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ou à la maison, je serai prudent, et ne me fâcherai pas ; ou si je le fais, je ne me fâcherai qu’en dedans. Sois tranquille.
Sais-tu que tn as choisi la meilleure cabane et le meilleur coin pour te cacher, continua mon père. Tu vois d’assez loin; tu peux te jeter en deux sauts au bas de la côte, et prendre assez d'avance pour te moquer d’une balle ; tu te fais des nids de broussailles où il faudrait un bon chien pour te découvrir ; tu es aussi bien que les circonstances le permetient. Dorénavant, on nete laissera plus crever de faim. Tu as des vivres là pour trois jours. Je ne puis venir souvent, cela éveillerait les soupçons.
—Nous allons retourner et Baptiste te rapportera ce soir des couvertures et une hache pour que tu puisse travailler à quelque chose et te réchauffer sans faire le fainéant devant le feu. Tu vas probablement avoir le temps de bûcher une bonne provision d’hiver, ainsi
amuse toi, fais bien le guet, et pense à tes blondes.
À propos, je pourrais bien aussi t’envoyer on fusil. Tu pourras tuer par-ci par-là une perdrix où un lièvre, et Gà te fera un dessert,
—Eh bien, adieu ! dis-je à mon père, ne
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lui tendant la maia, et s’il y a quelque chose d’extraordinaire, faites-moi le dire.
Je me retrouvai donc seul et dns, bon gré
mal gré, me remettre à songer. Vers neuf heures, autant que j’en pus juger, j’entendis un chant m’arriver à travers le bois. Comme çà ne pouvait être que Baptiste, je me dirigeai sur la voix, et lui pris une partie de son fardeau. Il me rapportait une peau de bœuf, un oreiller, mon fusil, une hache, une pipe et du tabac, du pain, un peu de linge de corps et quelques hardes ; enfin il avait la charge d’un homme et demi. Il m’apprit l’arrestation de quelques amis, les traitements que les volontaires leur faisaient subir, et leurs menaces d’incendier les maisons des patriotes.
. —Tâches donc, dis-je à Baptiste, qu’il en passe un de temps en temps par ici ; ceux-là paieront pour les autres, jen réponds. Nous nous dîmes bonsoir et il me laissa dans la solitude de fa forêt.
J’avais souvent entendu parler du charme des bois, de la vie champêtre, du bonheur de l'isolement ; j’avais même lu quelques tirades là-dessus ; mais j’invite ceux qui écrivent ces fadaises à essayer, sur la fin d’un automne canadien, de la vie des bois, avec une
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cabane à sucre pour gîte et pour abri; je pense qu’il se guériraient vite de leur croyance à la poësie des grands bois et de la solitude qu’ils procurent,
Je restai seul quatre Jours, et reçus alors une visite de mon père. On avait fait une recherche à la maison, et les chercheurs paraisszient croire que je n’étais pas loin. Il y avait déjà plus de 200 arrestations de faites, et ceux que les volontaires traînaient en prison étaient littéralement traîtés un peu plus brutalement que des chiens. |
—J’en ai pour longtemps, j’ai peur, dis-je à mon père.
—Cela se peut. Mais ne te décourage pas.
S'il n’y a pas moyen de t’éviter la prison, tu passeras aux Etats-Unis. Je reviendrai dans huit jours. Je suis si épié qu’il faut que je reste à la maisor. Quand je reviendrai, tu me reconnaîtras en entendant frapper sur les arbres trois coups à intervalles égaux, répétés de temps en temps. Adieu.
Ces huit jours me parurent huit semaines, quoique J’eusse bûché presqu’assez de bois pour l’hivernement d’une famille. Rienne me dérangeait, ma conversation étant toute en dedans.
Le huitième jour je me mis à écouter at-
tentivement aussitôt que la brune commença; mais j’eus beau prêter l'oreille, je n’entendis rien. A neuf heures du soir, je rentrai dans ma cabane passablement découragé. Je savais que rien n’empêcherait mon père, sil ne lui était rien arrivé, de venir à l'heure dite ou au moins d'envoyer à sa place. Ce retard signifiait maladie très grave ou arrestation, il n’y avait pas de milieu. Je ne fermai pas Pœil de la nuit. Le lendemain je n’eus pas le courage de me remettre au travail ; j'avais comme un pressentiment d’un malheur: A midi, personne n’était encore venu ; j'étais dévoré d’inquiétude, et je réfléchissais si je ne risquerais pas le tout pour le tout, pour m'assurer s’il s'était passé quelque chose d’insolite à la maison. Vers quatre ou cinq heures, rien encore. Je me dirigeai instinctivement vers la lisit e du bois qui correspondait à un côteau d’où l’on découvrait presqu’une lieue de pays. On voyait dejà les étoiles quand j’y arrivai, mais à mon horreur je vis devant moi, à la deuxibine concession, trois constructions qui biûiaient, à d’assez grandes distances les ans des autres. Ce ne pouvait donc être de simples accidents. Le gouvernement avait donc commencé a sévir, et ne se contentant pas de la justice
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