Éboulements, glissements et barrages
Contrainte par la loi de restreindre dans une assez large mesure la création des forêts en montagne, TAdministration des eaux et forêts s'est attachée à poursuivre avec vigueur les travaux de restauration et de correction des torrents.
Nous ne reviendrons pas sur les explications théoriques, sur les déGnitions que tout le monde peut trouver dans la magnifique Étude sur les travaux de reboisement et de gazonnement des montagnes, de M. P. Deraontzey. Cet ouvrage, publié en 1878, reste encore, après vingt années écoulées, le guide éclairé des reboiseurs.
Il est complété, pour tout ce qui concerne la partie mathématique, Épaisseur et formes des barrageSy etc.^ par le traité de M. Thiery, Restauration des montagnes, correction des torrents, reboisement.
Enfin, dans ï Extinction des torrents en France par le reboisement, M. P. Démon tzey a donné le compte rendu, en 189Û, de la situation du reboisement en France et des descriptions détaillées des torrents les plus importants en cours de correction. Il n'y a pas à y revenir.
Mais on nous permettra de rapporter quelques observations
spéciales que nous avons pu faire dans notre longue carrière de reboiseur.
Dans la correction d'un torrent, le but à atteindre consiste toujours, en fin de conipte, dans la suppression, aussi complète que possible, du charriage des matériaux et principalement du charriage en masse sous forme de laves.
Ces laves ne pourraient évidemment pas se former si les torrents ne subissaient paâ de crues et surtout, pas de crues subites et violentes, comme en provoquent les orages ou les brusques fontes de neige sur les versants dénudés. A ce point de vue, rien ne saurait remplacer l'action protectrice de la forêt.
Il est cependant des cas où l'action de la forêt serait insuflfisante et particulièrement quand on se trouve en présence de glissements de terrains s'étendant à une grande profondeur, ou d'importants éboulenients de rochers partant des régions supérieures des montagnes.
Il arrive aussi fréquemment que les besoins locaux interdisent provisoirement la création de forêts dans les bassins de réception et que cependant il soit urgent de protéger des intérêts généraux, tels que la circulation sur les voies ferrées et les routes, l'existence de bourgs ou de hameaux importants, le libre écoulement des eaux d'une rivière, etc.
Au début même, il a paru quelquefois nécessaire d'obtenir rapidement des résultats incontestables dans la lutte commencée contre les torrents, de façon à rassurer l'opinion publique en lui démontrant que le but poursuivi pouvait être atteint. ^ C'est alors qu'on a eu recours aux travaux de correction, dont
I l'exécution, n'affectant que très faiblement l'exercice du pâturage
f en montagne, n'a pas soulevé les mêmes protestations que le reboi-
j sèment et a pu être poursuivie dans de bonnes conditions.
I Origine des matériaux charriés par les torrents. —
f ' Les matériaux charriés par les torrents peuvent provenir, soit du