‹ Échappé de la potence [microforme]Chapitre 5 sur 5 · ENCORE UN COURT ESPACE DE TEMPS · texte numérisé non relu

ENCORE UN COURT ESPACE DE TEMPS

ET VOS CONCITOYENS VOUS FERONT MON- TER LA HONTE AU FRONT A8 SOUVENIR | D’'UNE PARAILLE LACHETÉ ?”?

‘ Ce n’est pas à moi qu’on pourra | faire le reproche d’avoir sacrifié personne en cette occasion; on comprendra que je ne fais qu'être consistant avec mes principes. Mais il y a des gens auxquels on pourra avec toute raison faire ce reproche qu’ils ont consenti à sacrifier ceux de leurs compatriotes qui ont pris | part à la rébeilion, ilest vrai, mais | qui ont expié leurmauvaise conduite, leurs actes imprudents, par un long | exil et des confiscations qui entrainaient le deuil et l’indigence pour leurs familles.

‘“ Pour moi, si j'avais été pour | quelque chose dans cette affaire, j’au- |rais préferé aujourd’hui partager leur

honte que d’enrégistrer ici, comme vous le faites, un vote qui aura l’effet de valider les jugements de la cour exceptionnelle qui les a condamnés.

Je suis heureux de dire que leur condamnation par celte Chambre n’est pas un acte dont je sois aucunement responsable ! C’estun acte dont je vois avec plaisir que le ministère lui-même a bien voulu prendre la responsabilité ! C’est donc un acte qui me rapproche de lui, ou plutôt qui LE RAP-

PROCHÈ BEAUCOUP DE NOUS ! ! Je vo-|célèbre occasion, la moquerie du terai donc avec le ministère parce | serment d'office, sont devenus les que, par son vote, 2/ concourt avec meilleurs moyens de conserver ses nous pour reconnaître que les cours charges. Autrefois le mobile des martiales étaient des cours légitime-| hommes au timon des affaires était ment constituées. l’honneur, aujourd’hui c’est l'intérêt Voilà donc un tory de vieille roche qui résume invariablement dans la qui félicite le ministère libéral d’a-!sodide cupidité de ses membres, lors de sacrifier les droits de ses com-' Autrefois, pour devenir chef polipatriotes! quise félicite lui-même tique du Bas-Canada, il fallait avoir de ce que les ministres se rapprochent | acquis les plus hautes qualités inteldes tories, et qui, dit-il, ne peut se | lectuels et morales ; aujourd’hui, pour refuser à voter des deux mains avec rester ministre, on dirait, en vérité, un ministère qui commet la lâcheté | qu’il ne s’agit plus que de les perdre de sacrifier les droits des Canadiens ! | ou de ne les avoir jamais possédées,

Cette leçon mème ne fut pas comprise !

Quand nous voyions le ministère recevoir des leçons de libéralismes de M. Papineau, cela surprenait per-

et même alors, on ne s’en croit pas moins, pour cela, du bois dont on fait les ministres.

On voudra bien me pardonner cette digression en faveur de Pimpor-

sonne, chacun étant dans son rôle. | tance du sujet.

Mais voir un ministère libéral rece-|

Le lecteur se rappelle que pai

voir des lecons de libéralismes de | laissé mon récit au moment où je M. Gugy ! ! cela nous fit comprendre | voyais, de la iisière du bois, brûler à la campagne, combien les libéraux | diverses constructions dans la camétaient déchus, combien ils reniaient | pagne.

leur passé! Pour que Béelzébuth! Je retournai à ma cabane irrésolu, applaudît les bons anges, il deve- et complètement découragé. Ces nait clair qu’ils avaient perdu leurs! vengeances ne m’annonçaient rien ailes! Le fait est que les libéraux | de bon pour moi-même. Il me faudonnaient le baiser de paix au to-|drait donc passer aux Etats-Unis, rysme en la personne de M. Gugy !!|car pour hiverner dans le bois, je

Celui-ci n’approuvait certes pas ce | n’y songeais plus ; J'en avais assez

que M. Papineau voulait !! Ce bai-

ser de paix portait ses fruits un peu

plus tard, quand les libéraux s’alliaient avec Sir Allan MeNab, l’idole des incendiaires de 49!

Depuis ce temps, nous avons vu les libéraux graviter sans cesse vers le torysme, et rompre de plus en plus avec les traditions qui formaient autrefois la base de la foi politique du peuple. Autrefois la qualité distinctive de nos chefs était le désintéressement personnel ; aujourd’hui l’égoïsrne, l’ambition, le besoin de rester ministre sont tels que le mensonge, la corruption et dans une très-

du langage des arbres !

Il y avait longtemps que je réfléchissais sur ma position, quand j’entendis au loin les trois coups promis.

Je courus du coté d’où ils venaient et au bout de quelques instants me trouvai face à face avec un de mes amis.

—Et mon père, lui dis-je......

—Il m'envoie à sa place. Il est surveillé de près, et on lui a signifié anjourd’hui que b’il ne disait pas le lieu de ta retraite, ses propriétés seraient brûlées. Cette exigence la fâché. Il a dit au colonel qu’il n’é-

tait pas homme à livrer son propre

la moquerie du sont devenus les e conserver ses le mobile des des affaires était ui c’est l’intérêt àblement dans la ses membres, evenir chef polia, il fallait avoir es qualités intel- Aujourd’hui, pour lrait, en vérité, ue de les perdre mais possédées, e s’en croit pas u bois dont on

€ pardonner ceteur de Pimpor-

pelle que jai moment où je du bois, brûler s dans la cam-

‘abane irrésolu, Couragé, Ces nonÇaient rien ne. [1] me fauiX Etats-Unis, ns le bois, je n avais assez

S que Je réfléon, quand j’encoups promis.

1 ils venaient S instants me ec un de mes

is-je......

place. Il est lui a signifié disait pas le propriétés seexigence l’a nel qu’il n’ér son propre

enfant quand mème il saurait où le |tombe pour toujours. Epargne aux trouver, et que si on voulait brûler il | vieux jours de ton père la plus granne demandait qu’une demi heure de douleur qui puisse maintenant d’avis. Lé colonel a trouvé cecla tomber sur lui. 1Îl est encore temps, insolent ; ton père lui a dit que tous sauve toi et passe les lignes. les colonels de la terre ne lui feraient —Mon père, je ne cours aucun pas faire une chose déshonoranie, et risque en me livrant, car, quelque le colonel lui dit qu’ilenverrait brûler chose qui arrive, je m’entirerai. Je ses propriétés demain. vais donc d’abord sauver vos pro- Ton père te fait dire de L’en aller priétés, puis je trouverai bien le tour aux Etats-Unis. Tu as assez d’ar- de me sauver moi-mème. Ne craigent avec loi ; si ses propriétés sont gnez rien pour moi, je serai aussi en brulées, il dit qu’il pourra les rebâtir sûreté en prison qu'aux Etats-Unis. avec ses épurgnes et te supplie de ne Les Anglais nous ont battus, mais pas t’inquiéter de lui. je n.c vengerai d’eux tout en n’ex- —Brave père, je ne te laisserai pas posant pas ma vie. Jai toujours dit ruiner comme cela, répondis-je. qu'un Canadien était plus fin qu’un Partons de suite, je m'en retourne : Angiais, je tiens à le prouver. J'irai avec toi. ‘donc en prison et j’en reviendrai, —Mais tu vas être pris...... soyez en sûr; et Je me moquerai —Sans doute. Maïs puisque c’est d’eux à leur barbe par dessus le moi qui ai fait la folie, je ne laisserai marché, sans qu’ils s’en apperçoipas mon père en supporter les eon-! vent.

séquences, je vais me livrer. Mon père me regarda fixement Je partis donc, malgré les repré- pour voir si je possédais bien réellesentations de mon ami,etnousarrivà- ment mon bon sens, et ajouta : mes à la maison vers onze heures —Voyons Félix, à quoi bon ces du soir. folies? Le temps de rire est passé Mon père était seul, fumant la pipe |quand la tête est en jeu. Anrès ce devant le poële. En me voyant ilque tu as fait, tu ne peux pas espédevint d’une pâleur mortelle. ‘rer de pardon... , —Toi Félix, me dit-il, et pourquoi —Et j'entends bien ne pas demanviens-tu ? der de pardon non plus. J'ai un —Mon père, je ne me pardonne-| moyen sûr de me sauver sans faire rais jamais l’incendie de vos pro-|de tort à personne, et je me sauvepriétés. C’est moi qui aitiré le vin, rai. Si je passe aux Etats-Unis, c’est à moi de le boire. Vous voir! vos propriétés sont brülées demain ; ruiner à votre âge ! Ah ce n’est pas!si je reste je les sanve et j’en moi qui permettrai cela ! Es bo De quitte pour quelques mois de administrent la pays comme des sau-| prison ; il n’y a pas à hésiter et je vages il n’est plus possible aux hom-| me livre. Tout ce que je vous demes de cœur de rester cachés. Vous! mande c’est d’être parfaitement trann’avez pas approuvé le mouvement, quille sur mon compte, car mon il serait trop injuste que le châtiment moyen est infaillible. retombât sur vous. | —Dis-moi au moins quel est ton —Félix, me dit mon père, desi moyen, me dit mon père. maisonset des granges se 1ebâtissent,! —Non, monpère, cela gâterait tout.

| mais une vie d’homme, c’est fini! | Maintenant, ce qui est dit est dit, et

à Un dommage se répare, une tête comme un honnête homme n’a que

sa parole, je n’en démords pas. Je reste et je me livre. Je vous reviendrai plutôt comme cela, que si je!

passe aux Etats-Unis.

demi convaincu, me dit:

—Je ne sais ce dont'il s puisque tu es si sûr de ton fait, je

n’insiste plus. Seulement, rappelles-

toi qu’il vaut mieux pour un homme voir tomber sa tête que son honneur. | Je compris l’idée de mon père et lui répondis :

— Ne craignez rien là-dessus; je vous jure sur voire honneur et le

mien que je ne vous ferai pas honte.

Maintenant couchons-nous; au-

tant vaut passer cette nuit-ci dans un

lit qu’au corps de garde. Ah! je dormirai mieux que Je ne lai fait dans le bois, allez! Rien ne tranquillise comme une décision arrêtée et!

finale.

Je dormis en effet comme le jour néfaste où Côte vint me don-} ner ma mission. D'ailleurs, après avoir donni, par les âpres nuits d’automne, devant le brasier d’une cabane à sucre, enveloppé dans une peau de bœuf, n’ayant pour lit que quelques planches mal jointes, et!

avoir mené cette vie quinze jours durant, c’est étonnant comme on trouve un lit bon!

Il était déjà tard quand mon père vint me réveiller. Il me représenta une de:nière fois que je pouvais encore me sauver ; que le moyen que j'avais imaginé pouvait être déjoué peut-être, par la moindre circonstance imprévue ; que j ’échangeais le certain contre l’incertain ; qu’une fois en prison, je n'étais plus maître de conduire les choses à mon gré, et qu’il était très-possible que je ne pusse pas exécuter le projet auquel je m'étais arrêté. ... mais je lui dis que j'étais décidé, que mon plan ne

agit; ma's.

| bonne idée.

|t’en veut beaucoup.

| dépendait que de moi ; que rien ne |

pouvait le faire manquer que le de. | 1 faut de volonté chez moi, et que là-|

risque.

cret,

lement, mon père inquiet pourtant,

| à un contrat de mariage.

Sur les dix heures, “je rassemblai# | quelques hardes et je dis à mon pèreM que je partais pour le village. k —Je vais aller t’y conduire, me

dit-il. Je connais le colonel, et qu sait, peut-être lui viendrat-il une Pourtant je crois qu’i

Une heure après nous étions au

avant ;

dîmes chez le colonel M.... auquel!

je dis en le voyant : ‘ J’ai péché# contre le gouvernement.

nais ma faute et viens me livrer àk vous.

voudrez.??

| village de St. Jean. Nous nous ren-#

| dessus je ne pouvais courir aucun Je mettais tant d’assurance dans ) mon affirmation que mon père, à, —ÆEh bien, me dit-il, fais comme #

tu voudras, maïs sois prudent et dis-W Nous déjeunâmes assez tranquil-

jet moi aussi parfaitement calme et!

| composé que si j'avais dû assister

Je recon-}

Faites de moi ce que vous}

Le colonel était ami de mon père, Ï

mais à cette malheureuse époque,f

[les raisons ou les nécessités politi-& le besoin de faire sa cour,!

|ques, l'avaient bien plus de poids que les!

liens de l’amitié personnelle.

Le colenel ne me dit rien, mais on!

m'’attacha les mains derrière le dos.#

Il n’y a aucun doute qu’il pouvait}

me relâcher s’il l'eût voulu. 11 avait}

incontestablement la confiance duf gouvernement, très-probablemezt pas désavoué 8 ill m'avait relâché aprèsexamen. Mais j'étais marqué dès avant notre échauf fourée comme une mauvaise tête el!

un esprit récalcitrant qui avait besoin!

d’une leçon un peu forte.

Quand mon père me vit ainsi lié, il me dit:

et celui-ci ne leùt}

moi ; que rien ne À anquer que le dé-f hez moi, et que là-!

vais courir aucun!

—Tiens, veux-tu que je te dise,|lant au hazard, ils en avaient leur tout cela a fort mauvaise mine. On| bonne part. t'en veut plus que je ne pensais. Tu| A cinq heures nousarrivämes enfin aurais mieux fait de t’en aller de devant les murs de la prison. La A : m1 € i k e oO ojectile 8 | dit-il, fais comme l’autre côté des lignes. Vous avez| foule redoubla ses projectiles et ses

, . à jeunes gens, de ne | hurlements, et on nous fit entrer sois prudent et dis- Atort, vous autres Jeunes gens, u , dans

Mpas écouter ceux qui ont plus d’ex-|la cour avec toute la précipitation es assez tranquil- périence que vous. Je me sens le | possible. Quelques-uns des prisone inquiet pourtant {eœur serré comme s’ii allait m’arri-|niers étaient littéralement couverts faitement calme et ver Un grand malheur. de boue de la tête aux pieds et

j'avais dû assister À —Tranquillisez-vous, lui répon-| étaient méconnaissables. dis-je. Une fois en prison, je sais ce | Une fois dans la prison, on entra

ariage. . ANNEES ‘ k - | Se pe éeé "je rassemblai que j'ai à faire, et je vous reviendrai nos noms sur un régistre et je fus »s, je !

et je dis à mon père peut-être plutôt que vous ne pensez, | conduit au quatrième étage, dans la J D, à k : : 41 ? ; : . .

Var le village. À — Dieu le veuille, fit mon père. |Païtie appeiée la chapelle; mais qui

a once col (ou fe Nr n’avait jamais servi au culte. C’était Y , D me HN encore queques TECOM- | bexhaussement de la toiture que l’on s le colonel, et quil mandations, et me quitta pour re-

ui viendra-Lil -UbelRt ‘ ci voit encore à l’aile Nord-Est de la . : 5,0 lOUTNET CONSOICE UR PEU Ta TAMITIE. lhrison. Ce n’était alors qu’un greurtant je crois qu’ilh

up. \ Je couchaï à St. Jean cette nuit-là. | nier vaste, sans séparations, et où je ros-tious étions 40 Je ne dormis pas tout à fait si bien |trouvai un grand nombre de mes an Nousnousten EU la précédente, car on dort mai amis. | lonel M... auquel à les mains attachées et n'ayant que le | J'avoue franchement que ce fût un oyant : 4 J'ai péchék plancher pour lit Le lendemain | rule moment pour moi que celui où imement, Je recon- M Pe"s0nne ne m’interrogea et, vers une | je franchis la porte de la prison. Il cine ne retail heure, je partis par le chemin de fer, | va sans dire, que je ne connaissais le moi ce que vous © C0mpagnie de quelques prison- | encore que le mot, et que rien n’avait 4 niers et d’un piquet de volontaires | pu me donner l’idée de la vie qu’on pour Montréal. Nous y arrivâmes à | y mène. Quand je me vis dans ces quatre heures de Paprès-midi. On! corridors obscurs, avec un homme qui nous achemina de suite du côté de la | me conduisait, portant un paquet de prison. Les ruesétaient dans un état | grosses clefs; quand je vis ces murs affreux. La boue liquide nous cou- | qui défient la violence, ces cellules vrait le pied. En voyant une escoua- | occupées par des visages amis, l’éde de prisonniers la canaille se mit à | troit espace où ils étaient confinés, se grouper autour de nous et à nous | l’apparence lugubre de l’édifice et lançer des pierres et de la boue. Les | les figures non moins lugubres des injures et les hurlements de cette | geôliers, il me sembla que, coupable foule étaient formidables. Autant ou non, un homme ne pouvait être cette canaille était lâche devant des | tranquille dans une pareille enceinte, hommes en état de lui faire face, à moins d’être une de ces natures autan' elle était brutale et auda-|abruties que la Providence semble cieuse avec des hommes hors d’état | jeter de loin en loin dans la société de se défendre. Les volontaires for- | pour inspirer l’horreur du crime. maient deux haies de chaque côté| Je fus conduit, comme je viens de de notre petite bande et eurent à re-! le dire, au quatrième étage où je renpousser la foule qui ne leur épargnait | contrai plusieurs de mes amis et de pas plus la boue et les pierres qu’à | mes connaissances. Je ne leur trounous-mêmes, car les projectiles vo-! vai pas une expression qui me parût |

ait ami de mon. père, i 1alheureuse époque, les nécessités politi-l \ de faire sa cour,!

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peu forte. | père me vit ainsi lié,#

00 es

en harmonie avec l'horreur que |lièrement la prison ne manquaient m'inspirait leur terrible logis. Je pas d’insinuer que ceux qui feraient voyais chez presque tous une expres- | des déclarations seraient traités avec sion résignée, quelques-uns même | indulgence pendant que les coupan'avaient rien perdu de leur gaieté. | bles seraient punis avec rigueur. Cela contrastait si fort avec l’horreur| Des offres considérables ont même dont j'étais moi-même saisi que jen |été faites, mais on re peut trouver éprouvais la plus pénible surprise et | de traites, et les preuves à charge que je répondais avec une lenteur | vinrent toutes du dehors. marquée aux nombreuses questions! Le 19 décembre, jour fixé pour qui m’étaient faites de toutes parts. | l'exécution de Cardinal et Duquet ‘Font ce monde Ïà, dont quelques | arriva. Quelque préparés que nous uns étaient réservés à une si terrible |fussions tous à ce tragique évènevengeance, me souhaitait la bienve-| ment, l'effet parmi nous en fut terrinue avec empressement, comme si ble. L’affreuse réalité était là deun compagnon de plus pouvait sou-|vant nos yeux. Deux amis estimés lager l’infortune générale. L’homme | nous étaient arrachés pour satisfaire est ainsi fait; une nouvelle victime | des vengeances de parti, car il était fait pleurer ceux du dehors et sourire | trop absurde de dire que notre échauf-

ceux du dedans.

I y avait déjà plus de cinq cents détenus politiques quand je fus écroué., La chapelle en contenait

{fourée eût le moins du monde mis en danger ladomination britannique.

Chacun de nous se sentait indivi-

duellement frappé presqu’au même

plus de deux cents. Ils avaient tous | dégré que si c’eñt été des frères par passé par le même état de serrement |le sang et non-seuleiment par la com-

de cœur sous l’empire duquel j'étais encore, ct plusieurs me dirent : ‘* Ah bah! tu feras comme nous, tu en prendras ton parti, toi aussi; ils ne nous pendront toujours pas tous! Eh bien, nous sommes préparés à tout, mais chacun espère toujours un peu que le mauvais lotne tombera pas sur lui. Dans deux jours tu seras, comme nous, décidé à accepter la mort avec courage, si elle se présente, tout en conservant l’espoir de lui échapper.”

Je m’aperçus néanmoins qu’un certain nombre de détenus voyaient très-sombre dans l’avenir, et que la tranquillité de plusieurs d’entre eux venait plutôt de ce qu’ils comptaient sur l’absence de preuves contre eux, que sur l’indulgence des juges. Ceux qui savaient que les preuves de leur participation au mouvement pourraient facilement s’obtenir étaient loin d’être tranquilles, et quelques

uns des officiels qui visitaient régu-|

munanté d’idées et d’opinions.

Deux hommes irréprochables dans leur conduite personnelle, universellement estimés, plutôt égarés que coupables, allaient avoir le sort des vrais criminels, des voleurs, des meurtriers !

L’Angleterre, malgré sa puissance, punissait de mort des gens coupables au fond d’une simple émeute, ettraitait en brigands des hommes qui, à part le mouvement de 38, n’avaient jamais fäilli. L’idée moderne de J’inviolabilité de la vie en matière politique, (hors le cas d’assassinat) ne pouvait se faire jour dans les esprits, préjugés qu’ils étaient par la peur déraisonnable, et hors de toute proportion avec le danger, qu’ils avaient éprouvés. Je parle, comme de raison, des chefs du gouvernement d’alors et des hommes influents du parti tory qui ne visaient qu’à la vengeance, et croyaient, en quelque

ne Mmanquaient ceux qui feraient aient traités avec t que les coupaavec rigueur.

rables ont même me peut trouver reuves à charge hors.

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sentait indiviresqu’au même : des frères par 1ent par la com- Popinions.

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orte, faire tomber la tête de tout su euple en exécutant quelques indi-| idus. | Il y a si peu de crime réel dansune Mentative d’insurrection que nous “avons vu le gouvernement anglais “obligé depuis, par la seule force des!

choses et de l'opinion, de réhabiliter!

Mres victimes, et d'accepter comme Mises principaux conseillers ceux mêmes qu’il eût impitoyablement pen-| dus s’il eût pu alors s’en emparer.| MDes exécutions pour causes purement | Mpolitiques sont donc, sous tous les Mpoints de vue possibles, de vrais meurtres, des cruautés inexcusables, Wpuisque le gouvernement qui les

ses vicrimes. Qui, aujourd'hui, ne regarde pas Cardinal, Duquet, De ÆLorimier, Hendenlang, Narbonne,

MDecoigne et les deux Sanguinet,

parti, comine des martyrs enfin, puisqu'ils avaient sacrifié leur vie à leurs convietions.

® Le Procureur-général Ogden, le vrai auteur de ces meurtres, ne res- Htera-t-il pas toujours voué à l’exécra- Ation du peuple canadien, pendant Mque des monuments de sympathie et Mde deuil national sont élevés à ses victimes ?

4 Quand nos deux amis furent enle- Mvés du milieu de nous pour aller consommer leur sacrifice, l’intérieur 4 de la prison offrait un solennel spectacle. Le bruit lugubre ct sourd que produisit en tombant la trappe # de l’échafaud retentit dans nos cœurs 4 comme si chacun de nous eût été frappé dans sa propre existence.

Chacun pouvait regarder cette exécution comme l’avant-coureur de ce qui lui arriverait peut être à luimême, et l’opinion était déjà un peu ® accréditée, dans la prison, que le

Mine de are dite

Mcommet reste PLUS DÉSHONORÉ QUE |

icolas, Daunais, Hamelin, Robert,

omme des victimes de la haine de!

nombre des exécutions serait considérable.

Je pensais déjà depuis longtemps à exécuter le plan & javais formé et dont je n’avais rien voulu dire à mon père.

Quand Cardinal et Duquet eurent été condamnés, je vis clairement que le même sort m’attendait, car j'étais certain que l’on prouverait plus contro moi que contre eux. Voyant la condamnation si vite exécutée, je compris que je n’avais d’autre ressource que de réaliser mon projet, et je m'en ouvris à un de mes compagnons de prison du nom de Béchard.

Cet homme était un ancien cultivateur de l’Acadie, àgé d’une cinquantaine d’années, d’une respectabilité absolue et d’une discrétion à toute épreuve.

Dans la soirée du jour de l’exécution, ine trouvant seul avec lui, tous les prisonniers se promenant silencieusement, ou se parlant à voix | basse, car le meurtre de nos amis nous avait comme frappés de stu- | peur, je luis dis :

;__—dJe crois, mon cher Béchard, que | nous avons grande chance de suivre | bientôt le pauvre Cardinal et le pau- |vre Duquet, et de partir par la même | route.

: —Je l'avoue franchement, répondit Béchard, que je le pense aussi.

| Le gouvernement se venge, et puisqu’il y est décidé, il fera sa vengeance la plus complète possible. Je ne sais vraiment quel démon inspire | ceux qui conduisent les affaires aujourd’hui,

—Vousavez toujours plus de chan- |ces de vous en sauver que moi, car |vous n’avez pas assermenté 3,000 hommes, et surtout vous n’avez pas | chanté vos affaires à tout le monde.

—C’est vrai, dit Béchard, mais on peut avoir de moindres chances que toi et en avoir encore d’assez belles.

PCA, 7 LL ISERE

EC

ss DD en

—Vous croyez donc que c’est comme une affaire faite, pour moi ? | Ton idée même est une folie,

—Pour te dire la vérité, —nous| —Mon cher, je ferai le fou, et je sommes des hommes, et nous pou- | ferai toutes les extravagances imagivons la supporter,—je suis surpris| nables, et je ne rirai pas. Pour tenir que l’on n’ait pas commencé par toi. | mon sérieux, jen suis sûr. Ecoutez!

erdu! Ah! tu peux y renoncer, va!

—Diable! vous n'êtes pas consolani !

—1] vaut mieux croire au pire et

revenir au mieux que de se flatter :

sottement et de tomber finalement | $! JE ME

dans le pire.

—C’est vrai, et depuis l'exécution de nos deux amis, je me dis que c’en est fait de moi. Cela fait penser creux, tenez ! pourtant il y aurait un MOYEN...

—Un moyen de faire quoi ?

—De sauver ma tête.

—Hum! j'en doute.

—Dites-moi, Béchard, vous êtes beaucoup plus âgé que moi, avezvous jamais entendu dire qu’un fou ait été pendu?

Non, jamais; mais nous ne sommes pas des fous, je pense.

—Non, sans doute, mais on peut faire semblant d’être fou.

—Perds-tu la tête, mon cher, me répondit Béchard, du ton le plus étonné possible, faire semblant d’être fou! mais qui a jamais vu une pareille idée? On ne peut pas plus perdre volontairementsa raison qu’on ne peut la reprendre une fois qu'on la perdue. En un mot, on ne fait pas plus un fou avec un sage qu’un sage avec un fou. Faire semblant d’être fou! Ah! ce n’est pas si aisé que tu le crois. Une demi heure, passe encore, mais des semaines, des mois peut-être ! Tiens, c’est une chese impossible. Il n’y a pas d'homme qui puisse soutenir un pareil rôle. Comment pourras-tu empêcher de rire seulement; car c’est là le caractéristique de la folie ? Si tu manques une

Tel que vous me voyez là, je suis ce qu’on appelle flambé, en bon canadien. Je ne serai pas pendu deux fois parce qu’on aura surpris ma faute,

ij fais découvrir. Ainsi je risque. Il y a longtemps que j’y pense, et je trouve qu’un bon moyen de sauver sa vie vaut la peine d’être essayé.

Vous pouvez donc vous préparer à me voir fou demain.

—Je ne veux certes pas t’en empêcher, répliqua Béchard, mais je n’ai pas confiance durs ton moyen.

Tant mieux si tu réussis, car je considère que tu sauves ta tête. Mais pour croire que tu seras plusieurs mois sans rire, jamais! Dans tous les cas, quand tu sentiras le rire

| s'emparer de toi, pense à la corde, | cela pourra peut-être en effet te ren-

dre sérieux.

—Æ£h bien! à neut heures, demain matin, je serai fou, et je le serai tout de bon, vous pouvez en être sûr; et je pourrais bien être plus fou qu’un vrai fou! Ah! par exemple, prenez garde à vous, ne me trahissez pas !

Il faut que vous ayez l’air de me croire bien fou, au moins!

— Ah pour ça, sois tranquille! Une fois la chose convenue, je t’aiderai tant que je pourrai, car franchement tu n’as pas d’autre moyen de te sauver que celui-là.

Le lendemain matin, vers neuf heures, causant avec quelques pri-

| sonniers, je jettai tout-à-coup un cri

sourd, me lassai tomber tout de mon

| long à la renverse et commençai à

me donner tous les mouvements, toutes les contorsions d’une attaque d’épilepsie. Je me frappais la tête sur

fois au sérieux de ta figure, tu es|le plancher, je faisais des sauts con-

‘UX y renoncer, va !

st une folie, : ferai le fou, et je travagances imagirai pas. Pour tenir suis sûr, Ecoutez!

voyez là, je suis ce mbé, en bon canaai pas pendu deux tra surpris ma faute, uvrir, Ainsi je rismps que j’y pense, bon moyen de saueine d’être essayé.

Pnc vous préparer à n. ertes pas t’en em- Béchard, mais je dütis ton moyen.

réussis, car je cones ta tête. Mais u seras plusieurs mais ! Dans tous 1 sentiras le rire pense à la corde, re en eflet te ren-

uf heures, demain et je le serai tout °z en être sûr; et re plus fou qu’un "exemple, prenez ne trahissez pas !

ayez l’air de me moins !

is tranquille ! Une nue, je t’aiderai car franchement moyen de te sau-

natin, vers neuf ec quelques priut-à-coup un cri nber tout de mon et commençai à mouvements, tou- ’une attaque d’éippais la tête sur is des sauts con-

rer

personne ne savait qu’il {ombüt d'un 4 mal !—I1 est tombé de toutson long! | 1t-à-cc | Il a dû se faire mal! —Avezvousen- menai majestueusement de long en

À vulsifs, je me brisais la mâchoire à

» ter sur un lit, et on me laissa quelque | re . temps me débattre dans les convul- tement tranquille, comme si je repre-

fl Mn Me lee té ae

mis A la fin, je

trefis un £ rand épuifaire grincer mes dents, enfin je pro-| sement, on vit le raideur les me duisis complètement ia croyance que | bres m’abandonner, et je n’eus

j'étais tombé du haut mal. Grand de plus pressé que de me frotte: fût l’émoi de mes deux cents compa- | peu les yeux en faisant semblant de

gnons de chambre. Comme nous revenir à moi. J’avais trouvé le temps couchions tous sur le plancher, per- long, les yeux ainsi pleins d’eau sonne ne put avoir l’idée de me por- salée. | | Je restai une bonne heure parfai-

sions. Les prisonniers avaient fait |nais peu à peu mes forces, mais afin cercle autour de moi, et je les enten- de ruminer en moi-même ce que j'ai. dais deviser sur lincident.—Mais lais faire comme premier acte de folie.

Tout-à-coup, je me levai, me pro-

tendu le cri qu’il a jeté ?—J’en ai eu | large; puis, poussant un rugissement presque peur !—Pauvre garçon, c’est | affreux, je criai de toute ma force : dommage, car c’est une assez bonne |‘ Rangez-vous, voilà le gouverneur ;”

tête.—Bah! dit un autre, c’est toujours moins dommage, si le même sort que les autres l’attend. Il paraît qu’il n’est pas blanc de son affaire !

—[l faut pourtant le soigner, dit un autre. Alors, on eût l’idée de me laver la figure avec de l’eau salée.

Je ne pensai pas de suite à l’effet qu’elle produirait, et je me laissai aire, tout en me démenant un peu moins fort qu'auparavant.

Mais quand on ne fit couler l’eau salée sur le front avec un linge,—et on n’y allait pas goutte à goutte, l’eau ruisselait,—je sentis tout-à-coup comme des griffes de chat qui m’eussent labouré les deux yeux. L’eau salée faisait son eflet. Les autres continuaient toujours avec la meilleure intention du monde, j'avais les yeux en feu, et je ne pouvais témoigner que l’on me fit mal. Je pris donc le parti de rester parfaitementtranquille, afin de les faire cesser. Ils continuèrent pourtant quelque temps encore et les yeux me cuisaient atrocement.

11 me fallait bien accepter mon mal en patience sous peine de me trahir, et je résolus de m'y prendre autrement la prochaine fois.

et je partis aupas de charge, Je culbutai brutalement ceux qui ne se rangèrent pas assez vite, et j’arrivai ainsi à l’extrémité de la chapelle.

Arrivé là, je donnai de terribles coups dans la porte, puis je meretournai et recommençai ma premenade en poussant le même cri. Seulement, cette fois, comme tout le monde s’était rangé contre les murs, je dus, pour atteindre quelqu’un, aller en zig-zag, et je criais toujours : Rangez-vous” du ton le plus furieux possible. Ceux qui ne firent pas P ace avec assez d’empressement, furent culbutés sans miséricorde, Je les chargeais avec frénésie, et la surpri.

se, ou l'opinion que j'étais réellement pris de folie, les empêchant de résister autant qu’ils l’auraient pu, je ne les en culbutais que mieux. Tous les prisonniers me regardaient les yeux écarquiilés, et ne comprenaïient rien à ce qu’ils voyaient.

Je fis cinq ou six fois la longueur du corridor, attaquant indistinctement tont le monde, si bien que les prisonniers ne savaient où se fourrer, Je fis des cortorsions, des gambades, je parcourus plusieurs fois au temps

Cr]

de galop, l’appartement dans toute sa longueur en hennissant comme un poulain ; puis, je me mis à la poursuite de quelques prisonniers, et j'en saisis un que je terraiskai sous moi d’un croc-en-jambe. Poussant alors un rugissement de sauvage, je fis mine de l’étrangler. Il se mit à| crier au secours comme un diable.

La peur, cette fois, s’empara des autres prisonniers, et ils crurent vraiment que j'allais le tuer. Plusieurs s'élancèrent sur moi, et voyant six ou sept hommes me saisir, je me laissai faire, làächai mon homme, et

devoir, mais je le saisis par le milieu du corps, le soulève et le lance dans la porte. [len gémit! Si c’eût été une porte ordinaire de maison, il eût certainement passé au travers ; mais les portes de prison sont sulides, et le pauvre diable hurla un aye ! aye!

des plus sincères. J’entendis alors quelques prisonniers dire : ‘* il va le tuer, c’est sûr.” l’autre leur ordonna de l’aider à me lier; mais ils lui dirent que je venais d’être attaqué de folie furieuse, que j'en avais déjà écharpé plusieurs d’entre eux, que je poyvais battre dix hommes,

sans faire la moindre résistance, me |tant la folie me donnait de force ; laissai conduire jusqu’à l’autre bout qu’il fallait plutôt me calmer que de la chapelle. Voyant que je ne ré- m’irriter...... enfin, ilsfirent si bien sistais pas, ils lächèrent prise peu à | que le tourne-cief se calma en disant:

peu, et me serrèrent moins. Alors, au moment où ils y pensaient le moins, j’écartai violemment les deux bras, et cela, si brusquement et avec tant de force que j’en étendis trois par terre. La surprise les fir, comme de raison, me lâcher tous, et avant qu’ils n’eussent eu le temps de me saisir de nouveau, je fis un bond en arrière et me mis en garde. Deux voulurent me ressaisir, je les fis rouler de deux coups de poing et voyant les autres hésiter, je me jetai sur eux à corps perdu, et ils se sauvèrent à droite et à gauche. Resté maître du terrain, je fis défense à qui que ce fût de me regarder, parce que “ le gouverneur allait faire sa toilette ;” et je me reposai en marchant tranquilement, faisant semblant de croire que personne ne me regardait. Sur ces entrefaites, un des tourneclefs entre dans la chapelle. Je me précipite sur lui en criant: ‘au voleur !” l’empoigne et le fais pirouetter en tout sens. Il voulut se défendre, mais je l’envoyai rouler à dix pieds d’un coup de poing sur l’épaule. Il se relève tout abasourdi et se jette sur moi autant par colère que par

Maudit fou, j'ai cru être à ma dernière heure. On ne peut pas garder un pareil animal ici.” Je donnai alors aux prisonniers l’ordre de mettre le voleur à la porte. Comme ils hésitaient, naturellement, je leur jetai un rugissement sur la tête, et l’un d’eux dit au tourne-clef: ‘ Vous voyez bien que c’est un fou, laissezvous faire, car il va nous abimer encore.” Le tourne-clef se décida donc à se laisser pousser hors de la porte et, quand elle fut fermée, je dis aux prisonniers que je les réconipenserais généreusement pour avoir chassé ce voleur. Je me mis alors à parler tranquillement, mais en tenant des propos si ridicules que mes compagnons de captivité en avaient le fou rire.

Midi arrivant sur ces entrefaites, Béchard vint m'offrir de dîner avec lui. J’acceptai avec empressement, lui pris le bras et, lui montrant la plus grande cordialité, j’allai manger avec lui. Je me tins tranquille jusqu’à quatre heures. Alors je me donnai une nouvelle attaque d’épilepsie, et fis des contorsions terribles,

On voulut encore avoir recours à l’eau

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is par le milieu xt le lance dans 1! Si c'eût 6té e maison, il eût à travers ; mais sont sulides, et à un aye ! aye!

’entendis alors dire : ‘* il va le autre leur or- » lier; mais ils ais d’être attaque j’en avais rs d’entre eux, à dix hommes, nait de force ; e calmer que ils firent si bien alma en disant:

être à ma derpeut pas garder il.” Je donnai l’ordre de mete. Comme ils ent, je leur jetai a tête, et l’un e-clef: ‘Vous un fou, laissezous abimer ense décida donc ors de la porte née, je dis aux récorupenserais avoir chassé ce alors à parler en tenant des ue mes compa- | avaient le fou

ces entrefaites, : de dîner avec empressement, ui montrant la é, j’allai mantins tranquille . Alors je me attaque d’épirsions terribles, r recours à l’eau

À un linge bien imbibé.

À dheattlin. menée érin —craad

D (es

salée, mais je me rappelais trop la|ser. Plusieurs prisonniers me saisicuisson que j'avais ressentie le matin | rent alors les mains, mais je fermai dans les yeux, pour leur permettre | les miennes avec tant de force qu'ils de continuer ce jeu là. Aussitôt que | en poussaient des cris ; puis j’en saije vis la tasse s’approcher, je lui don- | sis d’autres par les bras et leur ennai un coup de revers de main qui | fonçais littéralement les doigts dans l’envoya sauter à vingt pieds, et je | la chair. Ceux-ci ne revenaient plus. continuai mes soubresauts et mes J’en saisis un autre avec mes deux coups de tête sur le plancher au point bras et l’amenant sur moi, le serrai

ue les assistants en frisonnaient | si fort qu’il en devint violet. Je lui din, Cinq ou six s’approchè- cassais la nuque, Deux hommes rent pour me tenir, mais je les en-| voulurent m’ouvrirent les bras, mais voyai rouler à droite et à gauche soit ils nous soulevaient tous deux de avec les bras, soit avec les piels, terre sans que mes bras s’ouvrissent, avec une force à laquelle ils ne com- Je tenais mon poignet gauche avec prenaient rien. Quelqu'un revint ma main droite et il était réellealors avec l’eau salée, mais j'étais! ment impossible de n'ouvrirla main. déterminé à n’en pas laisser tomber! L'autre n’avait presque plus la force

, une goutte sur ma figure. On n’ap- de crier. Enfin je me donnai une

procha pas la tasse cette fois, mais convulsion différente et étendis ies L’individu | bras, ce qui lui permit de se relever s’approchant de moi sans précaution, | en disant. ‘* Qu’il se tue, s’il le veut,

L je lui envoyai son linge en plein sur la figure. Îl eut de la saumure dans

les yeux, à son tour, ce qui lui fit sortir un très-énergique juron. Tout le monde se mit à rire, et je ne pus m'en empêcher moi aussi, mais je

| changeai assez vite mon rire en gri-

mace permanente pour qu’on ne s’apperçut de rien. Néanmoins comme on était resté sous l’impression que l’eau salée m’avait fait du bien, le matin, on en demanda encore, mais celui qui avait voulu me rendre ce bon office passa la tasse et le linge à un autre en disant : ‘* Allez-y, vous autres, moi j’ai fini.”

Un prisonnier vint avec précaution en se mettant à ma tête, pour m’arroser la figure. Quand il fut à bonne distance, et au moment où son linge m’arrivaitsur la figure, je luienvoyai, à titre de convulsion, mon point si

juste sur le nez, qu’il en vit vingt-

cinq chandelles, Il s’en alla saigner plus loin. Comme je me démenais toujours, on décida encore de me 1te-

nir, afin de m’empèêcher de me bles-

votre maudit fou, j’en ai assez, moi.

Il a les bras comme du fer!”

Je prolongeai mon accès au moins vingt-cinq minutes. J'étais en nage.

Je fs semblant d’être épuisé et laissai tomber mes bras rammollis sur le

lancher. Béchard vint mettre une

arde pliée sous ma tête et je passai une demie heure à écouter ce qui se disait autour de moi.

Je vis que tout le monde prenait mon haut mal et ma folie pour parfaitement véritables et que personne

n'avait le plus léger soupçon de ma ruse. La preuve la plus coucluante | pour eux était la force extraordinaire que je déployais. Personne, en pri- | son, ne me savait beaucoup plus fort | que le commun des hommes, et on | attribuait naturellement à l’épilepsie ou à la folie ce qui n’était que le ré- 'sultat de ma force musculaire.

, Je les entendais tout dire : “ Il n’y a qu’un épileptique ou un fou qui | puisse être si fort que ça.

| Je meconvainquis donc que ma ruse réussissait admirablement. Quand

j'eus écouté pendant longtemps, je me levai subitement et fis mine de tomber sur le cercle qui m’environnait, mais Béchard s’étant avancé vers moi, je pensai qu’il valait mieux laisser croire que quelqu’un,au moins, avait de l'empire sur moi, et je redevins tranquille. Je lui offris la main, lui fit de profonds saluts, lui montrai un grand respect et lui prenant le bras, me mis à me promener avec lui. A ceux qui voulaient s’approcher, je montrais les dents ou les poings, et tout le monde se tenait à une respectueuse distance. Je restai tranquille et composé jusqu’au soir.

Les jours suivants, Je continuai de tomber régulièrement du haut mal à neuf heures du matin et à quatre heures du soir; et, dans les intervalles, à commettre tous les actes de folie imaginables.

J’ouvrais les fenêtres, je secouais le tuyau, je courais dans l’appartement comme un cheval de course, je faisais des encans de terre, de maisons, et je faisais des niches aux tourne-clefs.

Le geblier enchef vint le troisième jour, sur leur rapport, voir ce que tout cela voulait dire. Je lui offris la main tranquillement, et comme il me tendit la sienne, je lui fit craquer les os et jeter un cri qui fit rire tout le monde ; puis, je pris un air hébeté qui le convainquit que je ne savais ce que je faisais. C’était un homme de six pieds, au moins, et assez fortement constitué. Je lui mis les mains sur les deux épaules, et le regardant fixement, le secouai un peu, et voyant qu’il se laissait faire, je le saisis par le milieu du corps et le soulevai à deux pieds de terre au bout de mes bras. Je vis qu’il était lui aussi, étonné de ma force. Je le reposais tranquillement à terre et lui fis un salut. Il dit alors aux autres prisonniers. ‘IL est difficile

de garder ce pauvre homme-là ici, si sa folie continue. J’en parlerai au Shérif.”” Puis il leur recommanda de bien prendre garde de m’irriter, parceque, dit-il, “il peut être terriblement dangereux avec la force qu’il montre: il m'a soulevé comme un enfant.”

Cinq jours se passèrent ainsi, et le soir du cinquième jour de ma folie, me trouvant seul avec Béchard, je lui dis tout-à-coup, en reprenant mon air de bon sens :

—Eh bien, Béchard, trouvez-vous que je sache bien faire le fou ?

Jamais je n’ai vu d’expression de surprise aussi profonde que celle exprimée par la figure de Béchard, en ce moment.

—Comment! me dit-il, en se levant tout d’une pièce, tu n’est pas fou !

—Pas plus que la semaine dernière ! mais parlez moins haut, car vous allez me trahir.

—Ah! mais franchement, voyons!

Est-il possible que tu aies vraiment ton bon sens ?

—Mais vous m’avez donc cru fou pour tout de bon !

—Eh, mon Dieu, oui! Fou à lier!

Plus fou que les fous! Jamais je n’ai rien vu de pareil !

—Comment trouvez-vous que je les fais danser?

Béchard avait toujours les yeux grands comme des piastres.

—Mais, c’est pourtant vrai, dit- | il, il a sa raison! Ah! pour ca, par | exemple, il ya plusieurs prisonniers qui t’ont souvent donné au diable.

Le geôlier m’a dit qu’il ne pouvait pas te garder. Puis, me iegardant dans les yeux : Mais tiens, c’est inutile, je ne peux pas croire que tu ne sois pas fou!

—Mais je vous avais dit que je le serais !

—Je le sais bien, mon Dieu, mais

e homme-là ici, si J'en parlerai au leur recommanda garde de m’irriter, il peut être terrix avec la force qu’il ulevé comme un

passèrent ainsi, et ème jour de ma seul avec Béchard, oup, en reprenant ns :

hard, trouvez-vous faire le fou ?

u d'expression de profonde que celle figure de Béchard,

me dit-il, en se lepièce, tu n’est pas

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avez donc cru fou !

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pourtant vrai, dit- | Ah! pour ça, par lusieurs prisonniers t donné au diable.

dit qu’il ne pouvait Puis, me iregardant fais tiens, c’est inuas croire que tu ne

s avais dit que je le

en, mon Dieu, mais !|

M comment s’imaginer qu’un homme

0 dans son bon sens puisse faire le fou "1 comme ça? Quand je t’ai vu si fou, vrai comme je m’appelle Béchard, *. jai cru que le bon Dieu t’avait puni d’une pareille pensée et t’avait réellement ôté la raison.

: la main dans le feu pour jurer de ta folie ! Quoi, vrai, là, tu n’es pas fou ?

" —ÆEh non! Tout ce que je fais, je le combine, tout ce que je dis, je . l’arrange dans ma tête! Ah! je tape À dur, hein!

4 Ga qui m’a fait croire à ta folie!

n L'idée d’abîmer le monde comme ça! C’est que tu ne ménages per- “sonne, pas plus tes amis que les “autres!

{ —Excepté vous, Béchard !

2% —Tiens! et dire que cela ne na Upas frappé! J'ai cru que comme nous étions grands amis, tu me re- © connaissais mieux que les autres, 1 voilà tout. Mais, dis-moi, comment diable fais-tu pour ne pas rire? Moi M je ne riais pas parce que ça me fai- 12 sait trop de peine de te voir comme 4 ça, mais toi, quand tu les vois te (2 regarder tout effarés, quand ils se

4} sauvent comme des moutons pour-

@ suivis par un loup?

4 —Ah, bien, c’est là ma grande (4 misère! Mais quand j'ai trop envie 4 de rire, je me demande si Je rirais 4 bien si je me voyais le bonnet blanc 4 sur la tête et la corde au cou; une 21 fois cette idée dans mon esprit, je 1h sens que je deviens enragé, et l’envie 4 de rire s’en va complètement. Comme AN Ça, vous trouvez que je fais bien le «ù fou !

1 —Ah,oui! comme si tu n'avais à jamais fait autre chose de ta vie.

4} Tu peux continuer! Ton affaire est bonne ! Si j’étais capable d’en faire autant, je donnerais toutes mes terres,

—Ah ça, dis-je ensuite à Béchard,

J'aurais mis

—Sapristie ! tu les assomme. C’est

node

prenez garde à vous, à présent que | vous le savez! Il faut que vous fassiez bien attention, car la moindre ‘chose peut me faire découvrir.

—Ah ! sois tranquille, je t’aiderai tant que Je pourrai.

Le lendemain, je vis entrer dans la chapelle le Dr. Arnoldi, père, médecin de la prison. (C'était le sixième jour de ma folie, Il m’exlamina minutieusement, me tâta le | pouls et me regarda dans les yeux ; |mais je me gardai bien de rien faire.

Cette visite me dérangeait un peu.

Je craignais qu’il ne découvrit la vérité. 1] me fit quelques questions, mais je ne répondis rien. Il quesitionna les prisonniers qui lui donnèrent le détail de mes folies. Moi je le regardais fixement et ne desserrais pas les dents. Il fit venir un ides prisonniers du nom de Lamirante, qui, étant parent de l’un des tourneclefs, avait reçu instruction de surveiller les autres prisenniers, lui dit qu’il m’enverrait une méde- |cine, et lui donna ses instructions pour me la faire prendre. Après quoi il me fit encore une question, |mais je me contentai de le regarder |fixement sans ouvrir la bouche. Le bonhomme paraissait n’y rien com- | prendre. |

Environ deux heures après, Lamirante revient avec une grande tasse contenant au moins une chopine d’un liquide presque noir. “ Tiens, mon fou,” me dit-il, “ bois ce café.”

Je pris la tasse, m’en allai à quel- |que distance, et quand je vis que je n’étais pas observé, je vidai toute la potion dans ma jambe de botte. Je |revins alors vers Lamirante en faisant semblant de boire. Arrivé à lui, je lui montre la tasse vide et la laisse tomber à ses pieds où elle se | casse en morceaux.

| “N'importe,” dit Lamirante, ‘tu ‘dois en avoir assez dans le corps |

pour te tranquilliser, mon fou! !”’%*t| Le lendemain matin, vers hui il s’en alla. | heures trois quarts arrive le vieu La visite du Docteur me fit penser docteur. [l me sembla qu’il ava sérieusement à ma position. ‘* [l va le visage encore plus long et plu me découvrir,” me disais-je en moi- | rébarbatif que de coutume. ‘ A même. ‘ Le vieux coquin m’a l’air tends, dis-je en moi-même, il v de me regarder comme s’il se doutait t’allonger encore tout à l’heure.” L de quelque chose. Il ne finit plus | bonhomme alla, comme à l’ordinaire de me tâter le pouls. S’il revient, il | fureter dans les coins, puis il vintd faut que je lui serve un plat de ma | mon côté accompagné de Lamirant façon.” Il me prit le pouls, le tint longtemp J’en parlai à Béchard. me regarda fixement, me lâcha : — Croyez-vous, lui dis-je, que le | poignet, me regarda encore dans le bonhomme puisse me deviner en me | yeux, me reprit le pouls, et demand tâtant le pouls ? à Lamirante :

—Je ne le pense pas. Il y a des! --A:t-il pris la médecine ? fous dont le pouls bat naturellement.| Oui, je la lui ai donnée mo —]l me regarde drôlement, tout même.

de même, le vieux pince-maille ! —A-t-elle eu de l’effet ? — Ab, bah ! si tu continues comme| —-Pas le moindre. tu as commencé, tu ne cours pas de! —Il est pire qu’un cheval! obse risque. {1 n’y a pas moyen de ne|va-t-il. Eh bien on lui en donne pas te croire fou. une plus forte. Je l’enverrai tantô —Je n’ai rien voulu lui faire parce! Alors le Dr. me reprit le poul que je’craignais qu’il ne s’aperÇût | serra les doigts de temps en temp de quelque chose. Après tout, un |comme pour mieux le sentir, et médecin doit connaître un peu Gà ; regarda comme s’il eût voulu li un peu mieux que vous autres tou-| dans mes yeux. jours! Mais s’il revient demain, je| Tout d’un coup, je secouai m vais le secouer comme les autres, le | bras pour lui faire lâcher mon p bonhomme. Il ne doit pas être plus | gnet, jettai mon cri sourd ordinai exemptque mes amis. Tâchez d’être | entourai le bonbomme de mes de là, et quand vous viendrez à son se-| bras, le fis sauter deux ou trois fo cours, j’arrêterai, mais pas avant !| puis me renversant tout de mon | Jusque-là je le secoue comme une sur le dos, en le serrant toujour vieille mitaine! Mince et longcomme | l’étouffer, je me mis à le secoue il est, il ne doit pas faire grand ré-| gauche, comme j’aurais pu faire d sistance ! enfant. Je lui envoyais taper C’est bon, secoue-le un peu, sans | bottes sur le plancher comme trop l’abîmer. Il a le verbe pas mal battes d’un fléau. Il ne résis haut quelquefois, le vieux. Tu te | presque pas, mais criait piteusemé rappelle, il y a une dixaine de jours, | Help! help! rurder !! For G comme Îl nous traitait de rebelles, de | sake, take me away! (Au secours d.... Canadians. — Etoufle-le pas secours! au meurtre! Pour l’an

mal! ça sera une petite punition | de Dieu, tirez-moi d'ici!) Vo

toujours, et il n’y a pas moyen de | qu’il parlait si bien, je ramenai lui en donner une autrement. | bras droit sur le cou, et serrai

— Ah bien, c’est bon, puisque vous que je pus. Le bonhomme se dites comme moi, il aura la sauce. | comme de raison, je l’étouffais !

arts arrive le vieux

sembla qu'il avait e plus long et plus de coutume. ‘ Atn moi-même, il va e tout à l’heure.” Le ,comme à l’ordinaire, | coins, puis il vint de npagné de Lamirante.

uls, le tint longtemps, xement, me lâcha ie

la médecine ? | ha lui ai donnée mot:

u de l'effet ?

oindre.

e qu’un cheval! obser: 1

bien on lui en donneri

ux.

| coup, je secouai mor ai faire lâcher mon por # non cri sourd ordinaire & onbomme de mes deu\# auter deux ou trois fois# versant tout de mon lons#f en le serrant toujours ?# , me mis à le secouer:

ime j'aurais pu faire d’ur 4 Ù is taper se de lancburi come le à pêche, et je tendais une ligne, que Ii ne résistail criait piteusement 1 œurder !\ For God'à 1e away! (Au secours ! at} 1 meurtre! Pour l’amou® irez-moi d'ici!) Voyat t si bien, je ramenai m0!

| fléau.

, mais

matin, vers huit 4

“je tenais bon. Béchard, trouvant la

garda encore dans les 4 t le pouls, et demanda 4

Je l’enverrai tantôt, Dr. me reprit le pouls. 1 gts de temps en temps, #% mieux le sentir, et me, me sil eût voulu lire &

er, 39 ee

e l’entendais geindre. Alors deux :sonniers pour acolytes, je leur donpu trois prisonniers essayèrent de me |nais #20 par mois, et avant de comesserrer les bras, mais sans succès ;!mencer la messe, je faisais le tour de la grande salle, et une lavette à unition raisonnablement longue , la main, je jettais de mon eau bénite Hint à son tour. Je fis semblant de bouillante à la figure des prisonniers. fiblir, laissai soulever mon bras Pendant la messe je faisais un serdroit, avec lequel je tenais le bon-| mon, ou des publications de bancs omme par le cou; laissant tomber de mariage ; j’avais toujours soin de Mon bras gauche de lui-même sur marier le curé de la paroisse ; cela plancher, et Béchard, prenant le faisait rire plus que tout le reste ; onhomme par le corps, le mit de- j’annonçais la fin du monde, l’Antebout. Il était rouge comme une christ, la bête à sept têtes ; je voyais erise. 11 fut une bonne demie 1ni- le jugement général ; je tuais le diaute à se remettre. Les prisonniers ble pour qu’il n’y eût plus d’enfer ; Haient dans leurs barbes. Lamirante je répondais à des députions d'anges #hisait semblant d’être au désespoir qui venaient m’en remercier de la et disait au docteur: ‘ Mon Dieu, part de la Ste. Vierge. Les prison- Jai cru qu’il allait vous étoufler !niers riaient aux éclats de mes bé-

tises.

Souvent je me querellais avec eux.

| Quelques-uns d’entre eux m’agaçaient de temps à autre. Je leur donnais quelquefois des coups affreux J'étais

Ææ ne lai plus jamais revu !! ilen|pais en conséquence le plus conscientieusement que je pouvais.

Peu de jours après la seconde (et

‘: Il me fallait inventer de nouvelles!

jreuves de folie tous les jours. Je | dernière) visite du Dr., je m’établis Me Youlais pas avoir l’air d’un de ces | comme encanteur, et me mis à venpus bêtes qui font toujours la même | dre, pour le compte de la Reine, des hose. Puisque je me donnais la| bâtiments de guerre, des armes, je inc d’être fou, je voulais qu’au faisais les criées régulièrement, et À joins ma folie fût diversifiée. | mes ventes dépassaient souvent plus + Ainsi un jour j'avais la manie de | de #100,000 par jour.

| Un autre jour j’engageais du mon- > tenais à la main une heure et plus de pour travailler sur mes chantiers. ans bouger et sans remuer. C’était| Je donnais cinquante et même cent put simplement une canne ou n’im-|piastres par jour aux journaliers.

fe

orte quoi. Un autre jour j'allais à | J'étais entrés en prison avec quelchasse, Je tuais des ours, des ques centaines de piastres. Je don-

nais donc vingt piastres à celui-ci,

@Béphants ; faisant dans mes expétrente à celui-là ; et Béchard collec-

Ve “tions un tapage d'enfer.

à Tous les matins, de bonne heure, > faisais chaufler de l’eau pour dire pa messe. Je prenais quatre pri-

sur le cou, et serrai tal , Le bonhomme se tui raison, je l’étouffais ! mai

tait avec soin tout l’argent que Je distribuais. De cette manière ma bourse ne désemplissait pas.

ses at nanns -

Ale

Décrire toutes les folies que j’in- faire tous rôtir, que ce serait plus vite ventais, serait fastidieux pour le lec-|fait an fond que de pendre deux teur. Il en est une néanmoins, qui cents hommes. .....enfin, je lui dis ft beaucsup plus de bruit que les tout ce qui rne passa par la tête. autres. Je pris un jour un plomb et} Que dire à un fou? D’ailleurs, le me mis à plomber le poële. Je n’eus geôlier, comme les gardiens, me pas plutôt appliqué la corde que j’en- craignait, ayant lui-même éprouvé trai dans une grande fureur contre ma force. Il s’en alla donc en gromles imbéciles qui avaient pu si mal melant entre ses dents et en disant olacer un poële. Il va tomber, c’est aux autres de m'empêcher de tousûr, disais-je, il est tout de travers. cher au poële. Un d’eux lui dit : J’allai donc chercher un gros quar- |‘ Ce n’est pas si facile que vous le tier de bois et le mis sous une des pensez.” Eh bien, dit-il un peu brupattes. Puis je plombai de nouveau. |talement, on lattachera ! ‘ Ah! tu C'était bien pire. Autre quartier de veux m’attacher, mon grand anibois. Le poële était plus élevé de mal,” lui dis-je d’un ton furieux, huit pouces derrière que devant. Les!“ ah bien! attends l” et en disant prisonniers voulurent intervenir. Je cela je me précipitai en hurlant de pris le tisonnier et fis le moulinet|son côté. Mais il était près de la de manière à leur ôter l’envie de se porte, et j'étais encore loin ; aussi, mêler de mes affaires, Mais le poële en deux ou trois sauts il fut dehors, n’était pas droit. Je retournai cher-|et la referma sur lui en poussant le cher une autre bûche, et je mis la verrou. Je fis un peu de tapage, troisième patte du poële dessus. La | mais je me calmai vite, les coups de quatrième ne portait sur rien. Je me | poing faisant fort peu d’effet sur une remis à piomber, et donnai un tout porte de prison. petit coup de genou au poële qui! Cet acte de folie fit beaucoup de tomba sur le côté. Il était plein de bruit, vû le danger d’incendie dont feu. Grand émoi ! On court chercher j'avais été cause. les gardiens! Ceux-ci arrivent ; la! Le surlendemain, on me fit desfamée aveuglait tout le monde, un cendre en bas pour comparaître debout de tuyau était tombé ; la suie|vant une espèce de cour d’enquête. volait partout; le plancher prenait Le procureur-général Ogden ninfeu ; il n’y avait pas moyen de tou- terrogea. Messieurs P. E. Leclère, cher au poële qui était rouge; on Delisle, et quelques officiers me jeta de l’eau sur le plancher et dans parurent siéger comme juges. On le poële qu’on laissa sur le côté jus- voulait obtenir mon témoignage conqu’à ce qu’il fût un peu refroidi. tre un nommé Frs. Ranger. J’en sa- Les gardiens étaient furieux. Le vais bien assez pour le faire pendre, geôlier voulut s’en mêler, et me dire mais avec ma folie, je me moquais quelque chose. Je lui répondis par bien du procureur-général et des des invectives abominables ; je lui juges.

dis qu’il voulait faire brûler la prison, On me posa une douzaine de queset les prisonniers avec ; que le poële |tions. Je‘répondais des bêtises sans avait été mis de travers exprès, que nom. M. Ogden insistait pour contic'était en le redressant que Je avais | nuer l’interrogatoire. M. Delisle préfait tomber ; que s’il avait été droit, |tendait que l’on ne pouvait évidemje ne l’aurais pas dérangé ; qu’il était! ment rien tirer de moi. M. Leclère payé par le gouvernemerit pour nous | aussi penchaïit de ce côté. Pour cou-

e serait plus vite

e pendre deux enfin, je lui dis a par la tête.

? D'ailleurs, le s gardiens, me i-même éprouvé la donc en groments et en disant mpêcher de toud'eux lui dit :

acile que vous le it-il un peu bruchera! “ Ah! tu on grand ani- ’un ton furieux, sl” et en disant tai en hurlant de

était près de la ore loin ; aussi, auts il fut dehors, ien poussant le

peu de tapage, vite, les coups de eu d'effet sur une

e fit beaucoup de : d'incendie dont

n,on me fit desr comparaître de- > cour d’enquête.

ral Ogden ninrs P. E. Leclère, des officiers me mme juges. On | témoignage con- Ranger. J’en sar le faire pendre, e, Je me moquais r-général et des

douzaine de quesdes bêtises sans sistait pour conti- +. M. Delisle prépouvait évidemmoi. M. Leclère e côté. Pour cou-

per court à tout, je me jette par terre avec mon cri ordinaire et Je commence à me débattre d’une manière

! effrayante. Les juges disparurent en 0 un clin d'œil.

Après dix minutes de convulsions

llje metins tranquille et on me mit

sur un grabat. Îl y avait longtemps

‘1 que je n'avais dormi sur autre \ chose que le plancher nu. Je m’en- » dormis donc et on me laissa dormir . jusqu’à quatre heures. Alors quel- : qu’un vint me réveiller. Je ne bou-

geai pas, et fis semblant de dormir.

1!) On me secoua le plus rudement que

: l’on pût mais je dormais toujours.

: Je tenais à passer au moins une nuit | sur un matelas, et je dormais splen- | didement. On me planta là de guer-

re lasse et je commençais à m’applaudir de mon stratagême, quand tout-à-eoup je me sentis cent mille

& épingles dans le nez......on m’a-

vait fait respirer une fiole de corne-

} de-cerf. Cela n’était jamais entré | dans mon programme, et il me fallut | bien éternuer.

| duisit à la chapelle, et je n’eus pas

Alors on me recon-

le plaisir de dormir cette nuit-là sur un matelas.

Une dizaine de jours après, on me ramena en bas. Cette fois, c’était

| pour m'’interroger sur moi-même et

mes actes de rébellion. Depuis le dernier interrogatoire, j’avais pu combiner mon plan de défense. Dès la première question je m’empare d’un livre, qui était à ma portée, et je me mets à écrire dedans. Je faisais les comptes des Juges pour les payer et les renvoyer. Je leur disqu’ils étaient des fainéants et des bons à rien qui volaient l’argent de la Reïne ; que j'allais l’informer de tout, et qu’en attendant, je leur donnais leur congé.

Aux questions qu’ils voulurent me poser, je leur ris au nez, leur dis que s'ils se croyaient mes juges, ils se

AT

trompaient fort, que je me moquais | —Moi fou! Ah tu dis que je suis

d’eux et de tous leurs pareils, et je leur réitérai l’ordre de s’en aller. Il fallut bien me renvover, car je ne disais pas un mot de bon sens.

Une seconde tentative d’interrogatoire n’eñût comme de raison, pas plus de succès. Au lieu de paraître comme accusé, je pris le rôle de supérieur et leur dis leurs vérités à brûle-pourpoint. Puis je tombai de mon mal.

Messieurs Delisle et Leclère com- |mencèrent alors à dire qu’il fallait renoncer à rien tirer de moi, et que j'étais trop fou pour me garder dans la prison. Il me prenaient, de bonne foi, en pitié. Je les entendis un jour dire que ma folie ne pouvait qu’augmenter en prison, pendant que, dans ma famiile, et avec quelques bons soins, je courais encore chance de guérir. | Je résolus de profiter de ces bon- Ines dispositions pour faire de mon pire afin de mieux les convaincre que la prison ne ferait qu’aggraver mon état. J’assommais mes compagnons, je brisais les vitres, je com- | mettais les plus prodigieuses extravagances, je refusais de manger, mais je volais du pain et je mangeais en cachette.

Un jour je profitai d’un moment où le poële était rouge pour le plomber encore et je commençai à mettre des quartiers de bois sous 1::

| pattes. Au deuxième que je mis, | deux gardiens qui se trouvaient dans la chapelle, vinrent les ôter, et remirent le poële apiomb.

—Ah! leur dis-je, voyez comme il est droit, à présent ? Si vous aviez toujours eu le bon sens de le placer comme Ga, vous ne m’auriez pas donné tant de peine !

—Tais-toi donc, fou, me dit l’un d’eux, est-ce qu’il n’a pas toujours | été comme ça.

fou! Eh bien, attends, je vais te mon-|sant qu’il allait me faire attacher. trer, moi, ce que c’est qu'un fou! au lieu de me fàcher, je pris ses

Et je le pris par le milieu du corps | cordes, les enroulai autour de mes et le poussai, ou plutôt le lançai si poignets et les lui tendis comme }# violemment sur son confrère qu’ils pour faire faire le nœud. Cela le M culbutèrent tous les deux.

On peut | désarma, et il déroula lui-même les he

penser qu’ils furent vite sur leurs pieds. Ils étaient furieux et se jetèrent sur moi. Mais un coup de

poing appliqué entre les deux yeux

en envoya rouler un par terre, et je pris l’autre à la gorge comme pour létrangler. Béchard vint à son secours et du moment qu’il m’eût parlé, je redevins tranquille. L’empire que Béchard avait sur moi surprenait toujours les autres prisonniers. C’était le seul homme de la prison qui pût me pacifier. Tous les autres

cordes en disant : “Il faut absolument que ce pauvre homme-là sorte d'ici.” Le lendemain, messieurs Delisle « et Leclère vinrent à la prison et m’examinèrent. Ils repartirent plus « convaincus que jamais que j'étais 4 totalement privé de raison et qu’il !

n’y avait rien à espérer de moi. À Deux jours plus tard, un samedi, !

Je vis venir à moi un prêtre, conduit … | par un des gardiens.

—Tenez, monsieur, lui dit-il, voilà

avaient beau faire, je n’en devenais, le fou, le plus fou que vous ayez ja- ” comme de raison, que plus intraita-| mais vu, j’en suis sûr. Ne le cho- à ble ; mais au premier mot de Bé- quez pas, parceque, fou comme il ! chard, je m’adoucissais de suite. | l’est, votre habit ne larrêtera pas

Bécbard fit honte aux gardiens de beacoup. Je lui ai déjà passé par s’emporter ainsi contre un pauvre les pattes, et il n’est pas commode. | Cette visite me parut suspecte. Je |crus qu’on me tendait un piège et

fou et ils s’en allèrent assez mécon- | tents de moi. .

Quelques jours après un des gar-|qu’on ne m’envoyait un prêtre que diens dit à Béchard qu’il était sérieu- pour voir comment je me conduirais sement question de me renvoyer par-| avec lui. Il m’adressa quelques mots À ce que l’on me trouvait dangereux. amicalement et je conversai avec lui # Le geôlier insistait beaucoup parce quelque temps en ayant soin de glis- 4

qu’ilcraignait tous les jours, disait-il, !

de trouver quelqu’un de mort avec.

ce maudit fou là, qui était fort comme | deux chevaux et non comme un homme. | velle. Cela comme de raison, mel fit faire un branle bas général, et!

dans l’après-midi, je recommençai la

ser ça et là, dans la conversation, À quelque grosse niaïiserie qui pât le À dérouter. Puis je pris une chaise à pour m’asseoir, le pris sans façon !

sur mesgenoux et le fit sautercomme | Béchard me fit part de cette nou- j'aurais fait d’un enfant. Je lui par- |

lai ensuite pendant longtemps, et ne | lui dis que des folies si ébouriffantes | qu’il repartit convaincu, lui aussi, |

manœuvre des quartiers de bois sous que ma pauvre tête était complète- | les pattes du poële. Mais on avertit ment et à jamais détraquée. | les gardiens à temps et ils restèrent, M. Lecière et M. Delisle s’étaient | près dun poële jusqu'à ce que l’idée néanmoins si activement employés de le plomber leur parût sortie de ma auprès du Gouverneur qu’ils en tête. avaient obtenu l’ordre de me relà-

Cette fois, le geôlier était furieux cher. Ils vinrent m’apprendre que je et monta avec des cordes en me di- pouvais m’en aller. Je me dis en

me faire attacher.

messieurs Delisle nt à la prison et Hs repartirent plus Jamais que j'étais de raison et qu’il

spérer de moi.

s tard, un samedi, !

un prêtre, conduit ens.

ieur, lui dit-il, voilà que vous ayez jais sûr. Ne le choue, fou comme il ne larrêtera pas ai déjà passé par l'est pas commode.

> parut suspecte. Je ndait un piège et

oyait un prêtre que À nt je me conduirais À ressa quelques mots À

e conversai avec lui

ayant soin de glis- À ns la conversation, K iaiserie qui pât le À je pris une chaise À le pris sans façon t le fit sauter comme !

enfant. Je lui parnt longtemps, et ne !| lies si ébouriffantes

avaincu, lui aussi,

ête était complète- ê

détraquée.

M. Delisle s'étaient |

tivement employés iverneur qu'ils en ordre de me relâm’apprendre que je ler. Je me dis en

àcher, je pris ses lai autour de mes lui téendis comme | e nœud. Cela le roula lui-même les * : (Il faut absolure homme-là sorte

moi-même : ‘* Si je pars de suite, ils

# vont soupconner quelque chose, fai-

sons attention un peu.”

Je leur dis donc que je n’entendais

» pas sortir du tout, parce que la Reine ‘serait mécontente si je laissais ainsi son service sans qu’elle fût prévenue.

Ces messieurs m’affirmèrent que

et qu’ils répondaient de tout.

Je refusai net.

Alors on me fit descendre et on

essaya de me pousser dehors. Il ÆMipouvait être alors neuf heures du matin.

hommes, mais tout fut inutile et je résistais en désespéré.

On mit trois, quatre et cinq

Je m’accrochais à tout, et une fois ma main sur quelque chose, on ne pouvait me faire bouger d’une ligne. On fit venir plusieurs soldats du corps de garde, mais sans plus de succès. Je leur glissais dans les doigts en quelque sorte, et après plusieurs tentatives inutiles on décida de détourner mon attention pendant une heure ou deux.

Je laissai faire, me promenai dans

| l'intérieur de la prison, et au bout

d’un certain temps on me ramena près de la porte en me demandant d’aller faire une promenade dehors.

: Je refusai encore en disant que je ne

voulais pas abandonner le service de

} la Reine. Tout-à-coup cinq hommes

me saisirent, et me poussèrent jus-

} que dans l’encadement de la porte.

Mais arrivé là, je mis mes deux mains sur les montants et les repoussai vigoureussment à l’intérieur.

—Quel diable d’homme dit le geôlier !

On essaya encore, mais je fis mine de devenir furieux et cela fit suspendre les tentatives.

Les sages commençaient à être plus en peine que le fou.

Il était déjà tard dans l'après-midi que j'étais encore en prison. On imagina plusieurs moyens de me ‘sur-

rendre, mais je les déjouai tous. A fa fin, vers quatre heures de l’après- | midi, quelqu’un s’avisa de me mon- |trer une bouteille d’eau-de-vie,en me | promettant un coup si je voulais sor- | tir. Je sortis immédiatement, et j’eus jun coup. Mais j'étais encore dans

la cour, et quand on voulut me con-

je pouvais m’en aller en toute sûreté duire du côté de la porte, je résistai.

| Alors quelqu’un se mit en dehors de ‘la porte de la cour et me montra la bouteille. Je cessai encore de résister et sortis de la cour. On referma la porte immédiatement. Je m’élan- Gal dessus, mais on me dit par le guichet: ‘“ Ah tu peux t’en aller, on en a eu assez de toi.”

Je me trouvai donc dans la rue Ste. Marie, libre et ayant mon pardon dans ma poche. M. Delisle y javait attaché le matin, avec une épingle. Fl me semblait que le cœur [allait nvéclater de plaisir. Néanmoins on me regardait par le guichet, etil ne fallait pas me trahir.

Quoiqu’on fût encore en mars, j’ôtai mes bottes et, nu-pieds, pris la direction de la ville, portant mes boîtes et mon paquet sur mon dos. On peut penser, si l’action d’ôter mes bottes | pour marcher sur la neige, fit l’effet d’un de mes plus grands actes de folie.

|: J’allai droit à l’ancien ma:ché de ia place Jacques-Cartier, et m’établis | à l’hôtel Giraldi.

| Je contrefaisais le fou comme en prison. Je demandai de la boisson ‘et me mis à traiter tout le monde.

| Quand, au bout de quelques heures, j'en eus eu au montant d’environ dix chelins sans payer, on me dit que si je voulais en avoir davantage je devais payer ce que j'avais déjà eu.

Je répondis rien, mais je pris un cigare sur le comptoir et prenant dans ma poche un billet de #10 je le pliai, le présentai au gaz et allumai | mon cigare avec. Puis, jettant né-

PE er

gligemment le billet sur le comptoir, je sortis dans la cour, mais me tins près d’une fenêtre afin de voir ce qui se passerait.

Le commis, voyant un papier qui avait la couleur d’un billet de banque, le déplia et vit un billet de dix piastres. Il n’était presque pas brûlé.

I le montra à plusieurs personnes, contant l’affaire et s’informant qui J’‘tais. Personne ne me connaissait, ni ne savait encore d’où je venais.

un certain temps, je fis un mouve- | ment qui indiqua que je portais un | papier dans la poche de mon gilet. & | On s'en empara avec empressement, M | mais ce papier se trouva être le pardon du Gouverneür que M. Delisle javait eu soin d’attacher avec une épingle à mon gilet. "

Force fut donc au capitaine Mc- | Ginnis de me relâcher, et je reprisle M ‘chemin de Ja maison de mon père, # I'était minuit quand j’y arrivaienfin.

Seulement on s’apercevait que j'étais, On peut croire que j'y frappai avec 4 fou, et le fait d'allumer mon cigare empressement. J’entendis presque # avec un dix piastres le démontrait | aussitôt la voix de mon père dernan- | suffisamment. | der :

Sur ces entrefaites je rentrai; (il, —Qui est là ? pouvait être alors onze heures du, —C’est moi. soir,) et voyant beaucoup de monde! —Qui, vous ?

dans l'hôtel, j’ordonnai un souper pour trente personnes.

Cet ordre surprit un peu, mais je le répétai d’un air qui fit rentre les observations. On servit done une

table de trente couveits et j'invitai

indistinctement tout le monde. Beaucoup de personnes trouvaient que je

parlais très-sensément, et ne pou-

vaient s’expliquer comment j'étais en même temps si fou dans mes ac-

tes et si raisonnable dans mes paro-

les. Nous causâmes gaiement en

Soupant, puis tout le monde alla se

coucher. Je payai la dépense et en His autant. Le lendemain matin, vers dix heures, après un copieux déjeu-

ner, je partis pour Laprairie, où je!

dinai. Je repris ensuite, à pied, par la ligne du chemin de fer, la route de St. Jean, Mais à peine avais-je fait 4 où 5 milles, je rencontrai, à la tête

| —Félix!

: —Félix!Ilest en prison!

| —C'est moi, père, je suis sorti »

‘hier !

| La porte s’ouvrit enfin, mais mon | père l’ouvrait pour voir à qui il parlait et non pour ouvrir à son fiis.

Je me précipitai sur lui et l’étreignis dans mes bras, en disant :

|. —Je vous avais bien dit que je re- | viendrais !

—Comment ! c’est toi! Mais com- |ment cela se fait-il ?

On est venu me dire que tu étais à condamné à mort ! \ |. —Ah bien !'ils n’ont pas pu seule- |ment me faire mon procès ! L — Allons! puisque c’est bien toi, k |je vais commencer par appeler tout |le monde ; et mon père dit, en éle- N | vant la voix : ‘* Allons, vous autres, \ |c*est Félix qui nous arrive, venez le |

d’un piquet de volontaires, le capi- | voir.” En un clin-d’œil tout le monde ! taine Richard MeGinnis, qui me con- fut sur pied et la famille n’en pou- | naissail, et qui crut assez naturelle- vait croire ses yeux. Les questions | ment que j'étais un déserteur de la pleuvaient.—Comment es-tu sorti? | prison commune. Il me fit donc re- —Depuis quand ?—Pourquoi arribrousser chemin et me ramena à La- | ves-tu si tard ?—As-tu faim ? | prairie. Je me donnai bien garde, —Ah pour cela oui, c’est juste- |

de paraître guéri de ma folie. Après | ment là mon mal!

je fis un mouve. |

que je portais un che de mon gilet, vec empressement,

ür que M. Delisle attacher avec une et,

Acher, et je repris le aison de mon père, and jy arrivaienfin.

J’entendis presque e mon père dernan-

en prison !

père, je suis sorti

rit enfin, mais mon ur voir à qui il parouvrir à son fils.

ai sur lui et l’étreiras, en disant :

is bien dit que je re-

U 1! 1 « S,. . = . A esttoi* Mais com- Se; je fou pendant si longtemps sans| Je repris peu à peu mon genre de

: . … Mie faire découvrir ? vie hahituel, guéri d’idées révolue dire que tu étais , |

-il ?

on procès !

sque c’est bien toi, er par appeler tout

n père dit, en éle- \lons, vous autres, us arrive, venez le -d’œil tout le monde à famille n’en pouux. Les questions

nment es-tu sorti? | L?—Pourquoi arri- À

As-tu faim ?

la oui, c’est juste- %

trouva être le pe

au capitaine Mec-:

que j'y frappai avec !

n’ont pas pu seule-

— Allons, dit mon père, on va d’a-| La sauce donnée au vieux docteur bord commencer par le petit coup, Arnoldi, l’ingénieux moyen que je et puis les femmes vont mettre le | prenais pour rétablir la perpendicu. ouvert. arité du poële, mes ventes à l’encan, —Ah! vous aviez su que j'aie nes refus de partir, ma résistance tre pendu, dis-je à mon père. obstinée, mon cmpressement à sui- —Oui, pas plus tard q”‘ 4iman- | vre un homme qui me montrait une ernier ; et je me suis bien reproché | bouteille pour me décider, tout cela e t'avoir écouté. fut dit et redit plusieurs fois et on ne —Vouns ne pensiez donc plus à!se lassait pas de m’entendre répéter on moyen ? dix fois la même chose. On me re- —Bah! je me suistoujours dit que gardait vraiment comme un échappé était une folie qui était passée dans | de la potence, car les faiseurs de nona tête, ou que tu m’avais dit cela | velles avaient répandu celle de ma pour m'empêcher de regretter autant | prochaine exécution. e t’avoir laissé aller te livrer. Eh] Il va sans dire que la conversation ien ! tu peux le dire maintenant, de | se prolongea fort avant dans la nuit quel moyen parlais-tu ! et l'Est s’illuminait déjà faiblement —Mon père, pas plus de dix jours | quand nous mîmes fin au babil. près être entré en prison, j’ai faitle| La nouvelle de mon retour et de ou ; j’ai fait semblant de tomber du | sa vraie cause se répandit en quelaut mal; je tombais deux fois par |ques heures dans la paroisse et les our, et j’ai si bien fait le fou que environs. J'avais beaucoup d’amis. out le monde s’y est trompé, et que | Pendant plusieurs jours la maison ai fini par avoir mon pardon, le ne désemplit pas de curieux qui oilà ; et je lui tendis le papier. ‘| voulaient apprendre de ma propre —Quoi! c’est comme fou qu’ils | bouche les détails de ma folie, et il ont relâché ? me fallut répéter à satiété, au moins —Pour cette seule raison. J'étais! pour moi, tout ce que javais fait, plus fou qu’un fou! dit et pensé pendant mon emprison- L —Mais, est-il possible que tu aies nement.

—Comme vous voyez. Si je n’a-|tionnaires et ne me sentant plus la Mais pas fait le fou, il y a longtemps | moindre disposition à recommencer. que j'aurais été pendu! J'étais un Je m'étais convaincu qu’en polides plus compromis ! tique comme ailleurs, les moyens } —Eh bien, remercions-en le bon |légaux, quoique plus longs, sont les Dieu, dit mon père, et se mettant à plus sûrs et qu’à moins de cas toutgenoux, toute la famille l’imita et|à-fait exceptionnels, le proverbe : nous récitâmes tous une prière d’ac- |‘ Plus fait douceur que violence tions de grâces. reste toujours vrai. | Je me mis alors à table et il me! Environ un mois après ma sortie all réciter de fil en aiguille toutes| de prison, je retournai à Montréal mes folies de la prison. Tous les! pour quelques affaires. J’y rencon- [cœurs se trouvaient disposés à la|trai M. Delisle dans la rue. Il me gaieté, comme on peut le croire, et |reconnut de suite et vint à moi. Je je les fis rire aux larmes par le récitine me sentis pas trop à mon aise, circonstancié de mes actes de folie. |car je ne pouvais plus arguer de

folie, et ma ruse était alors connue | avait plus de ruse possible, et il était de tout le monde. Il me dit seule- bien clair que je ne m’en tirerais pas ment quelques mots, et me pria de cette fois! Je regrettais de ne pas passer chez lui entre cinq et six avoir fait le fou pendant deux ou heures du soir. trois mois de plus ! Je me reprochais M Il n’y avait certes rien dans son |de m’être tellement hâté de livrer au W ton, qui indiquât la moindre inten-| public le secret et le résultat de ma We tion hostile, mais cette demande ine |ruse. Je me trouvais compromis sans | causa comme un éblouissement. | possibilité de me défendre. Pourquoi cette invitation de passer) D’un autre côté, quelque chose M chez lui ? Que pouvait-il me vouloir ? | me disait que puisqu'on m'avait déjà M M. Delisle était précisément l’homme ! montré de la pitié on m’en montreui pouvait avoir été chargé de me |rait peut-être encore. Pour sauver sa M faire subir un examen pour constater | tête, une ruse qui n’a rien d’immo- 4 mon état mental et voir si ce n’était | ral n’est pas un crime. Le tour avait ! pas une ruse qui m'avait valu ma/été bien joué, après tout, et il était # décharge! M'avait-on desservi au- de bonne guerre. J’vais trompé même près de lui ou des autorités ? Voulait-|l’œil exercé d’un médecin. On ne W on prendre une revanche de ce que | pouvait raisonnablement pas se ven- # l’on avait été complètement Te ger d’avoir été pris pour dupe. Il me M par moi? Fou, on devait naturelle- | semblait que ce serait là une action # ment me relâcher; mais une fois le | honteuse! Me remettre sous les ver- M fait acquis que ma folie n’avait été | roux, après m’avoir donné mon par- # qu’une ruse, ne pouvait-on pas reve- | don, ne serait plus une punition mais nir sur le passé et me remettre en|une odieuse barbarie ! jugement? On n'avait pu faire le] Ainsi assiégé de craintes, et voy- ! procès d’un fou, mais ma raison ne | ant un peu sombre dans l’avenir, je @& m'ayant jamais quitté, aucune de | me rendis, vers cinq heures et demie mes fautes ne se trouvait effacée, et | du soir chez M. Delisle. J'étais fort le faux prétexte sous lequel j’étais mal à mon aise et je me sentais sorti de prison ne faisait, au fond, | comme étranglé. que les aggraver. : M. Delisle était à table avec quin- | La vérité était que je m'étais mo-|ze ou dix-huit de ses amis. On me | qué des autorités, et que, disposées | fit entrer de suite dans la salle à comme elles l’étaient, elles pouvaient | dîner. M. Delisle vint me donner la # peut être songer à faire un exemple. main cordialement et me fit asseoir | On m’avait donné mon pardon par |à table, pitié, mais si J’on avait su la vérité,| J’étais confondu, et de voir tout ce | j'aurais eu toute autre chose. A |monde, et de l’éclat des lumières, et À présent, la vérité était connue ; nous d’un luxe de table inaccoutumé pour nous étions un peu moqués à St. | moi, et surtout de me trouver avec des Jean, des officiels que j’avais si bien | figures que mes souvenirs de prison dupés ; il me paraissait donc très me faisaient entrevoir comme ne sipossible que toute l’affaire finît par | gnifiant rien de bon pour moi, On se résumer dans le proverbe ‘“ rira me versa un verre de vin, quelques bien qui rira le dernier”; et cela ne minutes après un second, tout en ! m’accommodait guères ! | parlant de choses indifférentes, Si c'était pour me renvoyeren pri- “ Tiens,” me dis-je en moi-même, son que lon me demandait, il n’y‘ ils veulent me griser pour me faire

possible, et il était e m'en tirerais pas grettais de ne pas pendant deux ou s ! Je me reprochais M nt hâté de livrer au W tle résultat de ma ais compromis sans défendre. | té, quelque chose M squ’on m'avait déjà * é on m'en montre.

ore. Pour sauver sa hi n’a rien d’immo- # rime. Le tour avait À près tout, et il était À ’vais trompé même à médecin. On ne M b'ement pas se ven- A is pour dupe, Il me M serait là une action !

mettre sous les ver- M oir donné mon par- # s une punition mais | parie !

e craintes, et voy- !

re dans l’avenir, je | inq heures et demie Delisle. J'étais fort : et je me sentais

parler! Prenons garde !” La conver-| père avec votre famille et vos amis, sation générale continuait, et l’un de | Tout ce que vous direz ici est sacré, es voisins me demanda de prendre] Ces bonnes paroles firent dispan verre de via avec ‘ui. Il m’emplit |raître mon étranglement en un clinon verre, mais, après l’avoir salué, | d'œil, et je répondis $ | e le touchai seulement des lèvres,| —Ah bien, si c’est comme Ga, je uis je regardai ce Monsieur pour |ne demande pas mieux que de A Qui faire comprendre que j'étais sur|ler. Franchement je n’étais pes ê Mmes gardes et ne me laisserais pas | mon aise. A présent Ça ne me coûte griser. | {plus | | .

Un quart d’heure après j'eusse pris| Et je racontai de fil en aiguille a place à table, M. Delisle, s’a-|toutes mes folies de la prison, et touressant à moi, me dit en souriant : |tes mes combinaisons pour donner —Eh bien, Poutré, vous avez mon- le SL sur mon A rc ré bien de l'esprit, pour un fou, il| Jeles amusai pes ee aut maintenant nous conter cela. | heures et je n’eus plus ee :P J'ai réuni ces Messieurs exprès pour |dre du vin, que certes, se pape Le entendre ces détails de votre propre ler, car je L “ lié pas souven bouche. comme celui-la :

Je croyais toujours à une feinte, et| La soirée se passa très es étais non Ron As embarrassé, | et une fois débarrassé de mon inqui à ais j’en avais l’air. M. Delisle s’en LP Rte ma grande part du plai- ; + ai . sir général. nn

Peru sé sens nez rien! Jenel Il était près de minuit quand nous A QU Ae CR tr chez |S0rtîmes.

vous ai pas demandé de venir chez

Emoi pour vous examiner, mais con-| Le lendemain, je retournai chez idées vous ici comme un de mes|mon père auquel je racontai l’invita-

4 : tion ainsi que mes inquiétudes et e ne ci 2 set Le Net er joué |mon plaisir de la soirée. Cela nous Le PR 4 "AT il n°v a qu’une | fournit encore matière à conversasad os L ÿ (tion pendant quelques jours, puis je LOIS AR et nous v. Mantes repris mon genre de vie d’autrefois ardons pas rancune. Vous avez À “ Jim À 3 c’est une chose finie, |°t Me remis à la culture, A mit ainsi Le craignez rien et contez-nous | ser de suivre activement la poli- PA tique.

toute votre affaire, sans plus de!" crainte que si vous étiez chez votre

it à table avec quin- | ses amis, On me | te dans la salle à | vint me donner la M nt et me fit asseoir |

u, et de voir tout ce À lat des lumières, et & > inaccoutumé pour me trouver avec des | ouvenirs de prison voir comme ne sibon pour moi, On e de vin, quelques n second, tout en !

indifférentes,

is-je en moi-même, zriser pour me faire

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