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ordinaire, il en créait une à la guise des passions et de la coière de nos ennemis.
Cette manière de punir était tout aussi stupide que méchante. Quand les propriétaires étaient déja en prison, pour être jugés par des tribunaux exceptionnels, c'était ,une atroce barbarie que de priver leurs familles de tout asile. Cela se faisait au moment des rudes hivers du Canada! Rendre la fenime etles enfants responsables de la faute du père, ce n’était plus de la punition, mais de la vengeance. Ces excès étaient indignes d’un grand peuple. La haine nationale, les rivalités locales de parti, y avaient plus de part, d’ailleurs, que tout autre sentiment. Le pays était alors gouverné par la faction dont le Procureur-Général Ogden était le chef, et celte faction n’avait d’autre but que de tyranniser par tous les moyens possibles, sous prétexte de punition, tout ce qui était canad'en.
La répression a été hors de toute proportion avec la faute,
Douze exécutions, et en moins de 14 mois plus de 400 incendies allumés sur divers points du pays, par ordre des autorités, en sus des sentences illégales des cours martiales, en voilà assez pour faire apprécier à sa
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juste valeur, l’odieuse flagornerie de gens repus qui ont osé dire à l’Angleterre : “Vous êtes un gouvernement juste !?
Les troupes anglaises sont repoussées à St, Denis par l’inconcevable ineptie de leur colonel. Douze jours après elles reviennent, toute résistance a cessé, et on brûle un quart du village ! Sur quelles indications ? Celles des traîtres de l'endroit qui vengeaient leurs injures personnelles en indiquant les propriétés à brûler. Incendier dans la chaleur du combat, cela se conçoit, cela est souvent exigé par les circonstances, permis par les lois de la guerre ; il faut déloger l’ennemi, détruire les positions où il pourrait s'établir de nouveau. Mais revenir brûler de sang-froid quelques maisons parce que l’on a été battu, cela devient du pur brigandage: c’est là une làcheté que la pression seule, probablement, des haines provinciales, a pu faire commettre à une armée anglaise, Au reste, je sais que les officiers anglais déploraient souvent les excès qu’on leur faisait commettre ; je sais qu’ils avaient honte d’agir avec les volontaires, à cause de leur Jactance et de leur brutalité vis-à-vis des femmes et des enfants, et du soin qu’ils avaient de s’abriter derrière les troupes quand ils le pouvaient. Nombre
d’incendies n’ont été dus qu’aux délations de la canaille des grands villages qui voulait piller. Nombre d’innocents ont été punis par suite des rancunes personnelles de toute cette classe de traîtres à laquelle le gouvernement donnait de l’importance, tout en la méprisant, afin d'obtenir le plus de délations possibles.
Ces destructions de propriétés étaient si odieuses que dès 1847 on comprit qu’il fallait indemniser les gens que l’on avait ruinés de sang-froid et pour le simple plaisir de faire du mal. Le ministère Draper proposa une mesure d’indemnité, mais comme.il exceptait de l'opération de Ja loi ceux qui avaient été condamnés par les cours martiales, cours qui avaient été déclarées illégales en Angleterre même, le parti libéral s’opposa à la passation de la loi de M. Draper, et celui-ci, craignant d’être battu, laissa tomber sa mesure,
En 1849, le parti libéral qui était revenu au pouvoir, reprit le projet de M. Draper.
Les élections de 1848 avaient en grande partie roulé sur la mesure de l’indemnité. Le pays la demandait et le parti libéral s’épuisa en reproches contre M. Draper et ses collègues qui avaient fait des exceptions. A l’a-
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venement de M. Lafontaine tout le pays crut enfin que justice serait faite et les malheureux que l’on avait ruinés espîrèrent de meilleurs jours. Mais ils comptaient sans les intrigues ministérielles et les lâchetés de parti.
Après dix mois d'attente, dix mois de sourires et de promesses de la part du gouvernement libéral; après de nombreuses asseinblées publiques dans lesquelles les libîraux avaient biâm: sans merci le ministère Draper des exceptions qu’il avait faites, —chose toute naturelle, disait-on, c’était un ministère tory qui ne pouvait avoir aucune sympathie réelle pour les canadiens,—la session arrive et la mesure d’indemnité est la première introduite. La bataille s’engage.
M. Blake, alors solliciteur-général, fait un magnifique discours de cinq heures au soutien de la mesure; il déploie contre le torysme la plus terrible puissance d’invective: il foudroie Sir Allan MceNab de son éloquence et l’écrase de ses sarcasmes : il affirme en plein parlement que les vrais rebelles à la loi et à l’auturité ce sont les tories et non les condamnés de 1837.... puis, tout-à-coup, toute cette éloquence n’est plus qu’un boulet perdu, une bombe qui a éclaté en l'air, la