‹ Eaux minérales des PyrénéesChapitre 55 sur 88 · NOMBRE · texte numérisé non relu

NOMBRE

Les cures les plus remarquables sont produites par la grande douche et les piscines. On boit principalement l'eau du Tambour : c'est aussi l'eau de cette source qui est mise en bouteilles pour être exportée. Le débit des sources réunies s'élève à environ 160 mètres cubes par 24 heures.

L'établissement de Baréges renferme seize cabinets de bains, deux douches, et trois piscines qui sont : la piscine militaire , la piscine civile et la piscine des pauvres. J'ai dit plus haut que, dans cet établissement , les cabinets de bains et les piscines sont disposés de manière à ce que le malade subisse , autant que possible , l'influence de la buée de vapeur.

Baréges laisse beaucoup à désirer sous le rapport des ressources balnéaires; mais des améliorations importantes, qui ont été proposées depuis longtemps par M. François, y seront introduites d'ici à peu de temps, sous la direction de cet habile ingénieur.

BARZDN.

La source de Barzun est située sur la rive droite du Bastan , à moins d'un kilomètre de distance de Baréges.

Sa température est de 31°,20 cent. Un appareil sur le modèle de celui des Eaux-Bonnes a été établi par le propriétaire à côté du réservoir pour chauffer l'eau , dans le cas où certains malades la trouveraient trop froide ; mais il est possible , dans le plus

grand nombre de cas , de la faire supporter avec sa chaleur naturelle ou avec de très-légères additions d'eau minérale chauffée.

L'eau de la source de Barzun-Baréges est limpide, transparente et semblable , par ses propriétés physiques, à toutes les autres sources sulfureuses de la chaîne des Pyrénées. Très-chargée de soufre, elle donne au sulfhydromètre de Dupasquier 0 gr. 0330 de sulfure de sodium par litre ; elle est très-gazeuse , et les bulles si nombreuses qui s'en dégagent , lorsqu'on la reçoit dans un verre, sont formées en trèsgrande partie par de l'azote. L'analyse qui en a été faite par MM. Boullay et 0. Henry , a démontré que sa composition chimique était la suivante : Un litre d'eau renferme :

Sulfure de sodium Osr 03300

Chlorure de sodium J

Chlorure de potassium, très-sensible. J 0 11700 Chlorure de magnésium, trace légère. /

Sulfate de soude 1

Sulfate de chaux 0 064fX>

Carbonate de soude ]

Silicate de soude ,

Carbonate et silicate de chaux. .

Oxyde de fer

Glairine ou barégine

Total 0 35000

On voit que l'eau de Barzun se rapproche, par sa force sulfureuse, de celles qu'à Baréges on considère comme les plus actives , les Bains neufs et l'Entrée ,

tandis qu'elle n'est pas plus chaude que celle de Lachapelle qui est bien moins chargée. Elle offre d'ailleurs quelques différences dans sa composition générale, telles que la présence d'un peu de fer, beaucoup plusde gaz, et peut-être aussi une plus forte proportion de barégine , auxquelles on pourrait attribuer la qualité qu'elle possède d'être plus douce et plus facile à supporter. Elle la doit aussi sans doute à sa température modérée , qui rend en général plus efficaces les eaux qui la possèdent, quelle que soit d'ailleurs la nature de leurs éléments.

L'eau de Barzun-Baréges a de la stabilité, lors même qu'elle est refroidie et transportée au loin ; ce qui contribuera nécessairement à la répandre.

L'établissement bien bâti et neuf comporte neuf baignoires en marbre poli , placées dans des cabinets bien voûtés. On y trouve trois douches dont deux descendantes et l'autre ascendante, avec chute, chacune de deux mètres ; on y trouve de plus une buvette.

Les propriétés thérapeutiques de la source de Barzun-Baréges sont, avec certaines modifications , celles des eaux sulfureuses en général. En boisson , elle se rapproche plus particulièrement de celles de Bonnes et de La Raillere (Cauterets) , bien plus sulfureuse que ces dernières , puisqu'elle donne, par litre, au sulfhydromètre, 0,0330, tandis que la buvette de Bonnes ne donne que 0,0219, et celle de La Raillere, 0,0186. Infiniment plus gazeuse qu'elles et plus chargée de barégine , elle provoque ce-

pendant une excitation moins forte. — Des observations répétées ne laissent aucun doute à cet égard.

En bains, douches, etc., le mode d'action de la source de Barzun-Barèges diffère sensiblement de celui des sources du grand établissement de Baréges. Beaucoup moins excitante que ces dernières , elle est très-utile pour préparer les malades à leur usage; elle convient parfaitement aux malades irritables, atteints de maladies nerveuses, de certains névroses des voies respiratoires, digestives, urinaires; de migraines, d'affections dartreuses encore trop aiguës pour pouvoir supporter les eaux du grand établissement; d'ulcères s'accompagnant d'une grande sensibilité. M. Pages a des observations très-remarquables de maladies de matrice fort graves, guéries par la source de Barzun-Baréges ; elle lui a souvent été très-utile pour calmer une surexcitation trop forte , produite par les sources de Baréges, chez des personnes imprudentes qui ne s'étaient pas assez méfiées de leur énergie. Enfin, les malades qui, ayant besoin de recourir à un traitement par le soufre, auraient des motifs de redouter l'excitation produite habituellement par cet agent, pourront trouver de précieuses ressources dans l'eau minérale qui nous occupe.

D'après le docteur Baudens , l'eau de Barzun jouit de propriétés sédatives incontestables, bien précieuses pour combattre une foule de phlegmasies chroniques , parmi lesquelles nous citerons : les né-

vralgies, les rhumatismes articulaires, la goutte, les affections pulmonaires et gastriques, les maladies de matrice qu'elle guérit d'une manière véritablement remarquable, la leucorrhée, l'aménorrhée chez les jeunes filles, celles des voies urinaires, la colique néphrétique, la gravelle, etc.

En résumé, les eaux de Barzun, quoique très-sulfureuses, sont sédatives, hyposthénisantes et assez analogues à celles de Saint-Sauveur. Leur voisinage est d'autant plus précieux pour Baréges, que ce sont précisément les eaux de ce genre qui manquent à cette localité.

SAIHT-SAUVEUB.

Le petit village de Saint-Sauveur est situé dans la vallée de Lavedan, sur les flancs de la montagne de l'Aze , à une hauteur d'environ 80 mètres au-dessus du gave de Gavarnie,'dans une position des plus pittoresques.

On y trouve un établissement thermal/remarquable par son élégance et sa simplicité. Cet établissement renferme seize cabinets de bains , deux douches ascendantes et une buvette.

La source principale jaillit, à peu de distance de l'établissement, d'une roche euritique assez compacte ; une deuxième source , située un peu plus loin , est connue sous le nom de source de la Ilontalade.

Les propriétés physiques et chimiques de l'eau de Saint-Sauveur m'ont paru fort analogues à celles de

la source Barzun. L'eau de Saint-Sauveur, comme celle de Barzun , laisse dégager dans les vases où on la puise une multitude de petites bulles qui lui donnent , pendant quelques instants, l'aspect d'une eau gazeuse.

M. le docteur Fabas, qui eut la bonté de m'accompagner , lorsque je visitai l'établissement , avec MM. François, Chambert et Pégot, me fit remarquer que lorsqu'on porte dans la salle de la douche une bougie allumée et qu'on fait tomber l'eau minérale sur le sol , le gaz qui s'en dégage est assez abondant pour modifier la forme de la flamme qui jaunit un peu et s'allonge considérablement.

Voici, d'après mes observations, la température et la richesse en principe sulfureux de l'eau de Saint- Sauveur :

Température ( à la douche).". . . . 34°,20 A là baignoire ( cabinet n° 1). . . . 32°, 30

Quantité de sulfure de sodium dans un litre d'eau:

A la douche 0,0217

Dans la baignoire 0,0210

J'ai déterminé aussi la richesse en chlorures et

l'alcalinité de cette eau.

D'après mes recherches, un bain de 300 litres

renferme :

Sulfure de sodium 6 gr. 300

Chorurc de sodium 30 57

Carbonates ou silicates alcalins , ou alcalino-terreux 18 30

L'eau de la source de Hontalade a une température de 22°, et contient par litre 0 gr. 0198 de sulfure de sodium (Gintrac).

M. Fabas m'a assuré que l'eau de Saint-Sauveur communique à la peau une onctuosité toute particulière ; ce qui est assez en rapport avec son alcalinité assez prononcée, sa température assez basse (1), et sa richesse en matière organique qui m'a paru assez considérable.

Les'eaux de Saint-Sauveur sont, d'après M. Fabas, douces, sédatives, hyposthénisantes.

Elles conviennent surtout dans le traitement des maladies nerveuses ; les affections de l'utérus , caractérisées par le relâchement des ligaments et l'engorgement du col , y sont traitées avec succès.

M. Fabas, dit M. Constantin James (2), m'assurait que la plupart des malades laissaient leur pessaire à Saint-Sauveur.

Ces eaux produisent aussi de bons effets dans le traitement de certaines affections des voies urinaires (catarrhes vésicaux , affections graveleuses ), des gastralgies, des entéralgies, etc.

Il est à remarquer que le bain de Saint-Sauveur est plus riche en sulfure de sodium que celui de la Reine, à Luchon.

(1) En général, les eaux très-chaudes ne communiquent pas cette onctuosité à la peau.

(2) Loc. cit., pag. 85.

D'après M. Longchamps, un litre d'eau de Saint- Sauveur renferme :

Sulfure de sodium. . . 0 gr. 025360

Sulfate de soude. ... 0 038680

Chlorure de sodium. . 0 073598

Silice 0 050710

Chaux 0 001847

Magnésie 0 000242

Soude caustique 0 005201

Potasse caustique. . . \

Barégine [ traces.

Ammoniaque J

0 gr. 195638

Si l'on compare la richesse en sulfure de sodium des bains de Saint-Sauveur avec celle des bains de Luchon, il sera facile de reconnaître que le degré d'excitation que produisent les eaux sulfureuses n'est pas en rapport avec la quantité de sulfure qu'elles renferment. Un bain d'eau de la Reine, à Luchon, mis à la température de 35°, contient moins de sulfure qu'un bain de Saint-Sauveur, et pourtant il excite beaucoup plus les malades. Sans doute la composition chimique de l'eau n'est pas étrangère à ces différences, mais la température y est pour beaucoup. En général, lorsque les malades ont à leur disposition de l'eau chaude et de l'eau froide, ils prennent souvent, malgré l'avis de leur médecin , des bains trop chauds. J'ai déjà fait ob-

server que le bain cle Saint-Sauveur est assez fortement alcalin.

L'eau de Saint-Sauveur ne blanchit pas.

1A3ASSEEE.

Dans la commune de Labassère, à une distance de 7 à 8 kilomètres de Bagnères-de -Bigorre , se trouve une source sulfureuse abondante et remarquable à plus d'un titre.

Cette eau sort d'un terrain schisteux de transition, portant alternance de schiste carbonifère éclatant et de calcaire avec le sulfure ferrugineux , quelques cristaux de macle monochrone et beaucoup d'alun en efflorescence.

Les propriétés de l'eau de Labassère ont été étudiées successivement par MM. Ganderax, Rozière , Fontan , François, Boullay et Gintrac ; j'en ai fait moi-même, en 1850, l'analyse quantitative. Cette analyse a été vérifiée , peu de mois après , par M. Poggiale.

La température de l'eau de Labassère varie , d'après les diverses observations qui ont été faites, entre 11,60 et 13,75.

Cette eau , quoique froide en apparence doit être classée parmi les eaux thermales; car sa température n'éprouve dans les diverses saisons que des variations légères. Le sol était couvert de neige, quand je l'ai observée.

Les propriétés physiques et chimiques de cette

eau étant celles des eaux Sulfuré- sodiques en général , je me dispenserai de les décrire.

Voici les résultats des analyses que j'ai mentionnées tout-à-l'heure.

Un litre d'eau de Labassère contient :

Filluil. Poggiaîe.

gr. gr.

Sulfure de sodium 0,0464 0,0400

— de fer, de cuivre et de

manganèse traces, traces.

— de potassium 0,0036 0,00189

Carbonate de soude 0,0232 0,0233

Sulfate de soude , de potasse et

de chaux traces, traces.

Silicate de chaux 0,0452 0,9477

— d'alumine 0,0007 0,000:3!»

— de magnésie 0;0096 0,0080

Alumine en excès 0,0018

Iode tracés, traces.

Matière organisée 0,1450 0,1630

Comme on le voit, cette eau est remarquable par son alcalinité ; elle renferme une proportion trèssensible de carbonate de soude; elle se distingue de beaucoup d'autres par la faible proportion de silice et la forte proportion de chlorure de sodium qu'on y rencontre.

Sa richesse en chlorures la rapproche des eaux

de Bonnes et de Gazost. La quantité de sulfure de sodium qu'elle contient lui donne de l'analogie avec les eaux de Baréges ou de Bagnères-de-Luchon.

De toutes les eaux sulfureuses que j'ai examinées, il n'en est aucune qui se soit montrée moins altérable, soit par l'exposition à l'air, soit par le transport. Ce peu d'altérabilité des eaux de Labassère avait été signalé avant mes recherches parMM.Fontan, Boullay et Gintrac. L'eau de Labassère se place donc en tête des eaux propres à l'exportation.

J'ai rapporté plus haut quelques-unes des expériences que j'ai faites sur cette eau transportée à Toulouse. M. 0. Henry a , de son côté, constaté que l'eau minérale transportée à Paris n'avait pas subi d'altération notable.

Cette stabilité des eaux de Labassère dépend, sans doute en partie , de sa basse température ; mais elle dépend beaucoup plus , selon moi , de son alcalinité qui est plus prononcée que celle des autres1, et de sa pauvreté en acide silicique.

Il est impossible, de quelque manière qu'on veuille interpréter les résultats des analyses que j'ai rapportées, de trouver que cette eau est minéralisée par du suif hydrate de sulfure de sodium.

L'eau de Labassère n'est administrée qu'en boisson. M. Soubies a fait établir , à Bagnères-de- Bigorre, dans son établissement de villa Théas,une buvette qui fournit aux malades celte eau sulfureuse chauffée au bain-marie et à une température sensiblement invariable, dans un appareil construit

d'après les données dont j'ai parlé à propos des eaux de Bagnères-de-Luchon. La planche 3 en représente la disposition générale.

Cet appareil se compose d'un plateau a, a , a, a de chêne , placé sur un support en maçonnerie et supportant les deux cuves de bois de chêne c, c, c, c, et D, D, D, D. La cuve C, C, convenablement remplie d'eau saturée de sel marin , reçoit le gazomètre m, m, m, m, représenté en traits gris clair dans sa position la plus haute, et en traits noirs clans sa position la plus basse. La partie supérieure porte une tige z, z verticale, glissant dans un guide v, x, y. La portion supérieure delà cloche est construite de manière que , sur la partie horizontale et circulaire P, P, on place à volonté des disques circulaires de plomb pour charger la cloche et maintenir le gaz intérieur sous une pression de 25° c. d'eau. Enfin , un tuyau de plomb o, o, o, o, deOm,01 de diamètre intérieur, prend le gaz à la partie inférieure de la cloche pour le porter vers le robinet R.

La seconde cuve D, D, plus petite, est destinée à contenir une jarre de porcelaine J, J, J, J, de la capacité de 25 litres. Elle reçoit, à la partie inférieure, par le robinet S, /, t, un filet d'eau amené par un conduit de plomb de 0m,02, d'une des sources chaudes de l'établissement thermal de Théas , qui la remplit jusqu'au niveau q, q ûu trop-plein r. Ce courant continu est destinéà réchauffer et à maintenir à une température déterminée l'eau de Labassère enfermée dans la jarre.

Le gazomètre est préalablement rempli de gaz azote. Le goulot de la jarre porte latéralement une tubulure T sur laquelle est monté un robinet R . Les robinets R et R' sont à boule, à raccord et reliés entre eux par un tuyau de caoutchouc sulfuré. Le tubulure T correspond à un petit canal h, h. creusé dans le bouchon , qui permet de mettre à volonté l'intérieur de la jarre en communication avec le gazomètre par le jeu des robinets R et R', et en tournant le bouchon de la jarre.

Quand une jarre , remplie à la source de Labassère avec toutes les précautions convenables, doit servir à la buvette, elle est placée dans la cuve D, D, et l'on substitue à son bouchon ordinaire le bouchon K, K', percé d'un canal longitudinal de 5 à 6 millimètres et muni d'ailleurs du cannelet h, h, qui plonge jusqu'en K'à 5 millimètres du fond, et qui présente en Tune tubulure munie d'un robinet R". Le robinet R" a son extrémité supérieure coudée et munie d'un raccord qui reçoit, à sa volonté, un simple dégorgeoir pour recevoir l'eau sulfureuse, ou un tuyau de caoutchouc aboutissant au robinet de la buvette.

La jarre, convenablement chauffée et mise en communication, par les robinets R, R' et le canal h, h, avec le gazomètre réglé, en raison de la pression sous laquelle est maintenu le gaz , l'eau sulfureuse chaude du vase s'élève dans le bouchon K , K', et peut s'écouler a volonté par le robinet R" jusqu'à épuisement complet du réservoir, qui , une

fois vide , est remplacé par un autre, après toutefois avoir refoulé dans le gazomètre le gaz qui le remplit : opération très-facile en enlevant de sur le gazomètre les disques de plomb qui le chargent, et mettant le robinet R" en communication avec le courant d'eau minérale chaude, dont la forte pression le refoule promptement.

Le nombre de cuves D, D et des jarres chauffées simultanément pourra varier à volonté , selon les besoins.

A l'aide de cet appareil dont le mécanisme est fort simple , Bagnères a pu fournir, à un prix trèsminime, à ses baigneurs, pendant la saison des eaux et dans des conditions plus favorables qu'à la source même, de l'eau de Labassère, puisée quelques heures auparavant, jouissant de toutes ses propriétés naturelles, chauffée au bain-marie, à l'abri du contact de l'air, et maintenue à une température constante par l'eau de Théas, nalurellemenl chaude (1).

M. le docteur Louis Cazalas a publié, sur les eaux de Labassère, un excellent travail auquel nous empruntons les détails qui suivent (2) :

(1) En 1852 le nombre des buveurs s'est élevé à 400 par jour, et l'eau sulfureuse a toujours conservé, dans cet appareil, un degré de sulfuration sensiblement égal à celui qu'elle possède à la source.

(2) Recherches pour servir à l'histoire médicale de l'eau minérale sulfureuse de Labassère, pag. 48et suiv. 18ol.

L'eau de Labassère peut être utile dans toutes les maladies où les eaux minérales sulfureuses naturelles produisent généralement de bons effets.

M. Subervie la conseille , non seulement dans la bronchite chronique avec expectoration plus ou moins abondante, mais encore il pense qu'elle exerce dans la plupart des troubles des voies respiratoires , une action en quelque sorte spécifique, dont l'effet, dit-il, embrasse plusieurs variétés du même genre. Il en a retiré de bons effets dans certains états congestionnels du parenchyme pulmonaire, sans toux ni crachats, qui se produisent chez quelques personnes et qui ne présentent encore aucun signe de lésion organique; dans les enrouements persistants par suite de la suppression de la transpiration ou qui succèdent à la fatigue des organes de la voix ; dans ces toux nerveuses, vibrantes, convulsives, dont l'éliologie difficile à établir échappe, le plus souvent, à l'appréciation du médecin ; clans les écoulements leueorrhéiques, après avoir vainement employé d'autres moyens ; dans les affections scrofuleuses , surtout lorsqu'il y a exagération de la sécrétion des muqueuses et débilité consécutive. Il est tellement convaincu de son utilité dans les affections de poi- Irine, qu'il la prescrit dans tous les cas où les organes de la respiration semblent simplement débilités ou prédisposés à des maladies. Et, bien qu'il soit difficile de déterminer, à Bagnères, la part d'action réelle qu'elle peut prendre dans le traite-

ment des maladies de la peau , employée en boisson, parce que l'action puissante et simultanée des bains de la localité, et notamment de ceux du Foulon, ne permet guère de l'isoler , il affirme que les éléments salins et sulfureux ne paraissent nullement se contrarier, ni mettre, par conséquent , un obstacle à leurs effets curatifs.

Depuis trente ans que M. Labayle exerce la médecine à Bagnères , dans les environs, et à Labassère en particulier, il n'a pas cessé de la prescrire et d'en retirer constamment les meilleurs effets. Il l'a employée, avec le plus grand succès, dans les catarrhes anciens de la poitrine, dans l'asthme humide, la faiblesse de l'estomac et des intestins, la paresse des fonctions digestives, alors qu'elle est le résultat de l'atonie , et dans les affections dartreuses. « Je pourrais citer, dit-il, bon nombre de personnes qui doivent leur salut à son usage , ou qui en ont éprouvé un soulagement marqué toutes les fois qu'elles y ont recouru dans ces affections.»

Les observations de MM. Galiay, Bruzau et Rousse sont d'accord avec celles de MM. Subervie et Labayle.

Et M. Ch. Ganderax, qui le premier a employé l'eau de Labassère, en 1838, à Paris, en obtint un excellent résultat chez une jeune personne atteinte d'un catarrhe pulmonaire chronique. Il la regarde , sous le rapport thérapeutique, comme ayant une grande analogie avec l'eau de Bonnes ; il lui attribue une action spéciale sur les maladies de la peau ;

il pense qu'elle convient particulièrement dans les maladies chroniques du larynx et des bronches , et qu'en moditîanU'inflammation chronique qui accompagne la phthisie pulmonaire, elle peut, dans quelques cas , en enrayer la marche.

Enfin , M. Verdoux, médecin à Labassère, assure qu'il l'a employée avec succès dans le traitement de là pellagre. On trouvera dans la brochure du docteur Cazalas le détail des observatious nombreuses qui ont été recueillies par cet honorable et modeste praticien.

L'usage de l'eau de Labassère , quoique trèsétendu , n'est pas encore en rapport avec l'importance des propriétés qu'elle possède ; tout porte à penser que cette eau remarquable sera beaucoup plus souvent prescrite quand elle sera mieux connue des médecins.

visos.

Dans la vallée de Baréges , à 2 kilomètres environ de distance du village de Luz et sur le penchant du pic de Sardey, à 1 kilomètre à peu près du village de Visos, mais de 100 mètres au moins plus élevée que lui dans la montagne , on trouve une source d'eau limpide d'où s'exhale une odeur sulfureuse assez prononcée, analogue à celle des eaux thermales qui sourdent de la même contrée pyrénéenne. Cette eau, qui coule avec peu d'abondance d'une roche calcaire schisteuse , a une température de 9° Réaumur. 4-

L'eau de Visos a été examinée, en 1833, par M. Bérard , professeur de chimie à la Faculté de Médecine de Montpellier , qui lui a reconnu les propriétés suivantes :

Elle est claire et limpide ; elle a l'odeur des eaux sulfureuses, et les réactifs y annoncent évidemment la présence de l'acide hydrosulfurique.

Cette eau minérale contient aussi du gaz acide carbonique libre, car elle précipite l'eau de chaux et les sels de plomb ; et le précipité par les sels de plomb que M. Bérard a particulièrement examiné est un mélange de beaucoup de carbonate de plomb et d'un peu de sulfate de plomb. C'est cet acide carbonique qui tient en dissolution le carbonate de chaux et de magnésie que cette eau contient aussi. L'ébullition doit dégager la plus grande partie de ce gaz.

L'eau de Visos renferme une substance de nature organique analogue à la barégine ou glairine , mais qui a paru cependant se distinguer par quelques propriétés particulières. La proportion de cette substance estimée, en la détruisant par le feu, a été, sur 10,000 gr. d'eau minérale , de 0 gr. 340 millig.

Quand on évapore l'eau de Visos dans une capsule , pendant cette opération, il se sépare une poudre blanche qui s'attache en partie aux parois de la capsule, et qui est un mélange de carbonate de chaux et de carbonate de magnésie, et si l'on pousse l'évaporation jusqu'à siccité et qu'on calcine, la matière noircit et répand une odeur bitumineuse qui

est encore plus sensible quand on y verse un acide qui décompose les carbonates qui font partie de ce résidu ; l'acide carbonique qui se dégage alors a une odeur d'asphalte très-prononcée. Ainsi l'eau de Visos est bitumineuse, et c'est la présence de ce bitume qui donne à la .matière organique (la barégine) qu'elle contient, les propriétés particulières dont j'ai parlé.

La totalité des sels contenus dans l'eau minérale de Visos a été, d'après une seule analyse que M. Bérard a faite, et qui demanderait, dit-il, d'être répétée pour qu'on pût ajouter une foi entière à ces nombres, de 2 grammes 247 millig. sur 10,000 gr. d'eau minérale ; ces sels sont principalement des carbonates et des sulfates : ils ont pour base la chaux et la magnésie ; il y en a aussi à base de soude. Voici le résultat définitif de cette analyse : L'eau de Visos contient du gaz hydrosulfurique , combiné probablement avec la soude.

Elle contient en plus grande quantité du gaz carbonique libre.

Elle contient de plus, sur 10,000 gr., les substances suivantes :

Substance organique (barégine mêlée

de bitume) 0 gr. 340

Carbonate de chaux 1 247

Carbonate de magnésie 0 25G

Sulfate de chaux 0 490

Sulfate de magnésie 0 050

Chlorure de calcium 0 180

Carbonate de soude et chlorure de sodium (quantité très-petite).

L'eau de Visos jouit d'une grande réputation pour le traitement des ulcères et des plaies, dont elle hâte singulièrement la cicatrisation. Son usage est peu répandu.

Cette eau, peu sulfureuse d'ailleurs, ne supporte pas le transport. Je l'ai trouvée assez franchement alcaline, elles expériences que j'ai faites me portent à la considérer comme contenant une dose de carbonate de soude à peu près semblable à celle des eaux de Plombières.

GAZOST.

Dans l'arrondissement d'Argelés, et à peu de distance de Lourdes, se trouvent deux sources sulfureuses fort peu connues, dont l'une porte le nom de source de Nabeas et l'autre celui de source de M. Burgade.

Ces sources sont, d'après les essais que j'ai faits, en 1850, les plus riches en chlorure de sodium < < toute la chaîne; elles sont aussi les plus iodurées. On constate aisément l'existence de l'iode dan- • résidu d'un seul litre de cette eau. M. Pailhasson qui avait examiné ces sources avant moi, m'a assuré qu'il avait été frappé de leur richesse en chlorures et en iodures. M. 0. Henry , qui s'est aussi occupé de l'examen des eaux de Gazost , les considère comme très-remarquables à cause de la forte pro-

Source de Nabeas.

portion de chlorures et d'ioclures qu'elles renferment.

Ces eaux, comme celles de Visos, sont éminemment détersives; quelques lotions sur les ulcères, les plaies, surtout à la suite de contusions, suffisent en général , pour modifier les surfaces et cicatriser les chairs.

Ces eaux ne sont guère employées que par les propriétaires et les habitants de la contrée.

D'après mes recherches, 1 litre d'eau renferme : Sulfure de sodium. 0 gr. 0396 Chlorure de sodium. 0 3157 Source Burgade. . Sulfure de sodium. 0 0060

CADÉAC.

Les eaux de Cadéac sont situées sur les bords de la Neste, à peu de distance du village d'Àrreau ; elles sont administrées en bains et en boisson dans deux petits établissements, situés, l'un sur la rive droite , l'autre sur la rive gauche de ce cours d'eau.

Elles sont froides et pourtant très-sulfureuses. Leur température et leur richesse en sulfure de sodium sont les suivantes :

Etablissement de la rive droite.

Sulfure de sodium. Tempérai.

Source principale 0 gr. 0750 13,50

La même eau, chauffée pour les bains 0 0430

Etablissement de la rive gauche.

Sulfure de sodium. Tempéra'.

Source est , à la buvette. . 0 0678 15,65 Source ouest, au réservoir. 0 0237 » Petite source extérieure. . . 0 0772 13,50 Ces eaux, quoique fort riches en principes actifs, sont peu fréquentées.

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