LE VERNET
Vernet-les-Bains est situé au pied du Canigou , à une petite heure de marche de Villefranche-de- Conflent.
Les sources minérales y sont nombreuses et variées; leurs eaux sont administrées dans deux établissements distincts, dont l'un est connu sous le nom d'établissement des Commandants , et l'autre sous celui d'établissement Mercader.
L'établissement des Commandants, qui est le plus considérable, est pourvu des appareils balnéaires les plus commodes et les plus complets, entouré de vastes bâtiments d'habitation distribués et meublés avec goût; combiné enfin de manière à pouvoir satisfaire à la fois à tous les besoins, à toutes les convenances, il réunit des conditions que présentent rarement, au même degré, les établissements de ce genre.
Cet établissement renferme vingt-six baignoires, vingt-quatre douches de différentes espèces, et un
magnifique vaporarium, qui se compose de huit cabinets d'étuve, éclairés par un dôme vitré, et où les vapeurs sèches et humides sont administrées avecun soin tout particulier.
Comme à Aix , le vaporarium est une salle circulaire. Le dôme vitré qui la couronne y répand un jour agréable. Tout autour sont rangés les huit cabinets formant des étuves isolées, où le malade , assis sur une grille, reçoit les vapeurs qui se dégagent des soubassements et qui échauffent graduellement l'atmosphère en s'arrètant au point prescrit par le médecin. Au centre est un joli salon en forme de rotonde. Les malades, sans déranger le service des douches , peuvent s'y réunir et y passer des heures entières dans une atmosphère dont la température est douce et bienfaisante.
La source qui alimente le vaporarium sort du roc même sur lequel est appuyée la voûte. Un réser voir creusé dans le rocher la renferme très-hermétiquement par le moyen d'un mur perpendiculaire bâti avec du ciment romain ; ce qui conserve à l'eau tous ses gaz et toute son énergie. En face du vaporarium ont été établis trois cabinets de douches, à l'imitation des cabinets dits des Princes, d'Aix en Savoie. Au moyen des appareils nombreux et des ajustages divers dont ces cabinets sont pourvus, vingt combinaisons de douches peuvent y être administrées. J'ai fait connaître plus haut l'opinion de M. Lallemand sur le parti qu'on peut tirer, au Vernet, des inhalations sulfureuses.
Les sources Commandants sont les suivantes :
qui alimentent l'établissement des
NOIflS DES SOURCES.
N° 2 du vaporarium
N° 1, au griffon .
Supérieure du Jardin
Remise
Inférieure du Jardin
Bains de la Maison neuve
Supérieure du Jardin
Inférieure du Jardin
Bains Elisa.
Eiisa
0 gr. 0248 0 0223 0 0186 0 0180 0 0161
Les températures et les degrés sulfhydrométriques, portés dans ce tableau, ont été déterminés par M. Fontan.
Les buvettes sont aussi nombreuses que les sources mêmes ; les principales sont alimentées par la source n° 1 des anciens thermes , la source de la Comtesse et la source Elisa.
L'établissement Mercader est aussi pourvu d'appareils convenables et variés; il renferme cinq sources bien aménagées, dont la température varie de 42 à 33° centigrades. M. Roux a trouvé qu'un litre d'eau de la source principale renferme 0 gr. 0155 de sulfure de sodium.
Les eaux du Vernet ont été analysées par Angiada et par M. Bouis. D'après Anglada, la source n° 1 des anciens thermes était composée comme il suit •
Glairine 0 gr. 0090
Hydrosulfate de soude cristallisé. 0 0593
Carbonate de soude 0 0571
Sulfate de soude 0 0291
Chlorure de sodium. 0 0121
Silice 0 0496
Carbonate de chaux 0 0008
Sulfate de chaux 0 0037
Carbonate de magnésie traces.
Perte , 0 0051
0 gr. 2258
M. Bouis, qui a analysé la source n° 2 du bâtiment du Petit-Saint-Sauveur , lui assigne la composition suivante :
Sulfure de sodium • . 0 gr. 0400
Carbonate de soude 0 0730
— de potasse traces.
Sulfate de soude 0 0270
Chlorure de sodium 0 0120
Carbonate de chaux de magnésie j n ..,.
> 0 0040 Sulfate de chaux \
Silice. . . . ' 0 0600
Glairine ou barégine. ..... 0 0110
Ogr. 2276
Les eaux du Vernet sont employées pour combattre une foule d'affections qui peuvent être avantageusement modifiées par les eaux sulfureuses en général ; mais elles sont plus spécialement recommandées dans les cas où l'on veut utiliser l'action des vapeurs sulfureuses chez les personnes atteintes de phthisie. Quelques malades viennent passer l'hiver auprès de ces sources. Les chambres du grand établissement sont entretenues à une température de 15 à 18° par des conduits que parcourt l'eau thermale.
SOURCES D'OLETTE.
Les sources d'Olette sont remarquables par leur nombre , leur volume et leur température. M. Bouis a récemment publié sur ces eaux un travail fort remarquable auquel je vais emprunter les documents suivants :
Ces sources, qui sont au nombre de 31, sonl divisées en trois groupes qui portent les noms de groupe Saint-André, groupe de l'Exalada et groupe de la Cascade. Leur température est comprise entre 27 et 78*.
Quelques - unes de ces sources sont tellement abondantes, qu'elles constituent de véritables torrents d'eau sulfureuse. Sous ce rapport, la station thermale d'Olette est l'une des plus remarquables des Pyrénéées.
Un litre d'eau de la source Saint-André a fourni a M. Bouis :
Oxygène Azote ,
! volumes indéterminés.
Sulfure de sodium 0 gr. 02829
Carbonate de soude 0 04785
Potasse 0 00821
Soude 0 03542
Sulfate de soude 0 06500
Chaux 0 0Ô813
Silice 0 14300
Alumine, ] .. „ ., .
I proportions trop faibles Magnésie, F », . ,,
" > pour être isolées ; eva-
\ luées ensemble, à 0 03000 Iode , /
Glairine (composé azoté) 0 03400
0 gr. 43150
D'après ce même chimiste, un litre d'eau de la source de la Cascade renferme :
Oxygène, i ,,, ; ,
volume non détermine.
Azote , )
Sulfure de sodium 0 gr. 03010
Silice 0 16400
Carbonate de soude 0 03842
Potasse 0 00940
Soude 0 03841
Sulfate de soude 0 06200
Chlorure de sodium 0 03200
Chaux 0 00733
Alumine, | proportions trop mini- Magnésie, r mespour être déter- Fer, l minées isolément ,
Iode, ) évaluées à 0 04200
Composé azoté 0 03600
0 gr. 4596G
Le docteur Puig , qui a eu l'occasion de traiter plusieurs malades au moyen des eaux sulfureuses d'Olette , a publié des observations nombreuses , desquelles il résulte que ces eaux se sont montrées utiles pour combattre diverses affections rhumatismales , des maladies nerveuses générales , des affections des voies nrinaires (affections calculeuses) , des maladies de la peau, des bronchites et -des laryngites chroniques. M. Puig a obtenu de bons effets de l'emploi de ces eaux dans le traitement des entorses; enfin, il s'en est servi avec succès pour combattre des maladies goutteuses et pour amener la cicatrisation de vieilles blessures.
Ces eaux, très-chaudes et proportionnellement peu sulfureuses , sont remarquables par l'énorme quantité de silice; aussi, fournissent-elles des incrustations de soufre; ce qui a fait dire à M. Bouis qu'on pourrait , à bon droit , appeler la source de la Cascade source de soufre.
Les eaux d'Olette sont encore peu connues et pvu employées.
ISCALDAS.
Le village possède deux établissements thermaux connus, l'un sous le nom de bains Colomer, l'autre sous le nom de bains Merlat.
D'après M. Roux, la grande source de l'établissement Colomer possède une température de 46°, et renferme par litre Ogr. 0186 de sulfure de sodium.
La source principale de l'établissement Merlat marque 33,10 au thermomètre centigrade, et renferme 0 gr. 0155 de sulfure de sodium par litre (Roux).
Voici , d'après Anglada , la composition chimique de l'eau de ces sources :
Colomer. Merlat.
Glairine 0 gr. 0075 0 gr. 0261
Sulfure de sodium. ... 0 0333 indétermin.
Carbonate de soucie. ... 0 0274 0 0479
— de potasse. . . 0 0117 »
— de chaux.. . . 0 0003 0 0064
— de magnésie. . 0 0005 0 »
Chlorure de sodium. . . 0 0094 0 0218 Sulfate de soude 0 0181 0 0945
— de chaux 0 0003 »
Silice 0 0390 0 0261
0 gr. 1475 0 gr. 2228
Les eaux d'Escaldas sont employées dans le traitement des diverses affections qui réclament l'emploi de la médication sulfureuse.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA COMPOSITION CHIMI- QUE ET L'ACTION THÉRAPEUTIQUE DES EAUX SULFU- REUSES THERMALES.
Après avoir fait connaître la composition chimique et les propriétés médicales des principales eaux sulfureuses des Pyrénées , il sera bon , si je ne me trompe, de jeter un regard en arrière et d'analyser l'ensemble des faits dont nous avons présenté les détails.
Et d'abord, la composition chimique de ces eaux nous permet-elle de nous rendre compte des analogies et des différences que présentent, au point de vue de leur action sur l'économie , les diverses sources que nous avons examinées ? La question n'est pas aussi facile à résoudre qu'on pourrait le croire au premier abord et qu'on l'a écrit bien souvent, sans y avoir suffisamment réfléchi. Les chimistes pensent naturellement que la connaissance de la qualité et de la quantité des principes minéralisateurs ne peut pas être indifférente pour le médecin : ils n'admettent pas que l'activité des eaux soit due à quelque chose qui serait insaisissable, immatériel, à quelque chose de vital, comme l'ont écrit certains auteurs , et ils croient que de bonnes et consciencieuses analyses peuvent, dans la grande majorité des cas, permettre de prévoir la manière dont les eaux devront agir. Plusieurs médecins, au contraire, regardent les analyses chimiques comme
SLR LES EALX SLLI'LRÉ-SODIQL'ES. 411
parfaitement inutiles, et ils objectent aux prétentions des chimistes l'exemple d'eaux, qui, tout en renfermant la même quantité de sulfure de sodium , agissent d'une manière fort différente sur des malades atteints des mêmes affections.
Il est certain que si , ayant à traiter des personnes qui souffrent de la même maladie, on envoie les unes à Baréges, les autres à Bonnes , d'autres à Cauterets , d'autres enfin à Saint-Sauveur ou à Bagnères-de-Luchon, et qu'on ait le soin de leur prescrire l'usage des eaux que l'analyse chimique présente comme les plus analogues , on n'observera pas les mêmes effets, et les chimistes sembleront être en défaut. Je dis pourtant qu'il n'en sera rien , et je vais le prouver.
Pour tirer une conclusion quelconque de la comparaison d'un certain nombre de faits, il faut , avant tout, que ces faits soient parfaitement comparables ; or, il me sera facile de démontrer que , jusqu'à ce jour, on ne s'est pas placé dans la condition nécessaire pour pouvoir comparer d'une manière logique, et déduire de la pratique des conclusions irréprochables.
Il ne suffit pas, en effet, que deux eaux soient également riches en sulfure alcalin pour qu'elles doivent être considérées, à priori , comme devant agir de la même manière sur les malades ; il faut encore , et tout le monde comprendra qu'il doit en être ainsi , qu'elles possèdent la même température, et qu'elles soient administrées de la même manière;
il faut, de plus , que les individus qu'on soumet à leur action soient eux-mêmes aussi comparables que possible sous le rapport de l'âge, de la constitution, du tempérament, etc. Or, je le demande , ces conditions sont-elles ordinairement remplies? Evidemment non ; mais si elles ne le sont pas , il est impossible de conclure, et pourtant on n'hésite pas à le faire. J'ai montré , par exemple, que des eaux qui sont pareilles à leur griffon parviennent souvent sur les lieux d'emploi si différentes les unes des autres, qu'il est impossible qu'elles agissent de la même manière; mais quand on a constaté, ou plutôt quand on croit avoir constaté, à l'aide d'un peu de teinture d'iode , qu'elles renferment au griffon la même dose de principe sulfureux, on se persuade aujourd'hui très-généralement qu'on est suffisamment renseigné ; et parti d'un principe faux on arrive naturellement à des conclusions inexactes. Sous ce rapport, la sulfhydrométrie , qui est par elle-même une excellente méthode , conduit ceux qui ne sont pas profondément versés dans l'étude de l'analyse chimique à des résultats tels, qu'on en viendra peut-être à regretter un jour qu'elle ait été inventée. On a vu plus haut , par exemple, qu'en prenant , à la manière ordinaire , le degré sulfhydromélrique de l'eau de certaines sources de Bagnères-de-Luchon au robinet des baignoires, on pouvait se tromper de plus de 50 p. %.
Pour qu'on pût , comme je l'indiquais tout-à l'heure, comparer entre eux des faits parfaitement
comparables , il faudrait d'une part que l'on connût, d'une manière aussi précise que le comporte l'état actuel de la science, la composition chimique des diverses eaux sulfureuses et à leur griffon et sur les lieux d'emploi; il faudrait, en outre, que toutes les analyses eussent été exécutées à l'aide du même procédé et par des hommes dont l'habileté ne fût pas douteuse. Malheureusement, nous ne savon? presque rien sur la composition chimique de la plupart des eaux sulfureuses prises ailleurs qu'à leur griffon. D'un autre côté, les divers médecins de chaque localité thermale, administrant les eaux chacun à sa manière , on ne peut rien déduire de la différence des effets produits par des eaux de composition analogue. Il est reconnu, par exemple, que les eaux de la source Vieille de Bonnes provoquent plus facilement l'hémoptysie que celles de la source de la Raillère , à Cauterets ; mais , comme l'a fort bien fait observer M. Constantin James , les moyens dérivatifs auxquels on a recours à Cauterets , et qu'on n'emploie pas ordinairement à Bonnes, ne sont peut-être pas étrangers à cette différence d'action ; il serait très-important, à mon avis, d'employer l'une et l'autre de ces eaux de la même manière, si l'on veut comparer leurs effets.
L'expérience semble avoir démontré que les eaux de Bagnères-de-Luchon conviennent surtout pour le traitement des affections cutanées. Est-ce parce qu'elles sont plus riches en soufre , ou parce qu'elles sont plus chaudes que d'autres, ou bien encore
parce qu'elles sont pour la plupart très-chaudes et très-sulfureuses? Les comparaisons suivantes jetteront, je l'espère, quelque jour sur cette question. L'eau sulfureuse de Saint-Sauveur possède une fomposition telle qu'un bain de 300 litres renferme environ 6 gr. 900 de sulfure de sodium anhydre. Un bain de Reine et Froide, à Bagnères-de-Luchon, n'en contient pas autant, et il excite bien davantage. Les bains ordinaires de Barégesont, à peu de chose près, la même richesse en éléments sulfureux que ceux de Saint-Sauveur , et pourtant ils agissent d'une manière bien différente. Ces résultats, qui semblent extraordinaires au premier abord , cessent de surprendre quand on tient compte de tout ce qui peut exercer une influence sérieuse sur les effets de l'eau minérale. La température du bain de Saint-Sauveur est de 32°,20 centigrades; celle du bain de Bagnères-de-Luchon est ordinairement de 35°; celle du bain deBaréges est à peu près la même que cette dernière : il en résulte ce qu'on aurait pu prévoir, c'est qu'à égalité de sulfuration l'eau la plus froide se montre sédative ; ce qui ne l'empêche pas de laisser jouir le malade des effets en quelque sorte spécifiques de l'élément sulfureux. Ajoutez à cela qu'à Luchon l'eau , laissant dégager beaucoup plus d'acide suif hydrique qu'à Baréges , le soufre se trouve porté plus rapidement et plus directement dans le sang, et vous comprendrez pourquoi les affections cutanées et une foule d'autres qui , bien qu'externes en apparence, se lient, comme tout le
monde l'admet, à un vice humoral, et reconnaissent par conséquent une cause interne, sont plus facilement guéries dans cette station thermale qu'à Barèges, et pourquoi dans cette dernière localité, où les eaux thermales jouissent d'une moindre altérabilité , les plaies d'armes à feu et une foule d'autres affections externes et purement locales sont traitées avec plus de succès qu'ailleurs. Ceci n'empêche pas qu'on n'y puisse traiter aussi avec succès des maladies qui reconnaissent une cause interne ; mais, dans ce dernier cas , ces eaux ne se montrent pas supérieures à d'autres. Si l'on considère combien le bain préparé avec l'eau des sources de César et des Espagnols, à Cauterets, renferme peu de sulfure de sodium ; si l'on se rappelle pourtant que ce bain est considéré comme beaucoup plus excitant que celui de la Raillère , qui est plus riche en sulfure de sodium , on sera convaincu une fois de plus «Je l'influence que les différences de température exercent sur les effets thérapeutiques des eaux sulfureuses.
Veut-on traiter des affections qui cèdent à l'emploi de beaucoup de chaleur et beaucoup de soufre , c'est aux eaux de Luchon qu'il faut s'adresser. J'ai examiné des bains préparés avec de l'eau de la Grotte inférieure pure, qu'on laissait refroidir à l'air pour la donner sans mélange d'eau froide, et ces bains ne renfermaient pas moins de 15 à 16 grammes de sulfure de sodium sur 300 litres. Je ne crois pas qu'on pût atteindre ailleurs, dans les Pyrénées, un
chiffre aussi élevé ; il serait facile de le dépasser à Luchon.
Convient-il d'employer des eaux très-chaudes et peu sulfureuses? Ax, Olette, Bagnères-de -Luchon et une foule d'autres stations thermales pourront en fournir. On trouverait dans les mêmes localités des eaux très-chaudes et moyennement sulfureuses.
Mais si l'on veut employer des sources très-riches en sulfure de sodium et dont la température soit inférieure à celle du corps humain , les eaux de Saint-Sauveur me paraissent devoir être placées au premier rang. Enfin , dans le cas où il est nécesaire d'avoir recours à des eaux peu chaudes et faiblement minéralisées , quelques-unes des sources des Eaux-Chaudes , celles de Ferras à Bagnères-cïe- Luchon, la Gourguette et le n° 4 du Couloubret à Ax , et une foule d'autres , pourront remplir les indications qui se seront présentées.
Nous n'avons comparé jusqu'ici les eaux sulfureuses des Pyrénées que sous le rapport de leur température et de leur richesse en sulfure de sodium, et pourtant il faudrait bien tenir compte des principes qui accompagnent l'élément sulfureux ; ceux-ci, comme je l'ai dit au commencement de ce livre, jouent dans l'eau thermale les rôles d'adjuvant ou de correctif; mais nous sommes si peu renseignés sur leur action thérapeutique, qu'il faudra nous borner à de simples conjectures.
Le silicate de soude, que M. Fontan considère
comme exerçant une action analogue à celle de l'iodure de potassium , se trouve dans les diverses eaux sulfureuses en proportion si variable, qu'il est raisonnable de penser qu'il n'est pas étranger aux différences que présentent les eaux de diverses localités. En général , les eaux les plus chaudes sont les plus riches en acide silicique, soit libre, soit combiné. Les eaux de la source Saint-André, à Olette , sont les plus siliceuses de la chaîne ; celles d'Ax sont abondamment pourvues de silicates ; celles de Bagnères-de-Luchon le sont aussi , quoiqu'un peu moins que celles d'Ax; celles de Bonnes contiennent, au contraire, fort peu de silice.
Les diverses eaux sulfureuses des Pyrénées sont aussi bien loin de se ressembler sous le rapport de leur alcalinité. J'ai montré que celles de Labassère, deBarèges, de Visos et quelques-unes de celles d'Ax et de Cauterets sont plus alcalines que d'autres (1). En général, les eaux que l'analyse chimique conduit à considérer comme les plus alcalines , sont celles qui ont été remarquées depuis longtemps
(1) Ce que je dis ici«st complètement en opposition avec les faits annoncés par M. Fontan dans le Mémoire qu'il adressa, en 1837, à l'Académie de Médecine , puisque dans ce Mémoire les eaux de Baréges sont citées comme beaucoup moins sulfureuses que celles de Luchon. Je n'hésite pas à déclarer que M. Fontan s'est trompé sur ce point. Il suffira , pour s'en convaincre, d'examiner comparativement ces eaux comme je l'ai indiqué avec de la teinture de tournesol et un acide sulfurique titré.
comme se distinguant des autres par leur action spéciale sur les plaies , sur certains ulcères et sur d'autres affections , plutôt locales que générales. Ces eaux s'altèrent lentement à l'air, et laissent dégager peu d'acide sulfhydrique.
Le chlorure de sodium existe en proportion variable dans les eaux sulfureuses des Pyrénées : un bain de 300 litres en renfermerait, à Bonnes, 85 gr. 50 ; à Cauterets (La Raillère) , 7 gr. 92 ; à Saint- Sauveur, 30 gr.... En général, dans chaque localité l'eau la plus sulfureuse est en même temps la plus riche en chlorure.
Les eaux sulfureuses dégénérées ne se ressemblent pas plus que les eaux pures ; leur composition dépend, et de leur nature, et de la manière dont elles ont subi le contact de l'air. J'ai prouvé , par exemple, que les eaux riches en silice et à température élevée, laissent dégager la presque totalité de leur principe sulfureux , sous la forme d'acide sulfhydrique , lorsqu'on les expose à l'air libre ; en pareil cas, l'eau dégénérée est devenue tout simplement une eau alcaline ; mais si ces mêmes eaux subissent le contact d'un air limité , il s'y produit du polysulfure de sodium, du sulfite et de l'hyposulfite de soude.
J'ai exposé les idées de M. Astrié, relativement au rôle que joueraient le sulfite et l'hyposulfite de soude qu'on trouve dans les eaux sulfureuses dégénérées, dans le traitement des affections syphilitiques et des accidents que provoque l'usage immodéré des pré-
parafions mercurielles. Depuis cette époque, un jeune praticien , qui joint à une rare intelligence une grande modestie, M. Orner Colomiès a bien voulu, sur ma demande, faire à Toulouse, sur un assez grand nombre de malades , des essais qui ont consisté, soit à traiter, par une solution de sulfite de soude, des stomatites mercurielles graves, soit à prescrire , en même temps , l'usage du sulfite et des préparations mercurielles pour prévenir les accidents. Dans tous les cas, les résultats ont été tels que je ne crois pas qu'il soit possible aujourd'hui d'élever le moindre doute sur l'efficacité du sulfite de soude, soit pour empêcher les accidents que provoque le mercure de se produire, soit pour les guérir quand ils se sont produits. Je vais donner un résumé très -court des six observations que M. Colomiès a bien voulu me confier. On en trouvera les détails dans un mémoire qu'il se propose de publier sur ce sujet.
La première observation se rapporte à un étudiant, âgé de vingt-quatre ans, qui, au moment où il vint réclamer les secours du médecin , portait à l'aine gauche un bubon qui était le siège d'une inflammation très-intense; le repos absolu, la diète, la situation horizontale et l'application d'une forte couche de collodion amenèrent bientôt la résolution de la tumeur ; mais alors trois chancres se montrèrent sur la couronne du gland, et dès-lors, la nécessité d'un traitement mercuriel étant bien démontrée, le malade fut soumis à l'usage du protoiodure
de mercure et de la tisane de salsepareille. Le malade , fort indocile de sa nature , n'accomplissait pas régulièrement les prescriptions du médecin , il s'exposait à l'humidité, rentrait tard chez lui. Au bout d'un mois, il fut pris d'une stomatite : ne voulant pas renoncer au mercure et forcé d'en empêcher les effets fâcheux, M. Colomiès prescrivit une solution de 16 grammes de sulfite de soude dans un litre d'eau à prendre un quart de verre matin et soir et fit continuer les pilules mercurielles. La stomatite se dissipa en peu de jours ; les deux remèdes furent alors continués simultanément jusqu'à la guérison complète qui eut lieu peu de temps après.
La deuxième observation a pour sujet un étudiant en médecine, qui ayant contracté une affection syphilitique, avait éprouvé des accidents de la même nature que ceux du sujet de l'observation précédente. Ce jeune homme, sans prendre conseil que de lui-même , s'administra matin et soir une cuillerée à bouche de liqueur de Van-Swieten pure. Les chancres furent enduits de pommade au calomel et le bubon frictionné avec de l'onguent napolitain. Au bout de trois semaines le malade remplaça la liqueur par les pilules de Dupuytren , une matin et soir. Bientôt survint une stomatite mercurielle très-intense qui l'obligea à réclamer les consefls de M. Colomiès. Une solution de sulfite de soude ( à 30 grammes par litre), fut prescrite à la dose d'un demi-verre le matin à jeun, et les préparations mercurielles furent supprimées. Huit jours après, les
chancres étaient cicatrisés, et le quinzième jour la stomatite était entièrement guérie.
Le sujet de la troisième observation est un étudiant en droit, qui était atteint des mêmes accidents que les deux précédents. Celui-ci fut soumis à l'usage simultané du protoiodure de mercure et du sulfite de soude : la guérison survint dans un temps analogue à celui qui est ordinairement nécessaire, et sans aucun accident.
La quatrième observation a été faite sur un voyageur, qui, après avoir était soumis à un traitement mercuriel, pour obtenir la guérison d'un bubon et d'un chancre, avait été atteint d'une stomatite mercurielle ; cette stomatite avait été traitée par les purgatifs , et elle était modifiée , mais non entièrement guérie.
M. Colomiès lui prescrivit la solution de sulfite de soude à 30 grammes et les pilules de protoiodure de mercure. Ce traitement a pu être continué jusqu'à la guérison des accidents syphilitiques sans que la stomatite ait reparu.
La cinquième observation a rapport à une jeune femme qui , ayant contracté une affection syphilitique, fit usage, sans l'avis d'un médecin, de la liqueur de Van-Swieten, et fut atteinte d'une stomatite mercurielle très-grave ; la tuméfaction des gencives et des joues, la rougeur vive de la bouche jointe à de nombreuses ulcérations mercurielles au niveau des arcades dentaires et à une salivation incessante inquiétaient la malade au plus haut point. Le sulfite
de soude, administré à la dose ordinaire, a dissipé la stomatite en quinze jours, sans qu'il ait été besoin de recourir aux purgatifs ou à tout autre médicament. On a repris alors le traitement mercuriel qui a été continué jusqu'au moment où tout symptôme d'affection syphilitique avait disparu. Enfin, la sixième observation a pour sujet un étudiant en médecine qui , ayant contracté des chancres , fit usage de pilules de Dupuytren et fut pris, au bout de quelques jours, d'une stomatite mercurielle. Ce malade, ayant consulté M. Colo-^ miès, fut soumis au traitement par le sulfite de soude et continua de prendre des pilules. Au bout de quelques jours, la stomatite était complètement guérie, et les préparations mercurielles ont pu être supportées jusqu'à la fin du traitement. Ce malade assurait à M. Colomiès qu'il était convaincu que, sans le sulfite de soude, il lui eût été impossible de continuer son traitement.
Voilà, si je ne m'abuse, des faits significatifs. Depuis l'époque où M. Colomiès me les a communiqués , il en a recueilli d'autres qui ont confirmé la valeur du traitement. Il reste donc bien acquis que des eaux sulfureuses dégénérées, au point de donner avec les sels d'argent des précipités blancs, peuvent être d'un grand secours dans le traitement des affections syphilitiques à divers degrés ; qu'elles peuvent favoriser la tolérance du mercure , et qu'on doit les considérer comme efficaces dans le traitement de la cachexie mercurielle. Nous avons vu que
l'eau du bain Bordeu , à Luchon , est riche en sulfite et en hyposulfite de soude.
Les faits que je viens de rapporter ont le double avantage de nous éclairer sur l'une des causes de l'action des eaux sulfureuses dans le traitement des affections syphilitiques, et de signaler à l'attention des praticiens un excellent remède qui sera toujours à leur portée, soit pour prévenir les accidents que provoque le mercure, soit pour les guérir quand ils se seront produits.
Quoique dans les observations que je viens de citer il n'ait été question que de malades atteints d'accidents primitifs de la syphilis , genre de maladie qu'on traite rarement aux eaux, je suis convaincu qu'on obtiendrait des résultats analogues en opérant sur des malades atteints d'accidents secondaires ou tertiaires.
Je ne dis rien de l'action de l'iode que renferment les eaux sulfureuses ; car il s'y trouve en si petite quantité qu'il est douteux qu'on puisse le considérer comme jouant un rôle sérieux dans l'action thérapeutique des eaux sulfureuses des Pyrénées. J'en excepte pourtant celles de Gazost qui sont plus riches que les autres.
Quant à la matière organique , son rôle a été si peu étudié que je n'en puis rien dire. On a vu plus haut que les diverses sources des Pyrénées en renferment des quantités très-inégales (i); mais,
(1) Voir le tableau placé à la page 184. Une erreur s'est
comme j'ai eu le soin de le faire observer, les résultats des analyses laissent probablement beaucoup à désirer sous le rapport de la précision.
Les détails dans lesquels je viens d'entrer me paraissent de nature à jeter quelque jour sur les causes de l'action des eaux sulfureuses, et à éclairer les praticiens qui voudraient en prescrire l'usage, sur le choix qu'ils en peuvent faire.
glissée dans ce tableau où j'ai mis le nom de la source Saint- Antoine de Guagno (Corse) à la place de celui de la source de Vinça (Pyrénées-Orientales). Le lecteur est prié de faire la correction.
EAUX SULFURÉ-CALCIQUES. 425