Collecter des fonds pour acheter des armes
— Voulez-vous vous dévouer à faire l’un et l’autre ?
— C'est fait, repris-je.
—Eh bien, alors, nous allons vous assermenter, et vous vous mettrez de
—Ah ça, c’est vrai, nous ne som-| suite à l’œuvre.
mes pas assez organisés. Il y a
Je pris en conséquence le serment
aussi parmi nous bien des gens qui | suivant :
sont en état de s’acheter un fusil ; et
“ Vousjurezd’employer votre éner-
il vaudrait mieux, en effet que ceux-| gie et votre courage pour chasser les
Anglais du sol du Canada, et de ne
tera plus un seul dans ses limites.” Après cela, Côte me dit :
nd
| beaucoup, mais il n’y en avait pas
vous arrêter que quand il n’en res-|
|sition d’organisation était bien adop- :tée d’enthousiasme, mais jamais ex-
un sur trente qui agît. Toute propo-
. |» 2 —Maintenant, Poutré, nous sa-|écutée, et toutes les assemblées se
vons que nous pouvons compter sur vous. Prenez un Evangile, et courez les campagnes pour administrer le même serment aux Canadiens patriotes qui voudront se joindre à nous.
En même temps, vous solliciterez quelques souscriptions dont le produit sera employé à l’achat des armes qu’il nous faut pour réussir;
car sans armes nous ne pouvons!
bouger. Voulez-vous faire cela avec zèle et discrétion ?
—Je le promets, sur ma tête et sur mon honneur.
—C’est bien, bonjour! nous vous laissons à vos travaux, et commencez le plus tôt possible.
Ces deux Messieurs me quittèrent alors, et moi je me sentis grandi d’un pied. Cette mission d’assermenter mes compatriotes, de collecter des fonds, de former des comités, me donnait, à mes propres yeux, une
| les événements aussi.
| passaient en vaines paroles.
: Néanmoins, le temps marchait, ei
Nos rensei- | gnements des Etats-Unis indiquaient despréparatifs sur une grande échelle pour venir à notre secours. On nous parlait de dépôts d’armes, de munitions; de volontaires prêts à passer (la frontière pour grossir nos rangs.
On parlait même d’intervention du gouvenement aussitôt que nous au- |rions pu gagner le moindre avantage sérieux sur les troupes anglaises.
Nous nous bercions de ces idées, et nous regardions le succès comme |très-probable, puisque cette année au moins, nous aurions des armes et | des secours d’hommes et d’argent.
Nous attendions donc avec une vive |impaticnce le moment où nous pourlrions manier des armes tant désirées let si longtemps promises.
Nous avions reçu ordre de nous
importance à laquelle je ne m’atten-|tenir prêts à agir pour le commeu-
dais pas. La situation prenait, dans | cement de novembre 1838.
J'avais
mon esprit, des proportions considé-|reçu le grade de capitaine d’une
rables, je me voyais sous le coup compagnie.
J'étais tout feu, mais
d’une responsabilité ‘qui, après tout|je ne pouvais me défendre d’une était sérieuse, et je résolus de me certaine inquiétude, quand je son-
mettre immédiatement à l’œuvre.
|geais que nous n’avions pas encore
Je n’ai pas besoin de dire que je reçu un seul fusil ni un seul canon. dormis aussi peu que possible la !On nous disait bien de ne pas être
nuit de ce jour-là.
Dès le lendemain, je me munis d’un Evangile et je parcourus les compagnes pour assermenter mes J’assermentai en peu de temps au-delà de 3,000 hommes, et quoique la collecte ne fût pas ce que j'avais espéré, elle produisait encore d’assez jolis résul- Ce qui allait mal, c’était l’organisation des comités, parce que presque partout les gens parlaient
amis, et faire une collecte.
tats.
‘inquiets et qu’au moment où nous ‘en aurions besoin, tout viendait à | point ; mais il me semblait que ‘ venir à point ” devait signifier plutôt avant la bataille qu’après.
Néanmoins, le 1er novembre, l'ordre de se rendre à Napierville ayant été donné, je m’y rendis avec ma compagnie le 2 au soir : nous étions au moins 3,000 hommes dans le village. Les volontaires s’étaient retranchés à Odelltown. Nous fûmes
avait pas pute propobien adopjamais exemblées se es.
archait, ei os renseindiquaient nde échelle s, On nous s, de muniêts à passer nos rangs.
vention du 1e nous aure avantage anglaises.
es idées, et cès comme ette année les armes et et d’argent.
ec une vive ù nous pourtant désirées dre de nous le commeu- 38. J'avais itaine d’une ut feu, mais endre d’une and je sons pas encore 1 seul canon.
ne pas être nent où nous t viendait à emblait que signifier pluaprès.
vembre, l'orierville ayant dis avec ma : nous étions s dans le vil- s'étaient re- Nous fûmes
informés qu’ils avaient fortifié l’église, et que c'étaient là qu’ils devaient attendre notre attaque. Le cimetière, comme d’habitude, s’étendait autour de l’église, et était fermé par un mur de pierre que l’on n’avait pas eu le temps de créneler.
L'attaque d’Odeiltown ayant été décidée, nous fimes la revue de nos forces et de ‘nos armes. Nous étions plus de 3,000 hommes et nous avioris en tout 409 fusils de chasse, dont cent environ partaient, pour ainsi dire, quand cela leur plaisait. Et les armes des Etats-Unis venaient toujours sans arriver jamais.
Le 6 novembre au soir ordre est donné de se tenir prêts à aller attaquer Odelitown de bonne heure le lendemain matin. Nous tenions donc enfin une bataille et nous allions ren-
contrer ces volontaires qui faisaient |
tant les bravaches quand ils avaient affaire aux femmes et aux enfants.
Un miller d’hommes furent com.
mandés quoique nous n’en pussions
tait sûrement tous ceux qui se pré- :sentaient pour faire partir le canon.
| Après une heure ou deux de fusil- ‘Jade qui n’eut que peu de résultat, la retraite sonna, et notre bande re- :prit le chemin de Napierville. Nous ‘revinmes à la charge le lendemain matin pour arriver au même résultat. N’ayant pas de canon, nous ne pouvions attaquer sérieusement l’é- | glise ni essayer d’en déloger les vo- |lontaires. Après leur avoir tué quelques hommes et on avoir perdu des |nôtres, nous renonçâmes à l’attaque ‘et retournâmes passer la nuit à Na- 'pierville Nous avions perdu, dans iles deux rencontres, 43 hommes, les : volontaires, nous dit-on, environ une centaine, car nous tirions mieux qu'eux. Ce résultat ne menait évi- | demment à rien.
En retournant à Napierville, je 'parvins à me faufiler près du Dr.
Côte, et je lui demandai si nous n’allions pas avoir d’armes et surtout ‘de canons.
armer que quatre cents ; mais il était! —Que voulez-vous que nous fasentendu que ceux qui n'avaient pas sions, lui dis-je sans canon, pour déd'armes s’empareraient des fusils à loger cette canaille-là de léglise ? mesure que leurs vorteurs tombe- Si nous n’avons pas d’armes, mieux
raient dans la mêlée.
En 1838, la can.pagne était loin d’être défrichée autour d’Odelltown comme elle l’est aujourd’hui. Le bois n’était qu’à une très petite distance du cimetière. C’est le côté qui fut choisi pour l’attaque. En quelques minutes nous franchimes la distance qui séparait le bois du mur de clôture du cimetière, et à l'abri de ce mur nous commençâmes un feu parfaitement nourri contre l'église où les volontairesse tenaient.
eux-ci avaient placé un canon près de l’église dans notre direction, mais il leur servit peu car nous choisîmes un tireur de première force qui avait près de lui plusieurs fusils constamment chargés avec lesquels il abat-
: vaut tout abandonner ! Où sont les larmes que vous nous avez promises ?
Sans armes, vous savez bien que vous nous menez à la boucherie.
| Quoiqu'il essayât de faire bonne | contenance, je vis bien, à son expression embarrassée, qu’il n'avait rien | de bon à m’apprendre. Il me parut cacher une idée qui lobsédait et je |ne lui trouvai pas le même air que d’habitude. Il me recommanda d’aller le voir à Napierville.
Je commençai alors seulement à
ne douter que quelque chose n’al-
lait pas bien. 11 me revint à l'esprit plusieurs circonstances que ma préocupation d’une idée fixe m'avait
Frot: de juger sainement. Plus
je songeais à tout ce que J'avais vu
tt oh mme.
re
et attendu depuis huit jours, plus je me disais en moi même: “Il est clair que ces gens là nous trompent et que nous n’aurons pas d’armes.
Après tout s’il était vrai que des dépôts d’armes existassent de l’autre côté des lignes, quoi de plus simple que de nous les donner quand nous étions à Odelltown, qui est presque sur la ligne ? Y avait-il du bon sens à nous mener deux fois nous battre sans armes quard on prétendait eu avoir des dépôts dans le voisinage *”
Il m’en coûtait de croire à une
aussi atroce supercherie que celle
d’assembler quelques milliers d’hom-
mes sur la promesse de leur fournir.
de quoi se battre et de se moquer,
d’eux ensuite. Il y avait quelque chose de si infâme dans le fait de soulever une population pour la livrer ensuite aux vengeances du gouvernement, que je sentais le sang me monter à la tête quand je son-
geais à la possibilité de voir ce,
soupçon se réaliser. Je savais par-
| on nous promet des armes ! et qu’au moment critique il ne nous est pas encore venu un seul fusil! Et tous ces hommes confiants et honnètes qui sont là compromis par des fous ‘ou des traîtres ! Car enfin il n’y a pas de milieu ; s’ils ont des armes et qu’ils ne les fassent pas venir de suite, c’est une imbécilité qui n’a |pas de nom: s'ils n’en ont pas du | tout, ces hommes là nous trahissent donc depuis deux mois! Et puis, pourtant, si tel était le cas, comment |oseraient-ils rester avec nous! Car enfin s’ils nous trahissent vraiment ‘ils doivent savoir que ni moi ni les autres ne sommes disposés à les laisser tranquillement 4e mettre à cou- | vert pendant que nous sommes des- |tinés peut-être à la potence par leur faute ! S’ils nous avaientditde suite :
:‘ Nous ne pouvons vous procurer | d’armes ;” personne n’aurait jamais | songé à sortir de chez soi !”
. Nous rentrâmes à Napierville le :soir plus découragés que fatigués.
faitement qu'après ce que j'avais Obsédé comme je étais de craintes : à ardai à fait, après mes courses dans les cam- |€t de soupçons, je ne tardai pas à
pagnes, mes collections d’argent, aller voir Côte. Je ne pus obtenir mes assermentations, etenfinmapré- l’entrée. Vers neuf heures J'y resence dans les rangs des patriotes,en tournai! Même résultat. Cela dearmes contre le gouvernement, je | venait inexplicable l Il m'avait dit a n’avais aucune grâce à attendre ni moi-même d’aller le trouver ! ! Enfin aucune indulgence à espérer. Je ne à onze heures je partis déterminé à pouvais me faire à l’idée de m'être | passer sur le corps de dix hommes battu comme un sot pour des gens S'il le fallait pour arriver à lui, . A gens qui se moquaient de moi et de | ma grande surprise jentrai sans diffimes compatriotes. Je sentais ma Culté et Côte me dit:
gorge se serrer de colère à l’idée d’a-| —Mon cher Poutré, nous venons voirété aussiimpudemment berné, Je | d’être informés que les troupes vienme dis donc : ‘ Nous allons voir ce | nent dans la direction de Napierville. soir ce que l’on va nous dire. Il faut Elles sont encore à huit lieues d’ici ; que ces bêtises finissent ! Aller nous conséquemiment elles arriveront abattre contre des murs avec des bal- | près-demain matin sur les dix ou les ! nous y serons encore dans deux | onze heures. On dit qu’elles forment mois ! Si nous avions seulement deux un corps de près 5,000 hommes. petits canons ; comme nous déloge- | Partez au jour demain matin, et ren. rions vite cette canaiïlle de volontai- | dez-vous à Lacolle où les armes doires! Et dire que depuis deux mois vent être arrivées maintenant. Il
8 ! et qu’au ous est pas sil ! Et tous et honnêtes bar des fous
fin iln’ya t des armes bas venir de lité qui n’a ont pas du s trahissent s! Et puis, as, comment
: nous! Car ent vraiment
i moi ni les sés à les laisnettre à cousommes desnce par leur tditde suite :
us procurer aurait jamais soi |”?
apierville le que fatigués. is de craintes tardai pas à 1e pus obtenir ieures j’y reat. Cela de-
| m'avait dit à
uver ! ! Enfin
s déterminé à
dix hommes
ver à lui A
trai sans diffi-
, nous venons s troupes vienle Napierville.
it lieues d’ici ;
arriveront aur les dix ou u’elles forment 000 hommes.
matin, et renles armes doiaintenant. Il
doit y avoir cinq mille fusils et des munitions. Prenez des voitures : je vous donne carte blanche pour la dépense, et faites qï ‘2 tout soit ici à midi au plus tan Choisissez des hommes actifs et de bonne volonté pour vous aider et faites toute la diligence possible.
Si nous avions eu aiors, tous tant
et j’oserais dire notre simple bon sens, j’aurais dû, moi pour un, voir que tout cela était une moquerie et un mensonge, depuis le premier mot jusqu’au dernier. Dans l’état où
=: ll
dre le jour, et je partis de suite puur
| Lacolle, déterminé à tout faire pour remplir ma mission à mon honneur.
Chemin faisant, je m’arrêtai à chaque maison où j’espérais trouver un
cheval et une voiture, et j’ordonnai
plutôt que je ne demandai aux gens
de partir immédiatement pour aller
chercher des armes à Lacolle.
que nous étions, notre froide raison
Quelques-uns ne faisaient pas
d'observation, mais la plupart craignaient de s’aventurer par un temps
‘affreux et des chemins pires encore.
Plusieurs demandaient des prix ré- |ellement ridicules, et cette sorte de
étaient les chemins, —on sait dans spéculation sur nos maigres fonds quel état ls sont toujours en novem-|m'’exaspérait ! Je n’épargnai ni les bre—ce n’étaient pas cent cinquante | remontrances, ni même les menaces ; voitures qui pouvaient transporter | mais peu de gens se mirent en route. cinq mille fusils et des munitionsen Ils semblaient deviner instinctiveproportion. Or, prétendre faire dé-| ment, onu que je me moquais d’eux, charger d’un bateau les fusils et les|ou que l’on se moquait de moi en munitions ; les charger sur les voi-| me faisant exécuter un pareil ordre tures, qu’il fallait commencer par à un pareil moment. trouver, et les amener à Napierville, Arrivé à Lacolle, je me convainpour midi, c’était tellement une im- quis en moins de dix minutes que possibilité physiqne qu’un pareil or-| j'étais floué ainsi*que tous mes amis dre ne pouvait venir que d’une tête et compr‘riotes de Napierville. Je en désordre ou d’un homme qui vou- | ne répête ai pas ici l’effroyable juron lait nous jouer jusqu’à la dernière qui m’échappa, quand la lumière minute. jaillit enfin, évidente , irrésistible, Mais l’ordre était donné si sérieu- | dans mon esprit ; car on ne prononce sement et avec tant de bonhomie ap-| un pareil mot qu’une fois dans sa parente; maître Côte avait l’air sil vie, et d’ailleurs, aucune expression joyeux de pouvoir enfin nous annon- | n€ saurait rendre Pindignation brûcer que les armes tant désirées et lante qui faisait refluer tout mon tant promises étaient enfin là à notre | Sang au cerveau. portée ; nous avions tant de désir de! Et puis, le peu de voitures qui s’étoucher enfin de bonnes armes au |taient mises en mouvement sur mes lieu de nos mauvais fusils de chasse | ordres, commencèrent à arriver. Je qui n’avaient jamais tué que des per-| ne savais, en quelque sorte, où me drix ou des lièvres, et qui sem-|fourrer, après avoir donné des ordres blaient avoir peur de déplanter un si péremptoires, accompagnés de Anglais, que nous accueillämes la tant d’insistance et de menaces, et nouvelle avec des hourras sans fin |metrouverlà, devant tousces pauvres au lieu de nous appliquer à l’analy- | gens qui me disaient en toute franser, ce qui nous en eût de suite fait | chise et sans se douter de rien : “ Où voir la fausseté. chargeons-nous ?” J’aurais voulu me Je me donnai bien garde d’atten- | voir à cent pieds sous terre.
Il devinrent furieux, et avec toute raison, quand ils se virent, au plus petit jour, rendus à Lacolle pour ne
parence du bon sens !! Je me réveillais comme d’un long rêve, et je me demandais si c’était bien à moi
rien trouver et revenir à vide. Mais qu’une aussi affreuse mésaventure
moi, qui étais encore plus joué
qu’eux, ma position était atroce, car!
avait pu arriver.
Et puis qu’allait-il advenir de tout
Mdr
ils me prenaient naturellement pour | cela? Qu’allions-nous faire ? Point le vrai coupable de cette mauvaise d'armes! Et les troupes qui arrifarce. Ils ne parlaient de rien moins | vaient ! Pris entre deux feux ! Les que de me mettre en morceaux. N6- troupes venant d’un côté, et les voanmoins j'étais si furieux moi-même | Jontaires, qui avaient clairernent dû qu’ils finirent par comprendre que recevoir l’ordre de se concentrer sur ma colère était aussi franche que la | Napierville, de l’autre ! Nousétions leur, et après des explications inter-| comme pris au filet!! Qu’allaient minables avec chacun d’eux, et quel-' devenir tous mes pauvres amis, et ques pièces de monnaie distribuées Jeurs familles, et leurs propriétés, à propos, nous restâmes, je ne dirailavec cette propension nationale, pas bons amis, car leur voyage noc- chez les Anglais, à tout brûler !! Comturne leur pesait au cœur, mais au bien d’entre nous seraient arrêtés, moins dans des termes tels que je emprisonnés, fusillés ou pendus!! pus espérer de ne pas laisser mes os !Toutes ces réflexions se pressaient à Lacolle. | maintenant dans mon esprit, et je me
Mais si je les appaisai, je ne me sentais, de fait, rendu à la raison. Je calmai certes pas moi-même. Le croyais revenir d’un vertige, et la tour était trop infâme. C'était donc vérité, le vrai côté des choses m’ap-
vrai, nous avions eu affaire à deux paraissaient soudainement, se faitraîtres, à deux mitrables assez au- saient jour dans mon esprit, que l’abdacieux pour se moquer de sang-| sence de ces armes tant de fois pro-
froid, jusqu’à la dernière minute, de toute une popuiation. (Cette population se trouvait compromise par eux, compromise de gaieté de cœur; livrée désormais sans défense à la haine des tories ct à la “engeance) d’un Colborne. Je m'étais, moi, Félix Poutré, laissé berner pendant deux mois sans avoir eu même un soupcon de la sottise qu’on me faisait faire ! J’avais accepté, cru, avalé, avec une crédulité d’enfant, mille balivernes plus ridicules, plus ineptes les unes que les autres ! ! J’avais en un mot naïvement pris pour des vérités, des actes de patriotis-| me, tousles comptes bleus qu’il avait plu à ces deux émérites PA perer de me débiter! J'avais tout cru, tout mangé, pour ainsi dire, comme | si ces bêtises avaient eu même l’ap-
mises illuminait enfin d’un jour nouveau.
Mais une chose me préoccupait surtout.
‘ Pourquoi, diable,” me disais-je “ m'avoir envoyé ici sachant bien que c’était peine perdue ?” Enfin l'explication se présenta d’elle même et mit le comble à l’exaspération où j'étais. Je vis clairement que le seul but de cette mission était de m'éloigner momentanément pour permettre à Nelson et à Côte de s’évader plus facilement. C’étaient toujours deux yeux de moins.
J’eus comme une seconde vue, et il me sembla que je les voyais tous deux filer discrètement du côté des lignes. On va voir bientôt que mon aveuglement passé avait fait place à l'intelligence complète de la situa-
! Je me rég rêve, et je bien à moi mésaventure
d venir de tout faire ? Point pes qui arrix feux ! Les té, et les volairement dû onsentrer Sur ! Nousétions ! Qu'allaient hvres amis, et rs propriétés, bn nationale, brûler !! Comaient arrêtés, ou pendus ! !
s se pressaient sprit, et je me à la raison. Je vertige, et la s choses m’apment, se faisprit, que lPabant de fois prod’un jour nou-
ne préoccupait
,” me disais-Je |, sachant bien rdue ?” Enfin nta d’elle même :xaspération où ent que le seul était de m’éloiit pour permette de s'évader ‘taient toujours
seconde vue, et les voyais tous nt du côté des ientôt que mon vait fait place à te de la situa-
Hu /
idee
tion. Cette idée de leur fuite, cette | bon sens me venait juste deux mois espèce de vision qui me traversa |trop tard!! subitement l'esprit, m’arracha en-| Rendu à la réflexion et à moicorore, à l’adresse des deux traîtres, même en quelque sorte, ma consune imprécation que je n’entendscience et ma raison reprenaient leur certes pas justifier, mais qui me pa- empire. Mes propres actes, mes foraît honnélement excusable en un)|lies, je pourrais dire, me revenaient pareil moment. Je restais cloué à à l'esprit. Une voix intérieure me ma place depuis une demi-heure, en disait : ‘ Poutré, qui est responsable proie à toutes les réflexions que je | des souscriptions que tu as solliciviens de décrire ; mais l’idée de la |tées; des organisations de comités fuite de Nelson et de Côte me fit en | secrets que tu as dirigés ? Qui est quelque sorte rentrer en moi-même, responsable des trois mille asseret je me dis : “ Allons! peut-être arri-| mentations que, sans imission, sans verai-je à temps !” Et je repris avec | droit, et en violation de la loi et de le pas de la rage le chemin de Na-\toute notion de justice et de bon pierville. sens, tu as faites dans ces campa- J’eus alors le temps de repasser gnes-ci? Tu as soulevé plusieurs de sang-froid dans mon esprit les| paroisses, tu as monté les gens confaits des deux derniers mois ; de pe-; tre le gouvernement sur l’espoir illuser avec mon bon sens, et non plus | soire d’obtenir des secours et des aravec mes illusions de patriotisme mes; où en êtes-vous tous aujourfourvoyé, mes propres actes et ceux | d’hui ? S’il y a du sang de répandu, des autres; de réfléchir sur leurs des exécutions faites, n’as-tu pas ta suites probables, leurs conséquences | grande part de responsabilité ? N’esinfaillibles ! J’envisageai sérieuse- | tu pas un des grands coupables de ment ma position, celle de mes amis ; la situation telle que vous l’avez la position que, par notre étourderie faite par votre ridicule crédulilité ? et l’insigne mauvaise foi de deux. N’y a-t-il pas longtemps que tu auhommes, nous avions fait au Bas- rais dû voir que l’on se moquait de Canada. Il devenait clair qu’une | vous et que l’on spéculait sur votre seconde insurrection serait réprimée ignorance ? Combien de familles, avec plus de rigueur que la première : peut-être, vont être plongées dans le je comprenais que nous avions com- deuil par ta faute ? Combien de tes mencé le mouvement de cette année- amis vont être ruinés, peut-être pour là avec moins de chances de succès toujours ? Peux-tu aujourd’hui réque celui de 37, puisque le gouver- parer le tort que tu as fait à tant de nement était beaucoup mieux pré- monde ?” paré ; je compris que nous étions, Ces réflexions et bien d’autres assacrifiés, et plus j’y songeais plus siégeaient mon esprit. j’acquérais l’intime certitude que les, En arrivant à Napierville, vers coups et les verigeances seraient pour | midi, je ne tardai pas à être entouré nous et non pour ceux qui en étalent par les goupes nombreux qui remla vraie cause. 'plissaient les rues. Je n’eus qu’un En 37, il n’y avait pas 4,000 hom- | mot à leur jeter : “* Pas d’armes, mes mes de troupes dans la province ; en amis, pas d’armes ! Trompés ! sa- 38 il y en avait 15,000, et autant de | crifiés ! Où sont-ils que je leur dise volontaires organisés et parfaitement : en face ce qu’ils sont ?” équipés. Je compris enfin que le! —Qui?
—Eh! Côte et Nelson ; donc!
—Ah! Il paraît qu’ils sont partis !
—Malédiction ! Je m’en doutais!
J'arrive trop tard! comrient donc ai-je pu faire pour ne me douter de rien ?
Ah ! ils ont mis leur peau en sûreté ! Si j'avais été ici, misérables, vous ne seriez pas partis comme cela !
—Personne ne les a vu partir ! On
croit qu’ils ont dû filer avant le jour!
On lescherche depuis le matin, mais puisqu'ils ne sont nulle part, c’est bien clair qu’on ne les reverra pas!
Qu'est-ce que nous allons faire, Poutré ? Les troupes seront ici demain matin.
— Que voulez-vous qu’on fasse contre 5,000 hommes avec 400 mauvais fusils! Ah! fis-je avec rage, si nous en avions donc une fois, des des fusils, de vrais fusils de soldats.
Mais à quoi sert? Tout est fini, c’est bien clair! Débandons-nous et pre-
nons chacun notre côté ! Malheur à
qui sera pris ici.
Chacun reprit donc tristement et en songeant à l’avenir le chemin de sa concession et de sa maison. Je retournai, moi, directement chezmon père.
Les troupes entrèrent dans le village de Napierville vers onze heures le lendemain matin. Plus de 200 patriotes, presque tous les habitants du village, furent fait prisonniers.
Les troupes maltraitèrent indifféremment les patriotes et les loyaux, et ceux-ci furent pillés comme les autres. Plusieurs d’entre eux qui voulurent se sauver, voyant que leur fidélité ne les mettait pas à couvert des brutalités des troupes, reçurent
des coups de feu et furent blessés. |
Un patriote, du nom de François Chouinard, fut tué. Un autre, du nom de Charles Pouliot, autant que je puis me rappeler, qui se sauvait
hr A ga EE
| avec un enfant de quatre mois dans | ses bras, fut aussi tué et l’enfant griè- | vement blessé. La femme de Chouiinard a reçu quelques secours, mais | l'enfant, qu’elle supporait, n’a jamais |rien eu.
| J’arrivai chez mon père le 9 au soir, tard. Quand je l’avais laissé, jil y avait au plus huit jours, je ne | pensais pas y revenir sitôt et sous de | pareilles circonstances. A mon départ, je me voyais armé bientôt de ied en cap; épée au côté, pistolets à la ceinture et bonne carabine au bras ; et voilà qu’au bout de huit jours je rentrais, non-seulement désenchanté et revenu de mes illusions, | mais dans un danger imminent d’être arrêté et...qui sait..peut-être pendu !
car enfin, si je ne l’ai pas été, ça n’a pas été la faute de ceux qui étaient chargés d’exécuter les vengeances du gouvernement. Je ne leur fais cerjtainement pas d’injustice en disant qu'ils ont eu la plus sincère envie de me voir danser sur autre chose que mes pieds.
| Je passai une nuit fort peu tranquille, et le peu de sommeil que je | pus prendre fut fréquemment inter- |rompu par des soubresauts que me | causait l’idée que quelqu'un mettait la main sur moi pour m'emmener.
Je me levai vers deux heures et demie du matin, et descendis en bas, mais mon père avait encore moins dormi que moi, et fumait silencieusement près du poële :
—Eh bien! me dit-il, après le plaisir vient la peine ! Qu’est-ce que |tu vas faire à présent ?.
—Je ne serais pas fâché de le savoir!
—Tu vas certainement être arrêté !
—Peut-être vont-ils se tenir tranquilles! Je n’ai pas tant fait, après | tout !
| —Comment, tu n’as pas tant fait ?
Mais y penses-tu? Tu as organisé
re mois dans l'enfant grièe de Chouisecours, mais it, n’a jamais
père le 9 au avais laissé, t jours, je ne itôt et sous de
A mon déé bientôt de côté, pistolets e carabine au bout de huit eulement désmes illusions, minent d’être t-être pendu !
as été, ça n’a 1x qui étaient vengeances du leur fais certice en disant sincère envie ur autre chose
fort peu tranomimeil que je emment interesauts que me qu'un mettait ar memmener.
« heures et decendis en bas, encore moins mait silencieu-
dit-il, après le | Qu'est-ce que )
faché de le saent être arrêté !
s se tenir tran-
tant fait, après
8 pas tant fait ?
lu as organisé
les comités, tu étais capitaine d’une ce vieux misérable de M.... j'ai vu
compagnie, tu t’es battu à Odelltown, tu as couru les campagnes pendant six semaines avec une bible pour
assermenter les patriotes ; et tu dis|f,
que n’as pas tant fait! Ah bien, jete dis, moi, que tu en as fait bien plus qu’il n’en faut pour.....tu comprends..... et une larme coula lentement sur la joue pâlie du vieillard !
Mais se reprenant de suite :
Allons, allons, bonhomme ! se ditil à lui-même, pas de faiblesse, c’est la part des femmes, cela ! plus l’adversité est forte, plus il faut regimber contre. ...
Tiens, Félix, j’ai plus pensé que dormi, cette nuit, dit mon père.
ne peut rien sortir de bon d’une folie comme celle-là. A de pareils jeux on risque toujours sa tête, et la tienne ne tient pas beaucoup à tes épaules,
aujourd’hui! (a, c’est sûr! Tu sais
bien d’ailleurs, que ce coquin de
sortir D....
—Ah! le gueux! fit mon père.
—Puis le bonhomme lui a dit en rmant la porte :—je l’ai vu avecsa tuque rouge et ses gros yeux de chat-huant comme je vous vois là.— “Tiens! commence par Félix. S'il
l'est chez son père, le vieux a le nez
| long et ne le gardera pas longtemps.
| Vas-y de suite! Je ne veux pas le
manquer celui-là ; car il y a un an
que je le guette.”
J'ai bien compris qu’il s’agissait de toi, et j’ai piqué droit à travers ‘les champs pour venir t’avertir. Si les chemins avaient été beaux, je ne
| . #7 | serais peut-être pas arrivé à temps,
| parce que D...a sa jument blonde ;
mais par les chemins qu’il fait, il
| doit encore être à une bonne demie- Jieue. " C’est donc à peu-près vingt
minutes qui te restent ; ainsi, profites-en, tu voix que ça presse !
M....ne t’aime pas. Tu es sur sa. ri: :
liste, à présent! La journée ne se: —Quoi' dit mon père, tu n'es pas passera pas sans qu’on vienne ici arrêté chez le docteur ; et si Marie
voir situ yes! Si on te trouve, tu es un homme mort. C’est inutile de se flatter, c’est comme ça. Ainsi...
À ce moment, nous voyons entrer précipitamment un de mes amis du village qui, avant de m’apercevoir, dit mon père :
Que Félix ne reste pas ici une minute; parce qu’il va être arrêté.
Puis, m’apercevant derrière mon père !
—Va-t-en, va-t-en tout de suite, me dit-il, M... vient de donner l’ordre de venir te chercher.
est bien malade!
, —Et si Félix est pris! Arrêter : chez le docteur ! C'était assez de retard pour tout perdre s’il avait dormi un peu dur! Quand Marie saura pourquoi j’ai été si longtemps, elle ime pardonnera bien. Allons, bon- | jours ; car je suis pressé moi aussi.
Mais tenez, père Poutré, j’ai tant couru, et il faut que je coure encore pour m'en retourner, qu’une petite larme ne me ferait pas de mal.
—Abh ! pauvre enfant, dit mon père; et moi qui suis assez sot pour n’y
—Comment diable a-t-il su que !|pas penser! c’est bien certain! tu es
j'étais déjà arrivé ?
hors d’état! Tiens, vois-tu, monen-
—S’il ne l’a pas su, il s’en doute. | fant, il y a des temps où l’on n’a pas Dans tous ies cas, voilà ce que je sa tête à soi, et je te prie bien de viens de voir et d'entendre. Je suis | m’excuser, car ce n’est pas mon hasorti à deux heures pour aller cher-|biter de mal recevoir mes meilleurs cher le docteur pour Maïie qui est | amis.
malade, et en passant devant chez!
—Ah! ce n'est rien, père Poutré;
je sais bien que ce n’est pas le cœur| qui manque. |
Là-dessus, mon père se hâta de verser un bon verre de son vieux rhum à notre ami ; nous lui serrâmes tous deux cordialement la main pour.
le service rendu, et il reprit en courant le chemin du village.
Il faisait encore pleine nuit. je passai des bottes longues, pris un petit paquet de linge ; me munis de ce qu’il me fallait pour faire du feu, et pris la route du bois.
Je n’avais pas fait cent pieds, que jentendis le clapotement des pieds!
d’un cheval dans la boue. Il faisait très obscur, le temps était couvert, je ne courais donc aucun risque d’être | vu. Je revins sur mes pas pour voir!
ce qui se passerait. J’allai me placer!
au pignon de la maison, près d’une!
porte vitrée qui ne servait presque jamais, et d’où je pus apercevoir maître D.......avec sa figure de
fouine et ses yeux de furet, chercher
à percer les cloisons de son regard.
L'entretien était déjà commencé entre mon père et lui quand j’arrivail sur le perron. | ....—Ce sont de bien malheureux | temps, père Poutré.
—Oui bien malheureux en effet, | car les pauvres Canadiens vont avoir de mauvais quarts d’heure à passer.
—Pourquoi aussi se révolter contre le gouvernement? Qu'est-ce qui les pousse ? Il n’y a pas un pays au monde aussi heureux que celui-ci ?
N'est-ce pas père Poutré ? De
—Hum.... |
—Comment, vous ne trouvez pas | le Canadien heureux de vivre sous notre bon gouvernement ?
—Ecoute D....,.,ne me fais pas parler! je sais ce qui en est en moi.
Je n’ai pas remué ! J’ai cru que c’était une folie! je l'ai même dit aux jeunes gens! malheureusement une | fois le branle donné, rien n’a pu ar-|
rêter tous ces pauvies enfants là !
Mais de ce que je dis qu’ils ont fait une folie à dire que le gouvernement est bon, il y a loin. Je n’ai pas dit...
qu’il fût mauvais, je ne dis rien à personne, mais avant de dire qu’il est bon, tu sais, mon cher, j'irai danser sur rien...
Au reste il ne s’agit pas de tout cela, qu'est-ce qui t’amène ?
— Ainsi, père Poutré, vous pensez que le gouvernement n’est pas bon ?
Je vis l'œil de mon père s’allumer
Je ne dis rien D......mais je te le répète, ne me fais pas parler, car on pourrait parler d’autre chose que du gouvernement. Dis-moi ce que tu viens faire ici ?
—Ah! pas grand’chose. Histoire de parler, en passant. Je m’en vais à l’Acadie porter des sommations, et voyant de la lumière ici, cela m’a fait arrêter. Vous avez été bien matinal, aujourd’hui père Poutré
—Ah ! vois-tu, le soleil est paresseux, à cette saison-ci, et si nous nous levions aussi tard que lui, le battage ne marcherait guère.
—Avez-vous entendu parler des évènements de Napierville? On dit qu’il y a eu bien des malheurs ?
—Je n’en sais rien, dit sèchement mon père.
— Il paraît qu'il y a bien des prisonniers de faits.
—Tant pis !
—Pourquoi donc tant pis, est-ce que ces gens-là ne méritent pas d’être punis pour leur conduite ?
—Si on punissait les vrais coupables au moins!
—Et qui sont les vrais coupables, père Poutré ?
Mon père se leva brusquemeut de sa chaise, et je voyais qu’il commen-
sait à ne plus pouvoir se contenir.
’étais fort inquiet, car un homme comme D......tant misérable qu’il
s enfants là !
qu’ils ont fait ouvernement n'ai pas dit...
ne dis rien à de dire qu’il er, j'irai dan-
it pas de tout ène ?
é, vous pensez n’est pas bon ?
père s’allumer ....mais je te pas parler, car itre chose que s-moi ce que tu
ose. Histoire Je m'en vais
sommations, et ici, cela m’a
bz été bien ma-
> Poutré:
oleil est pares-
-ci, et si nous
ard que lui, le
t guère.
du parler des
erville? On dit
malheurs ?
, dit sèchement
a bien des pri-
tant pis, est-ce ritent pas d’être uite ?
les vrais coupae
vrais coupables,
brusquemeut de is qu’il commenoir se contenir.
car un homme | misérable qu’il
fût, ‘ait une puissance à cette épo-
que. L....le regardait fixement !
compatriotes, leurs frères...
—Mais de qui parlez-vous donc, ère Poutré ? Qui est-ce qui livre ses rères ? Est-ce à moi que cela s’a-
—Eh bien, faisons notre devoir alors. Je voudrais bien que ce futun —Les vrais coupables, reprit-il ce | autre que moi, continua-t-il, en represont ceux qui vendent et livrent leurs nant sa mine hypocrite,— car cet
bomme était l'hypocrisie incarnée,— mais comme on m'a choisi, il faut bien que j’agisse.
—Pas d’hypocrisie, dit mon père,
dresse ? Vous avez l’air fâché..#.Je tu viens chercher, Félix, eh bien! tu
ne dirais certes pas un mot contre un homme comme vous ; mais quand il s’agit de toute la canaille qui est allée se battre contre le gouvernement .... ilme semble qu’on peut bien lui dire son fait.
Il est probable que si D......
avait pu soupçonner que mon père était instruit du motif de sa visite, il n'eut pas été si provoquant dans ses remarques, mais comment s’imaginer qu’à pareille heure, ce motif avait été surpris et l’alarme donnée.
Je voyais dans les yeux de mon père et dans le regard qu’il lançait à
t’en retourneras comme tu es venu ; il n’y est pas. Et si tu as peur en retournant, ce qui t’arrive souveñt, chante ‘* j'ai trouvé le nid du lièvre,” cela t’empêchera peut-être de frissonner au bruit des feuilles. A présent, va-t-en, car je ne suis plus disposé à endurer dans ma maison ta face de valet de volontaires ! Ainsi, Félix n’y est pas, va-t-en.
—Père Poutré, voici un warrant qu’il faut que j’exécute ; et comme M. M.....-est informé que Félix est ici, car il le sait, c’est inutile de le nier, père Poutré : je vais le cher-
D......qu’ilétait terriblement tenté | cher, car il faut que je ie trouve.
de le faire pirouetter du côté de la rue, et sans la connaissance qu’il avait de sa mission, il l’eût fait sans aucun doute. Il lui dit donc, en s’efforçant de prendre un air calme :
—I1 n’est pas juste de traiter de canailles des gens qui n’ont été que trompés ; et je trouve cent fois plus méprisables ceux qui...
—Ceux qui les punissent ?
—Non, mais ceux qui les cher-
—Eh bien cherche, dit mon père.
—Vous feriez mieux de vous épargner ce désagrément, père Poutré !
A quoi bon nier ? Félix est arrivé ici hier. On sait ce qui se passe allez ?
Pourquoi me forcer de Eire le tour de la maison, et de regarder dans tous les coins ?
Mon père prit le bras de D......
le serra à le faire pälir, et lui dit :
—Plus de paroies, entends-tu !
chent, dit mon père d’une voix étouf- | Quand je te dis que Félix n’y est pas fée de colère. Tiens, D......quand | c’est que c’est vrai. Je ne suis pas de on voit, à pareille heure, un oiseau | ton espèce, moi, pour mentir et me
de mauvaise augure comme toi, on sait ce que cela veut dire. Si tu t’imagine me tromper avec tes mines innocentes, tu te fais bien illusion.
cacher après! Tu sais l’histoire de Charles B,....,. Personne ne sait cela encore, et bien moi je le sais!
Ainsi marche droit ! fais ton infâme
Je sais ce que tu viens faire aussi| métier, et va-t-en vite. Si j’étais de bien que toi, et ce qui me fâche, c’est | ton calibre, je te dénoncerais ; mais que tu veux me tirer les vers du nez'je ne fais pas ce métier-là, moi. pour pouvoir en emmener d’eux au|Tu finiras bien par tomber où tu enlieu d’un. Je te connais depuis long- | voies les autres, coquin ! Ainsi fais
temps Dors
nu
ta rechv-che !
ee,
— Tenez, père Poutré, dit D.,,,, ,.,,,allais-je passer l'hiver dans cette en prenant sa mine la plus douce,— cabane ?..,...M’y découvrirait-on ? je sais que vous êtes incapable de Si cela arrivait que ferait-on de moi ? mentir. ... ....Ne ferais-je pas mieux de pas-
—Pas de flagorneries, c’est l’his- ser de suite aux Etats-Unis ?..., toire de Charles B....,.qui me les Puis mes désappointements, le manvaut, et tu venx m'engager à ne rien que d'armes, mon voyage inutile à dire....Ce ne sont nites bassesses Lacolle, la inoquerie de Côte, tout ni tes hypocrisiesqui me feront taire ! cela me repussait dans l'esprit, et je Si je te ressemblais tu ne serais pas me disais : * Ah si je vais aux Etats, ici &ujourd’hui. ‘Tu as un devoir à gare à toi, M. le général sauve-qui-
remplir, eh bien! fuis-le vite et vat-en.
—Si vous me donnez votre parole que Félix n'est pas ici, père Poutré, je m’eu contenterai....
—Cherches, lâche ! ct laisse moi tranquille avec tes avances! Je ne veux pas te devoir même lapparence d’un ménagement !
D...... gagna donc lescalier pour monter dans le haut de la maison, et lança un regard venimeux à mon père. Quant à moi je m'étais un peu Jaissé emporter par la curiosité et le jour commençant à poindre. On PE vait distinguer un homme à deux cents pas. Je vestai donc blotti près de la porte en cas qu’il ne me vit des fenêtres d’en haut, Quand il redescendit je ne fis qu’un bond derrière les bâtiments qui me dérobuient à la vue, et je pris ma course du côté des trente.
J’arrivai au bois sans que personne m’eût aperçu. J’allai m’établir dans une cabane à sucre. Je me préparai une bonne cachette à quelque distance en faisant plusieurs tas de broussailles, mais je regrettai d’avoir oublié une hache. Je ramassai néanmoins des bois morts et fis un bon feu dans la cabane, puis je me mis à faire la seule chose que fait d’ordinaire un homme qui est obligé de se cacher: je songeai au passé, au présent, à l’avenir, à mon ancienne vie tranquille, à ma situation présente...,..combien cela pouvait durer
peut!!!
Avec tout cela le temps ne passait | pas vite, et on s’ennuie bientôt en se | parlant à soi-même, Puis sur l’aprèsmidi, je commençai à sentir que je wangerais bien quelqne chose, et je compris que si j’avais emporté quelques vivres, cela eût rendu peut-être mes idées moins noires. [l n’y a pas grand chose à manger, dans le bois, lan milieu de Novembre, et les perdrix et les lièvres ne vous tombent pas tout rôtis! Quand le jour com- |mença à baisser ; j! me semblait que j'aurais fais entrer une sonde de dix
pieds dans mon estomac.
Ah ça me dis-je, à moi-même, il faut 1oujours bien que je mange, bon gré inal gré. Si rien ne me vient, je vais aller à la maison, car dormir dans une cabane à sucre, c’est-à-dire rôtir d’un côté et geler de l’autre, ça n’est pas du luxe ; et il n’y a rien, d’ailleurs, qui refroidisse le feu comme de ne pas manger. Ab, maudit D......,sijete tenais, je t'en taillerais une gri/lade !!
Je songeais donc à la manière dont je m’y prendrais pour obtenir des vivres avant la nuit, quand j’entendis un cri lointain m’arriver à travers les arbres. Je tressaillis et me trouvai sur mes pieds comme si j’avais été poussé par un ressort. Je courus hors de la cabane mais ne pus rien voir, comme de raison. ‘ Imbécile, me dis-je à moi-même, ce cri vient d'au moins six ou six arpents, et tu l’ima-
er dans cette uvrirait-on ?
t-on de moi ?
eux de pass-Unis Le CHU] nts, le mange inutile à » Côte, tout l'esprit, et je is aux Etats, | sauve-qui-
ps ne passait bientôt en se s sur l’aprèssentir que je e chose, et je mporté queldu peut-être {ln’y a pas dans le bois, e,et les perous tombent le jour comsemblait que sonde de dix noi-même, il » mange, bon me vient, je , car dormir e, c'est-à-dire le l’autre, ça L n’y a rien, e le feu com- Ab, maudit s, je t'en tail-
manière dont btenir des vid j'entendis à travers les t me trouvai si j'avais été e courus hors pus rien voir, mbécile, me ri vient d’au s,et tu t’ima-
gines, en plein bois, apercevoir celui} —Joli nid, pour un patriote, me qui l’a fait.” dit mon père, qui portait un petit
Je rentrai donc dans ma cabane, | coffre sous son bras, Je suppose que ne sachant si je devais répondre. Ille patriote mangerait bien un anglais était probable, sans doute, que l’on | par le temps qui court,
me cherchait pour me donner à man-| —J’en mangerais bien trois, réponger; car mon père avait dû certaine- dis-je. . j'ai une faim d'enfer. ment penser au plus nécessaire. —Il y a deux heures aux moins
D'un autre côté il n'était pas impos- qu'on te cherche—"Tu es venu bien sible non plus que ce ft D......ou loin!
uelqu’autre furet de son espèce qui! —ÆEkh bien, puisque je me cache, ût à mes trousses ! Si tel était le cas autant vaut le faire bien de suite, je ne devais pas rester dans la caba-, ‘Tiens ne babillons pas et imunge, ne où l’on me trouverait infaillible- me dit mon père, en ouvrant son cofment. Je sortis donc, et me cachai fret qui fit briller à mes veux une derrière le tas de broussailles que magnifique brique de lard blanc de J'avais fait le matin. De là je regar- six doigts d'épaisseur, avec du pain, dai à travers l’épaisseur du bois etje et une bouteille de réconfortant. La crus entendre deux hommes se par- table fut bientôt mise et le dîner vite ler. Cela me fit refléchis, car pour-|avalé. Pendant que je dévorais pluquoi mon père eût-il mis un autre | tôt que je ne mangeais, mon père me homme dans le secret? Les voix se dit :
rapprochant, je m’enfonçai complè-| —Je l’assure que jai arrangé cet tement sous les branches, et j’atten-| animal de D......cette nuit. dis. An bout de quelques instants,| —Je le sais bien, j’ai tout entendu. j'entendis distinctement quelqu'un! —Quoi tu n'étais pas parti!
parler de moi. —J’ai été m’écraser à la porte du Où diable peut-il être fourré, disait | pignon, et je l’avais en pleine face ; cet homme. Voilà plusieurs cabanes | j’entendais tout. à sucre que nous ouvrons et il n’y a! —Franchement je ne sais comment nulle trace d’homme. Il a dù pour-| j'ai fait pour me dominer, et ne pas tant....tiens en voilà une autre. lui tordre le coup. Il me semblait Visitons-la toujours. J’étais à peine | que je le lui aurais tordu comme à à cinquante pieds de la cabane ; j’en- | un coq! tendais parfaitement, mais ne pou-| —J’étais réellement inquiet, tenez; vais rien voir. En ouvrant la porte, car vous n’avez pas été prudent. la même voix dit : Rien ici non plus. | Vous lui avez dit des choses qui Mais tout à coup j’entendis la voix | pourraient tourner contre vous, C’est de mon père qui dit à l’autre: Ah! pourtant bien assez d’un dans le ah! on a fait du feu: la cendre est trouble ! chaude, il n’est pas loin d'ici. Il sor- —C’est vrai, c’est vrai, mais le tirent tous deux de la cabane et mon moyen de rester de sang-froid quand ère dit: fl n’est certainement pas | vous avez un coquin de cette espèce oin d’ici, voilà une piste d’homme qui cherche à vous compromettre! toute fraîche. Comme ilachevaitces| J'ai su, vers midi, qu’on « déjà mots je me levai subitement en fai-| arrêté plusieurs patriotes. sant sauter en l’air les broussailles| Je crois que tu es mieux ici que qui me couvraient, et je m’avançai|dans leurs pattes. IL paraît qu’il y
vers EUX. a beaucoup de menaces de brûler les
propriétés ; je ne serais pas re pe de voir quelques feux de joie à la mode anglaise, prochainement.
—Pourvu que ce ne soit pas chez nous !
—Eh bien, si c’est chez nous, il faudra bien l’endurer. Mais, tiens, cela me fait songer qu'il vaudrait peut-être tout autant prendre ses précautions. C’est bientôt fait, avec eux, une brûlade !
—C'est bon de prendre ses précautions, mon père, mais il est encore plus nécessaire d’être prudent dans ses paroles, et vous ne l’étiez pas beaucoup, cette nuit! Pensez donc un peu.... si vousétiez arrêté,
et moi qui ne pourrais me mon-|?
trer.... où en seriez-vous, où en serait toute la famille ?
—Sois tranquille, j'y penserai à l'avenir, et ne m’emporterai plus.
Ah! coquin de D....., va!
—Tenez, voyez-vous, si vous voyiez ce brigand-là passerici, vous l’écharperiez.
—Ah oui, ça, c’est sûr; mais au village ou à la maison, je serai prudent, et ne me fâcherai pas; ou si je le fais, je ne me fâcherai qu’en dedans. Sois tranquille.
Sais-tu que tu as choisi la meilleure cabane et le meilleur coin pour te cacher, continua mon père. Tu vois d’assez loin ; tu peux te jeter en deux sauts au bas de la côte, et prendre assez d’avance pour te moquer d’une balle; tu te fais des nids de broussailles où il faudrait un bon chien pour te découvrir ; tu es aussi bien que les circonstances le permettent. Dorénavant, on ne te laissera plus crever de faim. Tu as des vivres là pour trois jours. Je ne puis venir souvent, cela éveillerait les soupçons.
—Nous allons retourner et Baptiste te rapportera ce soir des couvertures et une hache pour que tu puisse tra-
| vailler à quelque chose et te réchaul-
fer sans faire le fainéant devant le feu. Tu vas probablement avoir le temps de bûcher une bonne provision d’hiver, ainsi amuse toi, fais bien le guet, et pense à tes blondes.
A propos, je pourrais bien aussi l'envoyer un fusil. Tu pourras tuer par-ci par-là une perdrix ou un lièvre, et çà te fera un dessert.
—Eh bien, adieu! dis-je à mon père, en lui tendant la main et s’il y a quelque chose d’extraordinaire, faites-moi le dire.
Je me retrouvai donc seul et dus, bon gré, mal gré, me remettre à soner. Vers neuf heures, autant que J'en pus juger, j’entendis un chant m'arriver à travers le bois. Comme ça ne pouvait être que Baptiste, je me dirigeai sur la voix, et lui pris une partie de son fardeau. Il me
rapportait une peau de bœuf, un oreiller, mon fusil, une hache, une
pipe et du tabac, du pain, un peude inge de corps et quelques hardes ; enfin il avait la charge d’un homme et demi. Il m’apprit l’arrestation de quelques amis, les traitements que les volontaires leur faisaient subir, et leurs menaces d’incendier les maisons des patriotes. ;
—Tâches donc, dis-je à Baptiste, qu’il en passe un de temps en temps par ici; ceux-là paieront pour les autres, j'en réponds. Nous nous dîmes bonsoir et il me laissa dans la solitude de la forêt.
J'avais souvent entendu parler du charme des bois, de la vie champétre, du bonheur de l’isolement ; j’avais même lu quelques tirades làdessus ; mais j’invite ceux qui écrivent ces fadaises à essayer, sur la fin d’un automne canadien, de la vie des bois, avec une cabane à sucre pour gîte et pour abri; je pense qu’il se guériraient vite de leur croyance à la
et te réchaufnt devant le ment avoir le nne provision i, fais bien le ndes.
s bien aussi \ pourras tuer x ou un lièvre,
dis-je à mon a main et s’il xtraordinaire,
ce sculet dus, emettre à sons, autant que dis un chant bois. Comme e Baptiste, je ix, et lui pris rdeau. Il me de bœuf, un ne hache, une pain, un peude elques hardes ; ze d’un homme l'arrestation de raitements que isaient subir, et ndier les mai-
is-je à Baptiste,
temps en temps
ieront pour les
s. Nous nous
me laissa dans
it.
tendu parler du > la vie champé- ’isolement ; j’aques tirades làle ceux qui écri- :ssayer, sur la fin ien, de la vie des ne à sucre pour > pense qu’il se eur croyance à la
poésie des grands bois et de la soli- | tout pour le tout, pour m’assurer s’il tude qu’ils procurent. | s'était passé quelque chose d’insolite Je restai seul quatre jours, etreçus à la maison, Vers quatre ou cin alors une visite de mon père, On heures, rien encore. Je me dirigeai avait fait une recherche à la maison, instinctivement vers la lisière du bois et les chercheurs paraissaient croire qui correspondait à un côteau d’où ue je n'étais pas loin. Il y avait l’on découvrait presqu’une lieue de déjà plus de 200 arrestations de faites, pays. On voyait déjà les étoiles quand et ceux que les volontaires trafnaient j'y arrivai, mais à mon horreur je vis en prison étaient littéralement traîtés devant moi, à la deuxième concesun peu plus brutalement que des sion, troisconstructionsqui brûlaient, chiens. à d’assez grandes distances les unes
—dJ’en ai pour longtemps, j'ai peur, des autres. Ce ne pouvait donc être dis-je à mon père. de simples accidents. Le gouverne- —Cela se peut, Mais ne te décou- ment avait done commandé a sévir, rage pas. S'il n’y a pas moyen de !et ne se contentant pas de la justice éviter la prison, tu passeras aux l'ordinaire, il en créait une à la guise Etats-Unis. Je jevissdtal dans huit des passions et de la colère de nos jours. Je suis si épié qu’il faut que | ennemnis. je reste à la maison. Quand je re-| Cette manière de punir était tout viendrai, tu me reconnaîtras en en- aussi stupide que méchante. Quand tendant frapper sur les arbres trois les propriétaires étaient déjà en pricoups à intervalles égaux, répétés son, pour être jugés par des tribude temps en temps. Adieu. |naux exceptionnels, c'était une atro- Ces huit jours me parurent huit ce barbarie que de priver leurs familsemaines, quoique j’eusse bûché |les de tont asile. Cela se faisait au presqu’assez de bois pour l’hiverne-! moment desrudes hivers du Canada! ment d’une famiile. Rien ne me Rendre la femme et les enfants resdérangeait, ma conversation étant ponsables de la faute du père, ce toute en dedans. n’était plus de la punition, mais de Le huitième jour je me misà écou- la vengeance. Ces excès étaient inter attentivement aussitôt que la bru- dignes d’un grand peuple. La haine me commença; mais j'eus beau prê- nationale, les rivalités locales de ter l'oreille, je n’entendis rien. A parti, y avaient plus de part, d’ailneuf heures du soir, je rentrai dans leurs, que tout autre sentiment. Le ma cabane passablement découragé. | pays était alors gouverné par la fac- Je savais que rien n’empêcherait mon | tion dontle Procureur-Général Ogden père, s’il ne lui était rien arrivé, de l'était le chef, et cette faction n’avait venir à l’heure dite ou au moins d’en- | d’autre but que de tyranniser par tous voyer à sa place. Ce retard signifiait les moyens possibles, sous prétexte maladie très-grave ou arrestation, il de punition, tout ce qui était canan’y avait pas de milieu. Je ne fer-| dien.
mai pas l’œil de la nuit. Le lende-| La répression a été hors de toute main je n’eus pas le courage de me proportion avec la faute. remettre au travail; j'avais comme, Douze exécutions, et en moins de un pressentiment d’un malheur. A|14 mois plus de 400 incendies allumidi, personne n’était encore venu ; | més sur divers points du pays, par j'étais dévuré d’inquiétude, et je ré- | ordre des autorités, en sus des senfléchissais si je ne risquerais pas le |tences illégales des cours martiales,
AR all dé Hanna
en voilà assez pour faire apprécier à | froid et pour le simple plaisir de faire sa juste valeur, l’odiense flagornerie du mal. Le ministère Draper prode gens repus qui ont osé dire à posa une mesure d’indemnité, mais PAngleterre : ‘ Vous êtes un gouver- | comme il exceptait de l’opération de nement juste !” la loi ceux qui avaient été condam-
Les trouLes anglaises sont repous- | nés par les cours martiales, cours qui sées à St. Denis par l’inconcevable avaient été déclarées illégales en ineptie de leur colonel. Douze jours | Angleterre même, le parti libéral après elles reviennent, touie résis-|s’opposa à la passation de la loi de tance a cessé, et on brûle un quart! M. Draper, et celui-ci, craignant d’édu village ! Sur quelles indications? tre battu, laissa tomber sa mesure. Celles des traîtres de l'endroit qui, En 1849, le parti libéral qui était vengesient leurs injures personnelles | revenu au pouvoir, reprit le projet de en indiquant les propriétés à brûler. M. Draper. Les élections de 1848 Incendier dans la chaleur du combat, avaient en grande partie roulé sur la cela se conçoit, cela est souvent exi-| mesure de l'indemnité. Le pays la gé par les circonstances, permis par demandait et le parti libcral s’épuisa les lois de la guerre ; il faut déloger | en reproches contre M. Draper et ses Pennemi, détruire les positions où il ES qui avaient fait des exceppourrait s’établir de nouveau. Mais|fions. A l’avènement de M. Lafon-
revenir brûler de sang-froid quelques | taine tout le pays crut enfin que jusmaisons parce que l’on a été battu, |tice serait faite et les malheureux cela devient du pur brigandage : que l’on avait ruinés espérèrent de c’est là une lâcheté que la pression meilleurs jours. Mais ils comptaient seule, probablement, des haines pro- sans les intrigues ministérielles et vinciales, a pu faire commettre à une | les lâchetés de parti.
: . | armée anglaise. Au reste, je sais
Après dix mois d’attente, dix mois que les officiers anglais déploraient de sourires et de promesses de la souvent les excès qu’on leur faisait | part du gouvernement libéral ; après commettre; je sais qu’ils avaient | de nombreuses assemblées publiques honte d’agir avec les volontaires, à | dans lesquelles les libéraux avaient cause de leur jactance et de leur bru-!blämé sans merci le ministère Dratalité vis-à-vis des femmes et des en-| per des exceptions qu’il avait faites, fants, et du soin qu’ils avaient de —chose toute naturelle, disait-on, s’abriter derrière les troupes quand |c’était un ministère tory qui ne pouils le pouvaient. Nombréd'inecnaies Lvait avoir aucune sympathie réelle n’ont été dus qu’aux délations de la ! pour les Canadiens, —la session arricanaille des grands villages qui vou-| ve et la mesure d’indemnité est la lait piller. Nombre d’innocents ont | première introduite. La bataille s’enété punis par suite des rancunes per- | gage. sonnelles de toute cette classe de! M. Blake, a'ors solliciteur-génétraîtres à laquelle le gouvernement | ral, fait un magnifique discours de donnait de l’importance, tout en la! cinq heures au soutien de la mesure ; méprisant, afin d’obtenir le plus de | il déploie contre le torysme la plus délations possibles. terrible puissance d’invective : il fou-
Ces destructions de propriétés | droie Sir Allan McNab de son éloétaient si odieuses que dès 1847 on | quence et l’écrase de ses sarcasmes : comprit qu’il fallait indemniser les | il affirme en plein parlement que les gens que l’on avait ruinés de sang- | vrais rebelles à la loi et à l’autorité
ee
jh fl | ( | l ul ail fi HUE At) tir
laisir de faire e Draper prolemnité, mais l'opération de été condamales, cours qui illégales en parti libéral de la loi de craignant d’êber sa mesure.
béral qui était rit le projet de tions de 1848 tie roulé sur la 6. Le pays la jibcral s’épuisa I. Draper et ses fait des except de M. Lafontenfin que juses malheureux espérèrent de : ils comptaient inistérielles et
ttente, dix mois romesses de la t libéral; après blées publiques béraux avaient
ministère Draa’ii avait faites, elle, disait-on, Lory qui ne pouympathie réelle la session arridemnité est la La bataille s’en-
solliciteur-généque discours de en de la mesure ; torysme la plus invective : il fou- Nab de son éloe ses sarcasmes :
arlement que les ji et à l’autorité
AA
ce sont les tories et non les condam-|une indemnité allait-elle au moins nés de 1837.... puis, tout-à-coup, | être indemnisée avec justice ? Allaittoute cette éloquence n’est plus qu’un | on les payer honnêtement? voilà ce boulet perdu, une bombe qui a éclaté |que le pays se demandait, voilà ce en l’air, la faction tory, qui avait |qu’il était en quelque sorte sûr d’obépuisé sa rage sur un homme de tenir ävec un ministère /ébéral qui paille qu’elle avait brûlé dans les avait tant attaqué le ministère Drarues, finit par faire peur à M. Lafon- per que Pon appelait {ory! Eh bien, taine ; M. Boulton fait adopter, par là encore, un désappointement cruel, le ministère, ses amendements d’a- poignant, attendait les intéressés. bord rejetés, et le tout «e termine par Non-seuleiment la loi faisait des disune mesure moins libérale que celle tinctions odieuses, mais, dans le qui avait été proposée par le minis- mode de paiement, elle commettait tère Draper. une infarnie à laquelle, vous, intéres- Le ministère fibérul avait ange sés, nous avons refusé de croire jusmenté le nombre des execptions fai- qu'au dernier moment. Au lieu de tes par le ministère to:y, an lieu de statuer que les gens que l’on avait le diminuer! ! Ces libéraux qui de-|méchamment et sottement ruinés sevaient être si sympathiques aux souf-raient at moïns payés intégralement, frances de leur compatriotes ruinés elle contenait cette. disposition, si sans merci, donnaient moins que M. ! complètement dénuée du plus simple Draper. [ls avaient forcé celui-ci de! bon sens, les intéressés seraient retirer sa mesure parce qu'elle ne payés avec des débentures !? donnait pas assez, et ils donnaient. Quel devait être leflet de cette moins encore ! Le parti libéral avait! inepte disposition ? opposé la loi de M. Draper parce On avait pourtant devant les yeux que sanctionnait de fait, au moyen un exemple bien frappant. Les dées exceptions qu’elle contenait, les! bentures émises alors pour venir au décisions des cours martiales, et la secours des incendiés de Québec loi votée par le parti libéral faisait | étaient à courte échéance, comparaexactement la même chose ! ! et plus tivement, et elles étaient à 20 020 encore, puisqu'elle exceptait de l’o-| d’escompie. On avait émané, en
pération de la loi ceux qui avaient!
été transportés à la Bermude, ce que la loi de M. Draper ne faisait pas !!
Ainsi, après tant de belles paroles
1545, des débentures à un an seulement de date pour les besoins immé- | diats du gouvernement, et ces dében- |tures étaient à 5 070 d’escompte. Or
aux hustings, après tant d’assem-|la loi statuait que l’on paierait les blées dans lesquelles on avait si éner-| victimes des brutalités des volontaigiquement dénoncé le ministère Dra-|res avec des débentures à 20 ans per, après tant de protestations et de! d’échéahce, portant 6 070 dl’intérêt ! ! promesses, on octroyait au pays une | Les libéranx, vos amis, nos protecloi qui lui faisait regretter celle du | teurs, n’avaient refusé la mesure Draministère Draper!! Jactance et pro-| per que pour nous en donner une
messes brillantes avant d’être ministre ; faiblesse et nullité une fois au port !! Comme tous les ministères libéraux: du Canada se sont fidèle.
ment copiés les uns les autres!!!
Mais la masse des ayantsdroit à
| bien pire encore ! !
| Aujourd’hui l'oubli a passé sur tout cela. Aujourd’hui ceux qui nous ont trahis alors remplissent les plus hautes charges du pays, vivent sur un passé qu’ils regardent comme
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bien glorieux, et que nous, leurs victimes, nous regardons comme bien odieux et bien coupable. Toute cette indemnité, dont on a fait tant de bruit, qui en a profité ? Ceux à qui
elle était destinée ? Pas le moins du |
monde, au moins pour le plus grand nombre d’entre eux ! Ceux qui en ont profité ce sont les spéculateurs, les usuriers ; ceux qui, quand il y a
représentant à peu de chose près sa valeur nominale. On avait une assez bonne chance de ja vendre au pair, ou à un faible escompte, parce que cela valait la peine d’être acheté, ou d’être conservé si on ne trouvait pas
son prix. Mais une débenture de
#10 !, de #50 qu'est-ce que cela valait ? A peine 50 0/0 de sa valeur nominale ! Cela a été dit alors, re-
un sou à arracher à un pauvre, sont | présenté à satiété, par les membres toujours là prêts à le prendre, non let les journaux de lopposition. On
pas en le volant directement, je l’admets, mais en l’obtenant avec des mensonges, des fausses représentations sur sa vraie valeur, en l’arrachant sous de faux prétexies; ceux en un mot que l’on qualifie si justement de mangeurs de chrétiens !!
DES DÉBENTURES PAYABLES DANS 20 Ans!!! et presque tous ceux que l’on voulait indemniser élaient des pauvres qui attendaient après cet argent pour se rebâtir une chaumière, ou même pour se procurer à eux et à leurs familles le pain qui leur manquait depuis longtemps ! La grande majorité des réclamations étaient de cinquante louis! Cela représentait trois louis ou moins de revenu. Y avait-il la plus légère apparence de bon sens dans la prétention que ces gens ne vendraient pas leurs débentures et se contenteraient d’en percevoir l'intérêt du gouvernement ?
Etait-ce la peine de se déranger pour aller chercher 6 9, ou 12 piastres d’intérét ? Qu'est-ce que cette misère pouvait produire de soulagement dans une famille ? On avait alors l'audace de prétendre que l’on voulait soulager les pauvres, et c’étaient précisément les pauvres que l’on maltraitait par ce système !
Un homme qui avait droit à £500 recevait #30 d’intérêt du gouvernement. Cela faisait au moins un revenu appréciable ; et une débenture de £500 avait une valeur réalisable,
ne les a pas écoutés et on a passé outre, faisant la sourde oreille au bon sens comme on avait manqué à sa parole, à la foi jurée, quand, après avoir si fortement blâmé le ministère Draper, on faisait pis que lui! ! La conséquence des lâchetés de 49 a été que beaucoup de débentures, celles des pauvres, ont été achetées à 70 0/0 d’escompte! Ceux qui avaient réellement besoin d’être indemnisés n’ont rien eu ou à peu près ; ceux qui ont profité de la mesure ont été précisement ceux pour lesquels elle n’avait pas été faite !!
Les £100,000 votés alors ont a | peine produit £30,000 aux victimes, mais les mangeurs de chrétiens se sont enrichis ! Le gouvernement paie donc aujeurd’hui environ 20 070 sur la somme qu’il a réellement versée aux malheureux de 37 et 38. Car les £6,000 environ d’intérêts qu’il paie aux détenteurs actuels des débentures ne représentent, quant aux victimes des troubles, que les £30,000 que celles-ci ont reçu Sous prétexte d’indemniser des malheureux, on a donc fait un splendide présent de £60,000 environ aux spéculateurs sur le pain du pauvre !!
Voilà comme on s’est moqué du bon sens, et de ses devoirs, et de la foi jurée, et de la justice, et des malheureux, et du public !!
Le gouvernement, de l’aveu de tous les journaux ministériels et de
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l'opposition d’alors, pouvait emporter | comme pour nous, ces cours martiaune mesure complète et juste. Mais les avaient en eflet droit de juridicon a voulu flatter le parti tory et lui | tion en cette matière, nous devons céder quelque chose, afin de le paci-| nous ranger avec le ministère qui fier. Voilà pourquoi on a fait l’ex-| admet cette opinion comme vraie.”
ception relative aux exilés de la! “ Pourqnoi le ministère ne s'est-il Bermude qui a conduit à cette autre | pas opposé à l’amendement présenté exception plus odieuse encore, de à ses résolutions par l’hon. membre payer le Dr. Nelson, quoique l’un des| pour le comté de Norfolk ; (M. Boul-
cœilés de la Bermude, en récompense de ses odieuses calomnies contre M.
Papineau ; et de ne rien donner aux autres ! Voilà pourquoi on a sanctionné les décisions des cours martiales! Et ces faiblesses, ce manque absolu d’énergie et de calcul, ont
abouti à quoi ? A l’incendie du Par-|
lement parce que l’on donnait encore trop ! !
Voilà ce que l’on a gagné à flat-|
ter ses ennemis, à faire céder son devoir à ses intérêts de partisan.
Si on veut prétendre que tel n’était pas l’objet du ministère à cette époque, on pourrait se convaincre de la vérité de l’accusation que je porte ici contre les libéraux du temps,” par la lecture d’un discours de M.
Gugy dans la séance de la chambre du 27 février 1849, dont voici un extrait :
“Les ministres, en adoptant cet amendement, (celui de M. Boulton)—au moins, c’est ainsi que je vois la chose,—ont déclaré qu’ils prenaient pour bonnes et valables toutes les décisions des cours martiales.
Avee une décision pareille, il est bien clair que le ministère a fait un pas, je dirai même vwingl pas, vers nous ; qu’il a voulu ex effet se rapprocher du parti tory, en déclarant que tous ceux qui avaient été condamnés par la cour maïtiale ne recevraient aucune partie de la compensation voulue par la chambre. N'est-ce pas là déclarer que ceux qui étaient condamnés par les cours martiales étaient coupables? Et maintenant,
ton) à cet amendement par lequel on | blâme, on flétrit des gens qui se sont
| sacrifiés eux-mêmes, qui se sont dé- | voués pour le salut et le bonheur de leurs compatriotes ? (Les exilés de la Bermude.)