ANALYSE DE L'AIR DES GALERIES , ÉTUVES , DOUCHES . PISCLNES , ETC
Los chimistes qui se sont occupés de l'étude de* eaux thermales sulfureuses n'ont pas suffisamment dirigé leur attention sur la composition de l'atmosphère dans laquelle respirent les malades qui prennent des bains de piscines, des douches, ou qui séjournent dans les étuves, soit sèches, soit humides. L'action des émanations sulfureuses n'a pourlant pas été méconnue par tous les médecins. M. Lallemand l'a surtout signalée à l'attention de ses confrères comme un moyen thérapeutique dont on pourrait tirer un parti avantageux dans l'établissement du Vernet. Le passage suivant, que j'emprunte à une note qu'il a publiée dans les Comptesrendus de l'Institut (tome XXII, page 160), pourra donner une idée de l'importance que cet habile médecinattache à l'action des vapeurs chargées d'acide sulfhydrique sur les organes de la respiration.
« Tout le monde sait que les eaux hydrosull'u- » reuses sont d'un puissant secours contre toutes » les affections anciennes des poumons. On connaît » en particulier la réputation des eaux Bonnes con- » tre tous les cas de cette nature ; mais comment » les emploie-t-on en général? En bains, surtout » en boisson ; les eaux Bonnes ne s'appliquent même » que sous cette forme, à cause de leur basse tempé- » rature. Si les eaux sulfureuses sont si utiles contre
» les affections pulmonaires chroniques , appliquées » surtout à la peau ou introduites clans les organes » digestifs, de quelle efficacité ne doivent-elles pas » jouir lorsqu'elles sont mises en contact immédiat » avec les tissus mêmes qui sont malades , lors- » qu'elles pénètrent, en un mot, dans les dernières » ramifications des vésicules aériennes ! Tous les » praticiens ont senti l'importance de cette action » directe , immédiate , et plusieurs ont imaginé di- » vers moyens défaire respirer aux malades de l'air » chargé de principes médicamenteux. Ces essais v n'ont pas été suivis de succès , parce que la respi- » ration avait lieu à travers des tubes plongeant » dans les vapeurs destinées à pénétrer dans les » poumons ; il en est toujours résulté une gêne » dans la respiration qui ne permettait pas de pro- » longer cette espèce de supplice au-delà de quel- ■» ques minutes. Pour obvier à cet inconvénient ca- » pital , j'ai imaginé de faire vivre , en quelque » sorte, ces malades dans l'atmosphère même des » eaux sulfureuses , en leur réservant un immense » local dans lequel la vapeur, arrivant par en bas » et s'échappant par le haut, entretient la tempéra- » ture de ce courant continu à 18ou 20° centigrades » environ, température qu'on peut, au reste, faire » varier à volonté, ainsi que la quantité de vapeur » en circulation.
» Dans le principe , on n'y reste qu'une heure ou » deux matin et soir ; mais on s'y habitue bientôt, » de manière à y rester douze heures par jour,
» sans la moindre incommodité, en s'y livrant aux » mêmes occupations que dans son cabinet. Sans » être médecin, on peut facilement imaginer quelle » puissante influence une médication aussi directe, » aussi permanente , peut exercer sur les organes » affectés. Elle est telle que, dès les premiers jours, » les malades en éprouvent un effet sensible.
» En ce moment, il y a dans l'établissement (au » Vernet) plusieurs phthisiques qui sont guéris de- » puis deux ou trois ans, et qui y reviennent passer » les plus mauvais jours de l'hiver, dans la crainte » de quelque rechute ; plusieurs ont quitté Pise ou » Naples pour revenir se plonger dans les vapeurs > qui leur ont été salutaires et que le plus beau cli- » mat ne peut remplacer. Notez bien que je parle ici » de phthisies tuberculeuses, parfaitement consta- » tées par l'auscultation; de phthisies accompagnées » de sueurs nocturnes, de diarrhées colliquatives , » enfin de tous les symptômes qui accompagnent la » dernière période de cette terrible maladie , dont » le nom seul paraît un arrêt de mort.
» C'est donc une révolution à introduire dans la » thérapeutique de ces affections, non-seulement » quant à l'époque de l'administration des eaux sul- » fureuses , mais encore quant au mode de leur » emploi, puisqu'il s'agit de les faire pénétrer jus- » qu'aux tissus altérés , comme on applique un » topique sur un mal extérieur, et cela pendant des » journées entières, s'il le faut.... etc. »
Il est évident, d'après cette citation, que M. Lai-
lemand attribue une grande importance à l'action que les vapeurs sulfureuses exercent sur l'économie des malades.
Mais ce que le savant praticien auquel j'ai emprunté ces quelques lignes croit possible au Vernet, doit l'être aussi dans d'autres établissements thermaux; il suffit pour cela qu'ils soient pourvus d'eaux bien sulfureuses , suffisamment chaudes et suffisamment abondantes. Ces conditions ne se trouvent pas réunies dans toutes les stations thermales des Pyrénées, et d'ailleurs les choses ne sont pas disposées, dans les établissements ordinaires, comme elles le sont au Vernet; mais il n'en est pas moins vrai de dire que partout où un malade fait usage des eaux sulfureuses autrement qu'en boisson , celles-ci exercent leur action immédiate', non-seulement sur la peau ou sur les organes digestifs , mais aussi sur les poumons. N'est-il pas évident, en effet, qu'un individu qui est plongé dans un bain d'eau sulfureuse est placé dans les conditions les plus favorables pour inspirer l'air chargé d'acide sulfhydrique qui se trouve à la surface de l'eau ? Les cabinets des bains eux-mêmes renferment une atmosphère plus ou moins imprégnée de ce gaz ; mais toujours en proportion trop faible pour qu'il soit possible d'en évaluer exactement la quantité.
L'action de l'acide sulfhydrique doit être bien autrement prononcée dans les étuves humides où l'air se renouvelle à peine, et où l'eau subit le contact de l'air sans avoir été préalablement refroidie ; ici la
quantité du principe sulfureux répandue dans l'air est suffisante pour que les solutions de sels de plomb, d'argent ou de cuivre, à travers lesquelles on le fait passer, soient brunies presque à l'instant et donnent bientôt un précipité de sulfure métallique , facile à recueillir et à peser. Les vitres de la salle d'étuve de Luchon sont tapissées, par places, d'un léger enduit jaunâtre, dans lequel il est facile de constater la présence du soufre en nature. Ceci se conçoit aisément, puisque l'acide sulfhydrique est décomposé par l'oxygène de l'air, avec production d'eau et dépôt de soufre.
L'atmosphère des salles de douches et des piscines est aussi suffisamment riche en acide suifhydrique, pour qu'il soit aisé, non-seulement d'y constater l'existence de ce gaz , mais encore d'en déterminer la quantité. Les eaux facilement décomposâmes, comme le sont celles des anciennes sources de Bagnères-de-Luchon, versent dans l'air, toutes choses égales d'ailleurs, plus d'acide suifhydrique que les autres ; il en résulte que le bain de piscine préparé avec des eaux de ce genre, doit avoir une action différente de celle du bain de piscine préparé avec des eaux relativement plus stables, comme celles de Baréges, par exemple. Dans le premier, l'atmosphère est plus chargée de principe sulfureux ; dans le second, c'est l'eau qui conserve la majeure partie du sulfure de sodium. Le premier bain doit produire une action qui devient immédiatement générale, tandis que le deuxième
doit exercer une action locale plus efficace et ne produire que plus tard des effets généraux.
Si l'on essaie de remplir les piscines de Bagnèresde-Luchon avec de l'eau sulfureuse qui a servi pour donner soit des bains, soit des douches, on trouve que le sulfhydromètre n'y accuse que des traces de sulfure. Le plus souvent l'eau blanchit quelques instants après son arrivée dans la piscine, quelquefois même elle est déjà blanche quand elle y arrive ; elle donnerait donc un bain riche en carbonate et en hyposulfite de soude, mais pauvre en sulfure alcalin. A Barèges, au contraire, le bain se montre riche en sulfure de sodium et à un tel point que l'eau de la piscine y est plus sulfureuse que celle d'un bain préparé avec un mélange d'eau de la Reine et d'eau Froide, à Bagnères-de-Luchon , mélange qui passe pour être très-actif. Je reviendrai plus loin sur ces différences.
Pendant mon séjour à Bagnères-de-Luchon , j'ai étudié avec le plus grand soin l'altération qu'éprouve l'air confiné dans les salles dont j'ai parlé tout-àl'heure.Mes expériences, quoique peu nombreuses, suffiront pour donner une idée précise des moyens d'action puissants dont on dispose actuellement dans cette localité.
L'air des piscines, des salles de douches et d'étuves est altéré : 1° par l'acide sulfhydrique qui se dégage de l'eau minérale; 2° par le contact de l'eau sulfureuse elle-même, dont l'un des éléments (le sulfure de sodium) absorbe continuellement de l'oxygène.
Le malade qui est placé dans une piscine respire dans une atmosphère très-chaude ( de 26 à 30"). Cet air dilaté lui fournit, à chaque inspiration , moins d'oxygène que l'air extérieur.
L'air des piscines et des douches est, en outre , sensiblement saturé de vapeur d'eau; ce qui doit considérablement amoindrir la transpiration cutanée, et même la transpiration pulmonaire.
Cet air est plus pauvre en oxygène que celui du dehors; enfin il contient un peu d'acide sulfhydrique.
La décomposition de l'acide sulfhydrique par l'oxygène répand dans l'atmosphère du soufre en nature. Ce soufre très-divisé , disséminé dans cette atmosphère humide, pénètre, à chaque instant, dans les organes respiratoires en même temps que l'acide sulfhydrique non décomposé.
Toutes les causes que je viens d'énumérer concourent à amoindrir l'hématose ; elles privent momentanément la peau et les poumons d'une partie de leurs droits , et l'on conçoit sans peine l'état de malaise qu'éprouvent les malades qui y sont soumis. On voit aussi pourquoi ces malades, sortant très-échauffés de cette atmosphère riche en azote , souillée par des vapeurs sulfureuses et saturée d'humidité, sentent se développer en eux une réaction salutaire qui peut, en rétablissant la transpiration dans toute son intégrité , amener la guérison des affections rhumatismales et de plusieurs autres maladies.
'298 ANALYSE DE l\\IR DES GALERIES ,
Dans les analyses dont je vais exposer les résultats, je me suis proposé de mesurer l'appauvrissement en oxygène qu'a subi l'air confiné dans les étuves, les salles de douches et les piscines , et en outre de doser aussi rigoureusement que possible l'acide sulfhydrique qui s'y trouve répandu.
Pour doser l'acide sulfhydrique, j'ai fait passer de l'air dans des tubes laveurs contenant, tantôt de l'acétate de plomb , tantôt de l'azotate d'argent dissous dans de l'eau distillée; j'ai recueilli avec soin le sulfure qui s'est produit dans mes liqueurs, et je l'ai pesé après lui avoir fait subiv des lavages et une purification convenables. L'airétait puisé dans les salles à l'aide d'un tube de verre qui traversai), soit l'un des murs de celle-ci , soit la porte ellemême, et venait sortir au-dehors où il était mis en communication avec un aspirateur, disposé de telle manière qu'il m'était facile d'accélérer ou de ralentir le courant d'air, et en même temps de mesurer assez exactement le volume du gaz qui avait traversé mes appareils.
Cet aspirateur avait été mis à ma disposition par M. Boisgiraud, son inventeur, qui, pendant toute la durée de. mes travaux, a bien voulu m'accorder, avec une rare bienveillance, des conseils qui m'ont été très-utiles (1).
Air des piscines.
J'ai examiné l'air des piscines pendant la saison
(1) Voir la planche n° 3 cl la légende qui la précède.
des bains. La piscine dans laquelle j'opérais avait été remplie et vidée à plusieurs reprises pendant la matinée , et l'atmosphère s'y trouvait dans les conditions ordinaires.
La température de l'eau était de 36°, 00, celle de l'air était de 26,50 ; un thermomètre placé à l'extérieur de la salle marquait 17,40.
1° 270 litres d'air ont fourni 0 gr. 0320 de sulfure de plomb, correspondant à 0 gr. 00455 d'acide sulfhydrique, ou à 2CC97 de ce gaz.
Des analyses exécutées dans d'autres saisons m'ont fourni des résultats analogues, et la quantité d'acide sulfhydrique contenue dans 100 litres d'air s'est toujours trouvée comprise entre lcc et i<>«2.
Un homme adulte, qui séjourne pendant une heure dans la piscine, fait passer dans ses poumons environ 320 litres d'air (1), qui contiennent 3CC62 d'acide sulfhydrique.
Pour déterminer la proportion d'oxygène contenu dans l'air, j'ai eu recours, tantôt à des essais eudiométriques exécutés avec un grand soin, tantôt à l'action du phosphore sur un volume connu d'air : j'ai trouvé ainsi que 100 parties d'air des piscines sont formées (abstraction faite de la vapeur d'eau et de l'acide carbonique ) de ;
(1) D'après M. Dumas, un homme adulte introduit environ un tiers de litre d'air dans «es poumons, à chaque inspiration ; et il en fait 16 par minute.
Oxygène 19,50
Azote 80,50
100,00 moyenne de trois analyses. Les volumes ont été rapportés à la température de zéro, et à la pression de 0m,70.
Les résultats ont été bien différents lorsque, au lieu d'opérer dans les conditions ordinaires ( la piscine étant remplie d'un mélange d'eau de la Reine et d'eau Froide ) , j'ai analyse l'air de la même salle alors que la piscine était remplie avec l'eau de vidange des bains et celle qui avait servi à administrer des douches. Dans ce dernier cas, j'ai pu faire passer plus de 500 litres d'air dans mes appareils laveurs, sans obtenir une quantité appréciable de sulfure d'argent ou de plomb. La proportion d'oxygène contenue dans l'air de la salle était sensiblement la même que celle de l'air extérieur.
Dans ces dernières expériences, un litre d'eau de la piscine n'absorbait que de 0 gr. 008 à 0,015 d'iode ; tandis que lorsqu'on employait l'eau vierge, la même quantité d'eau absorbait 0 gr.050.
Air des salles de douche.
Température 26,50
Température de l'air extérieur. . . 16,50
260 litres d'air ont fourni 0 gr. 0480 de sulfure de plomb équivalant à 0 gr. 0068 d'acide sulfhydrique, ou à 4CC44.
Dans une deuxième expérience, 300 litres d'air ont fourni 0,0495 de sulfure d'argent qui représentent 0 gr. 0067 d'acide sulfhydrique.
Cent parties d'air des douches ont fourni r
Oxygène 19,20
Azote. 80,80
Un homme qui séjourne un quart d'heure dans cette salle fait passer dans ses poumons environ 82 litres d'air contenant lcc40 d'acide sulfhydrique.
'Air des étuves humides.
Température 35,80
Température extérieure. . . 17, GO
200 litres d'air ont donné 0 gr. 0340 de sulfure de plomb, représentant 0 gr. 0048 d'acide sulfhydrique , ou 3CC20 de ce gaz.
Celui qui séjourne un quart d'heure dans cette étuve fait passer dans ses poumons 4CC41 d'acide sulfhydrique.
Cent parties d'air ont fourni :
Oxygène 19,45
Azote 80,55
Comme on le voit, la proportion de l'oxygène est sensiblement diminuée dans l'air de ces salles, et si l'on se rappelle que la température de l'atmosphère des piscines est d'environ 26 degrés au-dessus
de zéro, on comprendra que la quantité d'oxygène, qui passe dans les poumons pendant la durée du bain doit être très-considérablement amoindrie. En effet, puisque l'air normal se compose, d'après les recherches de MM. Dumas et Boussingault, de :
Oxygène 20,80
Azote ...... 79,20
320 litres d'air normal doivent contenir 66 lit. 56 d'oxygène; mais si l'air de la salle ne conlienl que 19,50 pour cent d'oxygène, les 32J3 litres que respire le baigneur , au lieu de renfermer 66 lit. 56 d'oxygène, n'en renferment plus que 62,40. C'est donc 4 litres d'oxygène de moins qui passent dans ses poumons.
La différence est plus grande encore si l'on tient compte de la dilatation de l'air intérieur. Ainsi , en admettant que la température extérieure fût de 16° au-dessus de zéro, 320 litres d'air à 26° ne représentent que 308 lit. 7 d'air à 16°, et ces 308 lit. 7 contiennent seulement 60 lit. 19 d'oxygène. C'est donc 6 lit. 37 de moins d'oxygène qui passent dans les poumons du malade. Ajoutons à cela que l'acide sulfhydrique est un des agents qui contribuent le plus à amoindrir l'hématose, et nous aurons suffisamment prouvé pourquoi l'action du bain de piscine est infiniment différente de celle du bain ordinaire.
Si nous faisons le même calcul pour les étuves
souterraines, nous trouverons que, tandis que 82 litres d'air -extérieur à 16° contiennent 17 lit. 05 d'oxygène, 82 litres à 35°80 équivalent à 7 G lit. 49 d'air à 16°, qui contiennent 14 lit. 87 d'oxygène. C'est donc 2 litres d'oxygène de moins qui auraient passé par les poumons du malade après un quart d'heure de séjour.
L'air des galeries souterraines dans lesquelles circulent les sources est aussi plus pauvre en oxygène que l'air extérieur; mais sa composition varie d'un point à l'autre , parce que l'air des galeries dans lesquelles circule l'eau froide se mêle avec celui des autres galeries d'une manière assez irrégulière. C'est pour cette raison que je ne rapporte pas ici les analyses que j'en ai fait. Les résultats de ces analyses diffèrent trop les uns des autres pour qu'on en puisse déduire la composition moyenne de l'atmosphère de ces galeries.
En traitant de l'action qu'exerce sur les malades l'atmosphère des piscines, étuves, etc., je ne me suis préoccupé que de la diminution que doit éprouver l'hématose pendant le séjour qu'on y l'ait.
J'ai montré que cette diminution devait être considérable; mais je n'ai pas perdu de vue que ce n'est pas elle seule qui peut servir à expliquer les effets qu'on obtient de ce genre de médication. La diminution qu'éprouvent la transpiration pulmonaire et la transpiration cutanée dans ces chambres, où l'air est littéralement saturé de vapeur d'eau , n'est pas étrangère à l'effet qu'éprouvent les malades. L'éva-
poration de l'eau n'ayant plus lieu à la surface du corps dans ses conditions normales , il en résulte une élévation de température qui, jointe au séjour dans un lieu très-chaud par lui-même , rend trèsbien compte des sueurs abondantes qu'éprouvent les malades au sortir du bain, de la douche ou de l'étuve.
Le séjour clans les galeries souterraines de Luchon, qui sont de véritables étuves sèches, est moins pénible que celui qu'on peut faire dans les étuves humides. Dans les étuves sèches, on est surtout incommodé par la haute température à laquelle on est soumis, 35° environ, et par l'action qu'exerce sur l'économie un air pauvre en oxygène et riche en acide sulfhydrique. 11 m'est arrivé souvent de séjourner dans ces galeries pendant cinq à six heures consécutives pour y étudier les eaux à leur griffon. Quand je sortais de cette enceinte trèschaude , j'éprouvais souvent un peu de malaise, quelques vertiges et toujours une lassitude trèsprononcée. J'étais poursuivi ensuite , pendant deux ou trois jours, par une odeur sulfureuse que des bains d'eau pure ne faisaient pas disparaître, et qui provenait évidemment du soufre que j'avais absorbé sous forme gazeuse par les poumons. Il m'est arrivé souvent d'éprouver des épistaxis qui n'offraient aucune gravité.
Je conclus, de tout ce qui précède, que l'action de l'air, chargé de vapeurs sulfureuses sur les organes respiratoires , constitue un moyen puissant
dont les médecins pourront tirer un excellent parti. On serait pourtant dans Terreur si l'on pensait que toutes les eaux sulfureuses des Pyrénées sont propres à fournir une atmosphère de la nature de celles dont j'ai rapporté les analyses. Les eaux très-altérables, qui émettent continuellement de l'acide sulfhydrique dans l'air, sont seules dans ce cas. Sans doute, toutes les eaux sulfureuses absorbent l'oxygène de l'air; mais il est incontestable que quelques-unes d'entre elles jouissent d'une stabilité qu'on ne trouve pas chez les autres, et agissent, par conséquent, sur l'atmosphère avec plus de lenteur. On ne s'expliquerait pas sans cela pourquoi les eaux de Bagnères-de-Luchon et d'Àx donnent des dépôts de soufre sur la voûte de leurs réservoirs ou de leurs conduits, tandis que celles deBaréges, Cauterets, Bonnes, etc., n'en fournissent pas.
Nous chercherons la cause de ce dégagement d'acide sulfhydrique quand nous traiterons du blanchiment.