INTRODUCTION
Plusieurs fois par siècle, les sciences médicales sont renouvelées dans leur ensemble. Les hypothèses se succèdent, la théorie la mieux assise est soudain détruite par une seule observation clinique, certaines maladies disparaissent, on en décrit de nouvelles, tel médicament qui connut une fortune rapide se voit oublié en quelques mois. Cette évolution jamais suspendue ne peut pas être attribuée seulement aux caprices de la mode ou aux nécessités d’une interprétation hâtive de phénomènes dont nous ne connaissons presque rien. Ces variations ont aussi une cause plus profonde : la matière sur laquelle les médecins tentent d’exercer leur pouvoir est la plus inconstante qui soit. Si la physiologie et la pathologie souffrent de remarquables exceptions avec chaque individu, quels changements ne devrons-nous pas attendre du temps ? Avec lui, la virulence des microbes s’atténue ou s’exalte, les organismes s’immunisent ou se sensibilisent suivant les cas. Ne nous étonnons pas de voir changer les phénomènes lorsque changent les conditions au milieu desquelles ils se produisent. Nous ne vivons pas dans les mêmes conditions que nos ancè-
ère
tres, la logique veut que nos maladies ne ressemblent pas aux leurs. Nous voyons évoluer la pathologie en même temps que l’aspect du monde où nous vivons, pour les animaux domestiques au même titre que pour les humains. Dans la conférence qu'il prononça aux « Journées Vétérinaires » de 1933, voici ce que disait le Professeur LESBOUYRIES à propos de ce qu'il a appelé « les maladies de la civilisation animale ».
« Les maladies dont nous voulons nous occuper sont des affections relativement nouvelles, de plus en plus fréquemment observées par les vétérinaires, chez toutes les espèces animales, et qui prennent souvent l’allure d’épizooties ou d’endémies. La lecture de la correspondance qui nous est adressée par nos confrères, celle de la bibliographie publiée dans tous les pays, indiquent, avec une force à laquelle il faut préter la plus grande attention que ces troubles se manifestent toujours sur les meilleures races et les meilleurs animaux de ces races. Les recherches effectuées dans les laboratoires démontrent qu'il ne s’agit primitivement ni d'infection ni d'infestation parasitaire. C’est pourquoi nombre d'auteurs n'hésitent pas à considérer ces manifestations morbides comme des maladies mystérieuses. »