émissions sanguines locales abondantes , avec les ventouses ou les sangsues, et l'usage des bains émollients, même au cœur de l'hiver, avec plusieurs centimètres de neige.
13° Les paralysies, et surtout les paraplégies liées à des affections rhumatiques portées sur la colonne vertébrale ou sur les enveloppes de la moelle, obtiennent d'excellents résultats à Ludion. M. Fontan a même guéri plusieurs paraplégies résultant de caries vertébrales qui ont été complètement arrêtées par l'usage des eaux.
M. Constantin James croit aussi que certaines dermatoses, certains accidents syphilitiques guérissent mieux à Ludion que partout ailleurs ; il fait observer, avec raison , que ces eaux n'agissent pas seulement par le soufre qu'elles renferment, mais qu'une partie des bons effets qu'elles produisent dans le traitement des affections de la peau doit être attribuée à leur alcalinité (1). Or, par une association des plus heureuses, dit-il , les sources de Ludion sont à la fois les plus sulfureuses et les plus alcalines des Pyrénées. Ceci semble contredire ce que j'ai avancé relativement à la faible alcalinité des eaux de Bagnères-de-Luchon. Mais si l'on veut
(1) Loc. cit., p. 108.
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bien se rappeler que le sulfure de sodium possède une réaction alcaline presque aussi forte que la soude caustique , on verra qu'en effet les eaux des Pyrénées qui sont les plus sulfureuses doivent aussi être les plus alcalines.
Il résulte des observations de MM. Dassier (1) , Constantin James (2), B.irrié (3), Fontan (4), Pégot (5), etc., que les eaux de Ludion ont une puissance des plus réelles et des plus efficaces contre les maladies vénériennes ;
1° Qu'elles facilitent la tolérance du mercure, en prévenant ou en guérissant la salivation ;
2° Qu'elles tendent à neutraliser les fâcheux effets déterminés dans tout le système par un emploi abusif «des préparations mercurielles, ou par les progrès de la maladie elle-même ;
3° Que, combinées avec les antisyphilitiques directs , elles aident fortement leur action dans la cure des symptômes secondaires, tertiaires et quaternaires;
4° Qu'elles mettent souvent en évidence divers symptômes d'une affection syphilitique latente, et qu'en donnant la preuve de la nécessité d'un nou-
(1) Journal de Médecine, Chirurgie et Pharmacie de Toulouse, pag 19, 18ol.
(2) Guide pratique aux eaux minérales de France, de Belsique , de Suisse , etc., pages 108 et suivantes.
(3) Thèse citée.
(4) Loc. cit., pag. 380 et suiv.
'.'•' Mémoire lu à ' Vcadémie de Médecine. 18o î.
veau traitement elles préviennent des accidents ultérieurs plus graves et même parfois incurables.
En résumé, c'est surtout contre les affections cutanées, rhumatismales et scrofuleuses que les eaux de Luchon réussissent le mieux ; elles sont aussi un puissant auxiliaire dans le traitement de certains accidents de la syphilis.
Un médecin fort distingué de Bagnères-de-Luchon, M. Spont, résumant les indications de ses devanciers (1), a fait observer, avec raison, que toutes les variétés de rhumatisme chronique ne peuvent pourtant pas être traitées avantageusement à Bagnères-de -Luchon. C'est un fait sur lequel les praticiens paraissent être d'accord. Les rhumatismes chroniques , à caractères nerveux , très-prédominants, sont traités avec plus de succès par les eaux moins excitantes de Saint-Sauveur, de Cauterets ou du Vernet. Les eaux de Luchon conviennent au contraire éminemment chez les individus lymphatiques et peu impressionnables, lorsque le rhumatisme se rattache à un état de faiblesse , soit locale, soit générale ; c'est surtout dans ces circonstances qu'il est nécessaire de recourir aux eaux les plus toniques et les plus excitantes.
Les eaux de Luchon exercent une triple action contre le rhumatisme ; elles attaquent la diathèse
(1) Essai pratique sur les maladies avantageusement traitées par les eaux sulfureuses de B ag né res-de- Luchon , par M. Spont. 1852.
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rhumatismale elle-même , dissipent les engorgements articulaires et les lésions musculaires qui se sont produits sous son influence, et tendent enfin à rendre les récidives moins fréquentes et moins faciles.
Il existe un grand nombre de maladies dans lesquelles l'asthénie ou la débilité générale ou locale joue un grand rôle, et dans le traitement desquelles l'eau de Luchon peut être employée avec utilité ; c'est ce qui a lieu , par exemple, chez les jeunes femmes , faibles et lymphatiques, atteintes d'aménorrhée ou de chlorose. Elle relève le ton des organes digestifs, augmente la somme des forces, et favorise le molimem hemorrhagieum vers l'organe utérin. Son association avec les ferrugineux et un régime tonique produit très-fréquemment des guérisons aussi sûres que rapides. Il existe à Luchon et dans les environs des sources naturelles d'eau ferrugineuse dont on tire un grand profit.
Les hydropisies passives, idiopathiques, sont également améliorées par les eaux de Luchon; mais ces eaux sont contre-indiquées , quan dla collection séreuse est symptomatique d'une lésion du cœur ou des gros vaisseaux.
Nous pourrions en dire autant d'une foule d'autres états morbides , différents quant au nom, mais offrant pour caractères communs l'existence d'un élément a'tonique ou asthénique, tels que les affections catarrhales chroniques, notamment la bronchorrhée; certaines névroses anciennes de l'eslo-
mac, compliquées d'une excessive débilité de cet organe, et produisant l'apepsie ou la dyspepsie, des vomissements rebelles, le pica, etc.; les engorgements passifs du col utérin ; la laxité de la peau et des muscles; la cachexie résultant de l'intoxication saturnine ; certaines rétentions et incontinences d'urine.
Au contraire, l'état inflammatoire, la disposition aux congestions cérébrales et pulmonaires , l'éréthisme nerveux exagéré, la douleur excessive, constituent des contre-indications absolues ou relatives de l'emploi des eaux de Luchon.
J'ai déjà parlé de ce singulier phénomène, qui a depuis longtemps attiré l'attention de tous les savants qui se sont occupés d'une manière générale de l'étude des eaux sulfureuses des Pyrénées; je dirai tout-à-1'heure comment on peut, à mon avis, en donner une explication satisfaisante. Mais je crois devoir , avant de donner mon opinion , faire connaître celles deBayen, Anglada, et celle deM.Fontan.
Pour Bayen , le blanchiment n'est pas dû seulement à la décomposition du sulfure qui existe clans l'eau, mais il est dû aussi, en partie, à l'action que le carbonate de soude contenu dans l'eau minérale exerce sur les sels calcaires contenus dans l'eau
YÏ'l DU BLANCHIMENT DES EAUX
froide. Bayen affirme, en effet, que l'eau sulfureuse blanchit toujours quand on la mêle avec des parties égales d'eau de la source Froide , tandis qu'elle blanchit difficilement ou même ne blanchit pas du fout quand on n'a pas fait ce mélange. Ce qui prouve, d'après Bayen , que la décomposition du sulfure au contact de l'air n'est pas la seule cause du blanchiment, c'est que le dépôt qu'abandonne l'eau blanche est formé, non-seulement de soufre, mais encore de deux sortes de terre, dont une se dissout dans les acides, tandis que l'autre refuse de s'y dissoudre (1). Ainsi, pour ce chimiste, le blanchiment est dû à deux causes distinctes : 1° la décomposition du sulfure au contact de l'air ; 2° l'action du carbonate de soude contenu dans l'eau thermale sur les sels terreux contenus dans l'eau froide.
Anglada, après avoir rapporté l'opinion de Bayen relativement aux eaux de Luchon, admet que le mélange d'une eau contenant des sels calcaires peut bien déterminer le blanchiment de l'eau sulfureuse ; mais il croit que c'est un cas particulier à celles de Luchon , et que ce phénomène peut s'expliquer d'une manière générale si l'on admet que les sulfures étant exposés au contact de l'air sont décomposés par l'oxygène et l'acide carbonique de celui-ci ; que cette décomposition produit un dégagement constant d'acide sulfhydrique, dégagement qui est favorisé par l'émission de l'azote, et que l'hydrogène de
(1) Bayen, Opusc, page 144.
l'acide sulfhydrique étant brûlé par l'oxygène de l'air, il y a production d'eau et dépôt de soufre (1).
Anglada produit le phénomène du blanchiment sur des eaux sulfureuses artificielles. Il reconnaît que ces eaux blanchissent mieux si on fait agir sur elles une quantité d'air limité que si l'air se renouvelle constamment.
M. Fontan admet aussi que l'action de l'air sur le sulfure est la cause du blanchiment; il admet encore que le blanchiment se produit dans l'eau qui a séjourné au contact d'un air limité, tandis qu'il ne se produit pas lorsqu'elle est exposée directement à l'air libre : cependant sa théorie diffère un peu de celle d' Anglada. Tour M. Fontan, en effet, l'acide sulfhydrique, qu'Anglada suppose libre, est, au contraire, combiné au sulfure de sodium , constituant un hydrosulfate de sulfure; l'air qui agit sur ce dernier composé, le détruit en produisant d'abord de l'eau et un polysulfure, et plus tard du carbonate, de l'hyposulfite de soude et un dépôt de soufre.
Dans mon opinion , et d'après mes expériences , il est incontestable que l'air joue un grand rôle dans l'accomplissement de ce phénomène ; mais il pourrait bien n'en être pas la seule cause, et ici , comme dans presque tous les cas où il y a discussion entre des savants, chacun de ceux qui ont écrit sur ce sujet aurait raison sur certains points et se serait trompé sur d'autres.
(1) Angl., «<• Mémoire, p. 187.
Il est un point sur lequel tout le monde paraît d'accord', c'est celui qui consiste à considérer l'air comme jouant un rôle très-important, sinon absolu, dans la production du blanchiment des eaux sulfureuses. Les expériences d'Anglada, celles de M. Fon- (an, qui n'en sont que la continuation, le témoignage des baigneurs qui n'ont pas manqué d'observer que l'eau du bain blanchit mieux quand elle a été brassée au contact de l'air, et qu'elle tombe déjà blanche par les robinets quand les réservoirs sont presque vides; enfin, l'observation attentive des faits prouvent qu'en effet l'air contribue pour beaucoup à la production de ce phénomène. Examinons pourtant si le contact de l'air suffit pour expliquer le blanchiment, et si d'autres causes, dont l'influence paraît avoir été méconnue, ne joueraient pas un rôle tout aussi important. Et d'abord le mélange de l'eau froide avec l'eau sulfureuse est-il inutile?
Les expériences d'Anglada et de M. Fontan prouvent que le mélange de l'eau froide avec l'eau sulfureuse n'est pas absolument nécessaire pour que l'eau blanchisse, puisque l'eau de Luchon, exposée seule au contact de l'air dans des conditions convenables , blanchit. Mais il ne faut pas oublier que l'addition de l'eau froide peut favoriser la décomposition de l'élément sulfureux , non-seulement par la décomposition des selsde chaux, de magnésie et d'alumine qu'elle renferme , mais aussi et surtout par l'air qu'elle tient en dissolution. Il est évident, en effet , que la proportion d'oxygène contenue dans
ce mélange est plus grande, proportionnellement au sulfure, que dans l'eau sulfureuse pure, et que la production du polysulfure et du blanchiment doit être plus rapide quand l'eau sulfureuse a été ainsi mélangée. Le rôle des sels de chaux et de magnésie a été considéré comme nul par tous les auteurs qui ont suivi Bayen et Anglada. Je crois , en effet , que ce rôle est bien secondaire , mais je ne suis pas convaincu de sa nullité; si l'on se rappelle, en effet:
1° Que l'eau de la source froide contient réellement des sels de chaux et de magnésie;
2° Qu'une eau sulfureuse étant exposée à l'air fournit du carbonate et du silicate de soude ;
3° Que , d'après Bayen , le précipité qui cause la lactescence de l'eau est composé de soufre , de matière organique et de deux terres , dont l'une est sohible dans les acides, et l'autre insoluble ;
4° Que, d'après M. Fontan (et ce fait est confirmé par mes essais ), le dépôt que fournit l'eau blanche contient de l'acide silicique libre ;
On sera porté à penser qu'aucune des théories, émises jusqu'à ce jour, ne peut, à elle seule , expliquer d'une manière satisfaisante les faits que Ton observe.
Nous avons vu , plus haut , les objections que l'on peut faire à la théorie de Bayen : examinons successivement celles d'Anglada et de M. Fontan.
Si la théorie d'Anglada est vraie , on ne voit pas pourquoi les eaux sulfureuses de Bagnères-de- Luchon sont les seules qui blanchissent. En effet ,
les autres sources des Pyrénées renfermant le même élément sulfureux, laissant dégager de la même manière de l'azote libre, contenant de l'air dissous dans les mêmes proportions, et étant exposées à l'action d'un air limité dans les réservoirs et de l'air libre dans les baignoires, devraient blanchir aussi ; et pourtant cela n'a lieu que pour un petit nombre d'entre elles , et encore n'est-ce jamais à un degré aussi prononcé que pour celles de Luchon. Ce phénomène a été observé par M. Fontan ; et à Ax , Anglada a bien observé le blanchiment de celle de Moligt, mais il l'attribue à une cause accidentelle ( le réservoir de la source qui se montra blanche avait été récemment enduit à l'intérieur d'un mélange de brique pilée et de graisse).
M. Fontan n'hésite pas à considérer le phénomène décrit par Anglada comme étant de même ordre que celui qui se passe à Luchon ; et pourtant , d'après ce dernier chimiste, l'eau se troublait pendant son refroidissement, non-seulement au contact de l'air, mais encore dans un flacon fermé hermétiquement, et il suffisait de chauffer une portion du liquide troublé pour lui voir reprendre aussitôt toute sa transparence. Ces dernières circonstances ne s'accordent guère avec l'opinion de M. Fontan : elles sont plus favorables à celle d' Anglada.
Les eaux de Luchon et d'Ax sont donc les seules sur lesquelles le blanchiment ait été constaté d'une manière incontestable : ce n'est que par exception qu'il a été observé ailleurs.
Dans un petit voyage, pendant lequel j'ai visité successivement Baréges, Saint-Sauveur, Cauterets , Bonnes , les Eaux-Chaudes , Labassère et Gazost , j'ai recueilli, avec le plus grand soin, des renseignements relatifs au blanchiment deseaux, et j'ai acquis la certitude qu'il y- est parfaitement inconnu ; et, pourtant, dans les quatre premières localités, l'eau passe dans des réservoirs où elle est en contact avec un air limité, et de là dans des baignoires où elle reçoit le contact de l'air libre. A Baréges, où l'eau qui arrive dans les piscines a subi l'influence prolongée de l'air, elle acquiert la couleur jaune verdàtre du polysulfure , et ne blanchit jamais.
Les eaux d'Ax et de Bagnères-de-Luchon laissent déposer du soufre sur les parois de leurs réservoirs et de leurs conduits , dans les portions qui ne sont pas immergées ; celles de Baréges, Cauterets, Saint- Sauveur, etc., n'en laissent pas déposer. Le phénomène du blanchiment et celui de la précipitation du soufre dans la partie supérieure du réservoir me paraissent donc liés l'un à l'autre. Le deuxième indique, d'une manière évidente , que les eaux sur lesquelles il se produit émettent , dans un temps donné, plus d'acide sulfhydrique que d'autres; car ces dépôts de soufre , dans des endroits que l'eau n'atteint jamais , ne peuvent s'expliquer que par l'action de l'air sur ce gaz. En tenant compte de la concommittance de ces phénomènes, on eût pu dire, à priori., que les eaux qui les présentent seraient celles qui se montreraient le plus altérables ; et c'est,
en effet , ce que l'expérience a constaté. Mais cette altérabilité est devenue, par ce seul fait, une chose précieuse (1).
Puisque les eaux qui laissent déposer du soufre sont précisément celles qui blanchissent, on ne s'étonnera pas si j'admets, avec Anglada, que l'acide sulfhydrique, qui est constamment mis en liberté dans ces dernières , est la cause du blanchiment.
La théorie d'Anglada n'explique pas pourquoi les eaux de Luchon et d'Ax blanchissent, et pourquoi celles de beaucoup d'autres localités ne présentent pas ce phénomène. Si ce dégagement d'acide suifhydrique était provoqué seulement par l'air ou par l'azote qui se dégage des eaux , on devrait l'observer surtout sur les eaux qui laissent dégager le plus d'azote ; et celles de Luchon ne sont pas , à beaucoup près, les plus remarquables sous ce rapport (2).
Ce dégagement d'acide sulfhydrique , qui est plus considérable dans les eaux qui blanchissent, doit
(1) Car elle permet d'obtenir à volonté, avec la même eau ( suivant qu'on l'a maintenue à l'abri de l'air, ou qu'on lui a permis de s'altérer par son contact), des bains d'une activité remarquable et des bains dépourvus de toute propriété excitante. Les bains d'eau blanche ne sont certainement pas inactifs ; les malades y sont plongés dans un véritable lait de soufre, et le soufre divisé, comme il l'est dans cette circonstance, doit avoir une action beaucoup plus efficace que dans son état ordinaire.
(2) Celles de Barzun, à Baréges, et celles de Saint-Sauveur laissent dégager beaucoup plus de gaz.
DE BAGiNÈRES-DE-LUCHON. 329
donc se lier à des différences de composition que l'analyse pourra constater.
J'ai dit, dans la première partie de ce livre, que les eaux de Luchon contenaient de l'acide silicique libre ; celles d'Ax sont aussi très-riches en silice. La silice et les sulfures alcalins se décomposent mutuellement au contact de l'eau et à une température élevée, en donnant lieu à un dégagement d'acide sulfhydrique et à la formation de silicate de soude. L'acide carbonique doit aussi, sans aucun doute, intervenir dans la décomposition du sulfure au contact de l'air ; mais son action n'est pas suffisante pour produire de l'eau blanche , puisqu'on n'en voit ni à Cauterets ni à Baréges.
J'admets donc que l'eau qui doit blanchir se décompose en donnant de l'acide sulfhydrique et du carbonate ou du silicate de soude; que cet acide sulfhydrique est décomposé par l'air avec production d'eau et de soufre ; que , dans un air limité, la majeure partie du soufre s'unit au sulfure non décomposé pour produire un polysulfure qui sera décomposé à son tour, jusqu'à ce qu'enfin tout le sodium étant brûlé et converti en sels de soude, le soufre se sépare sous celte forme émulsive qu'ont décrite MM. Sobrero et Selini.
L'acide silicique , en excès , se dépose alors en partie avec le soufre, et reste suspendu, comme lui, peut-être à la faveur de la matière organique, peut-être aussi parce qu'il peut, comme le soufre, présenter le phénomène d'une pseudo-solution. Les
sols de chaux , de magnésie et d'alumine contenus dans l'eau froide produisent, avec l'eau sulfureuse décomposée, des carbonates et des silicates insolubles qui viennent contribuer, pour une part, faible sans doute, mais bien réelle, à la production du blanchiment.
Telle est, à mon avis, h théorie la plus rationnelle du blanchiment des eaux de Luchon. Ce qui prouve que ce phénomène ne tient pas à des causes accidentelles, à une disposition particulière des réservoirs ou des conduits, c'est qu'il s'est maintenu depuis 1754 jusqu'à ce jour, quoique l'on ait changé la disposition des galeries, bouleversé le sol , déplacé les sources , fait de nouveaux réservoirs , etc. Il dépend donc de la nature de l'eau , et je suis fermement convaincu que les eaux qui sont susceptibles de blanchir n'ont pas la même composition chimique que celles qui ne blanchissent pas.
Ma théorie ne diffère de celle d'Anglada qu'en ce que je fais jouer aux acides silicique et carbonique le rôle qu'il fait jouer à l'oxygène et à l'azote; elle diffère de celle de M. Fontan en ce que je n'admets pas que l'acide sulfhydrique, qui subit l'action de l'air, préexiste dans l'eau sous la forme de sulfhydrate, et en ce que je fais jouer à l'acide silicique un rôle très-important.
Si la théorie de M. Fontan, telle qu'il l'a développée, était exacte, l'eau blanche devrait contenir une forte proportion d'hyposulfite de soude, tandis qu'il est facile de s'assurer qu'elle n'en contient pas
plus que les autres. Ces faits sont parfaitement d'accord avec ma théorie qui n'exige pas la formation de ce sel , mais qui peut admettre sa production, en quantité minime, comme une réaction secondaire et de peu d'importance pour expliquer le blanchiment.