CHAPITRE H
THÉOSOPHIE ET CHRISTIANISME
Beaucoup de personnes qui se sentent attirées vers la théosophie, et dont riatérôtest éveillé par son caractère rationnel corarne par la façon dont elle explique des choses inexplicables autrement, hésitent cependant à Tétudier plus profondéraent, de peur de la trouver en contradiction avec la croyance dans laquelle elles ont été élevées, et qu'elle ne les éloigne de leur religion.
On ne voit pas clairement, si une religion est vraie, comment l’étude d'uue autre forme de vérité pourrait éloigner d’elle; mais quoique cette crainte soit illogique, elle existe, il est impossible d’en douter. Elle est pourtant sans aucun fondement, car la théosopbie n’attaque aucune forme de religion et ne s’oppose à aucune ; au contraire, elle les explique et les concilie toutes. Elle déclare que toutes les religions sont des tentatives d’expression des mêmes vérités fondamentales, différant dans
8 ÉCHAPPÉES SUR l’occultisme
la forme extérieure et dans les termes, puisqu’elles furent données par des Instructeurs différents, à des périodes différentes de l’histoire du monde, et à des races d’hommes profondément différentes. Mais elles s’accordent toujours sur les points essentiels et donnent des instructions identiques sur tous les sujets de quelque importance.
Nous affirmons eu théosophie que cette vérité qui fait le fond de toutes les croyances, est elle-même à la portée de 1 homme ; c’est à cette vérité que nous donnons le nom de Théosophie ou de Sagesse Divine, et c’est elle que nous essayons d’étudier.
Telle est donc l’attitude de la théosophie à l’égard de toutes les religions ; elle ne les contredit pas mais les explique. Tout ce qu’elles ont d’irrationnel ou de visiblement faux, la théosophie le rejette, comme abaissant la Divinité, et par suite indigne d’elle. Tout ce qu’elles ont de rationnel, elle le reprend et le fait ressortir, les coinbinant ainsi en un tout harmonieux. Nul ne doit craindre que nous attaquions sa religion ; au contraire il se peùt que nous l’aidions à la comprendre mieux qu’auparavant. Il n’y arien dans la théosophie qui soit, de quelque manière que ce soit, opposé au véritable christianisme primitif, bien qu’il ne soit peut-être pas toujours possible de la concilier avec les interprétations que fournit, de celte vérité, la théologie dogmatique moderne : ce qui est tout à fait différent.
La plupart des gens ne font jamais intervenir la raison dans leurs croyances religieuses; ils espèrent vaguement que tout cela s arrange d’une façon ou d’une autre, bien plus, nombre de fidèles pensent qu’il est mal de discuter un point quelconque du dogme, car ils
THÉOSOPHIE ET CEXRISTIANÎSME 9
croient que ces choses dépassent rentendement humain. Quand les gens commencent réellement à réfléchir, invariablement ils commencent à douter, parce que la théologie moderne ne présente pas ses doctrines d’une façon logique, et ils s’aperçoivent alors bien vite que beaucoup de points sont irrationnels et incompréhensibles. Après quoi, sentant trop souvent que la base de leur foi est ébranlée, ils se mettent à douter de tout.
A ces âmes qui cherchent ainsi la lumière, je recommande 1 étude de la Ihéosophie, car je suis convaincu qu elle les sauvera des sombres abîmes du matérialisme, en leur présentant la vérité sous un jour nouveau, en 6ur tendant ce qu il y avait de plus sublime dans leur foi, et cela sur la base nouvelle et plus sûre de la raison et du sens commun.
Atin de vous montrer clairement qu’il n’y a, en réalité aucune opposition entre le christianisme et la théosophie, laissez-moi vous exposer les principes fondamentaux de cette dernière. Pour que vous ne supposiez pas que je les enveloppe pour l’occasion d’un vêtement cluéüen inaccoutumé, je les emprunterai à un petit ouvrage que j’ai récemment écrit pour ceux qui débutent dans cette étude. Dans mon livre : Une esquisse de U Ihéosophie, je présente trois grandes vérités fondamentales, les quelques corollaires qui s’ensuivent, et, finalement, les résultats qui découlent des croyances théosophiques.
Les trois grandes vérités
Ces trois grandes vérités sont :
Dieu existe et II est bon.
ÉCHAPPÉES SUR l’OCCOLTISME
2^* L’homme est immortel et devant lui s’étend un avenir dont la gloire et la splendeur n’ont pas de limites.
3"* Une loi divine de justice absolue gouverne le monde, de sorte que tout homme est réellement pour lui-méme son Juge, le dispensateur de sa gloire ou de son obscurité, l’arbitre de sa propre vie, sa récompense, son châtiment.
A chacune de ces grandes vérités s’en rattachent quelques autres qui leur sont subordonnées et qui les expliquent. De la première il résulte que :
En dépit de toutes les apparences, les choses tendent au bien d’une façon détinie et intelligente;.toutes les circonstances, quelque défavorables qu'elles puissent sembler, sont en réalité exactement ce dont nous avons besoin; tout ce qui nous entoure tend, si nous le comprenons bien, non à nous faire obstacle mais à nous aider,
2® Puisque toutes choses tendent ainsi à être utiles à Phomme, c'est manifestement son devoir d’essayer d’en comprendre le plan.
3® Quand il l’a compris, c’est aussi son devoir de travailler intelligemment à l'exécution de ce plan.
De la deuxième vérité il résulte que :
1® L’homme véritable est une âme dont le corps est la propriété.
2® Il lui faut donc considérer toutes choses du point de vue de Pâme, et dans tous les cas où une lutte extérieure se produit, il lui faut réaliser son identité avec ce qu’il y a de plus élevé et non avec ce qu’il y a de plus bas.
3® Ce que Phomme appelle communément sa vie
TllÉOSOPflIE ET CHRISTIANISME Ü
n’est qu’un jour de sa vie véritable et plus étendue.
La mort est une chose de bien moins d’importance qu’on ne le croit généralement,puisqu’elie n'est nullement la ün de la vie, mais simplement le passage d’une période de vie à une autre.
5° L’homme a derrière lui une évolution immense, dont l’élude est des plus intéressantes, des plus fascinantes, et des plus instructives.
b® Il a aussi devant lui une évolution splendide, dont l’étude est encore plus fascinante et plus inslriictive.
7® Toute âme humaine atteindra certainement ie but, si loin qu’elle paraisse s’être écartée de la voie de l’évolution .
De la troisième grande vérité il résulte que:
1" Chaque pensée, chaque parole, chaque action produit un résultat défini; non une récompense ou un châtiment imposé du dehors, mais un résultat inhérent à l’action elle-même, qui présente avec elle le rapport de l’effet à la cause, l’un et Tautre étant les deux parties inséparables d'un seul tout.
2 ^ Il est à la fois du devoir et de l’intérêt de Thomme d’étudier altenlivement la loi divine, de façon à pouvoir s'y adapter et à l’iililiser comme nous utilisons d’autres grandes lois de la nature.
3^ Il est nécessaire que l’homme atleigne la parfaite maîtrise de lui-même, de façon qu’il puisse intelligemment orienter sa vie en accord avec la loi.
Ce n’est pas là un credo théosophique que je formule, car ces principes ne sont pas proposés comme articles de foi, mais sont présentés comme des faits précis que beaucoup d’entre nous ont reconnus tels, grâce à des recherches personnelles, et que peuvent
ÉCHAPPÉES SUR l‘OCCULTISME
vérifier tous ceux qui consentent à prendre la peine de se préparer à ces études.
Nous ne vous demandons d’accepter que ce que nous savons être vrai. De temps en temps nous abordons, il est vrai, des sujets trop élevés pour que nous autres étudiants puissions en avoir la connaissance directe. Dans ce cas ce que nous disons est présenté sur l’autorité d’étudiants plus avancés, qui en savent beaucoup plus que nous. Mais quand il en est ainsi, nous le disons toujours nettement, en maintenant clairement la distinction entre ce que nous savons nous-mêmes, et ce que nous croyons seulement sur la foi des meilleures autorités. Nous ne faisons que vous présenter le système pour que vous l’examiniez. S’il vous paraît raisonnable, acceptez-le et examinez-Ie soigneusement. Étudiez-le, suivez les règles de vie qu’il recommande. C’est une vie très élevée dont Tessai n’entraînera pour vous aucun mal.
Y a-t^il des coniradiclions ?
Tels sont les principes de la théosophie. Contredisent-ils en quoi que ce soit ceux du christianisme'? ^ J’ose dire qu’il n’y a en eux rien qui soit le moins du monde en opposition avec le véritable christianisme primitif bien compris, quoiqu’il y ait quelques affirmations qui ne sauraient être mises d’accord avec les erreurs de la théologie populaire moderne. Laissez-moi essayer de vous le montrer.
Les principaux points de notre système que l’orthodoxie moderne trouverait contestables, sont les doctrines de la réincarnation et du karma qui y sont implici-
TKÉOSOPHIE ET CHRISTIANTSMK
t6ni6n.tcoQt6nii6s.L6 tovnic kurnia. signifie la loi divine de justice étemelle, d’après laquelle tout homme doit inévitablement supporter les conséquences de ses proprès faules, personne d’autre ne pouvant en aucun cas lui enlever sa responsabilité.
La théologie moderne attache beaucoup d’importance aux textes. A la vérité, elle me semble reposer presque entièrement sur un ou deux textes. Elle prend ces textes, leur donne une interprétation particulière, souvent en opposition absolue avec le sens évident d’autres textes de la même bible. Il est évident qu’il y a des contradictions dans la bible, comme il doit nécessairement y en avoir dans un livre de cette importance, écrit à des périodes si différentes de l’histoire du monde, et par des gens de connaissances et de civilisations si variées.
Il est impossible que toutes les affirmations qu’il renferme soient littéralement vraies, mais nous pouvons essayer de lire à travers elles, et de trouver ce que le premier instructeur a réellement enseigné à ses disciples. Puisqu’il y a beaucoup, de contradictions et beaucoup d’interprétations, c’est le devoir de tout chrétien sérieux de peser avec soin les différentes versions de sa religion et consultant sa raison et son bon sens de décider laquelle lui paraît la meilleure. Tout chrétien en somme fait ce choix, et décide s’il sera catholique romain, membre de l’Eglise anglicane, méthodiste ou salutiste, quoique chacune de ses sectes prétende posséder le véritable christianisme « non altéré », et justifie ses prétentions en citant des textes. Comment donc l’homme du monde décide-t-il entre toutes ces prétentions rivales? Ou bien il accepte aveuglément la foi de nos pères et ne l’examine pas du tout, ou bien il
l’examine et se décide ensuite selon son propre jugement. Dans ce dernier cas, il serait absurde et illogique à lui de se refuser à examiner tous les textes, au lieu de baser sa croyance sur un ou deux. S41 examine impartialement tous les textes, il en trouvera certainement beaucoup en faveur de la vérité théosophique*
Comment les divergences se produisent.
Ne TOUS croyez pas déloyal envers le fondateur du Christianisme si vous admettez l existence d’interprétations différentes de la possibilité qu’elles contiennent toutes des erreurs. Les divergences se produisent toujours nécessairement à mesure que la religion s’étend. Si vous y réfléchissez sans parti pris vous verrez qu’il ne peut en être autrement. Dans chaque religion il y a toujours au début un grand Instructeur lui-même qui expose la vérité qu’il apporte au monde avec toute Tassnrance d une connaissance personnelle et directe. Cet instructeur est entouré de disciples enflammés par la présence du Maître, qu’ils en reçoivent une ceKitude égale A la sienne. Peut-être d’ailleurs quelques uns, sous Pinfluenco dè son magnétisme, développent-ilsla faculté de vérifier par eux-mêmes et directement certaines vérités. Puis ie Maître les quitte,et la génération des disciples s’éteint. La religion passe aux mains de ceux qu’ils ont instruits, et qui n’ont, eux, généralement aucun moyen de connaître par eux-mêmes la vérité, mais qui modèlent leur foi sur la doctrine laissée par ceux qui les ont précédés. Enfin on fixe la doctrine par l’écf iture de peur qu elle ne soit oubliée ou défigurée, et c’est ainsi
méo^OPHIE F/f CHBïSflANISME
que les Écritures prennent naissance. Il est diftioUe <io formuler un texte sur le sens duquel il soi! impossible à qui que ce soit de se méprendre, et c’est ainsi que bientôt apparaissent les interprétations distinctes. Des instructeurs différents interprètent de façons diverses, les sectes apparaissent, et des sentiments d’hostilité s’élèvent entre elles. Une église se forme, c’est-à-dire un groupe d’hommes qui pensent qu’eux seuls possèdent la nouvelle vérité et dont c’est l'intérêt direct de maintenir une interprétation spéciale de cette vérité. Puis la nouvelle église acquiert des biens; il s’élablit ainsi des intérêts d’argent, et des considérations absolnment étrangères au véritable esprit religieux (souvent même absolument hostiles) entrent inévitablement en ligne de compte. Alors suit la cristallisation des dogmes et avec elle apparaissent l’étroitesse, la bigoterie, la frivolité et comme c^^nséquence la corruption ; et tout cela ne provient pas d’un vice spécial ou de la négligence des gens responsables, mais se produit naturellement au cours de l’histoire.
Nous voyons bien comment cela est arrivé |>our l’flindouisrae ei le Bouddhisme; si nous pouvons seulement regarder d’un œil impartial, nous verrons que cela s’est produit aussi pour le Christianisme. Gependanl beaucoup debï*aves gens orthodoxes penseraient je le sais, qu’il est impie et athée de le dire; mais il ne peut être impie d’exposer ce que Thistoire nous dit être vrai. Puisque évidemment les choses se sont passées ainsi, il nous faut remonter aux doctrines primitives si nous voulons retrouver et étudier le véritable Christianisme, et voir comment les enseignements étaient interprétés dans les premiers temps. En procédant ainsi nous ver-
ÉCHAPPÉES SUR l’oCGÜLTISME
rons que la reiigioa alors enseignée n^était nullement la théologie inerte de nos jours, mais une religion bien plus spirituelle et philosophique, et qui correspond en beaucoup de points à la vérité que Ton retrouve au fond de toutes les religions et que nous étudions aujourd’hui sous le nom de Théosophie.
Béincarnaiion.
Comme je l’ai déjà dit, les principaux points dans celle esquisse de la théosophie auxquels le théologien orthodoxe se refuserait à souscrire sont la réincarnation et raction automatiqueet inévitable delà justice divine. Aucune de ces doctrines n’est enseignée dans l’Église actuelle et cependant nous allons trouver un certain nombre de témoignages qui nous montrent qu’elles n’étaient pas inconnues aux premiers temps. Il y a j)eu d’allusions directes à la doctrine de la réincarnation dans les Écritures telles que nous les possédons aujourd’hui, mais il y en a une ou deux auxquelles on ne saurait se méprendre. D’abord une affirmation claire et nette du Christ lui-même qui, naturellement, doit trancher la question d’une façon définitive pour tous ceux qui croient à la vérité historique de l’Évangile et à Tinspiration des Écritures. Il vient de parler de Saint Jean- Baptiste et de demander quelle opinion on a de lui en général, et il termine la conversation par ces mots catégoriques :
« Si vous voulez recevoir ce que je dis, il est cet Élie qui devait venir. » Je sais bien que le théologien orthodoxe croit que le Christ n’avait pas l’intention de djie
TflÉOSOPIllE ET CEIRISTIANISME
cela, mais tout simplement qu’il essayait d’expliquer qu’Elie avait été une figure de Saint Jean-Baptiste. Mais comme réponse à une explication aussi alambiquée, je vous demanderai seulement ce qu’on penserait d’un homme qui, dans la vie journalière, essaierait de se débarrasser d une alfirmation gênante, d’une façon aussi maladroite. Le Christ connaissait parfaitement l’opinion populaire à ce sujet ; d savait très bien qu’on le croyait lui-même uneréincarnationd’Élieou de Jérémie,et môme quelquefois d’un autre prophète; il savait aussi que le retour d’Elie avait été prédit et que le peuple attendait cet événement d’un jour à l’autre. En faisant donc une pareille déclaration il devait bien savoir comment ses auditeurs l’interpréteraient. « Si vous voulez recevoir ce que je dis », c est-à-dire si vous pouvez le croire, cet homme est ce môme Élie que vous attendez.
'Voilà donc une déclaration absolument nette, et supposer qu en la faisant, le Christ ne voulait pas dire ce qu’il disait, mais voulait exprimer quelque chose de vague et de symbolique, c’est l’accuser de tromper sciemment le peuple, en lui faisant une déclaration qui ne pouvait être interprétée que dans un sens. Ou bien le Christ l’a dit, ou il ne l’a pas dit. S’il ne l’a pas dit, que devient alors l’inspiration de l’Évangile? S’il l’a dit, a réincarnation est un fait. Ce passage se trouve dans saint Matthieu, chapitre 11, verset 14.
Une autre allusion à cette doctrine se trouve dans histoire de l’aveugle-né que l’on amène au Christ pour qu il le guérisse. Les disciples lui demandent: « Maître, qui est ce qui a péché, est-ce cet homme ou ses parents, quil soit ainsi né aveugle. » Cette question sans aucun doute, implique pour ceux qui la posaient, la croyance,
18 ÉCHAPPÉES SUR l’occultisme
à la doctrine théosophique. Vous pouvez voir qu’ils ont en vue l’idée de cause et d’effet et de justice divine. O s’agissait d'un homnae né aveugle, affliction naturellement ternble et pour l’eufant lui-même et pour ses parents. Les disciples comprenaent que ce devait être le résultat de quelque péché ou de quelque folie, et ils demande ut aussitôt qui avait commis le péché, cause d’un résultat aussi déplorable. Était-ce le père qui avait été assez coupable pour mériter le châtiment d^avoir un fils aveugle? ou était-ce parce que dans quelque existence précédente, cet homme lui-même avait péché, qu’il s'était attiré ce sort digne de pitié ? Il est évident que, dans ce dernier cas, les péchés qui avalent mérité un tel châtiment, n’avaient pu être commis qu’avant la naissance, donc dans une vie antérieure. De sorte que les deux fondements de renseignement ihéosophique auxquels nous avons fait allusion se trouvent sousentendus dans cette seule question.
La réponse du Christ vaut la peine qu’on s’y arrête. Nous savons qu’en d’autres occasions, il ne se faisait pas faute de critiquer avec force les doctrines inexactes ou les pratiques blâmables. En maintes occasions il parle très énergiquement en s’adressant aux Scribes, aux Pharisiens et à d’autres encore. Si donc la réincarnation et l’idée de justice divine avaient été des doctrines fausses ou ridicules, nous devrions nous attendre à ce qu’il saisît immédiatement celte occasion de blâmerses disciples de les admettre. Au contraire il accepte leurs suggestions comme tout à fait naturelles ; il ne les blâme en aucune façon mais explique simplement que dans le cas présent, aucune des hypothèses suggérées n’esl la véritable cause de raffliclion, « Ni cet homme ni ses
THÉOSOPHIE ET CHRISTIANISME
parents n’ont péché; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui, »
Il y a plusieurs années un pasteur anglais écrivit un livre remarquable appelé : De la. mort an jour du jugeme.nt^ et dans lequel il montrait que la réincarnation était le grand enseignement secret de la religion chrétienne, qu’il en résolvait toutes les difficultés et en faisait un système rationnel et cohérent. Récemment un ministre méthodiste a publié en Amérique un livre appelé naissance est une chance aofloe/te,daas lequel il discute le môme sujet mais d’un autre point de vue. Sa théorie de la réincarnation ne s’accorde que partiellement avec la nôtre, puisqu'il nie que l’âme ait actuellement aucune existence intelligente en dehors de ses différents corps physiques, mais il est intéressant de voir qu’en se plaidant à des poinis de vue aussi différents, des hommes d’opinions variées en arrivent à reconnaître la nécessité de cette doctrine.
Un paragraphe du premier de ces livres vaut la peine d’être cité ici, pour montrer comment la nécessité de la réincarnation frappe tout chrétien orthodoxe qui réfléchit sans parti pris. « L’Écriture sainte affirme distinctement », dit-il; « que nous serons jugés, puis récompensés ou châtiés suivant les actions que nous aurons commises ici-bas... » Nous ne pouvons donc supposer par la suite des conditions meilleures que celles qui nous sont faites actuellement, car cela nécessiterait, pour ceux qui seront condamnés aux peines éternelles, un avancement à une vie plus glorieuse, de laquelle ils retomberaient plus tard dans la honte éternelle. Nous ne pouvons pas non plus supposer que ces conditions seront inférieures à celles dont nous jouissons actuelle-
50 ÉCPIAPPéES SUR l’occultisme
loeat, car ce serait abaisser les justes. Nous ne pou- VODS pas enfin supposer des étals différents, nu état d’avancement pour les justes et de recul pour les méchants, car il faudrait alors un enfer où les créatures mauvaises seraient condamnées à faire le mal jusqu’au jugement final. Toutes ces suppositions anticipent le jugement final, et on ne peut trouver dans les Écritures, aucune autorité qui les justifie.
Il est donc évident que s’il y a, pour l’âme, après la mort, une existence active, les conditions dans lesquelles cette âme doit être placée ne sauraient différer de celles qui existent sur terre. Puisque ces conditions ne sauraient différer de notre condition présente, nous sommes inévitablement amenés à cette conclusion qu’elles doivent être les mômes, que s’il y a, pour Pâme, une existence après la mort, ce doit être dans un corps humain et sur cette terre. La conclusion à laquelle nous arrivons est qu’après la mort l’âme repasse par la naissance, et reparaît sur terre dans le corps d'un petit enfant, et que le temps qui s’écoulera entre la mort et le jour du jugement se passera dans des existences successives sur terre. »
L’auteur entreprend alors de montrer que « non seulement cette conclusion est autorisée par les Écritures, mais que toutes les doctrines chrétiennes sont basées sur elle, qu’elle est la note dominante de l’enseignement du Christ, la raison de notre existence ici-bas, et le seul moyen par lequel nous puissions arriver au salut. » Il ajoute encore : « Si Ton accepte cette théorie, la moyenne des universalistes (que tous seront finalement sauvés) devient possible. > {De la mort au jour du juge^ ment par Gérald d’Arcy, p. 13.)
THÈOSOPHIF. ET CHRISTIANISME
De plus cette doctrine fait disparaître de nombreuses et très importantes difficultés. Pensez aux inégalités de ce monde. Regardez autour de vous dans n’importe quelle grande ville, et vous verrez les uns vivre dans Populence, et les autres mourir de faim ; les uns jouir de tous les avantages que confèrent l’instruction supérieure, l’art, la musique, la philosophie, et développer ainsi le côte moral de leur nature, alors que d autres vivent dans le vice et n’ont aucune chance de progrès moral en celte vie. Prenez le cas d’un enfant né dans un des bas quartiers d'une grande ville, dans une atmosphère de crime, d’un père ivrogne et d’une mère voleuse. Cet enfant depuis sa naissance n’a vu que péché et crime; il n’a jamais connu le bon côté de la vie et il ne sait rien de la religion. Quelle chance de progrès a-t-il, qui soit le moins du monde comparable à celle que nous avons eue, nous ? A quoi lui servent notre art, notre musique, notre littérature, notre philosophie ? Si vous pouviez l’arracher tout d’un coup à son entourage, et le mettre au milieu de nous, il ne comprendrait pas du tout notre vie parce qu’il n’a pas été élevé pour cela. Ses chances ne sont donc point égales aux nôtres.
Si maintenant vous sortez des limites de la civilisation, vous trouvez des races de sauvages dans les diverses parties du monde; quelles chances ont-elles? On ne peut imaginer que ces hommes là se développeront aussi complètement que nous, et alors, comment expliquer cela ?
ÉCHAPPÉES SUR l’occultisme
Les irais hypothèses.
Il y a trois hypothèses, trois explications possibles de la vie. Il y a d’abord l’hypothèse matérialiste suivant laquelle le plan de l’univers n'existe pas, tout étant l'oeuvre du hasard. Nous sommes nés par hasard, nous mourons par hasard, et tout finit à la mort. Ce n’est pas là une théorie si séduisante que nous désirions l’accepter sans y être forcés; mais y sommes-nous forcés? Je ne le crois pas, et, en somme, tous les faits tendent à prouver le contraire. A quoi servirait le progrès que nous voyons autour de nous s’il ne tendait pas vers un but déterminé ?
La seconde hypothèse est celle du caprice divin. Dieu met un homme ici, un autre là, parce que cela lui plaît et quoique leurs chances de progrès soient tout à fait inégales, leur destinée éternelle dépend de la façon dont ils réussiront l’un et Tantre à atteindre un niveau très élevé de moralité. Celte théorie n’essaie pas d’expliquer les inégalités et c’est exactement la même récompense céleste qu'elle offre au petit nombre qui en est sup|x>sé digne, sans tenir compte des souffrances endurées ici bas. La plupart des religions occidentales, il est vrai, suggèrent aujourd'hui quelques modifications à cette théorie qui d'ailleurs n’est nullement renseignement véritable du christianisme à son début. Pour ua homme qui réfléchit cependant, un Dieu qui nous a placés au milieu d’un entourage respectable, dans lequel nous pouvons difficilement faire le mal,et qui, en môme temps, a placé un autre homme dans une situation où il
THÉOSOPHIB ET CHRISTIANISME
Ini sera presque impossible de taire le bien, ce Dieu dis-je ne peut-être un Dieu juste. Aussi quelques-uns des hommes les plus religieux se sont-ils vus, à regret, forcés d'adrïiettre : ou bien que Dieu n’est pas tout puissant el ne saurait empêcher la misère et le péché qui nous entourent, ou bien qu’il n’est pas bon et ne se soucie pas des souffrances de ses créatures. En théosophie nous maintenons au contraire qu’il est à la fois bon et puissant, et nous réconcilions celte croyance avec ce qui se passe autour de nous grâce à celte doctrinede la réincarnation. Je ne connais pas d’autre théorie qui rende cette réconciliation possible ; et, h mon avis, la seule hypothèse qui nous permette de croire avec raison (et sans pour cela fermer les yeux à ce qui est évident) que Dieu est un pèi'e tout puissant elbon, mérite au moins qu’on l’examine altenlivement avant de la rejeter avec mépris pour déclarer bien haut que Dieu ne possède pas ces qualités. Remarquez qu’il n’y a absolument pas d’autre alternative : ou bien la réincarnation est vraie, ou bien l'idée d’une justice divine n’est qu’un rêve.
Gomment l’orthodoxie résout-elle ce problème difficile ? Généralement elle essaie à peine de le résoudre, cl se contente de suggérer vaguement que la jiLstice divine n’est pas la justice humaine. Cela est sans doute parfaitement vrai, mais en tout cas la justice doit être supérieure à la nôtre el non inférieure ; elle doit être plus étendue et envisager des considérations qui sont bien au delà de notre portée, et ne doit pas être au contraire quelque chose de si inférieur à la nôtre qu’elle nécessite des atrocités telles, que nous, hommes, ne voudrions pas les commettre.
ÉCHAPPÉES SCR l'ogCULTISME
Mais quelle est notre troisième hypothèse? Que nous suggère la théorie de la réincarnation ? Ceci : la vie de l’homme est beaucoup plus longue qu’on ne le croit • l’homme est une âme et a un corps, et ce que nou& appelons la vie n’est qu’un jour de la vie véritable et plus élevée de cette âme. L homme se lève le matin, apprend la leçon du jour, et quand il est fatigué, il se couche pour dormir; le lendemain il revient comme un enfant à l’école et apprend une autre leçon. Il revient maintes et maintes fois sur cette terre pour apprendre un nombre de leçons de plus en plus grand, pour acquérir des qualités nouvelles et plus élevées, et ainsi l’évo^ lution s’accomplit.
De cette manière nous comprenons que les âmes moins évoluées ne sont que des enfants des classes inférieures, et qu’il ne faut pas les croire méchantes ou vicieuses, car ce sont simplement des frères plus jeunes. Pensez à l’enfant dans une classe enfantine; il joue la plupart du temps; on ne lui donne pas lout de suite un travail de classe difficile, parce qu’à ce degré il ne pourrait le comprendre, et l’enseignement lui serait inutile, voire même nuisible. C’est la môme chose pour l’âme ; elle ne peut recevoir l’enseignement supérieur d’abord ; il faut qu elle commence par les chocs les plus forts et les plus rudes du monde extérieur, ceux qu’eUe reçoit dans la vie sauvage. Il faut qu’elle soit stimulée par ces secousses vigoureuses et persistantes avant de pouvoir répondre aux vibrations beaucoup plus subtiles des niveaux supérieurs ; alors lorsqu’elle sera au milieu d’une civilisation avancée, ceux-ci lui offriront des chances variées de développement rapide. Ainsi à pas lents, et au moyen de vies nombreuses, cette âme atteindra
théosophie et christianisme 25
notre niveau à nous ; mais elle ne s’arrêtera pas là. Il y a eu, dans le inonde, des hommes qui ont dépassé leurs semblables de toute la tête, et plus. Ils nous montrent ce que nous deviendrons. A eux seuls ils sont une preuve de la réincarnation, car il n’est pas possible de concevoir qu'une vie unique fasse d’un sauvage un Emerson, un Platon ou un Shakespeare. Si nous acceptons la réincarnation nous pourrons expliquer d’une façon rationnelle la présence simultanée dans le monde, du criininel et du philanthrope, ce qu’aucune autre hypothèse ne permet.
Pour bien comprendre la réincarnation, il faut considérer en même temps la grande doctrine théosophique du karma : la loi de Cause et d'Effet, et réaliser que, si un homme détruit l’équilibre de la nature, cela retombe sur lui avec juste autant de force qu’il en avait lui-même déployée. C’est d’après cette loi qu’il renaît. Et s’il se trouve à un certain endroit ou dans un certain entourage c’est parce qu’il a agi de façon à s'attirer ces conditions dans une vie antérieure. Cette partie fondamentale de la doctrine théosophique ne doit jamais être oubliée. Bien que l’homme ne se souvienne pas des détails de sa vie passée, son âme garde les qualités développées dans cetle existence précédente. L’homme est exactement tel qu’il s’est fait. Nul effort n’est perdu.
Ainsi le monde entier n’est qu’un immense système gradué d’évolution. Quand le sauvage aura eu autant de vies et autant d’expériences que nous, il en sera très probablement au point où nous en sommes aujourd'hui, car il y a des milliers d’années, nous étions comme lui. Il est plus jeune et voilà tout. Nous ne devons pas
ÉCflAPPÉES SÜB I-’OCwOLTISME
plus l’en blâmer que nousne reprochons à un enfant de cinq ans de n’en pas avoir dix.
Remarquez aussi combien il est consolant de savoir que l’on a tonte l’élerniié devant soi pour se développer. Le commandement du Christ à ses disciples était : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est. parfait ». Mais il est impossible d’atteindre celle perfection en une seule vie, et l’on ne peut réaliser le commandement qu’avec de nombreuses vies devant soi. Grâce aux occasions innombrables que la réincarnation nous offre, nous aussi pourrons avancer et nous élever au niveau des saints, des sages, des philosophes, des sauveurs de rhumanité. Mais ce n’est qu’à la lumière de celte doctrine que ce développement nous apparaît possible, voire môme certain.
Parmi les Pères de l’Église on verra que celle doctrine était comprise, du moins josffu’à un certain point. Les allusions directes ne sont pas nombreuses, sans doute parce qu’on la considérait comme faisant partie des enseignements secrets plutôt que faisant matière d’une (Jiscussiou publique. Celte doctrine secrète je vais en parler présentement j mais auparavant considérons i autre grande doctrine de justice divine.
Loi de Cause et d'Effet
Comme ces mots sont souvent sur tes livres de théologie, on pourrait croire que nous n’avans nul besoin de justifier vis-à-vis d’eux notre théorie. Et cependant la plupart des enseignements religieux proposent anjourd’hui une théorie d’après laquelle nous pourrions échap-
THÉOSOPHIE ET CHHlSTfANISM E
per à ia conséquence de nos actes. La théologie moderae s’occupe même avant tout du moyen d’échapper à la justice divine, moyen qu’elle se plaît à appeler « le salut et ce salut dépend entièrement de ce que l’homme croit ou de ce qu il dit croire. Toute la théorie du salut semble basée sur une compréhension erronée de quelques textes de l’Écriture En théosophie nous ne croyons pas à ce qu’on appelle le courroux divin. Nous pensons que c’est blasphémer d’attribuer à la Divinité, la colère et la cruauté, défauts tout humains. Il arrive souvent qu’on se laisse aller à la colère, mais après réflexion on sait bien qu’on a eu tort. Croire que notre Pèi'e éternel qui est tout amour puisse être capable d’actes que même nous-môme n’approuvons pas, nous semble donc un monstrueux avilissement de l’idéal divin. Cela nous paraît être un reste de sauvagerie primitive el de fétichisme, un reste de cette idée que les principales puissances de la Nature sont de mauvais démons qu’il faut se rendre favorables.
En théosophie nous respectons trop la Divinité pour vouloir accepter quoi que ce soit d’aussi contraire à sa dignité. Loin d’admettre cette superstition dégradante nous avons la certitude que Dieu est un Père tout amour, toute puissance, et que sa volonté se propose, non notre condamnation, mais notre progrès. Nous croyons à la théorie d’un développement continu et du salut final pour tous, et nous pensons que les progrès d’un homme ne dépendent pas de ce qu’il croit, mais de ce qu’il fait.
Il y a beaucoup de passages des Écritures qui viennent confirmer cette théorie. Vous vous rappelez peutêtre la grave et solennelle exhortation que saint Paul adresse aux Galates, dans le sixième chapitre de son
^>::happées sur l’occultisme
Épîfre. « Ne vous abusez point ; on ne se joue pas de Dieu ;car ce que l’homme aura semé, c’est ce qu’il moissonnera. » En écrivant aussi aux Romains il parle du « juste jugement de Dieu qui rendra à chacun selon ses œuvres. > Et ce n’est pas seulement l’apôlre qui parle ainsi, mais le Maître enseignait exactement la même doctrine. Vous vous souvenez qu’au cinquième chapitre de l’Évangile selon saint Jean il dit que « ceux qui auront fait de bonnes œuvres ressusciteront pour la vie » et non ceux qui auront cm à quelque doctrine particulière.
Un autre passage très frappant se trouve dans le tableau que fait le Christ du jugement dernier au vingtcinquième chapitre de l’Évangile selon saint Matthieu. Puisque lui-même, suivant l’enseignement théologique sera le juge à ce moment, son exposé des faits doit être correct, et son explication de la base sur laquelle reposera le jugement, doit être précisée et définitive. Il dit que toutes les nations seront amenées devant le roi, qu’elles seront divisées en deux classes, les unes à droite, les autres à gauche, et les raisons de cette classification sont clairement et nettement données. Après avoir étudié la théologie moderne, on pourrait croire que la seule question importante sera sûrement: « Avez-vous cru au Christ,ou à certaines doctrines?» ou bien« avezvous accepté les enseignements de l’Église ?» et que tout dépendra de la réponse à cette question.Le croyant orthodoxe doit donc être très surpris de voir qu’aucune de ces questions n’entre en ligne de compte. Le Christ ne demande nullement ce que ces gens ont cru, ou croient actuellement. Le jugement est entièrement basé sur les actes non sur les croyances. La seule question posée est : Ont-ils nourri ceux qui avaient faim, vêtu
IHÉOSOPHÏK EX CHRISTIANISME
ceux qui étaient nus, secouru l’étranger et celui qui était malade ou dans la peine? — c’est-à-dire, ont-ils lait leur devoir vis-à-vis de leurs semblables dans un esprit de charité ou de compassion ? il est parfaitement évident que d'après ce tableau du jour du jugement (rappelezvous que c’est un tableau tracé par le Juge lui-même), un Bouddhiste, un Indien un Mahométan, un « païen » de n’importe quelle catégorie aurait autant de chance de gagner la vie éternelle au ciel que le Chrétien le plus fanatique. 11 semble que le théologien moderne ne lise jamais sa bible, ou plutôt que son attention soit exclusivement portée sur certains textes, ainsi que sur les déductions que lui et ses prédécesseurs en ont tirées, et qu’alors il soit absolument aveugle à la signification claire et évidente de beaucoup d’autres textes d’égale importance.
L'enseignement intérieur.
On peut dire en tout cas qu’aujourd’hui les doctrines de réincarnation et de justice divine ne sont enseignées dans aucune des églises ; comment cela se fait-il? Nous répondrons que c’est parce que le christianisme a oublié beaucoup de ses enseignements primitifs, parce qu’il se contente d’une partie, d’une toute petite partie de ce qu’il possédait à l’origine. On pourra dire que du moins l’Église possédant les Écritures primitives, l’enseignement qu’on en a tiré ne saurait avoir beaucoup varié. Gomme on l’a montré, l’enseignement moderne semble se baser exclusivement sur certains fragments de ces Écritures, séparés de leur contexte, et interprétés de
ECHAPPEES SUR l/oCGULTiSME
façon h contredire beaucoup d’autres passages. Sur ces quelques textes mal appliqués on a construit Tédifice peu sûr d’une doctrine irrationnelle et on a négligé en grande partie renseignement de l’Église primitive.
Ces Écritures elles-mêmes nous parlent à chaque instant de quelque chose d'autre que ce qu elles expriment, de quelque chose de plus que ce que l’on donnait au public. C’est la mode aujourd’hui de nier qu’il ait pu exister un enseignement ésotérique du christianisme. Ses instructeurs actuels se vantent même qu’ii ne contienne rien qui ne soit à la portée de rintelHgence la plus médiocre et des plus ignorants. Si cette assertion reposait sur des faits, ce serait là un grave reproche à faire au christianisme, car cela signifierait que celie religion n'offre rien à l’homme qui réfléchit. Toutes les grandes religions ont toujours reconnu qu’elles avaient affaire à des catégories très différentes d’individus, et qu’il était par conséquent absolument nécessaire de se mettre au niveau de chacune d’elles.
Une religion doit pourvoir aux besoins d’un grand nombre de gens simples et illettrés, absolument incapables de comprendre un système élevé de philosophie ou de métaphysique* Il lui faut donc avoir un plan simple et net d’enseignement moral, disant à ces gens comment il faut vivre, et leur montrant clairement et avec force que leurs Joies ou leurs souffrances dans Tautre vie dépendront de leur vie actuelle. Mais il y en a beaucoup que ce simple enseignement ne satisfera pas, dont l’intelligence cherchera le plan de l’univers, qui Se demanderont comment Thomme arrive à être ce qu’ii est, quel est l’avenir qui l’attend. Les réponses à toutes ces questions entraîneront nécessairement beaucoup de
TAÉOSOPKIE ET CJiaïSTI.fNïSME
développements tout à fait en dehors de la portée des ^eas incultes qui se contentent d’une foi plus simple, il se pourrait même qu’une grande partie de cet enseignement plus elevé ne fît que troubler et égarer Flioinme qui n’est pas encore prêt à le recevoir. De plus, savoir c*est pouvoir, et par conséquent une connaissance plus complète de ces laits supérieurs placerait entre les mains de l’étudiant une puissancé plus étendue que celle de l’ignorant, pour le bien comme pour le mal. il s’ensuit donc qu’il faut inévitablement être très circonspect en exposant l’enseignement supérieur dans sa plénitude ; et il est tout naturel que les instructeui‘s exigent certaines garanties de ceux qui le reçoivent et qui ne devront l’employer que pour le bien de rhumanité.
Dans toutes les religions du monde il y a toujours eu cet enseignement supérieur et jusqu'à un certain point secret. Faut-il supposer que le christianisme seul fasse exception à la règle ? Dans ce cas il serait de son propre aveu une religion imparfaite. Mais il n’en est pas ainsi, car le christianisme a en lui aussi ses mystères et son enseignémeat secret. Et, tout naturellement, cet enseignement est précisément le même que celui des autres religions du monde- En effet toutes ont tenté d’exprimer la même grande vérité cachée en chacune d’elles et envisagée à des points de vue différents.
Allusions à cet enseignemeiiL
Il est vrai que cet enseignement secret paraît être aujourd'hui tout à fait perdu, du moins chez les sectes protestantes. Et cependant on voit clairement, môme
ÉCHAPPÉES SUR l'OGGüLTISME
clans les Écritures qui nous restent, des allusions fréquentes à cette connaissance supérieure. Que veulent dire par exemple les allusions constantes du Christ aux mystères du Royaume de Dieu, et cette affirmation constante à ses disciples que Pinterprétation véritable et complète ne peut être donnée qu’à eux seuls, qu’aux autres il faut parler en paraboles ? De plus il se sert de termes techniques employés dans l’enseignement bien connu des Mystères antiques, et ce n’est qu’avec quelques notions de cet enseignement que Ton peut, — en beaucoup de cas — trouver un sens rationnel à plusieurs de ses discours.
Qu’il ait existé un enseignement ésotérique du christianisme n’est donc pas une question de sentiment, mais de fait, et il est inutile, si l’on ne veut pas y croire, de clamer contre le sens clair et évident des documents historiques. La meilleure manière d’aborder la question est, en premier lieu, de chercher ce qu’a dit le Christ lui-même à ce sujet; puis de recueillir les témoignages dans les écrits de ses successeurs immédiats, les Apôtres ; et enfin de voir si l’on retrouve la même idée dans les Pères de l’Église qui suivirent les Apôtres. Je crois qu’un tel examen entrepris sans idée préconçue, convaincra l’étudiant qu’un enseignement secret existait, et qu’il était bien connu d’eux. 11 y avait à l’origine beaucoup plus d’évangiles que les quatre qui nous restent, et même ces quatre-là avant d’être fixés dans leur forme actuelle ont probablement passé par beaucoup de mains qui les ont mutilés. Cependant il reste encore des traces que les plus sectaires ne sauraient méconnaître.
Le Christ lui-même, en plusieurs occasions, s’exprime sans équivoque. Par exemple au quatrième chapitre de
THÉOSOPHIE ET Cil BI STI AN I SME 33
i’Évangile selon saint Marc vous trouverez celte déclaration : « Et quand il fut en particulier, ceux qui étaient autour de lui avec les douze apôtres l’interrogèrent touchant le sens de cette parabole. Et il leur dit : « 11 vous est donné de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais pour ceux qui sont du dehors, tout se traite par des paraboles ». Et quelques versets plus loin vous trouverez: « Et il ne leur parlait point sans similitude; mais lorsqu’il était en particulier il expliquait tout à ses disciples. « Ces mots même sont cités plus tard par Origène comme faisant allusion à renseignement secret conservé dans T Église. Car les Pères ont toujours soutenu que les paraboles contenaient une signification triple : 1® le sens extérieur et apparent qui revêt généralement la forme d’une histoire, pour qu’on puisse se le rappeler plus facilement; 2® une interprétalion intellectuelle comme celle qui est donnée dans le chapitre que j'ai cité, à la parabole du semeur, et 3® une signification profonde, mystique et spirituelle qui n’était jamais écrite dans aucun cas, mais était expliquée oralement par l’instructeur sous le sceau du secret.
Vous remarquerez aussi qu’au seizième chapitre de l’Évangile selon saint Jean, le Christ dit à ses disciples ! « J’aurais encore plusieurs choses à vous dire, mais elles sont encore au dessus de votre portée ». Rappelez-vous que ceci fut dit par lui, d’après le récit évangélique, la veille de sa mort. Quand donc leur a-t-il dit les choses qu’il avait encore à leur révéler? Ce doit être après sa résurrection, pendant le temps qu’il demeura avec ses disciples, « leur parlant de ce qui regarde le royaume de Dieu ». Les Écritures ne nous rapportent rien de ces enseignements. Cependant il est impossible de sup-
ÉCHAPPÉES STm I/OCCULTISME
poser qtiUis aient été oubliés. Ils ont dû assurément être transmis dans les traditions les plus précieuses, oraiement, comme les enseignemenls secrets de toute? les religions. Dans on des grands Évangiles gnostiques, la « Pistis Sophia » on nous dit que le Christ apparut à ses disciples non pas seulement pendant quarante jours mais pendant onze ans après sa résuiTection. 11 est fait quelques allusions è la nature des enseignements donnés, quoi ceux-ci soient le plus souvent si obscurs et si mystiques qu'il soit difficile de les comprendre «ans la clef de riniliatioii.
Le Hoyàurm du Ciel.
Ce nom même de Royaume de Dieu ou de Royaume du Ciel employé dans 1© passage que Ton vient de citer, est un terme technique appartenant aux Mystères, et désignant la réunion de ceux qui y étaient initiés. Vous en trouverez mainte et mainte preuve en lisant sans parti pris les passages dans lesquels le Christ en fait usage. Par exemple au treizième chapitre de TÉ vangile selon saint Luc vous verrez qu’on pose au Christ la même question : € N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés? et il leur dit : -« efforcez vous d’entrer par la porte étroite, car je vous dis que plusieurs chercheront à y entrer et qu’ils ne le pourront. » Le protestant ordinaire non instruit ne craint pas d’affirmer que cela s’applique à la porte du Ciel. Il veut que nous croyions qu’uu grand Sauveur du monde enseigne à son peuple que la voie du salut sera fermée à beaucoup de ceux qui cherchent sincèrement à échapper à la dam-
TIIÉOSOrniE ET GHnTSb.TiANI3lMB
nation éternelle. Si l’on pouvait croire à cette horrible invention, cette afürmalion serait révoltante au-delà de toute expression, et prouverait ; ou bæn que la Divinité est incapable de diriger son univers, ou bien que la direction de cet univers est aux mains d'un démon ironique et cruel.
Une telle atrocité n’a jamais été proférée par le Christ et ne pouvait pas l’être. Le mot « sauvé » ou plutôt « sauf > comme on devrait l’écrire, a un sens technique qui, s’il est bien compris, rend le pasxsage clair et lumineux. Sa parfaite compréhension n’olTre aucune difficulté à l’étudiant en théosopbie. Il sait en effet que dans le cours de l’évolution humaine il viendra un moment où un nombre considérable d’ôlres humains cesseront pour un temps d’appartenir à notre système actuel d’évolution. En effet ils ne seront pas suliisamment développés pour profiter des occasions qui seront alors offertes au genre humain. Dans les conditions qui prédomineront alors, aucune incarnation d’un type inférieur à elle, ne sera pos^ilble. Les hommes seront ainsi, pour un temps, arrêtés dans lenr progrès, mais se remettront à l’œuvre plus tard, avec un autre courant d’évolution humaine, et auront ainsi l’occasion de parcourir à nouveau les différents degrés de développement dont ils n’ont pas su profiter eulièremeni la première fois. Ce n’est là qu’un moyen employé par la nature clémente pour aider ceux qui sont en retard dans leurs études à l’école de la vie, et s'ils perdent la place qu'ils avaient dans cette évolution particulière, c’est seulement parce qu’elle les a déf>assés, et qu’ils auraient perdu leur temps en essayant d’y demeurer davantage.
L’homme à qui cela arrive est simplement dans la
ÉCHAPPÉES SUR l’oCCULTISME.
position d’un écolier qui est tout à fait au-dessous de ses camarades. Continuer à travailler avec eux, serait pour lui une source de fatigue, de surmenage, et une perte de temps. Tandis que quitter cette classe et travailler avec la classe inférieure sera non seulement plus facile, mais lai permettra, en refaisant les mêmes études, d’apprendre à fond les leçons dont il n’avait pu jusqu’alors venir à bout.
L’homme ordinaire n’a encore, en aucune façon, dépassé le niveau où il pourrait lui arriver d’être rejeté hors du courant de l’évolution. Mais l’étudiant qui a reçu la première grande initiation « qui est entré dans le courant » comme on dit en Orient, n’a point à craindi'e un tel retard, aussi dit-on souvent de lui qu’il est c sauvé » ou « élu ». C’est dans ce sens, et dans ce sens seulement qu’il nous faut comprendre le mot « sauvé ici ou ailleurs, dans les Écritures ou dans les Credos. Quand nous comprendrons cela nous réaliserons aussitôt la force et la vérité de la remarque du Christ, que la porte de l’initiation est étroite et dilficile à franchir, et que beaucoup s’efforcent longtemps de l’atteindre, sans pouvoir y arriver.
Le chemin qui mène à la vie
Un autre passage qui confirme ce que nous disons se trouve au septième chapitre de l’Évangile selon saint Matthieu, dans lequel le Christ une fois de plus donne à ses disciples ce conseil : « Entrez par la porte étroite; car la porte large et le chemin spacieux mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui y entrent; mais la
THÉOSOPHIE ET CHRISTIANISME
porte étroite "et le chemia étroit mènent à la vie, et il* y en a peu qui le trouvent. » Ici encore Tétudiant en occultisme n’a aucune peine à reconnaître des images qui lui sont très familières.
ïl ne sait que trop combien étroit et pénible est le chemin qui mène à la -« vie éternelle », c’est-à-dire qui permet d’échapper à la nécessité des naissances et des morts, à la réincarnation. Il sait aussi combien est large et comparativement facile la voie lente de progrès adoptée par l’homme ordinaire et qui le conduit à la mort et à la naissance des milliers de fois avant de l’amener à une existence permanente dans un état supérieur. 11 est vrai que beaucoup suivent celte voie plus longue mais plus aisée, et il y en a peu, à présent; qui trouvent le sentier plus court mais plus escarpé de l’initiation. Si la porte étroite voulait dire la porte du ciel, par laquelle peu seulement entreront, ce serait une fausse et barbare interprétation des faits, absolument en contradiction avec d’autres textes où il est clairement fait allusion au monde céleste.
Quand l’écrivain biblique essaie vraiment de peindre ce monde céleste, nous voyons qu’il parle d’une « grande multitude que personne ne pouvait compter, de toutejs nations, de toutes tribus, de tous peuples et de toutes langues. Ils se tenaient devant le trône et devant l’agneau, vêtus de robes blanches, et ils avaient des palmes à la main ». Les écrivains initiés ont toujours connu cette sublime vérité que la destruction finale n’est pas possible, mais que le succès final est certain pour tous, car tels sont les desseins de Dieu. Par conséquent, lorsqu’il s’agit de la destinée ultime des êtres, il n’y a pas seulement une faible espérance de salut
ÉCHAPPÉES SÜH l’01'CULTISME
pour quelques-uns, mais la certitude absolue qu'aucun ne sera perdu.
On a peine à comprendre comment Torthodoxie moderne peut parler du Christ comme du Sauveur du monde, et en môme temps aliirmer quMl ne le sauve pas, qu’il ne réussit même pas à sauver un habitant sur dix mille et qu’il lui faut abandonner tout le reste au diable. Est ce qu’on trouverait une telle proportion suffisante s’il s’agissait d’efforts humains? Une pareille doctrine n’est à la vérité qu’un blasphème, et tout chrétien honnête devrait la rejeter immédiatement de ses conceptions religieuses. Nous vous apportons un évangile plus large, un credo plus noble. Oui le Christ est vraiment le Sauveur du monde, car tout homme est sauvé par le Christ en lui, ce Christ en nous qui est vraiment notre espérance, comme l’ont dit les Écritures, car sans cette étincelle divine en nous, comment pourrions-nous jamais nous réunir à la Divinité ? Nous savons donc qu’un jour tous les hommes réaliseront leur propre divinité, et s’élèveront ainsi à « la mesure de la stature parfaite du Christ ». Nous savons que l’évolution aboutira au succès et non à l’échec, à un succès glorieux et superbe, et que toutes les âmes finiront par atteindre le but.
Difficultés des riches
Un autre passage auquel cette explication seule peut donner un sens rationnel se trouve au dix-neuvième chapitre de l’Évangile selon saint Matthieu. On se rappelle qu’cn une certaine occasion, un jeune homme vint trouver le Christ et lui demanda comment il pourrait ga-
THÉOSOPHÎE ET CHRISTIANISME
gner ia vie éternelle, voulant dire naturellement, comme je l’ai déjà expliqué, être délivré de la nécessité des naissances et des morts. Le Christ lui fait la réponse habituelle, qu’aurait fait n’importe quel grand instructeur : « Obsei've les commandements. » xMais le jeune homme explique qu’il a déjà toute sa vie observé tous les commandements exolériques, et qu’il voudrait savoir ce qu*il faut faire de plus pour hâter ses progrès. Le Christ, dans sa réponse, emploie un de ces termes techniques bien connus-de la communauté essénienne dans laquelle luimême avait été instruit, car il lui dit : « Si tu veux être parfait, vends ce que tu as et le donne aux pauvres, après cela viens et suis-moi. » « Être parfait >signilie atteindre un certain niveau d’initiation, appartenir à une certaine classe du royaume du ciel ; et la remarque du Christ ne fait que répéter l’enseignement des sages Orientaux, que la pauvreté et l’obéissance sont nécessaires à ceux qui veulent entrer dans les rangs des initiés supérieurs.
Le jeune homme est embarrassé, ne se sentant nullement préparé à abandonner ses biens ; le Christ se met alors à discourir sur les dilficultés que rencontre le riche quand il cherche à atteindre les degrés supérieurs du sentier, 11 se sert même d’une comparaison très forte : « Il est plus aisé pour un chameau de passer par le trou d’une aiguille, qu’il ne l’est pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » Si ces mots étaient acceptés dans le sens où ils le sont généralement par la théologie, ce serait là une affirmation bien ridicule puisqu'elle semblerait impliquer qu’aucun riche ne peut être vertueux et nepeiit gagner une place au ciel. Les orthodoxes disent cependant les prendre dans ce sens. 11 semble pourtant
qu’ils devraient eux-mêmes reconnaître combien une pareille supposition est absurde. Mais lorsque nous cora- % prenons que le Royaume du Ciel signifie la fralernifé ^ j des Initiés,nous voyons aussitôt que les préoccupations, ^ les soucis inséparables de l’administration d’une grande ^ | fortune sont un obstacle sérieux sur la route du candidat qui veut atteindre la voie étroite et escarpée, et nous j
reconnaissons la sagesse du conseil donné par le grand instructeur: «Vends ce que tu as et le donne aux panvres ; après cela viens et suis-moi.»
Un autre passage qui indique clairement la môme ^ connaissance de la part du Christ de tous les termes techniques, se trouve au septième chapitre de rÉvangile selon saint Matthieu où il fait entendre ces paroles Æ
trouve au septième chapitre de l’Évan*
remarquables: « Ne donnez point les choses saintes aux chiens et ne jetez point vos perles devant les pourceaux. » vy Aujourd’hui de telles épithètes appliquées à des êtres humains nous sembleraient tout à fait maisonnantes et impropres. Mais il faut se rappeler encore une lois que c’étaient là des termes techniques désignant simplement y] ceux qui étaient du dehors, ou au-dessous d’nn certain niveau. Le théologien ordinaire doit se trouver bien einbarrassé pour expliquer un tel langage dans la bouche du Christ mais quand nous comprenons la véritable k
nature de ces termes, ils nous paraissent aussitôt admissibles.
Saint Paul Vinitié
Si nous passons des paroles du Christ à celles de
saint Paul, nous verrons que les écrits de ce dernier
THÉOSOPIIIE ET CHRISTIANISME
sont remplis d’enseignement occulte, d’allusions aux mystères qui complètent l’enseignement extérieur, et de termes techniques bien connus, se rattachant à ces mystères. Quiconque veut se donner la peine de lire les chapitres II et 111 de la première épître aux Corinthiens, le voit clairement, une fois qu’on lui a signalé la véritable interprétation des mots. Saint Paul parle aussi du «degré de perfection » et de renseignement qui ne peut être donné qu’à ceux qui ont atteint ce degré; il dit; «Nous prêchons la sagesse entre les parfaits », puis « nous prêchons la sagesse de Dieu qui était un mystère, la sagesse cachée que Dieu avait destinée avant les siècles, pour notre gloire, et qu’aucun des princes de ce monde n’a connue. » — Cette dernière affirmation suffirait à elle seule pour prouver, à l’étudiant impartial, l’existence de l’enseignement intérieur de l’Église. Car il serait évidemment faux de dire cela de l’enseignement chrétien ordinaire des Écritures, qui était alors, comme aujourd’hui, à la portée « des princes de ce monde ».
On a parfois essayé d’adapter ces remarques aux mystères de la sainte communion, que l’on célébrait seulement en présence de ceux qui appartenaient à l’Église. Mais il est évident que cela ne saurait être le sens, car en examinant de plus près cette même épître, on verra que les Corinthiens auxquels saint Paul s’adresse étaient déjà membres de TÉgiise et célébraient l’eucharistie. Malgré cela il leur parle comme à des « enfants en Christ», et dit qu’il ne peut leur donner que le lait des premiers enseignements. Ce mystère inconnu à tous n’était donc pas la célébration de la sainte communion. La plus grande partie du langage dont se sert l’apôtre ne saurait d’ailleurs s’expliquer en
i'2 ÉCHAPPÉES SUR L’oCGULTTSME
ce sens, car il parle maintes et maintes fois de « ce qu’il y a de plus profond en Dieu, que l’Esprit nous a révélé », de « la sagesse cachée, la sagesse qui est un mystère ».
II emploie encore beaucoup d’autres termes techniques, comme par exemple, lorsqu’il parle de lui-même comme d’im « architecte »,d’uii « dispensateur des mystères de Dieu ».
Un autre passage qui montre clairement cela, se trouve au troisième chapitre de son épîire aux Philippiens, dans laquelle il se dépeint comme « faisant tous ses efforts pour parvenir, s’il le peut, à la résurrection des morts ». Quelle pouvait donc être cette résurrection que lui,le grand Apôtre,croyait nécessaire de s’efforcer d’atteindre 1 Elle ne pouvait être sûrement ce que l’on entend généralement par ce mot, car la résurrection d’entre les morts au dernier jour arrivera à tous, bons ou méchants ; il n^y a aucun effort à faire pour y parvenir. Ce qu’il s’efforce d’atteindre est,sans aucun doute, celte initiation à laquelle nous avons déjà fait allusion, l’initiation qui libère l’homme de la vie et de la mort, qui l’élève au-dessus de la nécessité de la réincarnation sur terre. Nous verrons que, quelques versets plus loin, il recommande à tous ceux « qui sout parfaits » de faire les mômes efforts que lui; il ne donne pas cet avis aux membres ordinaires de l’Église, parce qu’il sait que cela ne leur est pas possible.
Beaucoup d’autres citations comportant une interprétation analogue pourraient être empruntées aux écrits de saint Paul ; mais passons maintenant à ceux que l’on appelle les Pères de l’Église,ces écrivains qui suivirent la période apostolique.Nous verrons qu’ils savaient bien ce que saint Paul voulait dire quand il pariait
THÉOSOPHIE ET CHRISTIANISME
ainsi des mystères, car eux-mêmes en parlent souvent, dans les mêmes termes. Ainsi un des premiers et des plus grands, saint Clément d’Alexandrie, emprunte mot pour mot à un document néo-pythagoricien, une phrase entière pour dire « qu’il n’est pas légitime de révéler aux profanes les mystères du Verbe ». Ce dernier mot n’est que la traduction du grec Logos, et dans cette phrase, saint Clément, l’insère à propos des déesses d’Eleusis mentionnées dans le document primitif.
Les trois degrés dans VÉglUe»
De nos jours l’Église considère comme sa plus grande gloire d’avoir produit les saints, présente la liste de ses saints comme une preuve de la vérité de ses enseignements et comme leur résultat. Cependant, au début, CO qui semble actuellement le but Cnal de ses eftbrts, n’était qu’une préparation. Elle comportait alors trois grands ordres ou degrés, par lesquels ses enfants devaient passer, et ces degrés s’appelaient respectivement la Purification, riUumination et la Perfection.
Aujourd’hui elle consacre uniquement ses efforts à la production d’hommes vertueux, et elle présente le saint comme son but et sa gloire la plus haute ; mais en ce temps-là, quand elle avait fait d’un homme un saint, ce n’ctait que le commencement de son œuvre ; c’est alors seulement qu’il devenait apte à profiter de renseignement et de l’entraînement qu’elie pouvait lui donner à cette époque, mais qu’elle ne peut plus lui donner aujourd’hui, ayant oublié son antique science. La Purification conduisait l’homme à la sainteté ; l’Illumination
/échappées sur X'OCCüLTISiME
lui donnait ensuite la science que l’on enseignait dans les mystères, et ceci le conduisait vers l’état de Pertection et d’union avec le Divin, Aujourd’hui elle se contente de la Purification préliminaire, et n'a plus d’illu-* rnination à donner.
Saint Clément cPAlexandrie.
Lisez ce que saint Clément dit à ce sujet, et qui est cité dans Les Platoniciens chrétiens Alexandrie^ par le D** G. Bigg, page 62. «La pureté n’est qu’un état négatif; ce qui fait sa principale valeur c’est qu’elle est la condition de l’intuition. Celui qui a été purifié dans le baptême, puis initié aux petits mystères (c’est-à-dire qui a acquis l’habitude de la maîtrise de lui-même, et de la réflexion), devient mûr pour les grands mystères, pour î’Ëpopteia ou Gnose, la connaissance scientifique de Dieu ». Cette dernière prétention paraîtrait étrange au point de. vue de l’orthodoxie moderne. J’imagine que peu de prédicateurs prétendraient de nos jours avoir une connaissance scientifique de Dieu, ou même auraient la moindre idée de ce qu’une pareille expression signifie. Et on la trouve cependant dans les écrits d’un des premiers et des plus grands des Pères. Nous n’avons qu’à examiner l’enseignement théosophique pour voir exactement ce qu’il veut dire, et pour comprendre (autant que l’intelligence humaine peut à présent le comprendre) ce que signifient les doctrines de la Trinité, de l’incarnation du Christ, et de sa présence au cœur de l’homme. La connaissance scientifique de Dieu est» encore à la portée de l’étudiant respectueux et sincère
THÉOSOPHIE ET CHRISTIANISME
ce n’est pas une simple formule, mais un fait précis, lumineux.
On peut voir clairement quelle valeur saint Clément attribuait à cette connaissance transcendante, d’après une autre citation tirée de ses écrits, et reproduite dans le Mysticisme chrétien par W. R. Inge, page 86 : « La connaissance, dit saint Clément, est supérieure à la foi* La foi est une connaissance sommaire des vérités d’intérêt immédiat,et qui convient aux gens pressés; mais la connaissance est une foi scientifique. Si le gnostique (le chrétien philosophe) avait à choisir entre la connais-' sance de Dieu et le salut éternel, et qu’il fût possible de séparer des choses aussi inséparablement unies, il choisirait sans la moindre hésitation, la connaissance de Dieu. » Voilà une déclaration suffisamment nette. Saint Clément pensait évidemment que la foi était bonne pour ceux qui n’avaient pas le temps d’etudier eux-mêmes à fond la science précise, et qui devaient se contenter d’en accepter les sublimes vérités sur parole, exactement comme nous le faisons actuellement pour les sciences du plan physique.
Si chacun de nous avait une vie de loisirs il pourrait, sans aucun doute, prendre la chimie ou l’astronomie et Tétudier directement pourlui-môme; s’il n’a pas le temps nécessaire, il accepte avec reconnaissance les conclusions auxquelles sont arrivés ceux qui l’ont étudiée. Quand il s’agit de cette science supérieure delà vie que l’on appelle religion, on entend par foi racceptation des résultats de l’expérience des autres, mais assurément, comme le dit saint Clément, la connaissance directe est jafîninient préférable.
L’idée que l’homme puisse atteindre celte perfection,
OU cette déification, ainsi qu’ont dit souvent dansles écrits des Pères de l’Église, serait probablement tenue pour sacrilège pour la plupart de nos théologiens modernes, elle était cependant admise par les premiers Pères qui sa,vaient que cette perteclion est accessible. Le professeur Harnack remarque que «la déification n’est autre que l’idée du salut enseignée dans les mystères »,et plus loin que, après Théophile, Irénée, Hippolyte et Origène, on trouve cette idée de déilication dans les Pères de 1 Eglise primitive, qui lui donnent une place importante. Nous la trouvons chez Athanase, chez les Cappadociens, chez Apollinaire, Ephraëm Syrus, Epiptianeet autres, et aussi chez Cyrile, Sophronius et les théologiens grecs ou russes plus récents.
Ce que dit Origène.
Le disciple le plus célèbre de saint Clément fut Origène, dont la renommée s’étendit au loin et qui fut peut-être le plus brillant et le plus érudit des Pères de l’Église. 11 affirme très nettement l’existence de l’enseignement secret de l’Église; car dans sa fameuse controverse contre Celse, il déclare que le système d enseignement ésotérique et exoLérique commun à tous les philosophes, avait ôté également adopté par le Christianisme. Il parle aussi très clairement de la différence entre la foi ignorante de la multilude inculte et la foi rationnelle et plus élevée fondée sur la connaissance précise. Il établit une distinction très nette entre « la foi irrationnelle du peuple » qui conduit à ce qu’il appelle le « Christianisme somatique » (c’est-à-dire la
THÉOSaPlliE ET CHRISTIANISME
forme mafeéneile de la religion) et le Christianisme spirituel qu’offre la Gnose ou Sagesse. 11 fait clairement entendre que par christianisme somatique, il veut dire la foi qui repose sur le récit évangélique. Parlant de renseignement basé sur ce récit historique ü dil : ^ Ouelle meilleure méthode pourrait-on trouver pour aider les masses? »
Dans le livre de M. Inge cité plus haut, se trouve, page 89, une citation où Origène enseigne que « le gnostique ou sage n’a plus besoin du Christ crucihé. L’évangile éternel ou spirituel qui est sa possession, lui explique clairement toutes choses concernant le liis de Dieu lui-même, à la fois les Mystères que révélaient ses paroles et les choses dont ses actes étaient les symboles. Ce n’est pas qu’Origène nie la vérité du l’écit évangélique ou qu’il en doute, mais il sent que des événements qui ne so sont passés qu’une fois n’ont aucune importance, et il ne considère la vie, la mort, et la résurrection du Christ, que comme la manifestation d’une loi universelle, exécutée non pas dans ce monde éphémère des ombres, mais dans les conseils éternels du Très-Haut. Il considère que ceux qui sont réellement convaincus des vérités universelles révélées par l’incarnation et la rédemption, n’ont plus besoin de se soucier de leurs manifestations spéciales dans le temps. >
Nous voyons donc ici des allusions fréquentes et précises à un enseignement secret, bien supérieur à tout ce que connaît l^Église moderne, et conduisant ceux qui rétudiaient à un niveau bien plus élevé que celui qu’atteignent aujourd’hui les disciples de l’orthodoxie. Qu’est devenu ce magnifique héritage du Christianisme? Pourquoi cet enseignement merveilleux a-t-il été perdu, et
comment pourrait-on le regagner? Heureusement il n/a pas été perdu; les grands docteurs gnostiques, qui l’enseignèrent d’une façon si poétique, furent rejetés hors de l’Église comme hérétiques par la volonté de la majorité ignorante qui se refusait à faire entrer dans son système religieux tout ce qui dépassait sa compréhension, et dont l’acquisition demandait des années de labeiu et d’étude.
Cependant il a été conservé quelque chose des enseignements gnostiques; les orthodoxes s’efforcèrent avec une pieuse fureur d’en détruire toute trace, mais on a découvert un livre, qu’ont peut-être gardé jusqu’à nos jours ceux que l’on appelle communément des sauvages, et qui se sont cependant montrés en cette occasion moins sauvages que les défenseurs orthodoxes de la foi. Et ainsi, peu à peu, nous arrivons à connaître quelque chose de ces enseignements admirables, et (ce à quoi l’étudiant en occultisme doit naturellement s’attendre) nous y trouvons précisément ces mêmes vérités que la Théosophie présente à nouveau au monde occidental actuel. Ceux qu’intéresse l’étude de ce côté particulier de l’enseiguement de la Religion Sagesse, ne pourront mieux l’aborder qu'à l’aide des écrits de M. Mead, de Londres, le plus érudit de nos écrivains théosophiques. Il a passé bien des années à étudier soigneusement cet étonnant mélange de croyances et d’opinions, rassemblé autour du berceau de la Chrétienté, et ses écrits montrent clairement que cette religion chrétienne est sortie naturellement et logiquement des croyances de la période qui précéda sa naissance. Il prouve surabondamment que ce n’est pas une révélation d’en haut, une présentation nouvelle d’un fait nouveau,
'lUÉOSOPHIE ET CHHïSTïANISMK
mais simplement un résultat parfaitement naturel de ce qui avait pénétré.
Quiconque désire comprendre ce qu’est vraiment le Christianisme, ce que ses enseignements signifient réellement, et quel est son rôle dans la vie et le développement du monde, ne saurait faire mieux que d entreprendre par une étude attentive desouvrages de M. Mead.
La théosophie explique, ^
En attendant, il n’est pas besoin des études que comporte une telle recherche pour convaincre une personne à l’esprit ouvert, que la Théosophie offre la solution de tous les problèmes qui se rattachent à la doctrine chrétienne Prenez par exemple le dogme delà Trindé,qui, tel qu’il est exposé, paraît incompréhensible et absurde. Aidez-vous d’un diagramme tel que celui qui a été publié daUvS la dernière édition de mon petit livre sur le Credo chrétienf et aussitôt l’obscurité sera éclairée comme par la lumière du soleil, et on verra que les déclarations étranges et apparemment incompréhensibles, ont un sens évident, plein d’intérêt et parfaitement clair. Lisez par exemple le Credo de saint Athaiiase, ce document chrétien si mal interprété ; à la lumière des diagrammes théosophiques, ses phrases jusqu’alors si peu comprises, apparaîtront lumineuses et limpides comme le cristal. Et alors, cette formule, que beaucoup ont rejetée comme étant désespérément inintelligible, se révèle maintenant comme l’exposé de la nature et de la puissance d’un Dieu plus fort, plus grandiose, que celui qui ait jamais été présenté. Les articles appelés 4c damnatoires » si
ÉCHAPPÉES SUR l’oCCULTISMP
souvent décriés, ont natarellement leur place, et Ton voit lout de suite qu’ils ne sauraient soulever aucune objection quand on a compris leur signification réelle. Il n’y a absolument pas d’autre manière de rendre intelligible la plus grande partie de ces enseignements anciens. Si nous ne sommes pas préparés à accepter l’explication théosophique, il faut abandonner tout espoir de trouver un sens rationnel au fond de ces grands symboles d’une des grandes religions du monde. Mais l’enseignement théosophique introduit l’ordre dans le chaos; il permet aussitôt de séparer les dogmes qui sont l’expression de vérités universelles, des additions dont la théologie bornée des moines ignorants les a entourés. Il en est de môme pour la plupart des autres dogmes de l’Église; non seulement la puissante doctrine de la Trinité est éclaircie, mais le salut, la conversion, la régénéra ion, la sanctification sont expliqués, et, du point de vue théosophique,ce ne sont plus seulement de simples mots entourés d’un vague brouillard, mais des faits précis, réels,qui font tous partie d’un système cohérent. Pour les comprendre l’étudiant devrait lire le livre de M'»® Besant : Le Christianisme Esotérique qui versera un flot de lumière sur un grand nomiDre de questions auparavant obscures. Ce qui vaut mieux encore, il y verra que le Christianisme ne contredit nullement les autres grandes religions du monde, qui toutes expriment la môme gi-ande vérité, cette Divine Sagesse que, de nos jours, nous appelons Théosophie.
iN^ous recommanderons vivement l’étude des enseignements théosophiques au chrétien sincère qui a été
1. Librairie de l’Art Indépendant, 10, rue Saint-Lazare, Paris IX«,
THÉOâOPHIH ET CafilSTïANISMK 5t
conduit, d’une façon ou d’une autre, à réfléchir aux enseignements de l’Église,et a été naturellement amené à les mettre en doute, sous la forme où ils sont généralement présentés. Plus d’un homme qui commence à douter se trouve entraîné très loin sur cette route désolée ; il ne trouve plus rien qui puisse servir de base solide à aucune croyance, il ne sait pas où chercher la consolation et la lumière. A celui-là notre conseil sera: « Ne rejetez pas votre religion, mais essayez plutôt de comprendre ce qu’elle est réellement. Alors vous retrouverez tout ce qu’il y avait do beau, de vrai et de consolant dans la foi de votre enfance, mais vous le retrouverez reposant sur une base très différente. Votre toi ne sera plus fondée sur l’autorité, que ce soit celle d’mi livre ou celle d’une Église, car une telle foi peut toujours être renversée si l’on s’aperçoit que ce livre ou cette Église ne présente pas la certitude historique telle qu’on Pavait conçue. Vous retrouverez votre foi, mais fondée alors sur le roc inébranlable de la raison et du bon sens, de sorte que plus vous l’examinerez de près, plus vous serez convaincu de sa vérité, plus vous comprendrez sa beauté. »
U évangile théosophique.
En parlant ainsi, nous ne nous appuyons pas sur une théorie, mais sur l’expérience. Pour nous, qui avons étudié la théosophie, elle a apporté tout cela et davantage: elle a vraiment été la bonne nouvelle venue d’en haut, qui nous a montré la lumière là où auparavant régnaient les ténèbres ; elle nous a rendu la vie plus
Échappées sur l’occultisme
facile à supporter, la mort plus facile à affronter ; elle nous a donné non seulement l'expérience mais la certitude glorieuse du progrès à venir.
C’est pour cette raison que nous vous la présentons, c’est pour cette raison que nous vous prions instamment de l’examiner. Nous n’avons nul désir d’opérer des conversions au sens ordinaire du mot. Nous ne sommes pas poussés, tel un pauvre missionnaire ignorant, par une théorie qui ne laisserait espérer, pour nos auditeurs ou lecteurs, aucun moyen d’échapper aux souffrances éternelles, si ceux-ci se refusent à croire ce que nous croyons. Nous savons très bien que tous les hommes atteindront le but final de l’humanité, qu’ils croient ou non ce que nous leur disons. Nous savons que le progrès de chacun est absolument certain, mais qu'on peut rendre sa route aisée ou pénible. Celui qui persiste dans l’ignorance, trouvera probablement la route difficile et pénible ; s’il apprend la vérité au sujet de la vie et de la mort, de Dieu et de l’homme et de leurs rapports, il saura accomplir le voyage de façon à rendre sa route plus aisée, et aussi (ce qui est beaucoup plus important), à pouvoir tendre une main secourable à ses compagnons plus ignorants que lui.
Voilà ce que vous pouvez tous faire, et ce que vous ferez tous, nous l’espérons. Nous qui sommes théosophes, nous ne vous demandons pas une foi aveugle. Nous vous présentons simplement celte philosophie, nous vousdemandonsdeTétudier,croyant que si vous le faites, vous trouverez ce que nous avons trouvé nousmêmes: le repos, la paix, l’aide, et le pouvoir d’être utile dans le monde. Nous vous disons surtout: n’étudiez pas seulement la vérité théosophique, mais essayez de vivre
THEOSOPHIE ET CHRISTÏANÏSMS
la vie que la théosophie recommande. Aujourd’hui» comme autrefois, ceux qui « font la volonté du Père qui est aux deux » vérifieront la véracité de ia doctrine. Nous dirons donc, à ceux qui doutent de notre enseignement : acceptez-le provisoirement : comme hypothèse^ mais vivez-le, et vous verrez ensuite si vous vous en trouvez mieux ou plus mal. Essayez d’appliquer la fraternité qu’il enseigne, de montrer le désintéressement qu’il exige ; voyez ensuite par vous-mêmes si c’est ou non un progrès sur les autres genres de vie. Essayez le désintéressement et l’aide vigilante, et voyez si vous ne trouverez pas, là, l’accès à de nouveaux champs d’activité, à de nouvelles possibilités de bonheur.
Nous qui étudions tout cela, nous savons que nous ne faisons que débuter, et cependant nous vous disons avec ia plus grande confiance : « Venez vous joindre à nous dans notre étude, vous ressentirez la paix et la confiance que nous ressentons ; grâce à votre connaissance de la théosophie, votre vie deviendra meilleure et plus pure, et surtout, plus secourable et plus utile à vos semblables, »