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EAUX SULFUREUSES DES BASSES-PYRÉNÉES

Les eaux de Bonnes sont situées dans la vallée d'Ossau , au confluent des ruisseaux de la Sonde et du Valentin , au pied du pic du Ger. Le village se compose d'un assez grand nombre d'hôtels spacieux et bien bâtis; une promenade qui longe le flanc de la montagne , et qu'on désigne sous le nom de Promenade Horizontale, permet aux malades, qui ne pourraient pas sans inconvénient parcourir un sol inégal et fortement accidenté , de prendre un exercice suffisant dans un lieu très-agréable et sans trop de fatigue.

Les sources sulfureuses y sont au nombre de quatre, dont trois sont recueillies dans l'établissement thermal ; la quatrième , qui porte le nom de source du Bois ou de la Montagne , est située à une petite distance du ruisseau delà Sonde. Celles qu'on utilise dans rétablissement sont :

i° La source Vieille ; 2° la source d'En-Bas ; 3° la source Nouvelle.

L'établissement renferme un petit nombre de baignoires qui sont alimentées par la source Vieille et la source d'En-Bas. On fait chauffer , dans un appareil convenable, l'eau de la source Nouvelle, et on l'utilise pour élever à un degré suffisant la température des bains.

La plus importante de toutes est la source Vieille qui est utilisée principalement en boisson.

Les propriétés physiques et chimiques de ces eaux les distinguent de la plupart des autres sources sulfureuses de la chaîne , et justifient l'action toute spéciale qu'on leur attribue dans le traitement de certaines affections des voies respiratoires.

Désignées pendant longtemps sous le nom d'eaux d'Arquebusade , les eaux de Bonnes furent considérées comme jouissant d'une efficacité merveilleuse dans le traitement des blessures.

Bordeu les employait pour obtenir la guérison des ulcères , et les considérait comme très-analogues, sous le rapport de leur action , à celles de Baréges.

« Les Eaux-Bonnes et celles de Baréges ont , de » tout temps, été regardées comme spécifiques pour » la guérison de ces affections. J'en ai vu de toute » espèce et dans toutes les parties, invétérées ou » récentes , céder à leur usage. Quand donc les » ulcères ne sont pas entretenus par une cause » interne indestructible , la manière ordinaire d'y

» appliquer nos eaux est en lotion, en douche, » en bain, en boisson (1). »

Bordeu considérait aussi les eaux de Bonnes comme pouvant favoriser l'expulsion des corps cachés dans le tissu des chairs. Il s'en servait encore pour le traitement de certaines affections du tissu osseux (2).

Mais c'est surtout dans les maladies de poitrine qu'il en retirait d'excellents effets.

« Les Eaux-Bonnes, dit François Bordeu , sont » regardées par beaucoup de médecins comme le » meilleur remède possible contre les maladies de » poitrine. Les eaux de Cauterets vont de pair avec » les Bonnes; celles-ci paraissent mieux convenir » dans le marasme, lorsque le sang est sec et » échauffé et lorsque l'irritation domine ; mais » lorsque l'estomac a perdu son ressort, on donne » la préférence à celles de Cauterets. Quant aux » eaux de Baréges, elles passent, depuis M. Fajon, » comme spécifique* contre l'asthme (3). »

Bordeu administrait ces eaux comme le meilleur de tous les béchiques ; il les prescrivait en boisson , à des doses assez élevées , et les comparait, sous le rapport de leur action adoucissante, à de l'eau d*> mauve.

(1) Œuvres complètes de Bordeu, par Richerand , obs.

xciiï.

(2) OEuvres de T. Bordeu, par Richerand, obs. XCVI, C et CI.

(3) F. Bordeu , Précis d'observations , pages 94 et 95.

Tous les praticiens sont d'accord aujourd'hui pour considérer les eaux de Bonnes comme exerçant une action toute spéciale sur les maladies desvoies respiratoires (catarrhes chroniques, phthisie laryngée, phthisie pulmonaire au premier degré, asthme humide) ; mais il faudrait se garder de les administrera des personnes chez lesquelles la phthisie serait parvenue au 3e degré. Bordeu, le premier, a signalé la facilité avec laquelle ces eaux aggravent les accidents et accélèrent, en pareil cas, la mort des malades. M. Daralde , dont l'autorité est si considérable en pareille matière, les a vu aussi produire des effets fâcheux quand la phthisie était très-avancée , tandis qu'il en obtient tous les jours d'excellents effets dans la phthisie au 1er et au 2e degré, et dans les cas de laryngite chronique.

Ce sont les eaux de la source Vieille qui sont employées en pareil cas.

D'après M. Daralde, ces eaux jouissent d'une grande activité, et ne doivent être prescrites qu'avec beaucoup de ménagements. On commence par des doses faibles qu'on élève graduellement en surveillant avec soin leurs effets; car il est des malades chez lesquels ils se font sentir d'une manière rapide et quelquefois fâcheuse, même quand ils n'en ont usé qu'à dose très-modérée.

J'ai dit plus haut que les eaux de Bonnes ne ressemblaient pas, sous le rapport chimique, aux autres eaux sulfureuses de la chaîne. Je dois entrer maintenant dans quelques détails.

D'après M. 0. Henry , un litre d'eau de Bonnes renferme :

Azote traces.

Acide carbonique 0 gr. 0064

— sulfhydrique 0 0055

Chlorure de sodium 0 3423

— de magnésium.. . 0 0044

— de potassium.. . . traces.

Sulfate de chaux 0 1180

Carbonate de chaux 0 0048

Silice et oxyde de fer. ... 0 0160 Matière organique contenant

du soufre . . 0 1065

0 gr. 6045 Longchamps , M. Gintrac et tous les autres auteurs qui ont étudié les eaux de Bonnes , postérieurement aux recherches de M. O.Henry, les ont considérées comme renfermant du sulfure de sodium. Nous chercherons tout-à-l'heure si cette opinion est fondée. Je ferai observer, pour le moment, que les eaux de Bonnes sont remarquables surtout par la forte proportion de chlorure de sodium etde matière organique qu'elles renferment. Elles se distinguent encore de la plupart des eaux sulfureuses de la chaîne par leur faible alcalinité, la moindre quantité de silice et la proportion plus considérable de sulfate de chaux dont l'analyse y dém« ire l'existence. En considérant, d'une part, cette composition

exceptionnelle, et, d'autre part, les propriétés médicales toutes particulières de cette eau, je n'ai pu m'empêcher de soupçonner, depuis longtemps, qu'il ne serait pas impossible qu'elle renfermât du sulfure de calcium. L'analyse de M. O.Henry n'y décèle pas la moindre trace de sulfate de soude, et mes idées sur les causes de la minéralisation des eaux me portent à penser que le sulfate de chaux est l'élément qui a fourni, sous l'influence de la matière organique, le sulfure de calcium. Il est à remarquer que les eaux qui se montrent ainsi riches en chlorure ^de sodium (Gazost , Labassère, Bonnes) ne sont jamais bien éloignées des points d'affleurement des ophites, et par conséquent des couches de sel gemme et de gypse qui les accompagnent presque toujours. Ici le voisinage des sources salées de Salies, en Béarn, rend compte, d'une manière trèssatisfaisante, de la composition de l'eau (1).

Dans mon opinion, si l'on peut, quelque part, résoudre expérimentalement le problème de l'origine des eaux sulfureuses des Pyrénées , c'est à Bonnes plutôt qu'ailleurs qu'on y parviendra probablement. S'il était démontré , par exemple , que les eaux de Bonnes, dont les relations avec les couches salines qui accompagnent les ophites me semblent évidentes, sont minéralisées par le sulfure de calcium , il deviendrait presque certain que c'est le

(1) C'est à M. Leymerie que je dois celle explication qui me paraît on ne peut plus rationnelle.

suifate de chaux que l'eau a rencontré dans ce terrain qui a été décomposé et transformé en âUlfure de calcium par la matière organique.

Ce qui se passe à Bagnères-de-Bigorre, où certaines sources deviennent accidentellement sulfureuses, serait un phénomène du même ordre se produisant par hasard sous nos yeux, au lieu de se produire à une grande profondeur. La liaison des eaux sulfurécalciques avec les terrains tertiaires ne serait pas aussi générale que le pensent certains auteurs, et les eaux sulfureuses n'auraient , dans la grande majorité des cas, qu'un seul mode de formation.

Il semble, au premier abord, que* l'analyse chimique peut lever toute incertitude à cet égard ; mais, quand on y regarde de près , on trouve que la solution n'est pas aussi facile qu'on aurait pu le penser; et je considère cette recherche, que je me propose d'entreprendre, comme l'une de celles qui présentent le plus de difficultés.

En revanche, elle peut conduire à la solution de l'uneoles plus belles questions relatives à la physique du globe.

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