‹ Échec et mat drame en cinq actes, en prose par mm. Octave Feuillet et Paul BocageChapitre 3 sur 83 · LA USINE · texte numérisé non relu

LA USINE

Approche» de cette fenêtre, et vous verrez d'ici reluire les épées . # .. . ,

olivabes, allant au balcon.

Madame, c’est le duc d'Albuquerque et le capitaine Riubos.

la duchesse, à part.

Le dac d'Albuquerque !

LA REINE

Monsieur, faites séparer les combattants. Ils auront b justifier leur conduite devant le roi. Viens, Sidonia. (Elles entrent à droite. )

8CÈNZ T.

MEDIANA, OLIVARES.

MEDIANA, d pari.

O ma souveraine I

OLIVABES, revenant.

Un duel sous les fenêtres du palai6, dans un pays où le duel est dérendu par le roi. Voilà, sur mon honneur, une hardiesse que le duc d'Albuquerque, tout duc d’Albuquerque qu'il est, payera cher.

MEDIANA

Le duc d’Albuquerque est un de ces précieux serviteurs envers qui un roi ne peut se montrer sévère. D’ailleurs tout le peuple de Madrid viendrait au besoin demander sa grâce.

OLIVARES.

Oui, sa folle magnificence lui a fait un nom. C’est un homme qui meüraiL le feu a son palais pour réchauffer un mendiant ; un grand origiual, enfin.

MEDIANA

Monsieur d'Albuquerque, vous le savez, Excellence, a un meilleur titre à la faveur des Espagnols, c’est celui de grand capitaine et de victorieux.

olivabes.

Je comprends que vous le défendiez, comte. Vous ue lui devez pas moins en échange de l'attachement protecteur qu’il vous porte.

Pardon, monsieur le duc, mais Votre Excellence oublie que je suis d’âge et de nom à me protéger mui-méme.

OLIVAIES.

Comment donc, mais personne u’en doute, comte, personne n’en doute.

BCÈNS VI.

MEDIANA, OLIVARES, D’ALBUQUERQUE, en dehors.

LB DUC

Messieurs, je vous serais infiniment obligé de ne pas me toucher.

MEDIANA-

C’est la voix du duc.

OLIVARES.

En effet, je crois qu’on nous l’amène.

le duc, au fond .

Monsieur le garde, présentez, je vous prie, mes compliments au capitaine Riubos; diles-lui que je crains de l'avoir provoqué un peu à la légère, el que, s’il ne meurt pas de sa blessure, je loi ferai réparation de cette légèreté en quelque lieu plus propice. Maintenant, vous avez ma parole, je ne quitterai pas celle chambre. Allez. ( Entrant . ) Ab! bonjour, Mediana. (D'un ton moins amical. ) Bonjour, comte-duc. C’est vous qui m’avez fait arrêter, je présume.

OLIVARES.

Par ordre de la reine, monsieur.

Et combien de temps dois-je garder les arTèts dans cette salle ?

OLIVARES.

Jusqu’au retour du roi.

LE DOC

Lequel reviendra de la chasse...?

OLIVARES.

Selon son habitude, vers deux heures.

le doc, s’asseyant à gauche.

Merci, Excellence - ,

olivabes, s’approchant de lui.

Monsieur le duc, voulez- vous me permettre de m’étonner, tout

Mulet devant vous, d'une chose dont je m'étonnais tout Ms en votre absence : c'est qu'un homme de vutre mérite militaire sc croie oblige de tirer à tous luoiucuis l'cpéc pour de miuccs propos.

LS Dl‘C.

Et moi, je m'étonne d'une chose, monsieur, c’est que vous n’ayez pns remarque que je ne me bats jamais sans être réduit à cette extrémité par de sérieuse* provocations. ( Il se lève. )

ûlivaRIS.

OIi ! duc, vous oubliez votre duel avec le comte Da Sylva.

LE m e

Je vois que Votre Excellence n'en connaît point l'histoire. Monsieur Da Sylva m'avait truité de la façon la plus outrageante : il le reconnaissait lui-même, puisque nous étions convenus de nous battre chaque année, au printemps.

OU V Alt! S.

Voici une étrange convention I

le dix.

Vous le voyez bien; tout semble étrange à qui r.e connaît pas les causes. La querelle était venue à propos d’un arbre qui avait poussé dans le jardin du comte, à une grande hauteur, et et la, juste devant mes fenêtres. L’hiver, cela pouvait encore se tolérer ; mais, dès qtie l'arbre avait des feuilles, la chose, en vérité, ! devenait insupportable. Je le priai démettre bas son arbre; et. comme il s'y refusa, nous convînmes de nous battre tous les ans au printemps, quand cet arbre reprendrait des feuilles. Tout le monde eût agi de même.

OUVARES.

Allons! la raison est suffisante, et je ne doute pas que vous n’en ayez d'aussi parfaite pour expliquer toutes vos rencontres, : et même cette dernière aiïaire avec le capituiuc Riubos.

LE Dl c.

Monsieur, je hais naturellement votre capitaine Riubos, et, s'il m’en ciovait, il quitterait l'Espagne. Mais, à part le sentiment instinctif qui me pousse à détruire ce cavalier, j’avais tout à l'heure une excellente raison de me faire ce plaisir.

OUVARES.

Ne vous étonnez pas de louti s mus questions, monsieur le duc; je veux faire reessortir dans tout son éclat votre innocente aux yeux du roi Philippe IV. Quelle était celle raison?

LE DIC

En vérité, Exceüence, on abuse de ce que j’arrive des Indes, pour me prêter des ridicules. Don Rmbos tied permis de me féliciter sur mon prochain mariage.

OLIVABCS.

Ah ! oui, avec doua SiJouu.

LE DIX

Vous aussi. Excellence, vous voulez me marier avec celte jeune tille 1

OLIVARES. *

Celle jeune fille est un des plus grands noms d’Espagne, et une des plus grandes beautés de la cour.

LE Die.

Monsieur, fût-elle belle connue Venus et noble comme la reine de S.iba, cela lie changerait ri* n. je veus pi ic de le croire, h me* intention*. Le mariage cd un tribut que les sots payent aux gens d’e^pnt; il faut les laisser faire. — Mais voyous, Mediana, beau rêveur qui uc dites rien...

médusa, sortant de ta rêverie.

Plaît-il ?

LE DtC.

Pardon, si j’ai fait fuir la musc. Vous conuaiiscz cette jeune fille?

MEDIAN A-

Laquelle?

LE DIX

Mais cette jeune fille qu'on me fait épouser.

MEDIAN A,

Dona Sidonia?

LC DIC.

Bon, lui aussi !

OUVARES.

Duc, si vous voulez faire taire ce bruit, je crains bien que vous ne soyez forcé de jeter le gant à toute la cour.

LE DIC

Messieurs, tout ce que je puis dire, c'est que je ne l'ai jamais vue.

OLIVARES.

Et ce bouquet qui est tombé à vos pieds le jour de *ot c rentrée à Madrid, an moment où vous passiez sous ses fcuélrcs, et que vous avez si galamment ramasse?

LE DIC

Je ramasse toujours un bouquet qui tombe de la main d'une * fcmu.c : j’aime les fleurs; mais, Je tous le répète, j’ gnorab

sons quel balcon je passais, et de quelle main le bonqnet était tombé.

olivaiies.

Delà discrétion, duc! je ne vou» connaissais pas cette vertu, ni- diana, souriant.

C’est un dianiaiçl que M. le duc a rappoitc des Indes.

LE DIC

Dites-moi, Mediana, car je ci ois avoir enfin trouvé la clef de tout cela, dona Sidonia a sans doute un père, un onde, un frère, qui imaginent ce moyen rie se défaire de leur fille, sœur ou nièce 1 Le moyen est ingénieux, malt il ne réussira pas.

MEDIANA

Non, monsieur le duc. La duchesse de Sidonia est fille dn dire de Crrli, qui, à 6a mort, l’a laissée sans parents, sans appui el sans fortune.

LE DIC

La fille du duc dcCudi, mon vieil cmi, l’ancien gouverneur do Portugal?

MEDIANA

Justement.

LE DIX

Je suis fâché de ne pas avoir mi cela, jVusse tué le capitaioo Uiubos; car c’est une double infamie que d'attaquer uu lumueur qu'aucune épée ne pioti-gc.

OLIVARES.

Excepté la vôtre, cependant.

LB DIX

L'interrogatoire est-il fini, comlc-duc.

OLIVARES.

Il sera fini dès qu’il vous fatiguera, monsieur. Le roi vent beaucoup de bien à la ducbevsc de Sidonia, attachée h la reine ; U voit avec pc o<‘ toute tache faite à I honneur d'une jeune fille pauvre, orpheline cl sans défense. Ce seia au roi de vous demander une explication que vous avez le droit, je le rccounai*, de * refuser à tout le inonde, même au premier ministre.

li; nu , « par i.

Le roit C'est étrange.

OLIVARES.

Venez-vous, comte ?

LR DIX.

Un mot, s’il vous plaît, Mediana. (.1 Ültiaics.) Pardon, Excellence. [Vlivaret tort tout seul.)

serin: vu.

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