I.H DUC
Je ne plaisante pas, don Riubos, et je m’explique maintenant la propension singulière que j’ai toujours eue à vous donner des coups de canne.
RIUBOS.
Morbleu ! monsieur, vous me ferez satisfaction.
le DUC. tirant les tablettes, et lisant.
s Chapitre II e . — Dévouons du roi à l'église dcl Carmen. Le « roi, étant sorti par la sacristie, monta dans ou carrosse sans « armoiries », etc. Etes-vous satisfait?
Mes tablettes !
Le duc, refermant les tablettes et les mettant dans sa poche.
Eli vérité, je comprends qu'il y ail des gens qui se fassent ermites peur ne pas être exposés à saluer, incognito, de ces espèces-là... Oui, monsieur, ce sont vos tablettes.
riubos.
Je les aurai perdues!
lr dlx.
C'est probable, puisque je les ai trouvées. En vérité, capitaine, ceci est à mes veux une grande leçon du hasard, ou plutôt un suprême retour de la Providence, qu’un homme qoi a passé trente années de sa vie à s’instruire dans l'art de tromper ses semblables, et à pratiquer cet art avec un succès soutenu, un malin, en descendant l'escalier du palais, au lieu de mettre ses tablettes dans sa poche, les mette à côté, et voilà qu’il culbute subitement, et que sa forte tôle lui tombe des épaules. Rendez moi votre épée, don Riubos.
riubos, ic découvrant.
Monseigneur, j’ai fait cinq campagnes dans les Flandres, b première, en 1019; la seconde...
LE DUC
Vous avez un aplomb incroyable. Continuez
riubor.
La seconde, en 1626, à Laensbourg, oh je reçus cinq estafilades d’une prodigieuse profondeur. La troisième...
le duc.
Continuez.
riubos, sc recouvrant et changeant de Ion.
Tenez, monseigheur, jouons franc, vous ne gagnerez rien A me perdre, cl je puis vous rendre quelques services.
^ LE DUC
A la bonne heure 1 voilà qui est parler, et j« reconnais mon officier de fortnne. Vous avez raison, il n’est pas impossible que vous me soyez utile. Mais, avant toutes choses, ne vous y trom-
f iez pas, il ressort pleinement de vos tablettes que vous espionnez e roi au profil du premier ministre, le premier ministre au prolit du roi, et tous les deux enfin au profil de l’inquisition, f/e» Zti»ôos ie découvre.) Ce qui fait que vous êtes pendable de deux côtés au moins. Or, à celte heure que votre position est bien nette, sachez que, pour chacun de vos services, je vous rendrai une page de vos tablettes. Maintenant, causons d’affaires. Qui me fait arrêter?
RIL'ROS
Le comte duc.
LE DUC
Bien, le roi le sait-il T
RIUBOS.
J’ai tout lieu de croire que oui.
LB DUC
Je vous charge d'obtenir un contre-ordre du grand inquisiteur. Quant au blanc-acing, vous le garderez pour mon service. riubos.
C’est impossible, monseigneur, ce que vous me demandez là ! LB DLX.
Préférez-vous être pendu, don Riubos? à votre guise!
RIUBOS.
Peste, mon général! voilà que je me reconnais! En vérité, cette brusque franchise de soldat me pénètre, et je suis tout à vous. Je vais vous le prouver. Votre Excellence ignore sans doute que le roi...
LE DUC
Aime ma femme. Je le savais avant mon mariage. Et c’est pour cela que je l’ai épousée. [Riubos salue respectueusement le duc. comme s’il trouvait son maître en industrie : le duc lui rend ion salut.) L’aime-l-il beaucoup?
RIUBOS.
Autant que le eomte-duc vous déteste.
* LE DUC
Diable I c’est donc une véritable passion? Il va sans dire, don Riubos, que vous me rendrez compte un è un des projets que formeront contre moi ou contre mon bien ces deux beaux sentiments-là.
RIUBOS.
Si vous le désirez absolument.
LE DUC
Je le désire. Passons à autre chose, (lier soir, capitaine, entre huit et neuf heures, en rêvant au milieu des jardins de Leurs Majestés, vous avez ramassé un nœud couleur de feu. Vous l'avez sans doute remis au premier ministre ?
riubos.
C'est possible.
LE DUC
Lequel l’aura remis an roi ?
RIUBOS.
C’est probable.
LR duc.
Et vous avez dit an premier ministre à qui appartenait ce ruban?
RIUBOS.
Non; mais je lui ai avoué que j’avais des soupçons ; le roi est Instruit de la chose; sa curiosité est éveillée, et comme, selon toute probabilité, la personne à qui appartiennent les rubans feu, ignorant qu’elle est epioe, ira ce soir au rendez-vous...
LE DUC
Capiiaine, avec le blanc-seing dont vous êtes porteur, ce soir, à neuf heures, vous arrêterez monsieur de Mediana, et vous le tiendrez deux heures prisonnier.
RIUBOS.
Oui, monsieur le duc. Doit-il savoir qui le fait arrêter?
LS DUC
Je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous lui disiez que c’est moi. Capitaine, d’après nos conventions, vous avez droit maintenant à recouvrer un chapitre de votre honorable manuscrit, choisissez lequel vous voulez.
RIUBOS.
Excellence, c’est grave !
LE DUC
Allons, choisisse!.
■if nos.
Tout bien pesé. Excellence, je vous demanderai le chapitre où je traite des mœurs conjugales de Sa Majesté.
LE DUC
Voilà, mon capitaine. Votre serviteur.
RIL'BOS
Maudit soit le jour où le diable m'inspira cette manie littéraire !
Ll DL'C.
Allons! allons! ne dites pas de mal de votre collaborateur.
(Le rideau tombe.)