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CHAPITRE IV

Des sources salées.

Il existe , sur divers points de la chaîne des Pyrénées, des sources qui tiennent en dissolution une quantité notable de matériaux salins, parmi lesquels le chlorure de sodium est infiniment plus abondant que les autres.

Les sels, qu'on rencontre dans ces eaux, sont . les chlorures de sodium, de potassium, de calcium ; les sulfates de chaux, de magnésie, de soude et de potasse; les carbonates de chaux et de magnésie. On y trouve, en outre, des traces d'iodurc et de broniure de sodium.

La richesse de ces eaux varie d'une localité à l'autre. Quelques-unes des sources dont nous nous occupons sont sensiblement saturées de sel marin; telles sont, par exemple, celles de Salies (Basses- Pyrénées), dont l'une renferme 214 gr. de sels par litre, dont 204 de sel marin. On trouve même à Salies une autre source plus salée que la précédente, et qui est entièrement saturée de sels.

Le sulfate de chaux est , après le chlorure de sodium, le sel le plus abondant dans ces eaux; le

sulfate de magnésie et les carbonates de chaux et dé magnésie viennent ensuite.

Les sources salées des Pyrénées n'ont été que très-incomplètement étudiées au point de vue chimique. MM. Mialhe et Figuier ont démontré l'existence d'une quantité notable de bromure de magnésium dans celles de Salies en Béarn. M. Leymerie, professeur de géologie et de minéralogie, a publié, il y a un petit nombre d'années, sur l'origine de ces sources, un excellent article dans lequel j'ai puisé les documents suivants (1).

D'après ce savant géologue, c'est ordinairement au voisinage des points d'affleurement des ophites, dans des terrains qui ont été plus ou moins disloqués par ce soulèvement lui-même, que l'on voit apparaître les sources salées. M. Leymerie pense que l'éruption principale des ophites a été accompagnée d'émanations de vapeurs et de gaz qui ont pu transporter avec elles différentes substances solubles et insolubles. Au moyen de cette supposition, on expliquera facilement, par exemple, l'imprégnation par le bitume, des sables, molasses et faluns des Landes; celle des argiles de Bastène par le fer oligiste; la transformation du calcaire en gypse par les vapeurs sulfureuses , etc.

C'est à une sublimation de ce genre, longtemps prolongée, que M. Leymerie attribue l'accumulation

(1) Mémoires de l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, 3e série, l, V, p. 113 cl suiv.

on certains points, favorablement disposés ou au milieu de marnes perméables , d'une grande quantité de matière saline qui constrtue les sels gemmes qu'on exploite sur divers points des Pyrénées.

« Quant à l'origine même du sel, dit M. Leyme- » rie, il est naturel de la chercher dans les deux » mers qui baignent les extrémités de la chaîne, et » qui devaient même battre une partie de sa base à » une époque récente géologiquement, si on en » juge par les dépôts marins modernes que l'on » voit s'avancer jusqu'à une certaine distance, soit à » partir de la Méditerranée, soit à partir de l'Océan. » On verra, en effet, que c'est dans les Corbières, » et surtout dans le département des Basses-Pyré- » nées , que se trouvent les gîtes salifères les plus » riches. La Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées, » qui occupent la partie centrale, n'ont à eux deux » qu'une seule source. Il n'est pas jusqu'à la supé- » riorité des gîtes des Basses-Pyrénées, par rap- » port à ceux des Corbières , qui ne soit expliquée » dans cette hypothèse par la plus grande exten- » sion des dépôts marins modernes du côté de » l'Océan.

» On voit que nous considérons tous les gîtes » pyrénéens comme appartenant à la classe de ceux » qu'on a appelés éruptifs. L'irrégularité de ces » dépôts , leur association habituelle avec les gyp- » ses, les bitumes et les ophites, au milieu de ter- » rains plus ou moins disloqués, vient confirmer

» cette manière de voir, qui est, au reste , celle dé » M. Dufrénoy (1). »

M. Leymerie pense qu'il est hors de doute que toutes les sources salées qu'on rencontre dans les Pyrénées doivent leur salure à des masses de sel gemme ou à des marnes imprégnées de sel sur lesquelles ou à travers lesquelles des eaux de source ordinaire auraient passé avant de venir au jour. Il fait valoir, à l'appui de son opinion , les considérations suivantes :

« 1° Les sources salées sont accompagnées des » mêmes circonstances qui signalent aussi les gîtes » de sel gemme ;

» 2° Le sel gemme, positivement reconnu dans les » Basses-Pyrénées, et dans l'Ariége, à Camarade, s'y » trouve en des localités où existent aussi des sour- » ces salées , et «'est même sur cette seule indication » qu'on a entrepris les sondages qui ont amené la » découverte de ce sel;

» 3° Aucune des sources salées pyrénéennes n'a » une thermalité prononcée ;

(1) Il est une autre elasse de gisements salifères que l'on nomme sédiment aires. Dans ceux-là , dont la Lorraine nous offre de si riches exemples , le sel se trouve en couches bien réglées alternant avec diverses roches de sédiment , au milieu d'un terrain régulièrement stratifié. Celte régularité et l'étendue ordinairement considérable de ce genre de gisement est trèsfavorable à l'exploitation directe du sel gemme. Les propriétés contraires des gîtes éruptifs , dans la plupart des cas, doivent leur nuire considérablement sous ce rapport.

» 4° Enfin, dafts plusieurs gisements d'eau salée, » on a remarqué qu'après l'épuisement la source » devenait plus douce, et ne reprenait sa salure » ordinaire qu'au bout d'un temps plus ou moins » considérable. »

Les principaux gisements de sel gemme qui ont été découverts sont ceux de Salies, d'Oras et de Briscous clans les Basses-Pyrénées , et celui de Camarade dans l'Ariége.

Le gîte d'Oras est remarquable par sa richesse : la sonde y a rencontré, à 05 mètres de profondeur, une masse de sel qu'elle a percé jusqu'à 15 mètres sans l'avoir complètement traversée (1) ; le sel de Briscous est intimement mélangé de sulfates de chaux et de magnésie, et est fortement souillé d'argile et de sable ; celui de Camarade , que j'ai eu occasion d'examiner, est dans le même cas.

Jetons un coup-d'œil sur la composition des principales sources.

SOURCE DE SALIES Haute-Garonne .

Cette source est située sur le bord de la roule qui conduit de Salies à Saint-Martory, à une trèspetite distance de Salies. On sait que cette dernière ville est bâtie au pied d'une protubérance assez élevée d'ophite,et qu'il existe, tout autour de ce

(1) Dufrénoy., Mémoires pour servir à une description géologique de la France , t II.

DES SOURCES salées; 46it

point, de nombreuses carrières de plaire, et une source sulfureuse dont j'ai fait connaître la composition. Ici se vérifie, d'une manière parfaite, la correspondance signalée par M. Leymerie entre la présence du sel marin et les phénomènes d'éruption , dont l'apparition des ophites a été l'effet le plus immédiat.

L'eau de Salies est limpide, inodore; sa saveur est fortement salée, et elle laisse un arrière-goùf d'amertume; sa densité, prise à la température de 15°, est de 1,0250. Un litre de cette eau renferme, d'après l'analyse que j'en ai fait en 1849 :

Chlorure de sodium 30 gr. 073

— de magnésium 0 438

— de potassium 0 060

Sulfate de chaux 3 372

Carbonate de chaux 0 035

Silicate de soude 0 062

Alumine 0 025

34 gr. 065 Plus, des traces de fer et de bromure de magnésium.

L'eau de Salies n'a jamais été régulièrement exploitée; les habitants s'en servent pour divers usages domestiques. On pourrait , sans aucun doute, en tirer un excellent parti en l'employant en bains et en douches ; quelques cures remarquables qui ont été opérées à diverses reprises chez les personnes qui en ont fait usage, prouvent qu'elle

jouit d'une grande activité. Il est à regretter que la situation financière de la commune de Salies ne lui permette pas de construire un établissement dans lequel on puisse l'administrer.

EAUX DE CAMARADE (Ariége).

La source salée qui existe dans la commune de Camarade est fort analogue à la précédente ; elle renferme environ 33 grammes de sel par litre. Un sondage, effectué dans ces dernières années, a amené la découverte d'une couche de sel gemme à peu de distance de la source. Ce sel, comme je l'ai dit plus haut , est mêlé avec une quantité notable de sulfate de chaux, de soude et de magnésie. Quelques tentatives d'exploitation ont eu lieu , j'ignore si elles ont réussi.

Le gite salifère de Camarade se trouve placé au milieu du terrain pyrénéen supérieur, non loin de gypses et d'ophites.

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