CHAPITRE II
ï&es eaux swlfuré-ealciques.
Les eaux à base de sulfure de calcium sont beaucoup moins répandues dans les Pyrénées que les eaux sulfuré-sodiques ; on en trouve cependant quelques-unes qui sont assez remarquables par leur composition chimique , mais dont on n'a pas tiré , jusqu'à ce jour, un grand parti.
De toutes ces sources, la plus riche est , sans contredit, celle qui existe auprès du village de Salies (Haute-Garonne), à côté de l'une des carrières de plâtre de Mont-Saunes. Cette eau m'a paru assez sulfureuse pour mériter d'être analysée. En conséquence, je l'ai visitée en 1853, et j'en ai déterminé avec soin la composition. Je rapporterai, tout-àl'heure, les résultats de mes recherches. Il existe , on outre, quelques autres sources sulfureuses sur divers points de la chaîne. Je citerai entre autres celles de Pinac, à Bagnères-de-Bigorre, de Cambo (Basses-Pyrénées).
J'ai déjà fait connaître les principaux caractères des sources sulfuré-calciques. On se rappelle que ces eaux sont toutes remarquables par la forte proportion de matériaux salins qu'elles tiennent en
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dissolution , par la quantité notable de sulfate de chaux qu'elles renferment, par leur température qui est ordinairement assez basse.
J'ajouterai, pour compléter la description de ces eaux, qu'elles sont encore remarquables par leur faible alcalinité.
Dans les Pyrénées, c'est surtout dans les couches de plâtre qui ont accompagné le soulèvement des ophites que ces sources paraissent prendre naissance. Elles ont été primitivement salines , et sont devenues sulfureuses par suite de la décomposition que les sulfates de chaux et de magnésie qu'elles renferment ont éprouvé sous l'influence des matières organiques , dont le sol qu'elles traversent est visiblement imprégné; c'est presque toujours après avoir traversé des couches plus ou moins épaisses de tourbe, ou après avoir parcouru des prairies tourbeuses, que ces eaux acquièrent l'odeur, la saveur et les autres propriétés qui caractérisent les eaux sulfuré-calciques.
Il existe entre ces sources et les sources salines sôléniteuses, qui naissent sur plusieurs points de la chaîne des Pyrénées, une relation évidente et incontestable ; aussi les eaux sulfuré-calciques, considérées au point de vue de leur action thérapeutique, doivent-elles joindre aux propriétés des eaux sulfureuses celles des eaux salines.
Ces eaux , comme l'ont observé plusieurs praticiens , doivent exercer sur l'appareil gastro-intestinal une action dérivative que ne produiraient
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pas, au moins au même degré , les eaux sulfurésodiques.
Cette association d'une quantité notable de matériaux salins, à une proportion assez forte de sulfure de calcium, doit donner aux sources de ce genre des propriétés toutes particulières , différentes de celles des eaux sulfureuses à base de sulfure de sodium.
Le sulfure de calcium, dit M. G. Àstrié (1), parait être dépourvu de l'action altérante et fluidifiante du sulfure de sodium. Il exerce une réaction alcaline moins prononcée; il est plus facilement décomposé par les acides gastriques et autres, avec émission d'acide sulfhydrique. C'est vainement que M. Bouland a cherché des traces de ce sulfure et de sulfite ou d'hyposulfite dans les urines et les sueurs des malades traités à Enghien. A dose égale, le sulfure de calcium se montre moins actif que celui de sodium , et provoque souvent une constipation opiniâtre.
Bart , de Strasbourg , l'a employé à l'intérieur , associé à l'extrait d'aconit, pour combattre la phthisie pulmonaire. M. Harel de Tancrel a rapporté plusieurs cas de guérison bien avérés, dit-il, sous son influence. Hoffmann et Stoll l'ont signalé comme utile dans les scrofules. Les propriétés plus faibles du sulfure de calcium rendent compte de la supériorité que la cliniqne thermale a de tout temps
(1) Mémoire cilé.
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reconnue aux eaux sulfuré-sodiques clans le traitement des dartres , de certaines bronchites , des affections catarrhales et calculeuses de l'appareil urinaire, des rhumatismes goutteux, etc.
Dans les eaux sulfuré-calciques, les sels à base de chaux et de magnésie remplacent les sels à base de soude qu'on trouve dans les sulfuré-sodiques ; certaines de ces eaux (Uriage, Cauvalat) produisent une action dérivative spéciale sur le tube intestinal, mais elles n'ont pas l'action détersive, savonneuse des eaux des Pyrénées.
La prédominance des sels calcaires et magnésiens dans une eau a pour effet de porter sur les voies digestives la plus grande partie de l'action minérale sulfureuse, et d'atténuer l'action habituelle du sulfure sur la peau , la muqueuse bronchique et les voies urinaires.
Lorsqu'on veut agir sur le tube digestif tout en ayant recours à l'élément sulfureux , par exemple , dans certaines affections dartreuses liées à un flux hémorrhoïdal supprimé, c'est à ces eaux qu'on doit recourir de préférence.
On peut, avec la plupart des eaux sulfureuses, produire tous les phénomènes de l'excitation à divers degrés. Toutefois, les sulfureuses sodiques paraissent l'amener plus vivement, plus directement et à moins de frais. Elles tendent surtout à les disséminer sur les appareils pulmonaire , urinaire et cutané.
Les salino-sulfureuses ne la produisent pas d'une
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manière aussi régulière , aussi généralisée , et tendent à la localiser aux surfaces intestinales et cutanées par une action irritative.
Enfin, les eaux sulfuré-calciques se distinguent, d'après M. 0. Henry, des eaux à base de sulfure de sodium par une plus grande stabilité ; elles perdent moins promptement que ces dernières leur odeur et leur saveur caractéristiques, lorsqu'on les laisse exposées à l'action de l'air ou qu'on les conserve dans des bouteilles. Mes expériences sur ce point sont d'accord avec celles de M. 0. Henry; cependant je considère les eaux thermales des Pyrénées comme beaucoup moins altérables que ne le croit cet habile chimiste.
Les eaux à base de sulfure de calcium ne jouant dans les Pyrénées qu'un rôle très-secondaire , je n'insisterai pas davantage sur leurs propriétés, et je renverrai ceux qui voudraient mieux les connaître aux travaux de MM. 0. Henry, Bouland, Gerdy, etc. Je vais rapporter la composition chimique de quelques eaux sulfuré-calciques qui naissent à la base des Pyrénées ou à peu de distance de ces montagnes. Je supprime tous les détails relatifs aux procédés que j'ai suivis pour déterminer la nature et la quantité de chacun des éléments des eaux que j'ai analysées , parce que ces procédés sont analogues à ceux que j'ai décrits , à propos des eaux sulfurésodiques, et qu'ils n'ont été de ma part l'objet d'aucune observation importante.
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EAU SULFUREUSE DE SALIES Haute-Garonne
Les eaux sulfureuses de Salies sont limpides ; elles exhalent une odeur hépatique très-prononcée; leur saveur est un peu analogue à celle des eaux suifuré-sodiques , mais elle a quelque chose de marécageux qu'on ne trouve pas dans ces dernières.
Exposée à l'air libre, l'eau de Salies perd peu à peu son odeur et sa saveur ; elle se trouble en même temps, et finit par abandonner un sédiment dans lequel on trouve un peu de soufre mêlé avec des carbonates de chaux et de magnésie.
Soumise à l'action de la chaleur , cette eau laisse dégager à l'ébullition un mélange d'azote , d'acide carbonique et d'acide sulfhydrique.
1 litre de cette eau m'a fourni la quantité suivante de principes minéralisateurs :
Sulfure de calcium Ogr. 1135
— de magnésium. . . . traces.
Carbonate de chaux 0 1405
— de magnésie. ... 0 0220
Sulfate de chaux 1 2142
— de magnésie 0 2750
Silice 0 0150
Sulfate de soude
Chlorure de sodium.
Matière organique non dosée.
1 gr. 7802 Comme on le voit, cette eau est très-analogue à
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celle d'Enghien , et la quantité de soufre qu'elle renferme est supérieure à celle qu'on trouve dans les eaux sulfuré-sodiques les plus riches des Pyrénées. La source de Salies est peu abondante, et si l'on voulait un jour en tirer parti , ce n'est qu'en boisson qu'il faudrait songer à l'utiliser. Jusqu'à ce jour, on n'en a fait aucun usage. Je crois pourtant que si les eaux sulfuré-calciques ont, comme le croient des praticiens fort distingués, des propriétés spéciales, on a tort de négliger une source aussi riche. Dans tous les cas, l'analyse que j'en ai donnée permet de prévoir ce qu'on peut espérer de son emploi.
EAU SÇLFUBEOSE DE PINAC
Cette eau , dont l'origine est certainement la même que celle des autres sources de Bagnères-de- Bigorre , possède une composition chimique analogue à ces dernières; mais, comme elle rencontre dans son trajet une couche de tourbe , elle contracte une odeur légèrement hépatique. D'après M. Ganderax père, qui en a fait l'analyse, l'eau de la source de Pinac est à peine sulfureuse, et ses principales propriétés doivent être celles des eaux salines-séléniteuses.
L'eau de Pinac permet d'apercevoir la relation qui existe entre les eaux salines et les eaux sulfureuses dites accidentelles. D'autres sources salines de Bagnères-de-Bigorre ont présenté momentanément les caractères des sources sulfuré-calciques. C'est ce qui se produisit en 1835 pour une source
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située sur les bords de l'Adour ; mais M. Ganderax , inspecteur de ces eaux, ne tarda pas à reconnaître que ce phénomène était dû à ce qu'une source saline traversant une forte couche de matière organique qui provenait d'une usine, située à peu de distance , devenait accidentellement sulfureuse. M. Ganderax fit enlever la couche de matière organique, et l'eau perdit immédiatement les caractères des sources sulfuré-calciques pour reprendre ceux des sources salines (1).