DES AGENTS MÉTÉOROLOGIQUES COMME MOYENS MÉDICAMENTEUX
La première condition d’une bonne hygiène est celle d’un air pur ; aussi Hufeland la recommande-t-il au premier rang dans sa thérapeutique générale des fièvres. C’est aussi le premier précepte de la prophylaxie d’une épidémie ; l’habitation dans des appartements spacieux où la lumière et l’air pénètrent facilement ,
pression de l’humidité et des variations de température , tels sont les premiers conseils à donner dans un temps d’épidémie.
(1) Van Swieten, Comm., pag. 71.
bans les maladies infectieuses , c’est encore l’air lui-meme qui doit réparer le mal qu’il produit par le transport des agents toxiques. La première indication sera toujours de soustraire le malade à l’influence atmosphérique nuisible : Pessimum œgro cœlum est, dit Celse, quod œgrum fecit (1). Une bonne circulation d’air et de lumière dans les villes, la ventilation artificielle des édifices où les hommes se réunissent en grand nombre , sont les moyens que Ton oppose d’abord à une infection quelconque.
L’atmosphère chargée de certains principes a paru même , dans quelques cas , agir avantageusement contre l’influence épidémique elle-même. Les fabriques où l’on manie en grand le charbon animal , le soufre et le mercure , les carrières des mines de ce métal , ont semblé , d’après Delmas (2), jouer un certain rôle dans la prophylaxie du choléra. La saturation de l’atmosphère par certaines vapeurs, telles que les vapeurs arsénicales , provenant par exemple de l’établissement de fonderies de cuivre dans les pays à effluves , a semblé aussi atténuer l’influence miasmatique , comme le docteur Stores et d’autres médecins anglais l’ont constaté dans une contrée marécageuse de Cornouailles. Sans doute ces faits n’ont pas une valeur démontrée , et tous les médecins ne voient pas là une action prophylactique ; mais la science doit enregistrer toutes les observations, sauf à les confirmer les unes par les autres.
L’air chargé de substances médicamenteuses a d’ailleurs été, dans ces derniers temps, l’objet d’études spéciales. Ainsi préparé, il est devenu entre les mains d’hommes habiles un puissant
(1) Celse. Ed. encycl., liv. II, p. 33.
(2) Diction, méd., art. Choléra.
moyen médicateur. Les bains d’air comprimé occupent déjà,' nous l’avons dit , une large place en thérapeutique , et la science enregistre chaque jour de nouveaux faits qui démontrent l’utilité de leur emploi. L’air, ainsi renfermé dans une cloche particulière, peut être chargé de substances gazeuses , dont l’action élective s’exerce sur les poumons et en modifie puissamment les altérations les plus graves.
La chaleur et la sécheresse dé l’air exercent une influence fâcheuse sur les maladies aigues fébriles. De là la méthode rafraîchissante de Sydenham dans les maladies d’été , et principalement dans le traitement de la variole.
De là l’usage des ventilations préconisé parHALEs, l’aspersion d’eau froide autour des mala'des, et, dans l’application hygiénique , l’arrosage des rues pendant l’été.
Les variations de température pendant le règne de certains vents peuvent être utiles à la santé. Retz remarque que la constitution variable de la chaleur pendant le règne du vent Sud-Ouest était favorable à la santé des Belges. On a vu quelquefois un changement brusque de température, passant du variable au froid, amener la fin d’une épidémie catarrhale. Boucher , médecin à Arras , en cite un exemple remarquable relatif à une épidémie de grippe de 1775.
La saison froide a paru à Sydenham fort utile aux varioles discrètes ; à Montpellier, cependant, c’est plutôt vers Novembre que commencent, tous les ans, les varioles observées en ville dans la garnison. L’observation du médecin de Londres se rapporte peut-être d’ailleurs à l’indication générale qu’il voyait partout de rafraîchir ses malades.
La chirurgie elle-même présente de nombreuses applications des idées que nous exposons. Une température et une sécheresse modérées ont, suivant les cas, des effets utiles. Souvent
l’exposition d’une plaie à l’air libre , arrête l’iiémorrliagic Iluxionnaire dont elle est le siège; souvent aussi le courant d’un air chaud stimule favorablement les plaies aloniqucs; on connaît, dans ces cas, les bons clïets de l’insolation. Ici, dit le Prob Benoît (1), deux agents modificateurs, le calorique et la lumière, combinent leurs influences.
Que penser de l’antagonisme que M. Boudin a voulu établir entre les fièvres intermittentes et certaines maladies, telles que la phthisie pulmonaire et la fièvre typhoïde ? Au point de vue où se place l’honorable médeein militaire , la question est jugée depuis long-temps parla négative, et nous avons tous les jours à Montpellier les preuves les plus positives de l’erreur dont nous parlons. Que de fièvres typhoïdes , compliquées de fièvre intermittente marématique, dont le quinquina simplifie rapidement l’évolution, que de phthisiques tuberculeux avec des fièvres intermitentes spécifiques , et que de fois dans les nombreuses nécropsies faites par nous dans le service de la clinique médicale, nous avons eu à constater les désorganisations pulmonaires les plus graves chez des malades victimes à la fois de la diathèse tuberculeuse et de la cachexie elfiuvienne. Si quelque chose pouvait expliquer les faits , d’ailleurs remarquables et concluants en apparence, que cite M. Boudin, c’est l’influence atmosphérique des contrées marécageuses du bord de la mer. Cette influence rentre évidemment dans celle de l’air maritime dont nous parlerons bientôt.
Le traitement des maladies chroniques présente aussi les plus intéressants exemples de l’heureuse influence des agents météorologiques.
(1) De fair et des aliments en chir. , p. 29.
La sécheresse du milieu ambiant favorise la solution des maladies lentes et pituiteuses , ainsi que le professait Caizer- GUEs ; elle convient aussi à certaines maladies nerveuses.
Tissot (1) raconte qu’une femme très-vaporeuse , qui ne pouvait faire un pas dans une atmosphère humide , pouvait , au contraire, se livrer à de longues promenades dans un air sec. Celte observation se renouvelle chaque jour.
Que de migraines , que de névralgies , que de malaises nerveux de toute sorte nous avons vu se développer et s’accroître sous rinfluence de l’humidité, et disparaître, comme par enchantement avec le retour du temps sec ! Mais cette influence de la sécheresse dans ces maladies , comme toutes celles qui semblent le mieux agir sur elles , souffre de nombreuses exceptions.
Qui n’a vu des asthmatiques tourmentés par un air sec, ne se trouver bien qu’avec le retour de l’humidité.
Müsgrave assure que les goutteux se trouvent mieux dans l’hiver de la température douce et modérée que du froid et du vent.
Grant conseille très-bien aux goutteux , dit Barthez , de quitter les plaines chaque été , pour liabiter les lieux élevés où l’air est pur , et , en général , de vivre dans les pays chauds.
C’est sur l’influence physiologique ou pathologique des climats qu’est fondé l’emploi des voyages comme moyens prophylactiques ou thérapeutiques. Les habitants des pays chauds, tourmentés par des hépatites chroniques, voient leurs engorgements viscéraux diminuer et disparaître par le déplacement dans les pays tempérés et froids.
(1) Mal. nerv. , t. I.
Le changement d’air est souvent le seul moyen que l’on puisse opposer à ces affections palustres , à ces cachexies marcmatiques, contre les accès fébriles desquelles le quinquina est devenu impuissant. Ou Ire que le malade est ainsi soustrait à la permanence d’action d’une atmosphère efflu vienne, il trouve dans les conditions nouvelles d’un autre air un puissant et avanlagcnx modificateur.
SvDENHAM conseille à ses malades , dans ces circonstances , un pays plus chaud que celui qu’ils habitent. Nous observerons cependant que les recherches de géographie médicale établissent l’atténuation de gravité et la disparition complète des fièvres intermittentes , dans les régions qui se rapprochent de plus en plus des pôles.
Un dernier exemple va nous fournir la mesure du degré d’importance des études météorologiques dans le traitement des maladies ; c’est la diathèse tuberculeuse.
Des observations nombreuses et des expérimentations directes sur les animaux ont démontré la funeste influence d’une atmosphère peu renouvelée et privée de la lumière solaire pour favoriser le développement de la tuberculisation.
De là , l’indication prophylactique de placer dans des conditions, opposées les sujets héréditairement ou non prédisposés à cette fatale affection.
Le séjour dans les hôpitaux serait, dans ce cas, contre-indiqué d’une manière générale ; mais comme les malheureux qui les fréquentent ne trouvent le plus souvent chez eux que des conditions d’aération plus fâcheuses, entre deux maux, il vaut encore mieux choisir le moindre.
L’altitude des lieux ne doit pas être négligée dans le traitement des tubercules pulmonaires. Sans parler des conditions barométriques sur lesquelles nous avons ailleurs insisté , l’air
(les monlagnes, beaucoup plus pur que celui des villes, mais quelquefois beaucoup irop vif pour certains poumons , peut convenir aux individus, primitivement robustes et d’une bonne santé , dans la première période d’une diathèse tuberculeuse acquise. C’est ce dont on doit tenir compte lorsque l’on envoie un malade à certaines eaux minérales. L’altitude des sources , les qualités de l’atmosphère ambiante doivent entrer en ligne de compte dans le choix d’un établissement thermal.
Mais c’est surtout par l’étude des climats que la phthisie tuberculeuse a vu de notre temps sa thérapeutique progresser.
Or , quelle est l’influence du climat sur celte grave et malheureusement si commune maladie ? La tuberculisation est-elle plus rare dans les climats chauds que dans les autres?
D’après M. Delaberge (1), elle surviendrait, au contraire, moins souvent dans les pays à température très-froide que dans ceux où la chaleur domine.
Au récit de Fournier (2) , le climat de Hollande convient beaucoup à certaines formes de pulmonies , qui ont éclaté dans les régions méridionales de l’Europe.
Le Proh Dupré a pu se convaincre , à Cauterets , qu’il est des variétés de cette maladie dont les températures élevées de certains climats accélèrent la marche et hâtent le terme.
Laennec professait que les tubercules du poumon , trèsrépandus dans les régions tempérées , telles que la France ,' le nord de l’Espagne , de l’Italie et de la Grèce , se montrent ' relativement plus rares dans les climats très-froids et dans lesclimats très-chauds.
(1) Journ. des conn. méd. chir. ; 1837.
(2) Du climat de Montpellier.
C’est, en effet, plutôt par son uniformité et ses variations que par ses degrés, que la température sèche ou humide , agit pour favoriser ou arréler le développement des tubercules pulmonaires. Il faut cependant se garder encore d’étrc trop exclusif et d’oublier les indications spéciales que présente chaque sujet.
Tout le monde sait que les Nègres, qui viennent en France, sont très-sujets à la phthisie pulmonaire. Les animaux , euxmêmes, n’échappent pas à cette influence : les singes du Jardin des Plantes de Paris en fournissent des exemples nombreux.
La plupart des médecins qui ont pratiqué dans les pays
chauds, en ont constaté le bénéfice, pour les tuberculeux à
la première période , ou pour les sujets héréditairement prédisposés. Ce fait important , Johnston et Annesley l’ont noté dans les possessions tropicales des anglais; Twining au Bengale , Segond à Cayenne , Levacher aux Antilles françaises , Crüz-Jobins à Rio-Janeiro, Thévenot au Sénégal, Gourlay à' Madère , Piaymond-Faure ( 1/en Grèce , et beaucoup de nos médecins en Algérie.
Lue telle unanimité d’opinions ne doit pas être dédaignée. Il ne faut cependant pas attribuer à des régions entières , parce qu’elles font partie dïm système de climats chauds, un avantage qui dépend essentiellement des conditions topographiques. Nous le répétons encore, tel pays d’un climat chaud, sujet à des variations brusques de température , sera plus nuisible qu’utile aux tuberculeux. Telle est Nice, que ses variations d’hygrométrie et de température rendent un séjour quelquefois pernicieux aux malades qui vont lui demander un soulagement à leurs maux. Il en résulte que les climats les mieux appropriés à l’affection tuberculeuse , surtout pour les habitants de la France, sont les climats tempérés ouïes climats
chauds , dans lesquels la lenripérature , à peu près uniforme , n’est soumise qu’à des variations normales, réglées par le# cours ordinaire des saisons. L’Égypte et le Nil, Madère sont, en effet, des pays que l’expérience quotidienne et d’illustres exemples actuels démontrent très-favorables.
Yoici l’opinion de James-Clauk (1) sur cette importante question : Madère est le séjour qu’il préfère d’un manière générale ; s’il y a une susceptibilité marquée aux vents vifs et pénéiranls (humides), après Madère, c’est Rome ou Pise qu’il conseille; enfin, si la circulation est languissante, s’il y a disposition aux congestions ou aux hémorrhagies, plutôt qu’à l’inflammation, c’est à Nice qu’il envoie ses malades, à moins qu’il n’y ait complication de dyspepsie gcisfriûque [miVdmavdtoirej, alors conviennent les îles d’l]yères,à peu près semblables à Nice pour les conditions météorologiques. Mais il observe , avec beaucoup de raison, que , malgré sa puissance, l’action thérapeutique du climat n’est pas la seule dont les médecins doivent tenir compte. Elle n’entre que pour une part, très-large à la vérité, dans le traitement de la tuber-
culisation.
L’air des côtes et celui de la mer participent généralement à cette uniformité de température dont nous parlions tout-àl’heure. C’est surtout à cette influence que l’atmosphère maritime doit ses avantages dans le traitement actuel; c’est là, bien moins que l’influence effluvienne, dont parle M. Boudin, ce qui explique la rareté relative de la tuberculisation dans < certains pays marécageux. Le docteur L’Admirault (2) rapporte
(1) The sanative influence of climat fort invalids in England. —
London, 1841. — Tliird édition.
^2) Thèse de Montpellier, 1854. Flageoles. Proph. des mal. héréd
i’hisloire d’un jeune homme qui , né d’une mère phthisique , vit une de ses sœurs mourir de la même maladie-, lui-même avait déjà de fréquentes hémoptysies-, il se fait marin-, tout crachement cesse et sa santé devient excellente. 11 revient à terre -, les hémoptysies reparaissent et les symptômes morbides alarmants se montient de nouveau. Il reprend la mer-, sa santé , rapidement rétablie, a depuis lors été florissante, et il est devenu lui-même un robusie marin.
Dechambre (I) cite aussi le remarquable exemple suivant : le cbef d'une maison de commission est appelé, tous les trois ou quatre ans, au Mexi(|ue, pour les besoins de son commerce. Cette personne est atteinte d’une bronchite chronique grave , ordinairement exaspérée à l’épocjne (printemps) où elle doit prendre la mer. Or, voici ce qu'il lui arrive invariablement : dès le premier ou le second jour, diminution notable delà toux et des crachats-, sentiment de force et de bien être général. Au bout de cinq ou six jours, jusqu'à l’arrivée à Mexico, l’affection bronchique est entièrement suspendue. Sous le climat de Mexico , pendant les deux mois environ de séjour , elle recommence à se montrer, mais remharquemenl coupe court à cette rechute, et la poitrine est de nouveau débarrassée. Le sujet rentre dans sa famille avec toutes les apparences d’une bonne santé; au bout d’un temps variable, le catarrhe reprend ses droits pour les garder jusqu’à la traversée prochaine. Notez que l’expérience a été faite déjà cinq ou six fois.
On comprend que dans ces faits, si l’influence atmosphérique est incontestablement la plus puissante, il en est aussi une foule d’autres , que comporte la vie à bord , et sur lesquelles
(1) Gazette hebd. T. III, p. 178.
nous ne pouvons insister ici, qui doivent aussi être prises en çonsidéralion.
D’après les idées que nous venons d’émettre , le médecin qui ne peut faire voyager son malade , doit chercher à lui créer un climat artificiel aussi approprié que possible aux indications spéciales qu’il présente : nouvelle preuve de la nécessité où il se trouve de bien connaître le climat où il pratique, dans ses conditions ordinaires, dans ses époques de variations, afin de régler là-dessus le régime extérieur prescrit à ses malades. Chaquh localité fournit à ce sujet des indications particulières ; nous ne pouvons les signaler ici que d’une manière très-générale : éviler l’air frais du matin et du soir, pallier par des vêtements et des habitudes convenables le passage quelquefois trop brusque des saisons, dans nos climats tempérés , tenir compte surtout de Tinfluence affaiblissante de l’automne, si funeste pour les phthisiques chez lesquels domine un tempérament lymphatique très-prononcé , une constitution scrofuleuse manifeste.
Le dernier exemple que nous avons choisi , les développements qu’il nous a suggérés et les applications pratiques nombreuses , que nous avons trouvées dans son étude en rapport avec les connaissances météorologiques , nous permettent de conclure à leur incontestable importance dans le traitement des maladies.