I : I tique
Vie du Fondateur.
L’histoire de la vie de son fondateur est une des plus belles qu^on ait jamais racontées, mais je ne peux vous en donner qu’un bref aperçu Ceux qui désireraient la lire, racontée, comme elle mérite de l’être, dans des vers éclatants et mélodieux, devraient lire La lumière d'Asie, par Sir Edwin Arnold. Et vraiment, dans sa poésie sublime, c'est certainement le plus bel exposé imaginablè des principes de cette grande religion, que celui que '
nous a donné Sir Edwin Arnold dans ses vers incompa- •
râbles. Et si j’ai le privilège de faire connaître ce livre à quelqu’un qui l’ignorerait encore, ce lecteur, assurément, contractera vis-à-vis de moi une dette de gratitude.
Je vous dirai donc brièvement que ce noble fondateur fut le prince Siddartha Gautaraa de Kapilavastu, ville située aux Indes, à environ cent milles au nord-est de Bénarès, à moins de quarante milles des derniers contreforts des monts Himalaya. Il était fils de Suddhodana, roi des Sakyas, et de son épouse la reine Maya.
II naquit en l’an 623 avant Jésus Christ et à sa naissance, comme à celle de tous les Grands Instructeurs se rattachent beaucoup de belles légendes. On raconte que des présages variés se manifestèrent: que par exemple, une étoile merveilleuse apparut, tout comme on le raconta plus tard pour la naissance du Christ. Son père le roi; comme cela était naturel pour un souverain indien,
LE BOUDDHISME
i\l tirer l’horoscope de l’enfant immédiatement après sa naissance, et on lui prédit une destinée très remarquable et exceptionnelle. On assura qu’un grand choix s’oftVirail à lui, que, dans Tune ou l’autre alternative, il surpasserait tous les hommes de son temps, que, selon la voie qu il aurait choisie, il pourrait, ou bien devenir un roi d’un pouvoir temporel bien supérieur à celui de son père, une sorte d’empereur, de suzerain do toute la péninsule indienne, tel qu’il en a surgi de temps à autre dans Thistoire ; ou bien abandonner absolument tous les privilèges de sa naissance princière pour devenir un ascète errant, voué à la pauvreté et à la chasteté perpétuelles. Mais, s’il choisissait cette dernière destinée, il serait aussi le plus grand Instructeur religieux que le monde ait jamais vu, et les millions d’êtres qui le suivraient alors dépasseraient de beaucoup le chiffre des sujets de n’importe quel royaume terrestre.
Nous ne pouvons guère nous étonner que le roi Suddhadana se soit quelque peu épouvanté de cette existence de mendiant pour son premier-né, et qu’il ait préféré voir sa lignée royale se perpétuer et grandir en puissance. Aussi s’efforça-t-il, au début, de diriger le choix du prince vers les biens temporels, plutôt que vers les biens spirituels; et sachant bien que l’acceptation de la vie spirituelle serait déterminée par la vue des peines et des souffrances du monde, ainsi que par le désir d’y apporter un remède, il résolut, dit l’histoire, d’écarter des yeux du prince tout ce qui pourrait le faire réfléchir sur ces tristes sujets. On nous dit qu’il résolut do cacher au prince la vieillesse et la mort, de le faire élever au milieu des plaisirs matériels, et de
ÉCHAPPÉES SUR l’occultisme
lui apprendre à se consacrer à la gloire et à la puissance de la maison royale. Le prince habitait un superbe palais, entouré de jardins vastes et magnifiques, dans lequel il était en réalité prisonnier sans s’en douter. Il avait autour de lui tout ce qui pouvait lui procurer de la joie ; on ne permettait qu’à tout ce qui était jeune et beau de‘l’approcher, et tous les malades et les malheureux étaient soigneusement tenus loin de sa vue.
Il semble donc avoir passé ses jeunes années dans ce monde étrange, fermé, et malgré tout charmant. Le jeune homme grandit, atteignit l’âge du mariage, et fut alors fiancé à Yasodhara, fille du roi Suprabuddha. On crut que ce nouveau lien suffirait à remplir la vie du prince, et cependant on raconte que, de temps à autre, le souvenir de ses vies antérieures venait à son esprit ; la vague intuition d’un devoir pressant encore inaccompli, venait troubler son repos. Bientôt son inquiétude s’accrut, et il semble qu’il ait demandé avec insistance à aller dans le monde extérieur pour connaître une autre vie que la sienne. On raconte comment, de cette façon, il se vit pour la première fois, en face de la vieillesse, de la maladie et de la mort; profondément ému à la vue de ces choses qui nous semblent si ordinaires, mais qui étaient pour lui nouvelles et étrangères, il fut vivement affecté du triste sort de ses semblables. Ayant enfin rencontré un jour un saint ermite, il fut extrêmement impressionné par la sérénité et la noblesse de son aspect,et il comprit que celui-là, du moins,s’élevait audessus des maux inévitables de la vie. A partir de cette époque son désir de mener la vie spirituelle devint de plus en plus fort, bien qu’il eût épousé Yasodhara et eût un fils Rahula. Enfin, dans sa trente-neuvième année.
LE BOUDDHISME
il abandonna définitivement son rang princier, laissant toutes ses richesses à sa femme et à son fils, et, devenu ascète, il se dirigea vers la jungle.
Naturellement, à ce moment, lui, son père et tous les habitants de I4nde, appartenaient à la belle religion hindoue, et ce fut, par conséquent, quelques-uns des brahmanes ascètes les plus renommés qu’il alla trouver pour recevoir aide et direction dans sa nouvelle vie. Pendant six années, il passa en vain de l’un à l’autre, essayant d’apprendre d’eux la véritable solution du problème de la vie et le remède à la misère du monde. D’après leur enseignement, seuls l’ascétisme le plus sévère et les pénitences les plus rudes que Ton puisse s’imposer, donnaient l’espoir d’échapper aux soutYran- Cês et aux tristesses qui sont l’héritage de tous les hommes. 11 essaya donc leurs systèmes les uns après les autres, aspirant toujours à quelque chose de plus grand, de plus vrai, et de plus réel. Finalement, un ascétisme aussi rigoureux et aussi continu, influa sur sa santé, et on raconte qu’un jour il s’évanouit de faim et faillit mourir. Il se remit et comprit que ce pouvait être là certainement une façon de sortir du monde, mais que ce n’était évidemment pas le moyen d’y ramener la vie; et il se dit que, s’il voulait aider ses semblables, il lui fallait vivre assez longtemps pour trouver la vérité qui les libérerait.
Il semble donc, dès le début, avoir adopté Tattitude la plus désintéressée. Il avait pour lui-même tout ce qui peut rendre la vie heureuse et cependant la souffrance muette des multitudes innombrables lui tenait tant à cœur, qu’aussi longtemps que cette souffrance n’était pas soulagée, nul bonheur n’était possible pour lui. Ce
fut pour les multitudes, non pour lui-même, qu’il chercha le moyen d’échapper à la misère de la vie physique; pour elles, non pour lui-même, qu’il sentit le besoin d’une vie plus élevée, que tous pourraient vivre.
S’étant ainsi aperçu que toutes les pratiques ascétique? ne servaient à riçn, il résolut d’essayer de développer son esprit par la plus haute méditation. Il s'assit donc sous l’arbre Bôdhi, décidé à trouver, par la seule fox'ce de son âme, la vérité qu’il cherchait. Il resta là à méditer, passant en revue toutes choses, essayant de pénétrer au cœur de la vie et d’en trouver la cause, s’efforçant d’élever sa conscience à un niveau supérieur. A la fin, par un effort suprême, il réussit, et vit se dérouler devant lui le plan superbe de l’évolution, et la véritable destinée de l’homme. C’est ainsi qu’il devint le Bouddha, rilluminé, et il se mit en route pour partager, avec ses semblables, la connaissance merveilleuse qu’il avait conquise. Il prêcha sa nouvelle doctrine, commençant par un sermon qui a été conservé dans les livres sacrés de ses fidèles. Dans sa propre langue, le Pâli (qui est encore aujourd’hui pour les Bouddhistes, lalangue sacrée, comme le latin est celle de l’Église catholique), ce premier sermon est connu sous le nom de Dharamachakkappavattana Sulta, que l’on a traduit La mise en mouvement des roues du chariot royal du Royaume de la Justice».
Vous pourrez en trouver la traduction littérale dans les livres de nos orientalistes modernes; mais si vous voulez saisir l’esprit véritable de ces paroles, vous ferez bien de prendre le livre VIII du merveilleux poème de Sir Edwin Arnold. Je ne saurais dire si le poète donne, aussi exactement que les savants orientalistes, le sens littéral de chaque mot, mais je sais bien qu’il donne ce
que nul autre n’avait encore donné en anglais : Fesprit qui pénètre toute cette sublime religion de l’Orient. J’ai vécu parmi les gens de ce pays, j'ai pris part à leurs fêtes religieuses, et je connaisle sentiment de leur cœur ; la lecture de la Lainière d'Asie me remet devant les yeux, d’une façon vivante, toute la scène telle que je l’ai vue tant de fois, tandis que l’exactitude pédante et guindée de l’orientaliste n’éveille en moi aucun écho de la musique mystique de l’Orient,
En résumé^ le Bouddha expose à ses auditeurs, ce qu’il appelait « La voie moyenne ». Il déclare que les extrêmes dans chaque direction sont également déraisonnables; que, d’une part, la vie de l’homme du monde, complètement absorbé par ses affaires, poursuivant ses rêves de richesse et de puissance, est déraisonnable et défectueuse, parce qu’elle laisse de côté tout ce qui est réellement digne de considération Mais il enseigna aussi que, d’autre part,l’ascétisme exagéré qui conseille à l’homme de tourner le dos au monde, de s’appliquer exclusivement et d’une façon égoïste à essayer de l’oublier complètement pour se tenir à l’écart, est également déraisonnable. Il affirme que la voie moyenne du devoir et de la vérité est la meilleure et la plus sûre,et que, si la vie entièrement spirituelle est possible pour ceux qui sont prêts à l’adopter, il y a également une vie spirituelle, vertueuse et sincère, pour l’homme qui accomplit sa tâche et garde encore sa place dans le monde.
Le Bouddha fonda sa doctrine sur la raison et le sens commun; il n’exigeait d’aucun une foi aveugle, mais disait à tous d’ouvrir les yeux et de regarder autour d’eux. Il déclarait que, malgré toute la souffrance et la
ÉCHAPPÉES SUR l’occultisme
misère du monde, le grand système dont Thomme fait partie, repose sur la justice élernelie, que la loi qui nous gouverne est une bonne loi, et que nous n’avons qu’à la comprendre et à nous y adapter. Il déclarait que l’homme cause ses propres souffrances en cédant continuellement au désir d’acquérir ce qu’il n’a pas, et qu'il arrive au bonheur et au contentement bien plus tôt en limitant ses désirs qu’en augmentant ses possessions.
Il prêcha cette « Voie moyenne » pendant quarantecinq ans, avec le plus grand succès dans l’Inde entière, et il mourut enfin âgé de quatre-vingts ans dans la ville de Kusinagara en l’an 543 avant Jésus-Christ. Les dates que je donne ici sont celles des livres orientaux ; bien que les orientalistes d’Europe aient d'abord refusé de les accepter, et aient essayé de prouver que la vie du Bouddha était beaucoup plus proche de l’ère chrétienne, des découvertes plus récentes les ont forcés à les reculer, et la plupart reconnaissent aujourd’hui que les documents originaux avaient raison.
L’histoire et les édits du grand empereur bouddhiste Asoka ont beaucoup aidé à éclaircir cette question de chronologie, et le Mahawanso de Ceylan nous donne un récit détaillé et précis, que l’on trouve plus complet et plus précisé mesure que l’on approfondit son étude.
De sorte qu’aujourd'hui les dates de la vie du Bouddha sont généralement acceptées. Il est difficile de dire jusqu’à quel point nous pouvons accorder créance aux délails de cette vie. Il est probable que le respect et l’affection des admirateurs du Bouddha la recouvrirent d’un voile et d’une auréole de légende, comme cela s’est passé pour les autres grands instructeurs religieux. Cependant personne ne peut nier que nous avons là une
LE BOUDDHISME
fort belle histoire, racontant la vie d’un homme d’une sainteté parfaite, d’une pureté absolue et d’une clarté de vision spirituelle merveilleuse. Comme l’a très bien dit Barthélemy Saint-Hilaire : « Sa vie est absolument sans tache; son héroïsme constant égale sa conviction ; il est un exemple parfait de toutes les vertus qu’il prêche ; son abnégation, sa charité, sa douceur inaltérable ne l’abandonnent jamais un seul instant. Il prépare en silence sa do:îtrine pendant six années de labeur et de méditation ; il la propage par la seule puissance de la parole et de la persuasion pendant plus d’un demi-siècle, et quand il meurt entre les bras de ses disciples, c’est avec la certitude du sage qui toute sa vie s’est attaché à ce qu’il y a de plus haut, et qui est assuré d’avoir trouvé la vérité. »
Sa doctrine.
Examinons maintenant les grands principes de sa doctrine. On lui demanda une fois s’il ne lui était pas possible de la résumer en une seule sutta, ou strophe de quatre lignes, et il répondit ce qui suit :
€ Sabbapàpassa akaranam ;
Kusalassa upasampadâ ;
Sa chittaparyo dapanam,
Ëtahi Buddhâna sâsanam. p
et que l’on peut à peu près traduire ainsi:
« Cessez de faire le mal;
Apprenez à faire le bien ;
Purifiez votre propre cœur,
Telle est la relig'ion des Bouddhas, »
ÉCHAPPÉES SUR I.’OGCÜLTISME
Comme on peut le voir, c’est là une définition très belle et très compréhensive. On recommande d’abord à Fhomme de renoncer à toute activité qui soit mauvaise d’une façon ou d’une autre; maiff il ne doit nullement se borner à cela, il lui faut agir dans une autre direction et « apprendre à faire le bien >. Puis, ayant ainsi réglé sa conduite en ce qui concerne le monde extérieur, on lui dit de purifier son propre cœur, et ce dernier commandement a une si grande portée qu’il s’étend à peu près à toute la vie spirituelle.
La base de l’enseignement du Bouddha fut toujours le sens commun et la justice. Il prétendait être écouté, simplement parce que ce qu’il disait était clair et compréhensible, et il recommanda si énergiquement cette attitude à ses disciples que, lors du concile œcuménique des moines bouddhistes tenu à Vaisâli, quand il s’agit de décider si certaines doctrines avaient réellement fait partie de l’enseignement du Bouddha, on adopta à l’unanimité la résolution suivante: « Cela seul peut être considéré comme ayant été enseigné par le Bouddha, qui n’est pas en contradiction avec la saine raison » (Schlagintiveit .Le Bouddhisme au Thibety p. 21), On ne peut s’empêcher de regretter que les conciles œcuméniquesde l’Église chrétienne n’aient pas adopté semblable résolution, car alors les absurdités qui se sont cristallisées autour de la vraie croyance n’auraient jamais pu devenir cet édifice gigantesque mais sans fondement, de la théologie orthodoxe moderne.
Cette décision du Concile est d’ailleurs d’accord avec ce que le Bouddha lui-même avait répondu aux habi tants du village de Kàlâma, quand ceux-ci étaient venus le trouver pour lui demander ce qu’ils devaient croire
LE BOïîDDHiSME
de toutes les doctrines variéesrépanduesdeparle monde. Sa réponse fut la suivante : « Ne croyez pas à ce qu’on vous dit, simplement parce qu’on vous le dit, ou aux traditions parce qu’elles nous ont été transmises depuis l’antiquité ; ni aux rumeurs ; ni aux écrits des sages, simplement parce que les sages les ont écrits; ni aux imaginations que vous supposez inspirées d’un Deva (c’est-à-dire aux inspirations soi-disant spirituelles) ; ni aux conclusions tirées de quelque hypothèse hasardeuse que vous avez pu faire ; ni à ce qui vous semble amené nécessairement par la loi d’analogie ; ni sur la simple autorité de vos instructeurs ou de vos maîtres. Mais croyez lorsque l’écrit, la doctrine ou la maxime est en accord avec votre jugement. Car voici ce que je vous ai enseigné : ne pas croire simplement parce que vous avez entendu, mais quand vous avez fait appel à votre propre jugement; agir alors d’après votre croyance et sans hésitation. »
Ces paroles se trouvent dans le KalamaSutta de l Anguttara Nikâya et il est certain que l’attildde qu’elles représentent est Tattitude la plus belle que n’importe quel instructeur puisse adopter.
Le Bouddhisme n’a donc pas de credo ; il ne nous demande de voir les choses telles qu’elles sont. C’est la seule religion au monde qui soit absolument sans dogmes, sans rites, sans prêtres. D’après ses enseignements, tout homme est, d’une façon absolue, le créateur de sa propre destinée, dans les limites des lois inflexibles de la justice. Est bouddhiste celui qui suit les préceptes de Bouddha et mène la vie qu’il a prescrite, de sorte que parmi nous, il peut y avoir beaucoup de bouddhistes qui n’ont jamais lu un mot des
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merveilleux discours du Bouddha. Cette religion recon* naît, de plus, qu’il y a différentes catégories d’étres humains, et que les uns ont besoin d’une connaissance plus parfaite que celle qui est à la portée des autres. J’ai eu l’occasion d’insister sur ce point en parlant du Christianisme ; il en est de même du Bouddhisme. Le Bouddha lui-même dit, il est vrai, dans le P&rambhana. Sutta, qu’il ne donné pas le poing fermé, comme certains instructeurs qui gardent pour eux une partie de leur science ; mais si évidemment il voulait dire par là qu’il enseignait libéralement, il est certain aussi que la véritable base de la grande loi ne peut être comprise que par ceux qui ont développé leur intelligence. Nous voyons qu’il parlait en paraboles et racontait des histoires aux masses ignorantes, tout comme le Christ ; mais il a prêché aussi le Sutta Pitaha pour les plus avancés, il a donné le Vifiaya Pitafca pour servir de règle aux moines de son ordre, et enfin il a laissé VAhhidhamma Pilaka, ou enseignement philosophique et psychologique pour les esprits supérieurs.
Tout en insistant sur la possibilité et le devoir de mener une vie pure au milieu du monde, il enseigna aus.si que la viejupérieure est celle qui a
^elWpper spïrïïuèirément et à a ide} les homixxes.Ilans cèTmt il fonda lé fameux ordre rnonastique du Sangha, dont je parlerai dans un instant.
Les quatre nobles vérités.
Un des caractères intéressants de l’enseignement du Bouddha est la façon dont toutes choses sont classées et
le bouddhisme
•disposées sous différents titres qui aident la mémoire. Dans son premier sermon il commence par réciter les quatre nobles vérités. Elles représentent les quatre anneaux d"une chaîne d'arguments,et à chacune se rattache une explication détaillée;mais le tout est disposé de telle sorte qu’un seul mot évoque aussitôt à Tesprit de rétudianl l’argument tout entier, il serait donc presque impossible à l’homme le moins intelligent qui aurait une fois appris la chaîne du raisonnement, d’en oublier un seul anneau. Les quatre vérités sont :
La souffrance,
La cause de la souffrance.
La cessation do la souff rance.
Le moyen d’arriver à la cessation de la souffrance.
Il explique ainsi la première vérité.
La vie entière de Thomme du monde est : ou pleine de souffrance, ou peut être, à tout moment, susceptible d’être assujettie à la souffrance. L’homme s’efforce constamment d’atteindre ce qu’il ne possède pas, et souffre s’il ne peut l’obtenir ; ou bien il craint constamment d’être dépossédé de ce qu’il a déjà. L’homme souffre parce qu’il perd ceux qu’il aime ou ce à quoi il était fortement attaché ; il souffre parfois parce qu’il désire l’affection qui ne lui est pas donnée, et parce que ce qu’il aime s’éloigne de lui. Il souffre de la crainte de la mort, ou bien pour lui-même, ou pour ceux qu’il chérit. Ainsi, d’un bout à l’autre, la vie de l’homme ordinaire est plus ou moins une vie de soucis et de souffrances.
Il passe ensuite à la seconde vérité et se met à rechercher ce qui cause la souffrance : après une analyse minutieuse, il eu vient à conclure que la cause de toute souffrance est le désir inférieur. Si un homme ne désire
ÉCHAPPÉES SUR l’oCCULTISME
ni richesse, ni gloire, il restera serein et impassible, que ces choses lui viennent ou qu’elles lui soient enlevées. Si son affection s’attache à ce qu’il a de plus élevé, s’il aime son ami et non seulement le corps physique de son ami, il ne pourra jamais êtreséparéde lui,une telle affection ne pourra ni décliner, ni finir. L’homme souffre parfois quand la vieillesse s’abat sur lui ; mais ce n’est que lorsqu’il désire ardemment les facultés physiques dont il se sent alors dépourvu. S’il se rendait compte que Tâme ne change pas quand les facultés corporelles faiblissent, il n’aurait plus aucune raison de souffrir de l’usure de son vêtement terrestre.
Nous arrivons ainsi à la troisième noble vérité, la cessation de la souffrance, et naturellement la seule manière d’y échapper est d’éloigner les désirs inférieurs. Le Bouddha explique donc comment, en fixant nos pen- .sées sur ce qu’il y a de plus élevé, en apprenant à nous détacher de ce qui est moins élevé, nous ne souffrirons plus et deviendrons calmes et sereins. Un homme peut vivre très heureux sur le plan physique s’il ne s’y laisse pas attacher par le désir. Contentez-vous de ce que vous avez, acceptez la vie ici-bas avec une philosophie .sereine, et la souffrance cessera,
La quatrième noble vérité nous montre la manière dont nous pouvons arriver à celte absence de désirs. La vie qui y conduit, dit-il, renferme huit étapes, aussi estelle constamment mentionnée dans la littérature hindoue sous le nom de « Noble voie octuple ». La première de ces étapes est la Croyance correcte ; mais il est nécessaire de bien comprendre ce mot. Aucune croyance aveugle en quoi que ce soit n’est exigée daus le Bouddhisme, au contraire, une telle foi est nettement
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LE BOUDDHISME
condamnée. Un homme doit croire non parce cju on lui dit qu^uoe chose est vraie, mais parce qu’il la trouve essentiellement rationnelle. Cependant, à moins qu’il ne soit assuré de la vérité de certains faits importants, il est peu probable qu’il fasse les efforts nécessaires pour avancer sur la voie de l’évolution.
La définition de celle Croyance correcte se rapproche beaucoup d’une des données théosophiques, car c’est la Croyance à la loi parfaite de justice, ou loi de cause et d’effet, et à la possibilité d’atteindre le bien suprême en suivant le sentier de sainteté. Ces postulats conduiront l’homme à la seconde éiape, la Pensée correcte, d’où il passera naturellement à la troisième et à la quatrième qui sont la Parole et l’Action correctes. Une autre nécessité pour l’homme qui vit dans le monde est la cinquième étape, les Moyens d’existence corrects, ou légitimes, et pour savoir si la façon dont il gagne sa ^iô est honnête, fhomme n’a qu’à se demander si elle ne nuit à aucune créature.
La sixième étape s’appelle l’Énergie correcte ou l’Effort correct. Le mot, en Pâli, signifie aussi « force c’est-à-dire que nous ne devons pas seulement nous contenter d’être bons passivement, mais nous efforcer d’être utiles à nos semblables.
La septième étape que l’on a traduite « le Souvenir correct » implique le souvenir et la discipline intérieure; on doit se rappeler ce que l’on a fait de mal afin d’avoir soin d’éviter de retomber dans la môme erreur.
Enfin la dernière étape s’appelle la Concentration ou Méditation correcte, c’est-à-dire la maîtrise absolue de la pensée qui est alors dirigée vers des objets élevés et désintéressés.
ÉCHAPPÉES SCR l’occultisme
Ces huit Étapes sont nécessaires, dit le Bouddha, pour que l’homme qui vit encore dans le monde se libère suffisamment de la puissance de ce monde pour pouvoir vivre sage et heureux.
A l’homme dans la vie ordinaire sont aussi donnés les Pancha Sila, ou. cinq commandements^ dont je parlerai tout à l’heure.
Vordre des moines à robe jaune.
Le Bouddha a cependant d’autres règles pour le San* gha, règles qu’adopte l’ordre des moines à robe jaune. Ces moines sont, dit-on souvent, ceux qui aident le monde. Ce Sangha ressemble en beaucoup de points aux ordres monastiques chrétiens. Les moines y font vœu de pauvreté et de chasteté parfaites, mais avec cette différence qui est tout à l’avantage de la règle bouddhiste, qu’on ne leur permet pas de faire de vœux perpétuels. Nous savons qu'il arrive assez souvent en Europe qu’un homme entre dans un ordre monastique quelconque, sous l influence de l’enthousiasme religieux, ou peut-être par dégoût du monde, ou après un grand chagrin. Plus tard, lorsque l’émotion s’est calmée, il s’aperçoit parfois qu’il n’a, en réalité, aucune vocation pour la vie religieuse, mais, ses vœux étant irrévocables, aucun changement n’est possible pour lui, el il en résulte souvent de grandes souffrances.
Dans le système bouddhiste, ce cas est pleinement prévu. Quiconque s’en est montré digne parsa vie peut se préparer à ce qu’on appelle^ l’ordination » ou admission dans la confrérie des moines. Si après quelques mois ou années, il croit ne plus pouvoir obéir aux règles
LE BOUDDHISME
très strictes de la vie monastique, il peut quitter la robe et reprendre, dans le inonde, la vie ordinaire, sans être pour cela Tobjet d’aucun blâme. Personne ne l’en Juge plus mal, il a simplement essayé de mener une vie à laquelle il n’était pas entièrement préparé ; il lui faut encore passer quelques années dans le monde afin de se développer et d’arriver à Fétat requis, mais nul ne songe à lui en faire un reproche. En Birmanie, il est môme d’usage pour tous les hommes de revêtir la robe, au moins pendant quelque temps. Ceux qui sentent que c’est là la vie qui leur convient, la gardent et deviennent définitivement membres de l’ordre ; les autres la quittent après une armée environ de vie monastique, et rentrent dans leurs foyers, sans avoir rien perdu, (bien au contraire), pour avoir tenté cette courte expérience d’une vie plus élevée.
11 faut se rappeler que ce n’est pas du tout la môme chose d’être grand instructeur religieux en Orient, et d’être à la tête de quelque grande religion en Occident. L’instructeur oriental ne jouit pas d’un revenu princier ; il ne se promène pas en voiture avec toute la pompe d’un souverain. C’est parce que les évêques et les missionnaires chrétiens mènent cette vie-là qu aucun Oriental ne les prend pour de véritables instructeurs religieux. En Orient, l’instructeur religieux est un homme qui consacre sa vie à la plus haute spiritualité, qui observe la pureté la plus absolue, qui ne touche jamais à l’argent sous quelque forme que ce soit, dont la première règle est de ne rien posséder si ce n’est les robes qu’il porte, et encore ces robes sont-elles faites de façon à n’avoir aucune valeur commerciale si on les vendait.
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ÉCHAPPÉES SUR L^'OCGULTISME
D’autre part, en Orientale respect universel pour la vie spirituelle est si grand que l’on marque plus de déférence au plus jeune et au plus pauvre des instructeurs qu’au roi. Le respect que l’on a pour la robe jaune des moines bouddhistes est remarquable et édifiant, et j’ai quelquefois vu les plus riches et les plus importants potentats d’une ville, se lever respectueusement et se tenir debout, la tête baissée, en présence d’un jeune novice qui venait de revêtir la robe. On a, à Ceylan, le plus grand respect pour les chefs héréditaires du peuple, pour les descendants de la famille royale ; cela est si vrai que j’ai vu, à maintes reprises, les passants quitter le milieu de la route pour laisser passer un chef, tout le monde se tenant à l’écart et s’inclinant jusqu’à ce qu’il fût passé. Cependant ces mêmes chefs, réunis en assemblée solennelle, se lèvent immédiatement si le plus jeune membre du Sangha entre dans la salle, et ils restent debout jusqu’à ce qu’on les prie de s’asseoir, tant on respecte, dans tout le monde bouddhiste, la robe jaune des moines.
La vie des moines.
La vie de ces moines est toute de renoncement. Non seulement ils ne possèdent aucun bien matériel, mais ils ne prennent qu’une nourriture parfaitement simple, telle qu’on la leur donne, sans choisir ni récriminer. Ils passent leur vie à étudier et à méditer, et doivent aussi prêcher au peuple à certaines époques déterminées. La principale fête bouddhiste est la pleine lune, mais toutes les autres phases de la lune sont des fêtes secondaires,
LE BOUDDHISME
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de sorte qu^en somme, on se rend au temple toutes les semaines, tout comme, dans nos pays d'Occident, les gens vont à l’église le dimanche. Le devoir des moines est aussi de concilier et d'exhorter tous ceux qui viennent les trouver ; de lire, soit en public en certaines occasions, soit dans la demeure d’un malade si on le leur demande, la cérémonie Piril, c’est-à-dire les paroles de consolation et de bénédiction.
Les membres du Sangha sont souvent représentés dans les livres de voyage, et, dans ces sortes d’ouvrages, on leur donne généralement le nom de prêtres, appellation à la fois erronée et trompeuse. Les idées que les Chrétiens ou les Juifs attachent à ce mot de prêtre sont absolument étrangères au Bouddhisme. On ne songe nullement à établir un intermédiaire entre l’homme et la grande loi de justice divine ; on ne pense pas que l’homme ait besoin qu’on fasse pour lui, ce qu’un prêtre est supposé faire. De sorte que quand nous rencontrons celte expression: « un prêtre bouddhiste », nous devons toujours nous rappeler que cela signifie seulement un moine, quelqu’un qui mène une vie retirée et entièrement consacrée à la religion. Son degré de développement est censé l’éloigner entièrement des choses de ce monde, et l’amener à cette condition supérieure dont j’ai parlé dans Clairvoyance et dans Lautre côté de la Mort, Il est supposé avoir définitivement mis le pied sur le Sentier de Sainteté, le Sentier qui le conduit au Nirvâna.
Dans les derniers chapitres des Aides invisibles j’ai exposé d'une façon détaillée les étapes de ce Sentier, et les qualités que le candidat doit développer à chacune de ces étapes. Je ne les répéterai donc pas ici, et
ÉCHAPPÉES SUR L’OCCÜLTIPME
pourtant je recommanderai très vivement leur étude à quiconque désire comprendre la beauté et l’élévation de cette sublime religion.
Le Nirvàna,
11 y a cependant un autre point que je ne dois pas oublier de mentionner ici, en ce qui concerne le but du sentier, le Nirvâna ; car il y a eu, à ce propos, un malentendu à peu près général. La définition que donne le Bouddha lui-même du Nirvâna, est tellement au-dessus de la compréhension de tous ceux qui ont été habitués aux seules méthodes ordinaires de pensée répandues dans le monde, qu’il n’est pas bien étonnant qu’au premier abord cette définition ait été mal comprise des orientalistes européens, Max Müller lui-même, le grand érudit orientaliste d’Oxford, crut pendant nombre d’années que Nirvâna signifiait simplement anéantissement. Plus tard, cependant, à force d’étude et de recherche, il comprit qu’il s’était trompé,et à vrai dire, quiconque a vécu parmi les bouddhistes ne peut supposer, un seul instant, que l’anéantissement soit le but qu’ils s’efforcent d’atteindre.
11 est vrai que, pour atteindre Nirvâna, il faut d’abord annihiler complètement le côté inférieur, c’est-à-dire la seule chose que nous connaissions de l’homme pour le moment. La personnalité, comme tout ce qui se rattache aux véhicules inférieurs, est transitoire et disparaîtra. Si nous essayons d’imaginer ce que serait l’homme dépourvu de tout ce que représentent ces mots, nous verrons qu’actuellement il nous est difficile de compren-
LE BOUDDHISME
dre qu’il puisse rester quelque chose. Et pourtant la vérité est que tout reste, que dans l’esprit glorieux qui existe alors, subsiste, au plus haut degré, l’essence de toutes les qualités qui ont été développées au cours de longs siècles de luttes et d’efforts dans les incarnations terrestres. L’homme est devenu surhumain, puisqu’il èst alors sur le seuil de la Divinité ; et cependant il est encore lui-même, quoique son individualité se soit largement accrue.
On a donné beaucoup de définitions du Nirvâna, et naturellement aucurie d’elles ne saurait être satisfaisante ; peut-être celle qui se rapproche le plus de la vérité serait-elle : < la paix dans l’omniscience », Lorsqu’il y a plusieurs années je préparais un catéchisme élémentaire de leur religion pour les enfants bouddhistes, le grand-prêtre Abbot Sumangala me dit lui-même que la meilleure définition à leur présenter était la suivante : Le Nirvâna est un état de paix et de félicité si fort au-dessus de notre condition actuelle qu’il nous est impossible de le comprendre. » Cela ressemble fort peu à. l’anéantissement ; tout ce que nous appelons aujourd’hui l’homme a disparu il est vrai, mais Tiadividualité n’est pas annihilée, elle est perdue dans la Divinité.
Résultât pratique.
Abordons maintenant la troisième partie de cette étude, et étudions un peu le côté pratique de cette grande religion telle qu’elle existe aujourd’hui. Pour ma part, je puis dire qu’elle produit d’excellents résultats. Naturellement il y a de bons et de mauvais hom-^
ÉCHAPPÉES SUR l’oCGULTïSME
mes dans toutes les nations, et il y a, en Birmanie et à Ceylan, des hommes qui ne sont bouddhistes que de nom, tout comme il y en a, chez nous, qui ne sont chrétiens que de nom. Mais les statistiques prouvent, d’une façon évidente, que la criminalité est bien inférieure^ parmi les bouddhistes de Ceylan, à ce qu’elle est dans les États d’Europe ou d’Amérique.
Une des principales raisons en est que la plupart des crimes sont dus à 1 alcoolisme, et que l’alcool est absolument défendu par la religion bouddhiste. Cela rend la vie d’une nation bien différente. Malheureusement les Européens ont introduit les liqueurs alcooliques chez les peuples bouddhistes comme chez les autres, car c’est là le signe de leur soi-disant civilisation. De sorte qu’aujourd’hui on peut trouver çà et là, même parmi les bouddhistes, un homme qui viole les préceptes de sa religion, et touche à la boisson défendue ; mais il sait très bièn à quel avilissement cela le conduit, et Topinion populaire le regarde toujours comme un être vicieux, tout comme cela arrive en Occident pour un voleur ou un individu qui s’est livré à des actes de violence. Je crois que les Occidentaux ont du mai à comprendre quels changements produit dans la vie d’une nation, l’absence de cette habitude néfaste.
Je voudrais pouvoir vous montrer jusqu’à quel point cette sublime religion de l’Orient pénètre la vie journalière de tous ceux qui la professent, afin de vous donner un tableau parfait de cette merveilleuse vie orientale, et de vous faire comprendre le charme de cette atmosphère si complètement différente de ce qu’on voit partout ailleurs. La façon de considérer la religion là-bas se distingue tellement de nos conceptions européennes,
LE boudmiisme
q.u’il est fort difficile de la faire comprendre tout à fait è quiconque n’a pas vécu dans ce milieu et ne 1 a pas observée lui-mème. Ici les gens appartiennent à des sectes variées, et mettent souvent beaucoup d acharnement et d’âpreté à défendre les doctrines de leur secte particulière pour accuser celles de toutes les autres. Et oependant, dans la grande majorité des cas, celte profession de foi est réservée exclusivement au dimanche et n’a pratiquement aucune influence sur la vie jouinalière pendant le reste de la semaine.
En Orient, c’est tout le contraire. Chacun a ses convictions religieuses, et demeure parfaitement tolérant èi l’égard des convictions de ses voisins. Le Musulman, à la vérité, est presque aussi fanatique que le Chrétien, mais le Brahmaniste et le Bouddhiste sont toujours prêts à admettre que ceux qui ne croient pas comme eux, peuvent très bien, malgré cela, être sur le chemin de la lumière, et ils disent toujours que si 1 impie le plus ignorant fait son devoir, d’après ses propres lumières, dans celte vie, il aura cerlainemenl dans sa prochaine incarnation l’occasion d’apprendre un peu plus de la vérité qu’il n’en possède à présent, et atteindra par conséquent le but à son tour.
Le Musulman intolérant diffère cependant du Chrétien moyen, car sa religion est du moins pour lui une chose très vivante et très réelle, qui pénètre sa vie entière, et il la considère comme ce qu’il y a de plus beau et de plus sacré. Tous ceux qui ont voyagé en Orient ont remarqué que lorsque l’appel du Muezzin retentit du haut du minaret,tout Musulman qui l’entend, quelle que soit son occupation, ou la foule qui l’entoure, s’arrête immédiatement, prend son tapis, l’étend, et se prosterne
ÉCHAPPÉES SUP l’occultisme
pour prier. Combien de Chrétiens seraient ainsi, trois fois par jour, disposés à s’arrêter au milieu de leur commerce ou de leurs affaires, pour confesser leur foi devant tous, priant et adorant sur la voie publique ?
Il en est de môme du bouddhiste ; il ne fait pas de prière en public, mais sa religion imprègne sa vie entière, comme c’est le cas dans ce pays pour quelques catholiques romains d’une haute piété. Mais la majorité, dans nos pays, semble établir une cloison étanche entre la religion et la vie quotidienne, de façon à ce qu’elles ne puissent s’inter-pénétrer. Pour le bouddhiste une telle attitude est incompréhensible et peu sincère, car pour lui la religion est tout, et s’il lui arrive parfois, dans la vie quotidienne, de désobéir à ses préceptes, il l’avoue ensuite avec chagrin, et n’essaie jamais de se juslilier en invoquant l’intérêt des affaires, comme on le fait souvent chez nous.
Le bouddhisme en Birmanie.
Le meilleur exposé que j’aie lu de l’effet pratique de cette religion sur ses fidèles, se trouve dans VAine d'un peuple^ par H. Fielding. Il est vraiment consolant do trouver un écrivain qui comprenne et apprécie si bien une religion qui n’est pas la sienne, et qui ait si bien saisi l’esprit du bouddhisme, tel qu’il réside au cœur des bouddhistes. 11 nous dit que sous sa douce autorité « les Birmans forment une communauté telle qu’on en a probablement jamais vu ailleurs ». Il témoigne de la sincérité des moines, et raconte comment, lorsque le pays était en proie aux luttes, « ils
LE BOUDDHISME
vaquaient à leurs affaires, aussi calmes qu’à Thabitude, prêchant la paix et non la guerre, la bonté et non la haine,la pitié et non la vengeance». La différence entre le bouddhisme et notre théologie occidentale moderne a été bien exprimée par un officier de cavalerie anglais lequel expliquait que le Bouddhisme ne pourrait jamais être la religion d’un homme de sa profession. « Ce dont le soldat a besoin, disait-il, c’est d'un Dieu personnel qui sera toujours avec lui, partageant ses opinions, le défendant contre tous. Mais une loi qui déclare sans cesse que le bien est toujours le bien, le mal toujours le mal, que rien ne peut changer l’un en Tauire, que rien ne peut faire que le meurtre soit légitime ni la violence honorable, ce n’est pas une doctrine pour un soldat. >
M. Hall sent très bien le charme d’une religion rationnelle, logique, qui reconnaît l’unité de la nature, et la présence universelle de la vie divine. Dans un autre passage de son livre si attrayant,il nous montre la différence qui existe entre la désolante pétrification des théories modernes, et la beauté romantique et vivante de la véritable connaissance.
« La science ne nous a apporté jusqu’à présent que la mort. Plus tard elle nous apportera une vie nouvelle, mais pour l’instant, tout est sombre. Et parce que nous avons perdu notre croyance aux fées, parce que nous ne croyons plus qu’il y a des lutins dans nos grottes, parce qu’il n’y a plus d’esprits dans le vent, ni de voix dans le tonnerre, nous sommes arrivés à croire que les arbres, les rochers, les fleurs et la tempête sont des choses mortes. Ils sont composés, disons-nous, de substances que nous connaissons bien; ils sont gouvernés par des lois que nous avons découvertes, et il n’y a pas
ÉCHAPPÉES SUR l’OGCULTISME
de vie dans la matière. Pour le bouddhiste comme pour le Grec d'autrefois, toute la nature est, au contrairev vivante. »
Voffrande au temple.
Voyons maintenant quels sont les commandements spéciaux, les prescriptions de cette religion, auxquels rhorame doit obéir dans la vie ordinaire. Nous avons déjà parlé des Pancha-Sila oü cinq commandements ; mais le fait est que, bien qu’ils soient d’une plus grande portée que notre décalogue, ce ne sont nullement des commandements. Chacun d'eux n’est pas un ordrc^ mais une affirmation; il n’a pas la forme d'un ordre d’en haut: < Tu ne feras pas cela »,mais c'est l’homme qui affirme: « J'observerai ce précepte ; éviter le péché. >!* Le bouddhiste se rend au temple, avons-nous dit, au moins une fois par semaine, mais beaucoup s’arrangent de façon à y aller quelques minutes chaque jour, et ils n’y vont jamais les mains vides, car chaque fidèle apporte une fleur ou un bouquet qu’il dépose sur l'autel du Bouddha avec quelques paroles d’amour et de gratitude .
Voulant savoir quel est le mobile des simples paysans qui accomplissent chaque jour cette cérémonie, j'ai souvent fait demander au fidèle, par un interprète, pourquoi il offrait ces fleurs au Bouddha, et s'il croyait par là lui faire plaisir ? On me répondit toujours d’u n air surpris : « Comment cela pourrait-il lui faire plaisir, puisqu’il est entré en Nirvâna il y a 2.450 ans. » Kt si je demandais pourquoi alors on lui offre des fleurs^ il me
fut dit : « Nous les offrons à la mémoire du fondateur de noire religion qui nous a montré le moyen d’échapper à la roue des naissances et des morts ; et nous les déposons devant son image, désirant que notre âme devienne aussi pure que la fleur, et répande, comme elle un doux parfum autour de nous. » Ce mot d’autel que j’ai employé pourrait donner lieu à une confusion, car le bouddhiste n’a aucune idée de ce que nous entendons par culte ou sacrifice. Pour lui le Seigneur Bouddha n’est pas un dieu, mais un homme comme nous, quoique fort en avance sur nous ; ce n’est pas quelqu’un qu’il faille adorer, mais simplement aimer et respecter.
Le Bouddhisme peut au moins revendiquer ce grand avantage sur les autres religions, que, au cours de sa longue histoire, ses autels n’onl jamais été souillés de sang; jamais il ne s’est abaissé, au cours des siè^cles, à torturer ceux qui ne pensaient pas comme lui. C’est la seule grande religion du monde qui n’ait jamais persécuté, et en cela elle se distingue honorablement des autres. Depuis 2.450 ans, elle poursuit sa course en avant sans verser une goutte de sang, sans qu’un gémissement s'élève sur sa route. Elle n’a jamais trompé le peuple, jamais eu recours à de pieuses fraudes; elle n’a jamais découragé la littérature, jamais fait appel aux préjugés, jamais eu recours à l’épée. Si l’on pouvait en dire autant même d’une petite secte obscure, ce serait un grand éloge; mais quand on se rappelle la vaste étendue de cette religion admirable, et le nombre de races qui sont sous sa domination, on ne peut qu’en être émerveillé.
Gomme l’a dit Sir Edwin Arnold: « quatre cent soixante-dix millions d’êtres humains vivent et meurent
ÉCHAPPÉES SUR l’oCGULTISME
SOUS la loi du Bouddha ; le domaine spirituel de cet antique instructeur s’étend à Theure actuelle sur le Nepaul et Geylan, sur toute la péninsule orientale jusqu’à la Chine, sur le Japon, le Thibet, l’Asie centrale, la Sibérie, et même la Laponie suédoise. L’Inde ellemême pourrait justement être comprise dans ce magnifique empire religieux, car si la religion bouddhiste elle-même a disparu en grande partie de la pairie de Gautama, ses enseignements ont imprimé leur marque : indélébile sur le Brahmanisme moderne,et les Hindous v doivent évidemment leurs habitudes et leurs convietiens les plus caractéristiques, à Tinfluence des préceptes bouddhistes.
Plus d’un tiers de l’humanité doit ses idées religieu- •. ses et morales à ce prince illustre. Des forêts de fleurs sont journellement déposées sur ses autels immaculés» et d’innombrables millions de lèvres répètent chaque jour la formule : « Bouddha est mon refuge. > i
Les trois guides.
Ges dernières paroles sont la traduction, pas tout a fait exacte cependant, des premiers mots du Tisa^ram dont la récitation, jointe à celle des cinq préceptes, constitue la seule formule dont se serve l’Église bouddhiste du Sud, dans ses cérémonies publiques. Le mot Saranam qui a été si souvent traduit par reluge, semble signifier bien plutôt « guide », de sorte que la formule récitée par chaque Bouddhiste quand il se rend au temple, peut se traduire ainsi :
Je prends le Seigneur Bouddha pour guide.
LE BOUDDHISME
in
Je prends sa Loi pour guide.
Je prends son Ordre pour guide.
Le mol Dharma, que l'on traduit généralement par loi, veut dire en réalité beaucoup plus que ce mot. Ce n’est pas le moins du monde une loi, soit une série dé commandements prescrits par le Bouddha, mais simplement Fafürmation des lois universelles par lesquelles rUnivers existe, et par conséquent, l’alfirmatioD des devoirs de Tbomme dans le système cosmique. C’est dans ce sens que les expressions citées plus haut sont employées par le boundhiste. En prononçant le Tisarana il ne tait qu^exprimer ce fait : qu’il accepte le Seigneur Bouddha pour guide et instructeur, qu’ii adhère à la doctrine enseignée par lui, et reconnaît le grand ordre des moines bouddhistes comme 1 interprète compétent du sens de cette doctrine. Cela n’implique pas qu’il acceptera l’interprétation d’aucun moine en particulier, mais seulement celle de l’ordre au sens le plus général; il croit que l’interprétation acceptée en trois temps et en trois lieux, par la fraternité entière, est la bonne.
Les cinq préceptes
Après cette profession de foi vient la récitation des cinq préceptes dont j’ai déjà parlé^ que l’on appelle en abrégé à Ceylan, le Fansil.
Ce sont les suivants :
J’observe le précepte de m’abstenir de détruire la
vie
2® J’observe le précepte de m’abstenir de prendre ce qui ne m’appartient pas ;
ÉCHAPPÉES SUR l’occultisme
3® J’observe le précepte de m’abstenir de relations sexuelles illégitimes ;
4® J’observe le précepte de m’abstenir du mensonge ; 5® J’observe le précepte de m’abstenir de l’emploi des boissons enivrantes ou des stupéfiants.
Tout homme intelligent ne pourra s’empêcher de voir que, comme le fait remarquer le colonel Olcott, « ceux qui observent ces préceptes strictement, échappent forcément à tout ce qui cause la misère humaine ; car en étudiant l’histoire, nous voyons que cette misère provient toujours de l’une ou l’autre de ces causes. La sagesse prévoyante du Bouddha se voit clairement dans les premier, troisième et cinquième préceptes, car la destruction de la vie, la sensualité et l’usage de spiritueux, sont la cause de 95 Vo souffrances des hommes, >
Il est intéressant de noter combien chacun de ces préceptes va plus loin que le commandement juif correspondant. Au lieu de nous défendre le meurtre, on nous enjoint de ne rien détruire de vivant; au lieu de nous dire de ne pas voler, on nous recommande de ne pas prendre ce qui ne nous appartient pas, ce qui non seulement veut dire que nous ne devons pas accepter . les éloges qui ne nous sont pas dus, mais beaucoup
I d’autres choses encore, en dehors de ce qu’on appelle
;; communément voler.
Le troisième précepte est aussi plus étendu que le ^ septième commandement de Moïse, car il ne défend pas seulement une seule classe de relations sexuelles illégitimes, mais toutes. Au lieu de défendre de porter un m faux témoignage devant un tribunal, on défend de mentir.
P J’ai souvent pensé que c’eût été un bien immense pour
LE- BOUDDHISME
toutes les nations d’Europe qui ont accepté les enseignements du Christ, si le légendaire Moïse avait fait entrer dans son décalogue le cinquième de ces préceptes bouddhistes, celui de ne toucher à aucune boisson alcoolique, ni à aucun stupéfiant. Combien tous nos problèmes seraient simplifiés si ce commandement était observé en Angleterre et en Amérique comme il l’est chez les peuples bouddhistes.
La simple récitation du Tisarana et des Pancha Sila est ce qui, dans l’Église bouddhiste, se rapproche le plus de ce que nous appellerions une cérémonie publique. Il y a cependant le prêche hebdomadaire des moines, à laquelle assiste une foule nombreuse. Il y a ordinairement, près de chacun des temples, une grande salle destinée aux sermons ; mais en général, on ne s’en sert que par le mauvais temps. Quand le temps est beau, le prêche se fait sous les palmiers, près du temple. Il y a beaucoup de prédications de ce genre, et elles se continuent souvent fort tard dans la nuit, les moines se remplaçant et parlant à tour de rôle.
Je crois qu’il vous est impossible, à vous habitants de oes climats tempérés, de vous faire une idée delà paix et de la beauté supra-terrestre d’une telle scène. La lumière glorieuse de la lune des tropiques assez brillante pour permeltre de lire un journal, se répand sur la foule bariolée, en même temps que les feuilles de palmiers qui se balancent gracieusement,projettent sur elle leurs taches d’ombre. Au milieu de cette foule est assis le moine à la robe jaune, des lèvres duquel coule avec aisance le sermon simple et familier qu’il fait aux villageois. II raconte en général quelque histoire ou quelque parabole des livres sacrés, qu’il explique en-
'ÉCHAPPÉES SUR L’OGOüLTîSME
suite. Suivant une coutume ancienne et bizarre que j’ai souvent observée à Ceylan, un moine prêche parfois en Pâli qui est la langue sacrée, et un autre, interprète ce qu’il dit phrase par phrase, en cinghalais C’est évidemment un reste de Tépoque oü, il y a quelque deux mille ans, le Bouddhisme était prêché dans Tîle par des missionnaires venus de l’Inde septentrionale, et dont la langue maternelle était le Pâli, Le fait que cette coutume s’est perpétuée ainsi est un exemple curieux de l’esprit conservateur de cet antique Orient.
Le chstni des Bénédictions.
Une autre cérémonie que possède l’Église du Sud, et à laquelle j’ai fait allusion en passant, c'est la récitation des vers du ParitU ou bénédiction. Elle a un caractère si intéressant qu’elle mérite d’être décrite en détail. Au fond comme le mot l’indique, ce n’est qu’une récitation de bénédictions ou invocations, dans le but d’éloigner les influences mauvaises. C’est une récitation rythmique de certains versets des livres sacrés bouddhistes, dans lesquels le Bouddha déclare que certaines actions entraînent des bénédictions, récitation à laquelle s’ajuste celle de certaines hymnes tirées de ces mêmes livres, invoquant raitention bienveillante du dieu du soleil, des Arhats et des Bouddhas. La principale de ces hymnes est l’hymne du roi-paon, empruntée aux histoires Jâtaka. Ces versets Piril sont chantés par les moines en diverses occasions, aussi bien en sîgnede joie qu’en signe de douleur. Nous pouvons diviser ces cérémonies en deux classes : les cérémonies publiques, et les cérémonies
LE BOUDDHISME
privées. Parmi ces dernières l’exemple le plus commun est le suivant: en cas de maladie grave, ou à l’approche de la mort, on invite un ou deux moines, du temple le plus proche, à venir au chevet du malade, réciter ces versets en souhaitant tout le temps sa guérison, ou, si le cas est désespéré, son bonheur dans Tau delà. Les moines ne prient pas au sens où nous entendons ce mot, pour la guérison du malade, car cela ne se fait pas dans leur religion ; ils récitent simplement leurs versets, avec la ferme volonté d’aider et d’éloigner les mauvaises influences. On ne leur offre naturellement aucune rémunération, car leurs règles leur défendent de toucher ^ l’argent en aucun cas; on leur donne parfois uii repas si la cérémonie a lieu le matin ; mais l’après-midi ils ne peuvent môme plus l’accepter, car ils ne mangent rien après le milieu du jour.
La cérémonie publique est beaucoup plus imposante et dure beaucoup plus longtemps. Elle a généralement lieu lors d’une fête quelconque, comme la célébration d’un temple. En celte occasion, les fêtes et les processions durent quelquefois une semaine ou môme quinze jours, et pendant ce temps on récite le Pirit, De même que, dans quelques églises ou couvents il existe une confrérie de l’Adoration perpétuelle, dont les membres se remplacent pour veiller régulièrement, afin que l’adoration so continue, nuit et jour, devant l’autel, de même la récitation monotone des versets ne cesse pas du commencement à la fin des fêtes.
Auprès de la plupart des temples se trouve une Darrnasalawa, ou salle de prédication, et c’est là qu’on chante les Pirit. Cette salle ne ressemblant en rien aux édifices que nous construisons à cet effet en Occident,
ÉCHAPPÉES SUR l’oCGULTISME
sa description peut n’être pas dépourvue d’intérêt. Les dimensions varient avec l’espace dont dispose le constructeur, mais la forme est régulièrement carrée. Le toit élevé est supporté simplement par des colonnes, et il n’y a aucune espèce de murs;il n’y a pas non plus de sièges, les gens se rangent sur des paillassons pris sur la terre.
Au milieu s’élève une vaste estrade carrée, avec des piliers aux quatre coins, et une grille tout autour ; sur le bord de cette estrade, à l’intérieur de la grille se trouve un siège très bas, sur lequel, tournant le dos à la fouie, les membres du Sangha sont assis, tandis qu’un d’entre eux s’adresse au peuple qui, comme on le voit, n’est pas seulement devant l’orateur, ainsi qu’en Occident, mais tout autour de lui. Sur l’estrade, au centre du carré vide que forment les moines, se trouve généralement une petite table avec des fleurs, ou quelquefois une relique, lorsque le temple en possède une.
Là où il n’y a pas d’édifice de ce genre, en permanence,on installe pour la circonstance une construction provisoire, et l’étranger est bien surpris de voir combien ces constructions provisoires, faites de bambou, de feuilles de palmiers et de papier de couleur, peuvent avoir l’air solide, quand elles sont l’œuvre d’habiles artisans indigènes.
C’est dans cet édifice, permanent ou provisoire, que se continue la récitation du Pirit^ et c’est là aussi que, trois fois par jour, tous les moines disponibles se réunissent pour chanter le Maha encore plus imposant.
Cette intéressante cérémonie mérite aussi d’être décrite. Je dois dire d’abord, qu’avant la cérémonie, on a placé au centre de l’estrade, un immense pot rempli d’eau et
soigneusement recouvert; déplus, des fils ou des ficelles ont été disposées en grand nombre, au-dessus de la tête des moines assis; ce système de fils allant de pilier en pilier, se rattache au pot placé au centre.
Au moment de réciter le Maha Pirity quand tous les moines sont assis en carré, un bout de corde, de la grosseur d’une corde à linge ordinaire,est posé sur les genoux des moines, et ceux-ci la tiennent entre leurs mains pendant toute la cérémonie de façon à former une chaîne ressemblant assez à celle des séances spirites. On prend soin, une fois que le cercle est formé,de mettre la corde par un bout en communication avec les fils et ficelles d’en haut, de sorte qu’en réalité le tout converge vers le vase d’eau.
Cela fait, le Maha Pirit commence, et tous les moines, avec la volonté de bénir, récitent pendant environ quarante minutes, une série de bénédictions empruntées aux livres sacrés.
Les fragments choisis varient, mais pour en donner une idée générale, je citerai le Mahamangala Suttay qui est un de ceux que l’on récite le plus souvent. On avait posé au Bouddha la question suivante : « Les hommes aspirant au bien, ont considéré comme désirables les choses divines, dis-nous donc, ô Maître, quelles sont en réalité les plus grandes bénédictions. » Le Bouddha répondit :
Ne pas servir les insensés i.
Mais servir les sages,
1. Il s’agit certainement ici des magiciens noirs. (N. D. T,),
ÉCHAPPÉES SUR l’OCCULTïSME
Honorer ceux qui en sont dig-nes, Voilà la plus grande bénédiction.
Habiter une contrée agréable,
Avoir fait de bonnes actions dans une existence antérieure. Avoir Pâme remplie de bons désirs.
Voilà la plus grande bénédiction.
Aider ses père et mère,
Chérir sa femme et ses enfants, Avoir une profession pénible, Voilà la plus grande bénédiction.
Faire Taumôme et vivre selon la justice.
Donner assistance aux parents et alliés.
Ne faire que des actions exemptes de blâme, Voilà la plus grande bénédiction.
Abhorrer le péché et s'en détourner.
S’abstenir des liqueurs fortes,
Ne pas se lasser de faire le bien.
Voilà la plus grande bénédiction.
LE BOUDDHISME
Être patient et doux,
S’associer aux pacifiques,
Pnendre part, au moment convenable, à des entretiens religieux, VÔiU la plus grande bénédiction.
L’empire sur soi-même et la pureté,
La connaissance des quatre grandes vérités La compréhension du Nirvâna Voilà la plus grande bénédiction.
Sous le coup des vicissitudes de la vie, Que l’âme reste inébranlable,
Sans passion, sans douleur, sans crainte.
Voilà la plus grande bénédiction.
Invincible de tous côtés,
Est celui qui agit ainsi ;
En sûreté de tous côtés il avance,
A lui, appartient la plus grande bénédiction.
Comme cette cérémonie du Maha. alieu trois fois par jour, et que Tinfluence est conservée dans Tintervalle par le chant continuel duPiW/ ordinaire, quiconque a étudié le mesmérisme, croira sans peine qu’à la
ÉCHAPPÉES SUR l’oGCULTISME
lin, la corde, les fils et le pot au centre du cercle sont tons parfaitement magnétisés.
Le dernier jour, a lieu la cérémonie la plus importante de toute la fête, la distribution de Feau magnétisée. D’abord les convives auxquels on veut faire honneur,et lès personnages les plus importants se dirigent vers les marches de l’estrade ; alors le chef des moines, proférant une sorte de bénédiction, verse par trois fois quelques gouttes d’eau dans les paumes que lui tendent les assistants qui s’inclinent respectueusement. A la lin de la bénédiction, ceux qui ont reçu l’eau en boivent un peu, et mettent le reste sur leur front, cette cérémonie évoquant à l’esprit du spectateur occidental, une combinaison de deux rites bien connus du christianisme.
Le reste de Peau est ensuite versé dans de petits vases distribués parmi la foule qui les reçoit comme précédemment. Le fil magnétique est alors coupé en morceaux et distribué au peuple qui le porte autour du bras ou autour du cou, en guise de talisman. Il n’est pas rare que Ton attache à la chaîne des fils spéciaux dont les bouts pendent en dehors de l’estrade, de façon que ceux qui souffrent de fièvres, de rhumatismes ou autres maladies puissent les tenir entre leurs mains pendant la récition du Maha Piril^ et le patient semble fréquem^ ment recueillir quelque avantage de cette communication avec la batterie magnétique.
Telle est la cérémonie que possède l’Église bouddhiste du Sud, et il faut avouer qu’elle est bien inoffensive et très intéressante.
LE BOUDDHISME
Les deux Égiises.
L^Église du Nord a beaucoup plus de cérémonies publiques, mais comme je n’en ai aucune expérience personuelle, je ne veux pas vous répéter ce que vous pouvez lire dans n’importe quel ouvrage sur ce sujet. Vous vous souvenez peut-être qu’en vous parlant du Christianisme, je vous ai montré comment, avec le temps, toutes les religions s’éloignaient fatalement quelque peu de renseignement primitif donné par le fondateur. Cela s’est produit pour le Bouddhisme moins que pour toute autre religion, et cependant son enseignement a aussi varié.
Chose curieuse, les deux Églises ont varié dans des sens absolument opposés; l’Église du Nord a ajouté, et l’Église du Sud, dans son souci de retenir la pureté de la doctrine et d’éviter les additions, a un peu perdu de sa plénitude première. L’Église du Nord s’est surtou t répandue parmi les tribus sauvages de l’Asie Centrale, et a été considérablement influencée par les restes de leur culte primitif de la nature. Si on veut bien lire un des exposés les plus fidèles du Bouddhisme au Thibet, on verra aussitôt que beaucoup de ce culte de la'nature s’y retrouve. Des divinités inconnues surgissent, dont beaucoup sont dangereuses, et ont besoin d’être rendues favorables, tandis que plusieurs ordres et hiérarchies de Devas et autres êtres, ont revêtu un aspect plus sombre, et sont considérés comme capables de faire le mal. D’autre part, une partie au moins de la métaphysique supérieure a été évi-
demment conservée, VAmitahha et VAvalokiteshvara de son système, correspondant à peu près au Parabr&hm (le non manifesté), et à ïlshioara (le Logos manifesté) des Hindous
L’Eglise du Sud, d’autre part, s’est presque refusée à toute addition d’aucune espèce. En Birmanie, bien qu’il existe des centaines de statues dans quelques-uns des temples les plus importants, ce sont toutes des statues du Bouddha lui-même dans différentes positions. A Geylan il est vrai, on peut voir souvent les images de divinités hindoues, de Vishnou et de Subramaoi lyer ; mais c est probablement une concession à la religion hindoue des derniers gouverneurs tamouls de l’île. Cependant ces divinités mêmes sont représentées comme inférieures au Bouddha, et agissant sous ses ordres.
L’Église du Sud a un peu oublié la métaphysique supérieure,et n’étudie guère aujourd’hui VAbhidhamma Pitaka, qui contient tout renseignement philosophique supérieur. Elle se consacre cependant avec beaucoup d’assiduité à l’étude des autres livres qui contiennent les préceptes de la vie quotidienne, et de ceux qui règlent la vie des moines.
Tendances matérialistes
La tendance est, en somme, nettement matérialiste, et eJle a si bien insisté sur les textes oü le Bouddha combat l’idée de la permanence de la personnalité actuelle, qu’elle en est venue à nier la survivance distincte de l’âme. C’est-à-dire que si l’on demandait à n’importe quel moine de l’Église du Sud ce qu’il pense
LK BOUDDHISME
do l’immortalité de l’âme, il répondrait sans hésiter que le Bouddhisme n'admet pas une pareille croyance, et se mettrait à vous expliquer que tout ce qu’on entend généralement par Tâme de l’homme, ses pensées, ses dispositions, ses sentiments, tout ce qui fait de lui un individu distinct des autres, que toutes ces choses sont transitoires et ne subsistent pas jusqu’à la fin du cycle des incarnations.
Si on lui demandait alors ce qui subsiste de vie en vie, il répondrait avec confiance que c’est le karma de l’homme, c’est-à-dire le résultat de ses pensées et de ses actions; mais que la personne qui, dans la vie suivante, jouira ou souffrira du résultat de la vie présente, sera complètement différente de l’hoïnme qui vit actuellement. Gela est évident et parfaitement vrai si nous prenons le mot personne dans son sens technique; mais le moine ordinaire ne fait aucune distinction de ce genre, et il est tellement préoccupé de se refuser à admettre, même de loin, l’idée de l’immortalité personnelle de Pierre ou de Paul, qu’il tombe dans l’excès contraire, et nie pratiquement toute immortalité. Dans toutes les expressions de sa vie courante, il montre cependant que ce n’est pas là sa véritable croyance car il parle constamment des souffrances qu’il s’est attirées dans une existence précédente, et tous les sermons finissent par cette bénédiction once pieux souhait adressé à tous les fidèles : « Puissiez-vous tous atteindre Nirvâna. » Comme d’autre part on reconnaît invariablement et inévitablement que le Nirvâna ne sera gagné que lorsque nombre de vies auront permis à l’aspirant d’atteindre à sa perfection, ce souhait implique la croyance à la survivance de l’Ego individuel.
ÉCHAPPÉES SUR l’ocCULTISME
L'Ego permanent.
L’idée que le Bouddha a prêché la non existence du moi, repose principalement sur quelques-uns des livres les plus récents, et qui ne sont point canoniques, tels que les Questions du Roi Milinda. Elle est basée surtout sur certaines réponses qu’il fait au sujet du moi et du non moi, et qui sont exactement à la manière des Oupanishads. Le Bouddha dit clairement que ni la forme, ni les sensations, ni les perceptions, ni les impressions, ni rintellect ne sont le moi. Il ne dit pas le moins du monde que le moi n’existe pas, mais que le corps, et tous ses autres instruments que l’on prend généralement pour le moi, ne sont pas le moi en réalité. Le moi est quelque chose de bien au-dessus de tout cela, et lorsqu’il se reconnaît comme différent de tout le reste, et se dégage de tout attachement, par cette absence d’attachement, il se libère. Cela semble bien admettre l’existence d'un moi permanent, car si le moi n’existe pas, qu’est-ce qui doit être libéré? Notre intelligence occidentale qui n’est pas habituée aux idées des Hindous auxquels le Bouddha adressait ses sermons, ne voit rien que l’annihilation, du moment qu’on lui déclare que même la raison n’est pas le moi. Il en est peu parmi nous qui arrivent à comprendre que l’intellect et la raison, et encore bien d’autres facultés qui leur sont supérieures, quelque sublimes soient-elles, ne sont cependant que de simples véhicules, composés de matière. Le moi véritable les dépasse tous, et nous pouvons trouver dans l’enseignement direct du Bouddha, des preuves abon-
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dantes qui contredisent absolument cette théorie d’après laquelle il aurait nié ce moi supérieur.
Je ne veux citer ici qu’un seul exemple que j’emprunte au Samannaphala Satla du Dighd-Nihâya. Après avoir mentionné en premier lieu la condition et la préparation de rintellect qui sont nécessaires si l’on veut réussir à progresser spirituellement, le Bouddha explique comment l’homme peut retrouver le souvenir de ses vies passées, et voir toutes les scènes auxquelles il a pris part, défiler devant les yeux de son esprit, les unes après les autres. 11 explique la chose en disant : Si un homme sort de son village pour aller dans un autre, puis sort de celui-ci pour aller dans un autre encore, et enfin revient à son village, il peut se dire: « C’est bien moi qui suis allé de mon village à cet autre. Je nry suis tenu de telle façon, j’y étais assis de telle autre; de ce village-là je suis allé à un autre où j’ai fait la même chose. Puis toujours le môme moi est revenu de ce village à mon propre village. » De la même façon, ô Roi, l’ascète, lorsque son esprit pur, connaît ses vies antérieures. 11 pense: « A tel endroit j’avais tel nom, je naquis de telle famille; telle fut ma carte, telle fut aussi ma nourriture, et de telle ou telle façon j’ai éprouvé plaisir et douleur ; puis ma vie s’est poursuivie à tel endroit, et là encore je me trouvai dans telle et telle condition. De là le môme moi est venu naître ici. »
Cette citation montre clairement ce qu’enseigna le Bouddha en ce qui concerne PEgo. Il explique ensuite dans le môme Suttay et d'une façon très belle, comment un ascète peut connaître les existences passées des autres, et comment il peut les voir mourir à tel endroit, puis renaître ailleurs, après avoir passé par les chagrins
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et les joies de l’enfer et du paradis. 11 est vrai que dans le Brahmajala Sutta il parle des aspects divers deTâme et dit que ces aspects n’existent pas d’une façon absolue, car leur existence dépend du contact (c’est-à-dire des relations). Mais en niant ainsi la réalité absolue de Tâme, il est du même avis que les autres grands instructeurs hindous, car non seulement l’existence de Pâme, mais celle du Logos lui-même n’est que relativement réelle. Des intelligences non préparées ne comprennent guère ces idées, mais celui qui étudie à fond la pensée orientale saisit exactement ce que cela veut dire, et comprend que l’enseignement du Bouddha sur ce sujet est exactement celui de la Théosophie moderne.
La théosophie et les religions.
Naturellement je n’ai pu vous donner ce soir qu’une simple esquisse de cette sublime philosophie; mais j’espère vous en avoir dit assez pour vous donner une faible idée d’une des grandes religions du monde, et vous montrer que, bien que sa forme extérieure difTère, bien qu’elle s’épanouisse dans un milieu très différent du nôtre, elle n’est en somme qu’un autre exposé de la grandiose vérité qui se cache en chacune des religions. Souvent lorsque nous exposons la théosophie, on nous objecte qu’elle est identique à l’hindouisme ou au bouddhisme, et que nous essayons seulement de propager en Occident l’une ou l’autre de ces religions. Pour répondre à cela, nous ne pouvons qu’expliquer, patiemment et longuement, qu’en théosophie nous ne cherchons à propager aucune religion, mais bien plutôt à dévoiler en
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chacune la sagesse antique. F*our la plupart desesprits en Occident les enseignements théosopdiiques ressemblent trop aux religions de TOuest, parce qu’à la vérité, ces religions ont gardé, dans leur exposé populaire, un plus grand nombre des grandes vérités naturelles que la religion orthodoxe enseignée en Europe. Il s’ensuit que quelques unes des premières idées que l’on présente au théosophe, lui rappellent aussitôt ce qu’il a appris de ces grandes religions orientales. En un sens, cette objection est vraie, car la théosophie est identique au Bouddhisme et à l’Hindouisme ésotériques ; mais elle Test aussi au Zoroastranisme, à l’Islamisme, et même au Christianisme ésotériques,ainsi que Ta si bien montré Besant dans son livre admirable : Le Christia-nisme ésotérique
Ce n est pas ici seulement qu’on a fait cette objection à la théosophie. Aux Indes aussi, il y a eu des hommes qui ont commis cette môme erreur, et qui, parce que les fondateurs de la Société et quelques-uns de ses membres les plus en vue se trouvaient être bouddhistes, ont insinué que la Société n’avait pour but que la propagation du Bouddhisme, remarque qui a fait hésiter quelques Hindous sur le point de se joindre à nous. A Ceylao et dans les autres pays bouddhistes, on s est trompé en sens inverse, et quelques Bouddhistes mal informés et dont le zèle l’emportait sur la discrétion, ont accusé quelques-uns de nos chefs lliéosophiques de favoriser injustement la religion de nos frères hindous. Le fait môme que de telles contradictions aient pu exis-
1, Édité à la Librairie de l’Art Indépendant, 10, r. Saint-Lazare, Paris.
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ter naontre bien ce qu’il en est à ceux qui ont des yeux pour voir, et l’esprit assez large, la tète assez forte pour se placer au véritable point de vue du théosophe.
Le point de vue théosophique,
La devise de notre Société est:^ Il n’y a pas de religion plus haute que la vérité»,et,en temps que Société nous n’avons aucun dogme, aucune doctrine spéciale. A la personne qui entre on ne demande même pas de changer de religion, on ne lui demande même pas quelle est sa religion. Nous avons des membres hindous, bouddhistes, parsis, musulmans, juifs et chrétiens, et chacun est absolument libre de chercher à atteindre la vérité la plus haute, en suivant la voie qui lui est familière. Des fidèles de toutes ces religions ont maintes et maintes fois parlé avec reconnaissance du flot de lumière que la théosophie avait répandu sur le sens réel des points les plus obscurs de la doctrine qu’ils devaient à leurs ancêtres. On demande seulement au nouvel arrivant de montrer, vis-à-vis de ses frères, la même tolérance, la même courtoisie bienveillante qu’il désirerait rencontrer chez eux.
Tel est le véritable point de vue théosophique : il est très élevé, et il y a dans la Société un air trop pur pour que les sectaires ou les fanatiques puissent le respirer. Ceux-ci ne peuvent vivre à une pareille altitude, et il leur faut, ou bien retomber dans le sombre marécage de leur fatuité, ou rejeter à jamais leur enveloppe d’orgueil spirituel, et devenir des êtres plus nobles et plus évolués. Il n’est donc pas étonnant que ceux qui ne
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peuvent voir d’autre lumière que celle que projettent leurs petites lampes, soient incapables de saisir un idéal religieux aussi élevé et méconnaissent ces guides de la pensée dont l’esprit a été modelé dans une argile plus noble.
De même que, quand deux voyageurs s’apprêtent à gravir une montagne en venant de côtés opposés, 1 un suit une route au nord, l’autre une route au midi, si bien que chacun d’eux pourrait croire que l’autre se trompe ; de même, à des niveaux inférieurs, la poursuite de la vérité semble parfois entraîner les hommes dans des directions dilférentes. Mais à mesure qu’ils arrivent à des niveaux plus élevés et dans un air plus pur, les chercheurs se rapprochent l’un de l’autre sans s en douter, jusqu’à ce qu’enfin vient un moment où ils se trouvent côte à côte, sur le pic le plus élevé, et aperçoivent pour la première fois, la différence entre le réel et Firréel.
De toutes les grandes religions c’est peut-être le Bouddhisme qui se rapproche le plus de ee que j’ai appelé l’attitude théosophique. Comme le remarque Sir Edwin Arnold : « Celte véritable religion a en elle l’éternité d’une espérance universelle, l’immortalité d’un amour infini, un élément indestructible de foi dans le bien final, et l’affirmation la plus fière de la liberté humaine qui ait jamais été prononcée. » Je ne puis vous montrer en une aussi brève conférence combien son but est élevé, ses enseignements nobles et désintéressés» Mais si vous étudiez de plus près cette sublime et antique croyance, vous serez bien payés de votre peine car vous trouverez dans ses écritures, beaucoup de pure théosophie. Perrnettez-moi de terminer cette courte
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esquisse en vous lisant une très belle traduction en vers qu’a faite Sir Edwiu Arnold du premier chapitre d’un des principaux livres des Écritures bouddhistes le Dh^mmapada. Cette traduction fut faite en 1889 pour une petite revue appelée Le Bouddhiste dont j’étais alors l’éditeur, à Colombo.
Le Dhammapada.
C’est la pensée qui nous a créés. Ce que nous sommes est l'œuvre de la pensée. Si l’homme entretient dans son esprit des pensées mauvaises,la souffrance arrive, telle la roue après le bœuf.
Tout ce que nous sommes, nous l’avons pensé et voulu nos pensées nous construisent et nous façonnent. Si rhomme,avec persévérance, nourrit des pensées pures,la joie le suivra aussi fidèlement que son ombre.
« Il ma diflamé, il m’a nui,il m’a fait tort, il m’a humilié, il m’a battu. » Si l'homme garde dans son cœur de telles pensées de colère, la haine ne s’endormira jamais.
« II m’a diffamé, il m’a nui, il m’a fait tort, il m’a humilié, il m’a battu. > Si l’homme veut bien au lieu de ces paroles de colère, envoyer des pensées de pardon, les haïnés prendront fin.
Car jamais, en aucun lieu, en aucun temps, la haine n’a cesse par la haine; toujours c’est par l'amour que cesse la haine, par l’amour seulement : telle est l’antique loi.
LE BOUDDHISME
La foule des igaorantsa oublié, ou n’a jamais su, que les torts des mortels sont éphémères; mais ceux qui savent et se souvieuneut laissent mourir les querelles passagères.
Celui qui, au sein d'un vain luxe, cherchant le plaisir, demeure ignorant, faible, glouton, celui-là Mara le terrasse, tel un arbre aux courtes racines est renversé par les vents furieux.
Celui qui, dédaigneux des plaisirs et fuyant le mal, demeure fidèle, tempéré, fort et maître de lui, celui-là Mara ne le terrasse pas, pas plus que le vent ne renverse une colline.
Celui qui porte kashya S la robe jaune, et est aaikashtja^ non affranchi du péché, qui ne se soucie ni de la vérité ni de l’ordre, celui-là n’est pas digne de porter la robe.
Mais celui qui étant nishkashya, pur, exempt de tout péché, respectant la tempérance et la vérité, demeure toujours dans la vertu, celui-là porte bien le kashya.
Celui qui s’imagine trouver le vrai dans le faux, et trouve le faux dans le vrai, celui-là meurt, sans jamais atteindre la connaissance, il poursuit les vains désirs et sa vie est perdue.
1. Il y a ici un jeu de mots Kâshya signifiant la robe jaune du prêtre bouddhiste et kashya l’iropuretéi
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Celui qui, dans la vérité, discerne le vrai, et d’un œil clairvoyant voit le faux dans la fausseté, celui-là atteindra la connaissance, la vie d’un tel homme arrive à son but avant la mort.
Comme la pluie se fraye un chemin à travers le chaume d’un toit mal ajusté, ainsi les passions se frayent un chemin à travers l’esprit de ceqx qui méprisent les saintes pensées. Comme la pluie s’écoule sur le chaume serré, ainsi les passions s’éloignent du sage.
Le méchant se lamente en ce monde et dans le monde à venir; dans tout il souffre. Quand il verra le fruit de ses actes, cette vue lui fera horreur.
Le juste se réjouit en ce monde et dans le monde à venir; dans tous deux il trouve plaisir. Quand il verra le fruit de ses œuvres, cette vue sera pour lui une source de joie.
Il est joyeux de vivre, joyeux de mourir, joyeux d’être mort, joyeux toujours; joyeux de savoir qu’il a fait de bonnes actions, joyeux de prévoir plus de bien encore, là où il doit aller.
L’homme déréglé qui, sans obéir à la loi, récite page après page, ligne après ligne, celui-là n’est point Bouddhiste, mais un berger insensé qui compte les vaches d’un autre.
Celui-là qui plein d’amour, obéit 5 la loi, qui ne connaît qu’un seul verset de Dharma, mais qui a renonce en vie, à la haine, à la méchanceté, à la sottise, ce ui es e prêtre Bouddhiste.