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CHAPITRE IL — GLISSEMENTS ET ÉBOULEMENTS

toute la surface du terrain dénudé, au milieu des terres meubles, qui furent entraînées par les eaux et vinrent se déposer dans le lit du Nant de Saint-Claude.

Aussi, le 3o août i88s, à la suite d'une pluie violente, ce tor* rent, jusqu'alors irioffensif, attaqua le pied de Téboulement et charria, sous forme de laves successives, jusque dans la plaine de risère, une masse de matériaux dont le volume atteignait 2100,000 mètres cubes.

Les cultures du hameau de Ghampet, ainsi que les habitations, furent sérieusement endommagées et l'Isère, démesurément grossie par les apports du torrent, causa des dégâts importants sur tout son parcours en Tarentaise.

Le 16 septembre i883, une crue, plus forte encore que celle du 3o août précédent, produisit une lave formidable qui engloutit jusqu'à la hauteur du premier étage les maisons du Ghampet, et déposa une épaisseur de plusieurs mètres de matériaux de tous calibres sur k hectares de prés estimés ensemble 60,000 francs.

£n 188/i, tous les propriétaires de cette malheureuse région se mirent courageusement à l'œuvre et effectuèrent les travaux de déblaiement nécessaires pour remettre leurs terrains en état.

Malheureusement, ces efforts furent vains, car le torrent, par de nouveaux apports, recouvrit à nouveau les terrains dégagés.

C'est ainsi que les maisons du Ghampet ont été enlisées dans des dépôts s'augmentant sans cesse, jusqu'au jour où elles ont complètement disparu sous l'amas des déjections.

Émue par cette situation désastreuse, l'Administration des eaux et forêts avait entrepris des études dès i88B, et, en raison de l'imminence du danger, s'était mise en mesure de commencer des travaux de restauration dès 1886; mais elle fut arrêtée par les nombreuses formalités qu'exige l'application de la loi du 6 avril i88q et ne put mettre la main à l'œuvre qu'en 1898, c'est-à-dire sept ans après que son intervention eût été jugée indispensable.

L'examen du terrain et l'état général du cours du torrent du

Nant de Saint-Claude, en amont de l'éboulement, démontrèrent a priori que ce cours d'eau affectait Taliure d'un ruisseau paisible jusqu'à sa rencontre avec les matériaux descendus du Bec-Rouge, et que c'était uniquement parmi eux qu'il puisait les éléments des laves qu'il charriait dans la plaine.

Il importait donc de préserver la base de l'éboulement contre les affouillements des eaux et d'élargir suffisamment le lit du torrent pour permettre aux matériaux instables de prendre une pente d'équilibre.

Ce résultat ne pouvait être atteint pratiquement que par la construction d'une série de grands barrages superposés et se prêtant un mutuel appui.

Le premier de ces barrages fut installé un peu en aval des berges instables; devant servir de base à la correction, il était en effet indispensable qu'il fût mis complètement à l'abri des pressions énormes qu'exercent toujours les glissements sur des ouvrages de cette nature, pressions qui ont pour effet de disloquer les maçonneries et, par suite, de diminuer dans de très grandes proportions la force de résistance des barrages.

Construit en 1898, il a eu pour effet de relever et d'élargir considérablement le lit du torrent, en emmagasinant à son amont près de 100,000 mètres cubes de matériaux.

Au moyen de redressements du lit, le cours des eaux a été dirigé ensuite vers le centre de l'atterrissement et les berges mises à l'abri de tout affouillement.

Enfin, les matériaux de l'éboulement trouvant un point d'appui stable sur l'atterrissement du barrage, s'y accumulèrent et modifièrent peu à peu la pente du versant que des travaux ultérieurs viendront consolider ensuite définitivement.

En 1896, puis en 1898, deux nouveaux barrages furent élevés à l'amont du premier et complétèrent son action. Créant des chutes, ils annihilent la vitesse d'écoulement des eaux et, par suite, leur puissance d'érosion. D'autre part, la différence de niveau, rachetée

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