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hostilité contre leurs compatriotes 'chez eux ; pas une vue élevée, pas que les anglais eux-mêmes. Dans |une intention honorable, pas un protous les pays, les transfuges sont in- jet utile ! Ils s’étaient fait délateurs variablement plus violents vis-à-vis et ne se sont jamais une seule fois élede leurs anciens amis, pus abjects vés au-dessus de ce rôle infâme. vis-à-vis de leurs maitres adoptifs que! Nous ne pouvions jarnais découles adversaires naturels de leur race, : vrir sur leurs figures hostiles, trouver Cela s'explique par le fait que le dans leurs expressions haineuses traître n’est tel que parce que la no- autre chose que le désir de nous hublesse d’âme, l’élévation des senti- milier ou de nous tyranniser, Il va ments n'existent pas chez lui. Un sans dire que nous leur rendions leur cœur généreux et bon n’a jamais haine au centuple. battu dans la poitrine du traître, car Il n’y a pour moi aucun doute que cela impliquerait contradiction dans les vexations que nous faisaient les termes. Voilà pourquoi les Ca- éprouver nos propres compatriotes, nadiens transfuges de 1837 et 38 ont que leurs efforts pour se faire bien été presque tous lâches on ignobles, | venir du gouvernement en nous faicar ils n'étaient transfuges que parce ! sant servir de marche-pierl à leur amw’ils manquaient de patriotisme et bition, de point de mire à leur servid'honneur. lisme, ont plus contribué que toute Quand on est assez dépourvu de autre chose à entretenir la désaffecsentiment et de cœur pour ne pas tion dans la population canadienne même garder la neutralité, mais pour |et à l’exaspérer contre le gouvernese faire le délateur et le bourreau de ment.
ses concitoyens, on ne s'arrête jamais! Nous trouvions les Añglais dans à mi-chemin dans la voie de la bas- leur rôle, et leur hostilité contre nous
sesse et du déshonneur. ne nous empêchait pas de les esti-
Les vexations inntiles et souvent | mer: mais quand nous voyions des brutales de 1837 avaient laissé, dans | Canadiens sortir de leur rôle propre, la population, un levain d’exaspéra-|qui était au moins la neutralité, et tion facile à comprendre. Nous ne jouer auprès des Anglais Poffice dépouvions voir passer dans nos rues | goûtant des “e, sir . un de ces hommes à mine rébarba. | AMIS et de délateurs de iecurs Iréres, tive ou farouche qui s'étaient fait les alors le seul sentiment qui nous survalets des chefs du Doric Club ; qui gît au cœur était celui du mépris et étaient si arrogants avec nous et si) de la vengeance. rampants avec eux ; qui jouaient du! Voilà à mon avis,—ct on peut judespote à St. Jean et dans les cam- | ger de beaucoup d’autres par moipagnes environnantes, et qui étaient | même sur ce chapitre, —voilà la plus si abjects de servilisme vis-à-vis des grande cause peut-être ‘'u mouvetories influents du temps; nons ne ment de 1838 auquel seul je pris pouvions, dis-je, les voir passer dans | part. nos rues sans un frémissement insur-| C’est en 1838 que j’arrivai à ma montable de colère et dehuine. Ces 21ème année. La politique était hommes n’avaient généralement au- alors la préoccupation dominante de cune valeur personnelle. La peur la population. Excités par les traseule ou lappât du gain, des récom- | casseries et les constantes vexations penses ou des honneurs les excitaient | des loyaux de l’intérieur, nous rececontre nous. Pas une idée généreuse | vions toutes les semaines des nou-
velles presque toujoursexagérées des 'troduisit à son ami, le Dr. Robert Etats-Unis, où, disait-on, les Drs.| Nelson. Après l'échange de quel- Nelson et Côte organisaient une force | ques paroles, je m’éloignai insensiarmée considérable pour venir déli-| blement avec eux du groupe d’homvrer le pays, Un peu de réflexion mes qui m’entourait, et quand nous alors nous eût vite convaincus que fûmes hors de portée de la voix, le la délivrance ne pouvait s’opérer par Dr. Côte, s'adressant brusquement à ce moyen ; que l’occasion, beaucoup ! moi, me dit : ‘ Poutré, nous sommes plus favorable en 1837, ayant été en marche pour renverser le gouvermanquée, il devenait impossible, en nement ; veux-tu nous joindre ?” J’a- 1838, d’obtenir aucun résultat s6- | vais alors exactement 21 ans ; j’étais rieux, et que les sympathies indivi- | fortément atteint d’anglophobie ; je duelles, aux Etats-Unis, devaient | bouillais de colère depuis longtemps, rester impuissantes devant notre pro- | non-seulement à cause des excès pre isolement, notre manque absolu inutiles commis cette année-là, mais d'organisation, et les forces militai-| j’avais surtout à cœur d’humilier nos res considérables dont le gouverne- | loyaux de St. Jean, et surtout de leur ment colonial pouvait disposer. Nous rendre amères les mesquines tyranaurions dû penser aussi que les sym-\|nies, les stupides vexations qu’ils
pathiseurs ne pouvant, l’eussent-ils voulu, nous faire parvenir aucun secours important d’armes ou d’argent, ceux qui nous excitaient alors à la résistance, nous exposaient à n’arriver qu'à la boucherie, ce qui eut lieu en eflet. Mais à cet époque, nous ne songions qu'aux petites tyrannies exercées contre nous; nous voulions humilier les loyaux ; nous croyiens à l’intervention possible du gouvernement américain ; on nous persuadait qu’il finirait bien par s’en mêler, mais qu’il fallait commencer, se compromettre un peu pour qu’il se crût en droit de nous aider efficacement ; tout cela nous paraissait plein de sagesse et de raison, et nous soupirions après le moment où nous pourrions enfin prendre, dans notre partie
du pays, une éclatante revanche des |
malheurs de 1837.
Le 3 Septembre 1838, travaillant
avec une dixaine d’hommes sur la terre de mon père, dans la paroisse de St. Jean, je vis venir à moi deux étrangers à travers champs. L'un d’eux était le Dr. Côte, de Napierville. Je le connaissais un peu, et
il vint me donner la main puis m’in-|
n'avaient cessé d'exercer contre nous. Je les voyais passer devant mes yeux la mine hautaine, l'air dédaigneux, l'expression satisfaite de notre humiliation, et je me disais |en moi-même : ‘ Ah! si je pouvais avoir mon tour, une bonne fois.” D'ailleurs, je trouvais le travail un | peu dur ; une petite révolution s’of- Ifrait à moi comme un excellent | moyen d’avancement pour moi-même et la seule chance que j’eusse de marcher tête haute devant nos enragés loyaux. Je répondis donc à Côte :
— Cela me va. Ça entre parfaitement dans mes plans ; la chaleur est forte dans les champs, et il me conviendrait beaucoup mieux d’être Gouverneur du pays.
—Pas si vite, pas si vite, répliquat-il, tu n'es pas le seul à pourvoir.
| —N’importe marchons toujours, | nous verrons après. Je n’en fais pas d’ailleurs une condition. Je me con-
tenterai de moins que cela.
—Nous réussirons, cette fois-ci, reprit Côte.
—Cela serait assez à propos. Car
. Robert de quel-
insensie d’homand nous a voix, le uement à s sommes e gouverre ?”? J’ais ; j'étais iobie ; je ngtemps, es excès là, mais inilier nos ut de leur es tyranns qu'ils ‘r contre er devant hine, l’air
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voyez-vous les coups sont quelque- là s’en fournissent, afin qu’il y en ait
fois pour nous.
—C’est justement parce que nous n'avons pas réussi l’année dernière, ue l'expérience ne nous fera pas éfaut. Tu comprends que nous savons aujourd’hui par où nous avons | péché.
—Je vais vous le dire de suite, moi, par où vous avez péché : c’est | d’avoir envoyé les habitants se battre avec des fusils sans plaque. Com- | ment diable voulez-vous que nous | déplantions un Anglais, avec un fusil qui ne vaut pas mieux qu’un bâton ?
Si vous voulez qu’on se battre, nous | sommes prêts ; ah! vous en trouverez des hommes, allez; mais au moins, donnez-nous des fusils et des!
canons, et de la poudie pour les charger, et des balles pour faire sauter Messieurs les loyaux. Avec tout cela il en sautera des loyaux.
— Vous en aurez des fusils, et des
canons, et de la poudre, et des balles.
Nos mesures sont bien prises. Mais| il faut aussi que vous nous aidiezun| peu. Nous ne pouvons pas tout faire | de l’autre côté des lignes. Nous ne sommes pas riches. Si vous voulez être délivrés, il faut que vous nous passiez des fonds pour acheter la plus grande quantité d'armes possibles.
aites des souscriptions entre vous autres ! Organisez-vous par villages, par concessions! Nommez des off.
ciers, des collecteurs ; réunissez-vous souvent, cela tient les gens en haleine, et vous êtes au fait de ce qui se passe. D'ailleurs, nous vous tiendrons au courant, et il se passe bien
des choses, de l’autre côté des lignes, | dont vous n'êtes pas suffisamment |
informés.
davantage pour ceux qui ne peuvent
pas en acheter.
Pendant que nous causions ainsi, le compagnon de Côte, le Dr. Nelson, ne disait mot, Îl était aussi sérieux qu’un portrait, et me regardait fixement. Je n’avais jamais vu un visage plus rébarbatif ni une mine aussi glaçante que celle-là.
A la fin il me dit:
—Poutré, vous avez l’air d’un homme actif, intelligent, plein de bonne volonté, bon patriote, dévoué à la bonne cause ; vous pouvez jouer un grand rôle, si vous voulez. Etesvous prêt à tout ?
—À tout.
—C'est une sérieuse affaire que nous entreprenons. Une fois parti, on ne peut plus reculer. C’est notre tête que nous jouons tous. Avant de vous jeter dans le mouvement, réfléchissez ; car une fois lancé, il vous faudra, bon gré mal gré, aller au bout.
—Je ne suis pas homme à reculer, Docteur. Mes réflexions sont faites ;
je veux délivrer mon pays et je vous
suis.
—Pas encore, fit-il. Ii y a trop à faire ici pour que nous nous privions des services que vous pouvez rendre.
Deux choses sont pressantes avant tout :
lo. Organiser des comités qui deviendront des compagnies plus tard: