‹ Ébauche de psychologieChapitre 1 sur 22 · PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRES

Bnt de eet ouvrage. — Dm oanses s'oppoMnt aux progrès de la psychologie. — Considérations snr les méthodes à employer. — Inconvénients d'une seule méthode qjt surtout danger du raisonnement scientifique trop exclusif : ce moyen logique conduit en ce cas à des conclusions erronées; possibilité de remédier à ce qu'il a de défectueux.

En 1866, après avoir fait des expériences hypnotiques assez nombreuses, je publiai un livre sur le sommeil et les états analogues, et je rapportai tous leurs modes de manifestation, on pourrait dire d'une même famille, à la puissante influence de la pensée. Placé ainsi, et en novice, sur le domaine le plus scabreux de la psychologie (1), j'eus Toccasion de m'apercevoir

(1) Â l'exemple de ce qui s'est fait scavent, j'ai détoaraé le sens liliéral da mot psychologie : aa liea d'avoir la signification vagae de Traité sur l'àme» i| embrasse pour moi celle de science de la pensée :

avec tout le monde que cette science présentait UD grand nombre de lacunes à combler, malgré tes progrès incontestables qu'elle a faits dans ces derniers temps, progrès dus aux patientes analyses d'une pléiade de psychologues, anglais pour la plupart.

Aussi, tant pour hâter Télucidation des états psychiques quej^ai étudiés, et qui rentrent dans le cœur même de la psychologie, que pour apporter mon contingent à cette science, j'ai été depuis lors amené à entreprendre ce nouveau travail. Non pas que j'aie tenté de composer un véritable Traité sur la matière : j'en ai trouvé la lâche trop lourde, Aussi, quand je ne les ai pas Qmis, ai-je passé assez vite sur les points qui ne sont plus ou presque plus discutés, aiQn but étant plutôt, tout en esquissant, d'étudier des questions encore contestées, et de donner des aperçus nouveaux.

Les lents progrès de la psychologie, depuis même qu'elle est sortie des lisières qui l'attachaient à la métaphysique scolastique, tiennent d'abord à l'abandon dans lequel elle a été mise par une classe de savants dont elle relève au premier chef: je veux dire les médecins qui, à quelques exceptions près, trop exclusivement

iM faiii. («1 c^Dfcei, iM eondilioD», rcb éUU, tei loii. clo.; e'i qui, <Ird» !■ peuaie, ressort de la conacieace, ov t'expfric lonaameal.

pl}y$iolofîstes, o'ont eavis^g^ jtes phénoaUnt» de la vie qii'en le9 reliapt aux /scicMse» physico-* cbiiiiîque($ ; tandis que pour doaner à leurs tra^ y#Mx sur la })io)agie uue base plus solide, celle qn'iU 4oiveat avoir> ces hommes de scleDC9 auraient ài^ les rattacher, concomitament au fpoin^ je; avec plus de sollicitude eocore, à la jCpUQigLi^saAce des phénomèaes psychiques : ainsi, ils nç seraieut pas devenus exposés à être déhprdés sur dfis questions d'anthropologie qui relèvent certainement plus de leur compétencq que de celle de tous autres, et la médecine, si en retard, n'en présentant que plus de largeur et de certitude, marcherait alors d'un pas plus assuré vers le hut d'utilité, qu'elle se propose.

En outre, si la psychologie est si peu avancée, la cause en est à ce que son étude présente des difficultés» C'est que pour s'y livrer il ne suffit pas d'observer et surtout d'expérimenter ou faire varier les circonstances des faits à observer, i| faut encore en appeler à un procédé de recherches peu employé, à celui que donne la conscience en tant qu'elle est apte à prendre connaissance de ce qui se passe à sa portée dans Tintérieur de Tétre pensant. On est, par habitude, plus disposé à examiner à l'aide des sens, ce qui est de tous les instants et de tous les jours, qu'à Taide d'un examen par réflexion sur soi-même où il faut différemment, ce que l'on ne pratique guère,

diviser Taction de la pensée en celle qui observe et en celle qui est observée, et défendre encore tout ou partie des sens des excitations du dehors et des impressions internes, s^isoler enfin des distractions que procurent ces organes presque toujours actifs. Aussi, Fesprit étant amoindri, puisqu'il est dédoublé dans son mouvement, il n'est pas facile d'analyser par ce moyen chacune des manisfestations intérieures de la pensée, de les comparer, d'en saisir les liens, si Ton n'y a quelque aptitude, ou si Ton ne s'y est exercé de longue main.

Et cependant il n'est possible de scruter avec fruit dans plusieurs des recoins de l'esprit humain qu'à l'aide d'un examen attentif où la réflexion d'une partie de l'esprit sur lui-même permet de confirmer les dires des autres hommes sur la même matière, en rapportant le résultat de ses remarques à celles qu'ils ont déjà faites. En plus de ce procédé, il faut encore comparer entre eux les événements dont ils ont chacun conscience dans des états psychiques exceptionnels, comme le sont certains états hypnotiques. Pour celui qui s'adonne à ce genre d'observer, il se présente des difficultés considérables, surtout lorsqu'il s'agit dç phénomènes peu conscients, fugaces ou complexes, plus nombreux qu'on est porté généralement à le croire.

En dehors de l'observation, de l'expérimenta-

tion et du mode réflexible par la conscience quil partage avec les autres hommes pour examiner les manifestations intimes de son esprit, le psychologue a encore pour Faider à ajouter de nouvelles découvertes à celles qu'il possède déjà, le raisonnement scientiflque, propre, pour une bonne part, à lui permettre de compléter toutes ses notions précédemment acquises sur les phénomènes psychologiques.

Que Ton étudie Tétre pensant par les méthodes d'observation et d'expérimentation ; ou qu'on l'étudié par la réflexion sur soi-même, par le témoignage des hommes dû au même procédé, et enfin par le raisonnement, toujours est-il, en définitive, que la conscience est à la base de ces méthodes, et qu'ainsi on ne peut les séparer. Quelle que soit la méthode, du reste, toutes les connaissances humaines relèvent de la conscience, qu'elles soient psychiques ou autres.

Les méthodes du psychologue ne permettent pas seulement de connaître Tesprit humain dans ses événements et dans ce qu'il est en lui-même comme pouvoir ; elles donnent aussi le moyen d'avoir des notions sur son mécanisme et sur ses causes d'activité normales ou anormales ; tout en fondant la science de la pensée, elles facilitent en outre la vérification du fonctionnement de l'esprit ; elles en montrent l'ensemble et les détails, la portée, les qualités, les défauts, la puis-

•ance, etc»; coniéffam^aieai elles servent de la ftorle à redressa ses défectoMités« i juger de ses effets, à le perfecijooner, à eo établir et augmenter la véritai^le valeur. Nul doute qu'elles n'ap<portent ainsi plus de poids à la certitude dans les autres sciences dont les progrès sont soumis à la netteté des sensations, à Tinté^ité de Tintelli^ gence et à la vivacité de la conscience» Quand il a reconnu les imperfections de ses instruments^ le géomètre cherche à les corriger afin de s'en servir utilement; ainsi de tous savants à propos de ce qui est en eux la base de la connaissance : s'ils n'imitent le géomètre, ils risquent davantage de tomber dans Terreur.

En examinant les notions psychiques acquises par les méthodes signalées plus haut, je me suis pénétré de ce principe qu'en psychologie plus qu'en autre matière, il faut, lorsqu'il y a lieu, tout soumettre à la contre-épreuve. Si les sciences exactes demandent des vérifications nombreuses, la science psychologique en exige encore da^ vantage, parce que les opérations qu'elle offre à l'examen sont parfois excessivement vagues, compliquées^ changeantes. Aussi ici, plus encore qu'en toute autre chose, le critérium de la vérité est-il qu'il faut qu'on ne puisse plus penser : ou que le contraire de ce que Ton a constaté puisse être, ou qu'il y ait des vérités contradictoires à celles que l'on croit avoir acquises. On doit prin-

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